VI. — Les Grandes Statues
Pour en finir avec le portail, il nous reste à parler de ses statues colossales, d'un caractère tout différent de celles qui décorent les voussures ; elles sont d’un aspect imposant et tout hiératique sous leurs amples draperies. Ces statues, au nombre de treize, d'une hauteur d’environ 2 m. 20, sont placées dans les grandes niches inférieures des contreforts, contre les pans coupés ; elles ont été sculptées dans deux ou trois blocs superposés. Nous les indiquons successivement, en commençant par la gauche.
Au premier contrefort de face, à l'angle de la tour Nord, on voit la statue de St Fiacre , patron des jardiniers, avec sa bêche ; les niches situées au delà sont vides. A côté, on voit St Jean-Bapliste , couvert d’une peau de mouton, et, en retour vers la voussure de la porte latérale gauche, St Thomas d'Aquin. Au second
contrefort, c’est St André, patron des bouchers, tenant sa croix; à côté, St Pierre,
invoqué par les tondeurs de drap, avec ses clefs symboliques, puis St Jean l’Evangéliste, portant un livre et un calice. Le troisième contrefort, celui à droite du porche centra], présente d’abord un lion héraldique debout, tenant une bannière, et ayant devant lui un écusson aux armes de France (grattées) ce qui symboliserait, selon Gilbert, l'alliance des deux cours réunies à Abbeville, en 1014, à l’occasion du mariage de Louis XII avec Marie d’Angleterre. A la suite, se trouvent les statues
de St Paul, patron des vanniers et des cordiers, avec sa longue et large épée, puis
de deux autres saints, de sculpture moins bien conservée, et que l’on ne saurait désigner. Au quatrième contrefort se voit, à l’entrée de la voussure, à droite, la patronne des marchands de vin, et aussi des boursiers, Ste Marie-Madeleine, portant un vase à parfums, statue en parfait état de conservation, — comme les autres qui sont placées à droite des contreforts, et sont ainsi mieux préservées du vent du Sud-Ouest, — puis, à côté, St Jacques, avec son bourdon et des coquilles sur son manteau et une autre statue innomée. Enfin, à l’extrême droite, St Maurice ou St Louis, qui aurait été, selon Gilbert, le patron des sergents royaux de la Sénéchaussée de Ponthieu, statue à demi rongée par le vent et la pluie. Les socles de la plupart de ces grandes statues sont ornés des attributs ou emblèmes des corporations qui les ont données ; leur description nous entraînerait trop loin et
nous renvoyons aux ouvrages de MM. Gilbert et Prarond et aussi à notre travail publié en 1890 dans Y Inventaire des Richesses d'Art de la France , qui comprend plus de détails sur ces œuvres d'art.
Le second rang de niches en hauteur sur les contreforts est resté vide, comme on l'a dit ci-dessus. Si le portail de St Vulfran avait été entièrement garni de statues, sa richesse ornementale eut été plus grande, mais, tel qu’il est, son ensemble n'en est pas moins remarquable, et l’œil a peine à en découvrir les innombrables détails. C’est ainsi notamment que, dans les frises courantes, apparaissent çà et là, sans ordre suivi et selon le caprice du sculpteur, ici, une figure d'homme tenant dans sa bouche un cep de vigne, là, une tête de chèvre avec une branche sortant de la gueule, ailleurs, un escargot à tête grotesque, etc.
La seconde portion de la façade, prise dans le sens de la hauteur, est beaucoup moins riche comme décoration que celle inférieure ; les murs des tours, jusque vers la moitié de la hauteur de cette partie, sont restés à parois lisses. Ces murs sont seulement percés, de chaque côté, d'une petite piorte simple donnant accès à l'intérieur des tours; celle de droite fait accéder à la plate-forme de l'arc triomphal de la nef, destinée à servir de tribune pour le grand orgue. 11 existe aussi, sur chaque lace antérieure des tours une petite ouverture rectangulaire, entourée d’une moulure unie; au-dessus s’élèvent les baies géminées des tours dont il a été parlé plus haut.