‹ La Picardie historique et monumentale (volume 4)Chapitre 12 sur 28 · IN PAGE · texte numérisé non relu

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Cy GIST LE CORPS DE Marie Mabille épouse DE François Patte

DÉCÉDÉE LE l3 MAI

ReQ.UIESCAT IN PAGE

Deprofundis

Ouatre éianfiches de bois, rectangulaires et couvertes d'ornements sculptés selon le goût de la Renaissance italienne, soutiennent la tribune (2) disposée à l’extrémité de la nef de l'église de Berneuil, au-dessus du portail principal. On remarque, parmi les motifs dont elles sont décorées, un écu chargé d'un cabochon, serti dans un encadrement oval (3j.

Enfin, la description de la cuve baptismale de Berneuil (4), qui présente un intérêt tout particulier, doit trouver ici sa place.

C'est une cuve en plomb (5), de forme presque cylindrique, mais un peu plus

large au sommet qu'à la base, qui présente les caractères d'une œuvre du xii® siècle (6).

Extérieurement, sous un bourrelet, se développe sur sa paroi une arcature qui forme dix compartiments. Tous les arcs en sont cintrés et constitués par une moulure torique dont les extrémités reposent sur des colonnettes à bases attiques. Les chapiteaux de ces petites colonnes, toutes semblables, sont décorés de trois feuilles d'eau. Dans chaque écoinçon s'épanouit aussi un bouquet composé de trois feuilles lancéolées et sous les arcades on voit, cinq fois répétée, une image de saint Pierre, toujours identique, alternant avec un ornement végétal, d’un dessin invariable, formé de deux rinceaux a palmettes ondulés et adossés,

(1) Des tibias en sautoir sont gravés au début et à la fin de la première de ces inscriptions et à la fin de la seconde.

(2) Cette tribune est elle-même ornée de quelques sculptures de la même époque.

(3) Sont-ce les armes d'une famille Miron, qui produisit plusieurs hommes remarquables et notamment un

médecin célèbre? Elle portait : de gueules au miroir rond d'argent, encadré de même, mais rien n’indique sa

présence à Berneuil.

(4) M. C. Enlart a publié le dessin de cette cuve baptismale dans ; Monuments religieux de l'architecture romane en Picardie, page 96, pl. 7.

(5I On a eu le mauvais goût de badigeonner en jaune ces très intéressants fonts baptismaux.

(6j Plusieurs de ses éléments décoratifs sont communs avec ceux des fonts d’Espeaubourg, au diocèse de Beauvais. V. R. de Lasteyrie, l'Architecture religieuse en France à l'époque romane, etc., p. 706.

Un nombre très restreint de matrices a donc servi à créer l'ornementation du moule de cette cuve baptismale où saint Pierre est représenté debout, les pieds posés sur une moulure cintrée, au-dessous de laquelle sont ligures cinq lobes. Le vêtement de l’Apôtre consiste en une longue robe et en un manteau dont le pan est ramené sur le bras gauche. De ce côté la main tient une longue clef dont l'extrémité est appuyée contre l'épaule; l'autre main bénit. — Le visage de saint Pierre est pourvu d’une barbe assez courte, et, conlormément à la tradition, ses cheveux sont rares et ses pieds paraissent nus.

Aucun fait historique notable n'eut Berneuil pour théâtre, et l’église bénéficia de la tranquillité précaire du village, qui, au cours des âges, eut seulement à subir du fait des guerres des calamités qui lui furent communes avec les paroisses voisines (i). Il convient donc de terminer cette notice, non sans avoir rappelé que l’église de Berneuil est consacrée sous le vocable de saint Pierre, qu’elle dépendait sous l’ancien régime du doyenné de Saint-Riquier, et que le prieur de Domart présentait, en cas de besoin, le candidat à la cure, dont l’évêque d’Amiens était collateur.

BERTEAUCOURT-LES-DAMES

L’ÉGLISE

De tous les monuments du canton de Domart, le plus remarquable est incontestablement l'église de Berteaucourt-les-Dames, installée dans la nef de l'antique abbatiale du lieu, dont subsiste ce seul débris.

M. C. Enlart s’est chargé d'en tracer, de main de maître, et l'histoire et la description; on se bornera donc ici à résumer, très sommairement, Tune et l'autre (2)- L’abbaye de Berteaucourt fut fondée en 1095, soit par saint Gautier, soit, plus probablement, par deux pieuses dames des environs, mais l'église appartient seulement au premier quart du xii” siècle (3).

La partie de cet édifice spécialement affectée aux religieuses bénédictines qui occupaient le monastère, — c'est-à-dire le chœur, le transept et ses absidioles latérales, " fut vendue, avec les bâtiments de l’abbaye, et démolie à l'époque de la Révolution. Le reste, — c'est-à-dire, la nef, qui servait de paroisse aux habitants de Berteaucourt, — fut alors conservé, mais c'était une ruine qui, pendant la seconde moitié du xix® siècle, dut être restaurée de fond en comble. Une abside y fut alors annexée et le collatéral du nord fut reconstruit en totalité.

Le plan primitif de l'église comportait donc une nef avec collatéraux et un transept sur lequel s'ouvraient le chœur et deux absidioles placées dans l'axe des

(1) Les communes de l’arrondissement de Dûullens, région frontière jusque sous Louis XIII, eurent particulièrement à souffrir des guerres antérieures.

(2) f.es emprunts faits à l’œuvre de M. Enlart (loc. cil.), pour rédiger cette notice, sont si nombreux, qu'on a cru pouvoir se dispenser d’indic[uer un renvoi pour chacun d’eux.

(3) On trouve aussi que Bernard Lupel et Willard le Vel auraient concédé, en 1095, les terres sur lesquelles i’abbaye fut fondée. V. Recherches géiicalogiqucs, par de l.\ üûrgue-Rusny, V" Berteaucourt.

bas côtés. Il est réduit aujourd hui à une nef accornpagnée de collatéraux et tei minée par une abside moderne.

La façade principale de l'église est orientée a 1 ouest, et fut restaurée sous le règne de "Napoléon 111, par Aymar Verdier, architecte du gouvernement. Elle comprend une partie centrale, correspondant à la net, et flanquée, au nord, par le mur moderne qui termine le collatéral, au midi par la tour du clocher qui sera décrite ci-dessous.

Deux contreforts à glacis imbriqués et décorés, à leur partie supérieure, de colonnettes placées aux angles, indiquent la division intérieure de l'édifice et s'élèvent jusqu'à la base du pignon qui surmonte la laçade.

Deux fenêtres cintrées et ornées de dents de scie sont pratiquées dans les murs qui terminent les bas côtés et dont l'un, au midi, forme la base du clocher.

Le portail en plein cintre a été très modifié. Des deux côtés, trois colonnes décorent ses ébrasements. Leurs chapiteaux, jadis richement sculptés, ont été remplacés par d'autres qui n’ont aucun caractère. Sur leur étroit entablement mouluré ont été disposés de petits pilastres, cannelés ou quadrillés, pour compenser l'espace formé, par un remaniement maladroit, entre cet entablement et ce qui subsiste de la voussure primitive et de son archivolte torique (i).

Les trois corps de cette voussure sont revêtus de nombreuses sculptures. Celui qui est placé à la partie inférieure présente seulement des feuillages très habilement fouillés et les deux autres montrent, selon M. Enlart, des prophètes, des sibylles, différentes scènes de l'ancien et du nouveau testament, l'Eglise et la Synagogue, etc. (2) Le tympan ainsi circonscrit fut récemment orné d'un fretté dont chaque maille encadre une marguerite.

Lu peu au-dessus de ce portail règne une corniche à arcatures brisées, décorées, ainsi que ses modillons, de diverses sculptures ornementales.

Quatre colonnettes sont posées sur cette corniche et, — la plus septentrionale exceptée, — supportent des statues difficiles à identifier.

Les trois trumeaux qu'elles forment sont occupés, celui du centre par une fenêtre en plein cintre, ceux des côtés par deux oculus bordés de moulures énergiques.

La fenêtre centrale est assez semblable à celles de la nef, qui seront décrites ci-après, et son archivolte est richement ciselée.

Une corniche pareille à celle qui passe au-dessus du portail, mais surmontée d'un registre supérieur oii se profilent des moulures et une magnifique rangée de feuilles d'eau, se développe à la base du pignon, — un peu en retrait, — où se déploie une vaste circonférence, bordée de feuilles d'acanthes, qui encadre une représentation colossale du Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. Sur un socle, au-dessous de la circonférence, Adam et Eve sont accroupis, au pied de la croix i3).

Un peu plus haut, une croix de briques est encastrée dans la paroi de pierres, et l'extrémité des rampants du pignon est sommée d’une croix antélixe ajourée.

Monsieur Enlart estime que celle façade doit dater de la seconde moitié du

(1) Cette modification fut exécutée au xvi*' siècle, pour racheter une différence de niveau occasionnée par un terrassement. — Les pilastres datent du xi.x.' siècle.

(2) Au centre, on remarque le Père Éternel couronnant un personnage placé à sa droite et repoussant celui qui est U sa gauche. On a cru y reconnaître l'Église et la Synagogue. Ne serait-ce pas plutôt un juste et un réprouvé, et toute la scène ne représenterait-elle pas un abrégé du jugement dernier? f.a place occupée par la sculpture semble justifier cette hypothèse.

^3'' Toute cette sculpture a été fortement réparée. — I.es deux bras originaux du Christ, notamment, ainsi que ses jambes, sont conservés dans le jardin du Musée de Picardie à Amiens.

xiT siècle. La nef qu'elle précède lui est un peu antérieure, et tout cet ensemble paraît être le plus ancien monument d'architecture romane qui subsiste dans le diocèse d’Amiens.

Au sud de la façade de l'église de Berteaucourt s’élève la tour quadrangulaire du clocher, qui n appartient pas au plan primitif de la construction : on ne sait exactement où se dressait celui qu'il a remplacé (i). Quoi qu’il en soit, le clocher actuel fut érigé sur la première travée du collatéral méridional de la nef, profondément moditîée à cette occasion. C’était au début du xiii' siècle.

Deux contreforts étayent chacun des angles de cette tour, jusqu'à son sommet primitif, jadis entouré d’une magnifique balustrade trilobée dont il existe encore des vestiges.

Des arcatures de même style étaient appliquées en guise de pinacles sur les contreforts au deuxième étage, ajouré, ainsi que le premier, par de grandes baies en tiers-point qui, actuellement bouchées, ont laissé peu de traces (2).

Quatre cordons décorent la tour. Le premier, apparent au sud, est constitué par la primitive corniche à arcatures du bas côté sur lequel fut édifié le clocher; les autres sont simplement moulurés. Enfin, les contreforts étaient surmontés de clochetons cylindro-coniques, cantonnés chacun par quatre colonneltes qui supportaient des clochetons plus petits (3).

Toute cette décoration était en fort mauvais état au xviir® siècle. Elle fut donc détruite. On boucha alors les fenêtres du clocher pour en faire la tour presque aveugle et coiffée d'une mesquine pyramide en charpente recouverte d'ardoises qui existe encore. Toutefois, elle avait été préalablement surélevée d'un étage du style le plus vulgaire.

Au midi, dans la quatrième travée du bas côté s’ouvre un portail latéral (4). L’entrée en est rectangulaire. Trois colonnettes à bases atiiques, posées sur un stylobate et surmontées de chapiteaux ornés de feuillages et de monstres, l'encadrent de part et d'autre. Elles soutiennent une voussure cintrée, formée de trois corps ornés de moulures, à l’exception de la gorge supérieure où s'étale une série de bourgeons. Le tympan est uni, et le tout est compris sous un fronton en forme de gable dont l'une des moulures est cordée.

Les fenêtres cintrées de la façade méridionale de l'église sont encadrées, extérieurement, d'une moulure décorée d’oves et d'un tore retombant sur des colonnettes de même module, pourvues de chapiteaux ciselés. A la partie haute comme à la partie basse, un cordon continu les contourne en archivolte. Contre la nef, c’est une simple moulure torique; le long du collatéral, ce cordon est orné de rinceaux à palmettes.

La corniche du vaisseau principal est soutenue par des modillons très simples; celle des bas côtés est moderne et ne reproduit pas la disposition primitive de ce membre d'architecture, qui présentait des arcatures à modillons (5).

L'extérieur de l'abside, récemment construite, ne doit pas ici retenir l'attention.

Intérieurement, la nef de sept travées, dont plusieurs ont été reconstruites, est

(i) Dusevel affirme qu’il s’élevait sur la croisée du transept et qu’il fut démoli seulement en 1812.

{2) Au sud, on remarque seulement l’archivolte de 1 une d’elles.

(3) La plate-forme primitive du clocher devait être à peu prés au niveau du comble du toit actued de l'église.

(4) A proximité on remarquait un écusson au.x armes de l'abbaye : d’azur à la tour d'argent accompagnée de trois fleurs de iis d’or.

(5) Le ba.s côté du nord a été entièrement refait. Il est sensiblement pareil à celui du midi. — Toute l'église de Berteaucourt est construite en pierres. — Les toitures sont revêtues d'ardoises de deux nuances qui dessinent des losanges encadrant des croix.

uccompagncc des collatéraux déjà signalés. A lorigine, le tout était recouvert de charpentes apparentes, remplacées actuellement par des voûtes lambrissées.

Les piliers (i), alternativement cylindriques et composés d un faisceau de huit colonnes, portent des arcades en tiers-point, à triple voussure, ce qui est une disposition assez rare. Les chapiteaux des piliers en forme de faisceaux sont richement ornés de personnages, de feuillages et d entrelacs. Ceux des piihcrs cylindriques sont, au contraire, très simples et ne comportent que diverses moulures.

Un mur de deux mètres de hauteur ferme, au midi, la sixième arcade, entre la nef et le bas côté, et supporte une colonnette qui soutient deux arcs en plein cintre surmontés d'un tympan percé d'un oculus.

Du même côté, contre le pilier qui précède cette arcade, est, à demi engagée, une autre colotinette assez peu élevée. Ces diverses dispositions paraissent être un vestige de la clôture qui jadis isolait la partie de l'église réservée aux religieuses de celle où se tenaient les fidèles.

Les fenêtres, irrégulièrement espacées, sont du même modèle dans tout l'édifice. Elles sont en plein cintre et ornées de colonnettes.

Une première corniche moulurée, supportée par des corbeaux sculptés, passe, sous ces fenêtres, au-dessus des grandes arcades de la nef, et une seconde, dont les corbeaux plus nombreux ne sont pas ornés, supporte la voûte lambrissée qui a remplacé la charpente apparente d'autreiois.

Au sud de la nel, non loin du chœur moderne, fut adossé, vers la fin du XVII' siècle, le somptueux tombeau d'Antoinette de Halluin, vingt-cinquième abbesse de Berieaucourt, morte en i6o5. — Cette œuvre remarquable mériterait d'être plus connue.

Elle se compose, aux extrémités d'un stylobate, de deux groupes de deux colonnes corinthiennes, revêtues de gaines ornées de feuillages jusqu'au tiers de leur hauteur, puis cannelées.

Ces colonnes ne reposent pas directement sur le stylobate, mais sur une sorte d'entablement supporté par des consoles, dont les extrémités inférieures seulement affleurent le stylobate.

Des niches richement décorées de mascarons et de têtes de chérubins, mais privées des statues qu'elles devaient abriter, sont pratiquées dans les entrecolonnements.

Au-dessus règne un entablement chargé d'une profusion d’ornements.

Entre les deux groupes de colonnes se développe un vaste et beau bas-relief cintré, qui représente, en un style non encore complètement affranchi des traditions artistiques du moyen âge, .lésus au jardin des oliviers.

Au premier plan sont agenouillées devant des prie-Dieu, l'abbesse Antoinette de Halluin et une autre religieuse, toutes les deux accompagnées de leurs saints patrons.

Sur le prie-Dieu de l'abbesse sont sculptées, en un losange accompagné d'une crosse et entouré d'une cordelière, ses armes parties : au i , de Halluin à Vécu de Piennes, en cœur; au a, de Montmorency. — De chaque côté du bas-relief, des victoires occupent les écoinçons supérieurs et, de toutes parts sur ce monument assez bien conservé, on remarque des traces intéressantes d'ancienne polychromie.

Soumise aux mêmes vicissitudes que les villages de la région où elle se trouve, l'abbaye de Berteaucourt ne fut jamais le théâtre d’événements notoires; mais, comme elle possédait de nombreuses reliques, c'était un lieu de pèlerinage assez fréquenté. Ses richesses ainsi que sa position topographique lui valurent donc maintes

1 1 1 Les bases île plusieurs d'entre eux sont pourvues de g:riffes,

fois d être pillée au cours des guerres qui ensanglantèrent trop souvent le nord de la France, avant ravènement de Louis XI\’. Son église, dédiée d'abord sous le vocable de Notre-Dame, l'est aujourd'hui sous celui de saint Nicolas et dépend actuellement du doyenne de Domart-en-Ponlhieu. C'est dans son enceinte que Jacqueline Arnaud, la célébré mère Angélique, abbesse de Port Royal, reçut le sacrement de Confirmation.

Berteaucourt-les-L^ames. - Chapelle de Saint-Gautier.

On ne peut clore une notice sur l'église de Berteaucourt sans consacrer quelques lignes à l'humhle chapelle de saint Gautier qui s'élève à l'une des extrémités du même village, sur le bord de la Nièvre.

C'est une modeste construction en pierres, comme on en rencontre parfois dans les campagnes aux carrefours et le long des chemins. Celle-ci se compose d'une simple nef et d'une abside à trois pans.

Sa façade, absolument nue, est surmontée d'un pignon contre lequel vient buter la toiture. Au nord, elle n'oft're rien de particulier. Le pan central de l'abside était jadis ajouré par une fenêtre en tiers-point, ornée d'un feston à l'intrados. Elle est actuellement aveuglée. La façade du midi comporte une fenêtre semblable à la précédente, mais non bouchée, et deux portes juxtaposées, cintrées en anse de panier. L'une, vers l'ouest, donne accès à un escalier qui conduit à la source

vénérée sur laquelle esl construite la chapelle: l'autre s'ouvre sur la nef. Cette baie est surmontée d'une pierre où sont gravées les initiales S' G.

Intérieurement, la construction est des plus modestes. Son angle du sud-ouest est occupé par la source à laquelle il a été tait allusion, et que saint Gautier aurait, dit-on, fait jaillir près de son ermitage, quand il résidait à Berteaucourt lors de la fondation de l'abbaye, au xd siècle; mais on remarque çti et là quelques statues qui ne sont pas sans intérêt, surtout celle du saint patron de l'oratoire. Celle-ci est en pierre et semble appartenir au xvi" siècle. Elle est parfaitement drapée. Le saint, représenté sans mitre, tient de la main gauche un livre ouvert, et portait une crosse de la droite tti.

Cette statue est posée sur un chapiteau du xn' siècle, décoré de rinceaux qui semblent vouloir esquisser une forme humaine. Cette sculpture doit provenir de l'abbaye de Berteaucourt. L'âge de ce rustique oratoire est dillrcile à déterminer, mais il est permis de le fixer à la lin du xv' siècle ou au début du suivant. — Ce doit être l'une des plus anciennes chapelles rurales actuellement existantes dans le diocèse d'Amiens.

FIEFFES

L'ÉGLISE

Il conviendrait, pour décrire l'église de Fielîes. de rééditer simplement ce qu’en a dit M. Enlart dans son ouvrage sur l'architecture romane et de transition dans la région picarde; mais, ce procédé n'étant guère admissible, une nouvelle notice s'impose, qui se modèlera toutefois sur l'œuvre du savant précité.

Le plan de l'église de Fielfes comprend : une nef de quatre travées, construite pendant la seconde moitié du xiF siècle, accompagnée de collatéraux d'inégale largeur, refaits au xvF siècle, et d'un chœur rectangulaire du xiv"‘ siècle. Une chapelle formant transept (2) s'ouvre sur le bas côté méridional: le tout fut maintes fois remanié.

Au midi, dans l'angle formé par le transept et le chœur, fut érigée, à la fin du XVI® siècle, une petite chapelle, dite de la Commanderie, qui communique avec ce dernier.

VL-à-vis. s'ouvre une autre chapelle, disposée au rez-de-chaussée du clocher.

L'édifice est entièrement construit en pierre.

La façade principale se compose d'une paroi inférieure, surmontée d'un vaste pignon correspondant à la nef et aux bas côtés Cet ensemble est étayé par deux contreforts à glacis, entre lesquels s'ouvre le portail (3).

Au sommet de ce pignon très aigu, sous le point de jonction de ses rampants, apparaît, sculptée en relief, une croix grecque sans ornements. Au-dessous, deux petites fenêtres ogivales, très simples et presque accolées, n'ont guère plus d'impor-

(!'■ La même cliapelle conserve deux statuettes représentant saint Benoit et sainte Scholastique, a.ssez bonnes sculptures du .wii'" .siècle, Le tableau placé derrière rau'el e^'t en très mauvais état et représente les mêmes saints invoquant la Vierge.

2) Au nord, une autre chapelle correspondant à celle-ci a été détruite.

3 Toute cette façade fut remaniée au .\iv‘‘ siècle.

tance que des meurtrières; elles éclairent les combles de l'église. Plus bas encore est percée une très belle fenêtre du xii' siècle Elle est en tiers-point et surmontée d'une archivolte à retours horizontaux ornée de fleurettes à quatre pétales aigus. Cette baie possède un fort beau remplage du xiv‘ siècle. Il est à deux formes et supporté par cinq colonnettes, une au centre et les autres contre les ébrasements.

Sous la fenêtre s'ouvre, — abritée par un auvent du xvii” siècle (i), et percée dans un massif de maçonnerie, légèrement saillant, que couronne un glacis. — une porte cintrée en arc surbaissé, surmontée de deux voussures en plein cintre et moulurées, qui retombent sur quatre colonnettes annelées à mi-hauteur. Les chapiteaux de celles-ci sont décorés de larges feuilles à crochets et le tailloir de l'un d'eux porte un rang de dents de scie; le tympan est uni (2).

La façade septentrionale de la nef a été très remaniée. On y remarque d'abord deux fenêtres en tiers-point, qui datent du xvi' siècle et sont surmontées d'un larmier formant archivolte. A ces fenêtres, aujourd'hui aveuglées, succèdent deux baies rectangulaires ménagées dans la muraille construite dans le prolongement de celle du bas côté, à la place d'une chapelle formant transept, ruinée par la chute d'une portion du clocher.

La tour de celui-ci est quadrangulaire et cantonnée de contreforts, dans le prolongement des côtés. Son rez-de-chaussée paraît appartenir au xii' siècle, mais sa partie supérieure semble dater du xiv' siècle et du suivant (3î.

Des fenêtres en tiers-point, bouchées pour la plupart, ou conservant encore des traces de remplages, ont été ménagées, sans symétrie et à diverses hauteurs, sur chaque face du clocher. A la partie supérieure, les ou'ies (41 ont subi maintes modifications et la construction est surmontée d'une toiture en bâtière, comprise entre deux pignons que réunissait jadis un parapet, visible encore du côté de l'est (5|.

I.e choeur, moins élevé que la nef. est rectangulaire. Il fut sans doute construit au XIV" siècle. De part et d'autre, il est éclairé latéralement par une fenêtre munie d'un joli remplage. Celle qui ajourait le fond du sanctuaire a été aveuglée et la muraille qui termine cette partie de l'édifice est surmontée d'un pignon.

Du côté du midi une sacristie a été annexée au sanctuaire; puis on remarque l'élégante chapelle « de la Commanderie » édifiée à la tin du xv' siècle parallèlement au chœur, dans l'angle qu'il forme avec le transept.

Elle est construite sur pian rectangulaire avec un pan coupé au sud-est. Trois contreforts l'épaulent et elle possède aussi trois fenêtres en tiers-point, pourvues de jolis remplages. Près du transept se trouve une petite porte (61, amortie en cintre surbaissé avec archivolte moulurée, sommée d'une statuette très mutilée, représentant un ange debout tenant deux écussons frustes.

Après, se développe la façade du bras méridional de ce transept, ajourée par une grande fenêtre en tiers-point; puis vient le collatéral du midi, dont la toiture laisse apparaître le sommet de la muraille do la nef, couronnée par une corniche du xii" siècle, ornée de modillons variés. Ce bas côté lui-même est percé de trois baies inégales en tiers-point, garnies de remplages flamboyants du xvi' siècle.

(i) Qui succède à un auvent plus ancien.

(2 Les parties de la façade correspondant au.\ extrémités des bas côtés de la nef, ne présentent aucune particularité. Celle du nord possède pourtant une petite fenêtre en plein cintre.

(3^ Ce clocher est en avant-corps, par rapport à l'alignement du bas côté

(4 ' L’une d’elles, au midi, est pourvue d'un remplage simplement épannelé.

f5i A l'ouest, la chute de ce parapet détermina la suppression du bras du transept qui s’élevait de ce côté.

(b) Elle faisait communiquer la chapelle et la commanderie, dont il .sera question ci-dessou.s.

Intérieurement, la nef de 1 église de Fiefîes, écrit M. Fnlart. présente' « quatre travées avec fenêtres en plein cintre, de i"'75 sur o”6o, simplement ébrasées au dedans et dont l'extérieur est caché par des combles xvi" siècle »: ces fenêtres sont actuellement bouchées. « Les grandes arcades, ajoute le même auteur, sont en tiers-point, à double biseau, le plus large creusé d'un canal au centre. Ce profit a dû être retouché au XIV' siècle ». Les piliers qui les supportent « de plan rectangulaire simple, sont couronnés de tailloirs, moulurés d'une baguette, d'un cavet et d'un onglet. Pour bases, ils ont des bancs de grès, élevés de 0,32 centimètres au-dessus du sol actuel, remblayé jusqu'au biseau qui orne le siège ».

La net est couverte d'une voûte surbaissée, lambrissée et blanchie, qui date du xvin' siècle. L'arc triomphal, celui qui donne accès sous le clocher et ceux qui faisaient communiquer la nef avec les bras du transept, présentent une analogie absolue avec les arceaux du vaisseau principal.

La voûte du chœur est aussi lambrissée, mais elle repose sur des sablières ornées de grossiers blochets du xvi' siècle, représentant des têtes humaines peu intéressantes. Ses poinçons sont ornés de quelques moulures, et les extrémités de ses entraits sont engagés entre les mâchoires de gros mufles de crocodiles grossièrement sculptés.

A gauche, en entrant dans le chœur, une chapelle, aujourd'hui abandonnée, était jadis ménagée sous le clocher. Elle possède une voûte d'ogives du xiv' siècle, avec clef où l'on distingue une tête très fruste, et est soutenue, dit M. Enlart « sur quatre culots de la fin du xii' siècle...; ils sont de forme hémisphérique, garnis de feuilles à lourds crochets, à la façon des chapiteaux. L'astragale est suivie d'un petit encorbellement ».

Vis-à-vis cet oratoire, actuellement sans emploi, se trouve l'entrée de la petite chapelle de la Commanderie (i). La voûte, au-dessus de la place qu'occupait autrefois l'autel, est soutenue par de multiples nervures et, en avant, celle de l'unique travée, séparée de la précédente par un doubleau, est aussi construite sur croisée d'ogives. A la clef sculptée, au-dessus de l'emplacement de l'autel, un écu, entouré d'un chapelet, est chargé d'un lion léopardé, mis en fasce; un second écusson, aussi entouré

d'un chapelet et placé sous le doubleau, porte : écartelé, aux i et 4 de . à la

croix de . aux a et 3, de . fretté de.. .. (2). Une inscription, gravée sur ce même

doubleau en capitales romaines, dit :

s.\ ESTE CE QXE DIEV .K VOVLV CE SERA CE QVE DIEV VOVDRA . JANVARII 1 Syq

MAGISTER MAGISTRVM TOTIVS OBDINIS SANCTI LAZARI HIEROSOI.IME CITBA ET VLTRA MARE

L'un des remplages qui ornent les fenêtres de la chapelle de la Commanderie a conservé un fragment de vitrail où l'on voit les armes de l'ordre de .Malte : de gueules à la croix d'argent; il faut aussi remarquer, dans le même oratoire, une piscine du xvi' siècle, bordée de moulures prismatiques et surmontée d'une archivolte en accolade ornée de touü'es de feuillage. — Une ouverture oblique, pratiquée dans la muraille qui sépare la chapelle du bras méridional du transept de l'église, permettait de voir, de l'intérieur de cette chapelle, le prêtre qui officiait à l'autel placé dans ce croisillon.

fl Cftte chapellf aurait été construite aux frais de Jehan de Flavy, en expiation du meurtre de jehan de Fieffes, tiu'il commit en mSo- ^ l'hostellerie de l'Angle (l'Angel à Doullens. 'Comm. de M. l'abbé Flesselle, curé de Fiefïesi. — Elle est dédiée à saint Louis.

(2) Au i et Je gueules à la croix d'argent, armes de l’ordre de Malte; an 2 et y. d'azur fretté d'or, qui est de Bethisv. — Ce sont les armes de Jean de Bethisy, commandeur de Fieffes,

FiefFes, on l'a vu plus haut, possédait jadis une commanderie de Malte, et aussi une seigneurie. Les commandeurs avaient le privilège d’être enterrés dans le chœur de l'église et les seigneurs étaient inhumés dans la nef (i). — Un écusson de l’ordre de Malle, posé sur la croix à huit pointes entourée d’un chapelet, est toujours visible sur un fragment de vitrail, à l'une des fenêtres du sanctuaire et, dans le bas côté méridional de la nef. on peut lire, gravée sur un marbre noir appliqué contre la muraille, l'inscription suivante :

Ci GIT

Dame Rose Clémentine Charlotte Désirée Haudouari de Fontaine Epouse de M. Alexandre Louis François chevalier de Bucv

DÉCÉDÉE LE l5 .MARS IiS23 AU CHATEAU

DF, FiEFFES âgée DE 33 ANS Priez Dieu pour elle.

Alexandre-Louis-François de Buc)’ avait été le dernier seigneur de Fieffes avant la Révolution.

Dans ce même collatéral on remarque aux fenêtres quelques restes de vitraux.

L'un représente le Divin Agneau, un autre le Père Éternel tenant la boule du monde, un troisième, l'écusson, timbré d’une couronne ducale et chargé des quartiers, assez peu distincts, d’un commandeur de Fieffes (2). Le dernier montre une croix de Malte, à huit pointes, posée sur une rose rouge entourée de flammes. C’est probablement un emblème des chevaliers de Malte, en tant que successeurs des chevaliers de Rhodes, caractérisés par la rose, qui, dès l'antiquité, fut elle-même l’emblème de nie précitée.

L'église de Fieffes possède deux statues en bois, du début du xvi“ siècle, qui sont dignes de fixer l’attention. L’une représente la sainte Vierge, debout, portant sur le bras gauche l'Enfant .lésus, qui tenait des deux mains, par les ailes, un oiseau actuellement détruit; l'autre est une image de saint Pierre, in ponlifiatlibus, assis, et tenant les clefs. — La porte d'un confessionnal, sculptée au xvni" siècle, est aussi à noter, mais il faut surtout remarquer, dans le chœur, un lutrin en bois, de même époque, qui présente un réel mérite artistique. Il semble avoir conservé en partie sa polychromie primitive et ses ornements sont fort élégants, notamment, au-dessus du pupitre, la crête ajourée formant fronton, où l'on distingue parmi des rinceaux, un trophée d’instruments de musique délicatement fouillé. La chaire aussi mérite un regard; elle est en chêne sculpté et porte les lettres N. D. C. entrelacées, avec la date de 1678.

Le patron de l’église de Fieffes est saint Pierre et. avant la Révolution, le présentateur à la cure était le commandeur du lieu.

Avant de clore cette notice, il faut encore signaler à Fieffes une cloche très digne d’attirer l'attention. Elle porte une inscription de quatre lignes qui dessinent un rectangle, plus haut que large, où sont encadrés deux écris superposés et entourés

;i) On y voit encore quelques pierres tombales très frustes.

(2) Ce fragment de vitrail n'occupe sans doute plus sa place primitive qui devait être dan.s la cliapelle de la Commanderie. On y distingue les huit quartiers d’un commandeur de Fieffes et, sur le tout, un écu li'or .1 i/eiix vaches de ÿiietiles accornces, accoUèes et cîannèes blason de la famille de Bi-arn.

chacun d’un chapelet terminé par une croix de Malte à huit pointes. Le premier

porte de . à la bande vinrêe de . accompagnée de six nieiiettes mises en orle,

au chef Je l'ordre. Ce sont les armes de Marin de Clinchamp de la Buysardière, commandeur de Fieffes au début du xvii' siècle (i). Le second est aux armes de l'ordre de Malte. L'inscription tracée en caractères gothiques, tournés en dehors, dit : i" ligne, à gauche, de haut en bas :

J^. iWnrin iic tTfitirRniiip rfirviiricr îir foiîirc fie lininft îefinn br 2" ligne, en bas :

C^icriifnfriii Comitiatibriir et tjieigticttr 3‘ ligne à droite, de bas en haut :

be J'ieftt -î. batte fee croiv btt birt J^iefe n bonne l'e noni be 4' ligne, en haut :

tWnrgtterite a refte rfoefir fe 7 oet. .10.10.

Les croix de Fieffes, auxquelles il est fait allusion à la troisième ligne de cette inscription, étaient des bornes de grès, marquées chacune d'une petite croix gravée, qui limitaient tout le domaine de la Commanderie. L'une d'elles existe encore.

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