‹ La Picardie historique et monumentale (volume 4)Chapitre 13 sur 28 · FRANQUEVILLE · texte numérisé non relu

FRANQUEVILLE

L'ÉGLISE

L'Église de Franqueville passerait inaperçue dans toute autre contrée que la Picardie. Elle présente pourtant un certain intérêt qu'elle doit surtout à son clocher, apparenté à la famille de ceux connus, — on ne sait pourquoi, — sous le nom de « clochers anglais ». qui, depuis le xyii' siècle, a rayonné sur une partie du Vimeu, du Ponthieu et de l'Amiénois. Ces clochers doivent leur physionomie caractéristique aux flèches gothiques en maçonnerie qui les couronnent, mais hâtons-nous d'ajouter que celle de Franqueville fut refaite en 1876, sans qu'on puisse affirmer si l'on s'est alors scrupuleusement conformé au modèle fourni par celle qu'elle remplaçait (2). bien que cela soit probable.

Quoi qu'il en soit, ce clocher tout en pierres se compose d'une tour carrée, renforcée par des contreforts à glacis, qui s'élèvent dans les prolongements de ses côtés. Quatre larmiers ceignent l'œuvre à différentes hauteurs. L’ne fenêtre ogivale est percée à cru sur chaque face de la construction, à sa partie supérieure, qui se termine par une plate-forme entourée d'un bahut non ajouré.

(1) De Clinchamp de la Buysardière; d'argent à la bande vitrée de gueules, accompagnée de six merlettes de meme mises en orle. — Communication de M. le Vicomte de Calonne. qui a relevé l'inscription en 1805. — Celte intéressante cloche est. parait-il, menacée d'être refondue.

(2) G. Durand. Clochers picards avec flèches gothiques en maçonnerie des xvii' et siècles, dans; Conçrès

archéologique de France, LxxtF' .«cession tenue à Beauvais en 1905.

Là, prend naissance la flèche octogonale et assez obtuse, qui donne à l'ensemble son caractère spécial.

Elle est pourvue de rares et petites ouvertures et toutes ses arêtes sont henssees de nombreuses crosses végétales très rudimentaires.

A la base de cette tour s'ouvre, dans la façade de l'ouest, le portail principal Cest une ba.e entrée dont les ébrasements, assez larges, sont ornés de rares ei maigres moulures, de même que l'archivolte, qui forme presque une voussure

A la clef, est sculpté, assez gauchement, un ostensoir surmonté d'une représentation de la Trinité, sous 1 aspect de trois visages humains combinés. Deux pilastres couronnes de chapiteaux accostent cette porte et soutiennent un entablement Celui ci est orne de tnglyphes et de métopes, où l'on a sculpté les initiales d'une invocation à saint Pierre, patron de l'église, ainsi que des clefs, mises en .sautoir attributs ordinaires de ce saint.

Un fronton échancré et garni de volutes est posé sur l'entablement. Dans son milieu fut ménagée une niche quelque peu décorée, qui abrite une insignifiante statue de saint Pierre, et tout cet ensemble produit l'impression d'une œuvre arriérée exécutée sous Louis X\ 1. selon une formule datant du règne précédent.

L extérieur de la net, qui se développe derrière le clocher, ne mérite aucune description, mais le chœur est plus intéressant. Plus élevé que le vaisseau principal son comble s’appuie contre un mur doxal dont le pignon assez aigu, est décoré vers sa pointe seulement, d'animaux monstrueux formant crochets, mais fort abîmés et d un art tout à lait maladroit.

C'est là une simple réminiscence de l'ornementation du xvi' siècle, car au même endroit, dans l'angle supérieur du pignon, est sculpté le millésime 17S4’ au-dessus de deux écussons accolés et timbrés d'une couronne, mais absolument frustes Toutefois, le chœur semble, en majeure partie, dater du xvii' siècle. Il est étayé par des contrelorts à larmiers et des glacis se développent à la base de ses fenêtres ogivales

Leurs remplages uniformes dessinent deux arcades en plein cintre, surmontées d une sorte de cœur renversé. Le sanctuaire possède cependant une fenêtre centrale plus large, dont le remplage est à trois formes, surmontées d'un ovale entre deux soufflets.

Au-dessous de cette dernière fenêtre, une petite plaque de cuivre porte l'inscription suivante, gravée en capitales romaines, sous une ligne de tibias, po.sés en sautoir et séparés par des larmes (i).

YCY GIST LE CORP DE DÉFUN PIERRE MITHON CY DEVANT CURÉ DE CETTE PAROISSE DÉCÉDÉ LE 3l JANVIER DE L ANNÉE lj6o AGÉ DE yÔ ANS, PRIEZ DIEU POUR LE REPOS DE SON AME DE PROFONDIS REQUIESCAT IN PAGE

Non loin de cette inscription, une pierre tombale, rongée par la mousse permet aussi de lire le nom de « Messire Pierre Mithon », et date de 1760: elle désigne sans doute le même curé, et provient aussi de sa sépulture.

Au nord de l'église, un contrefort porte la date de 1784, époque où l'édifice semble avoir subi une réfection presque totale; ce contrefort se termine en bahut.

(1) Le groupe central est surmonté d'une tête de mort.

A proximité, on remarque sur la muraille les traces d'une litre funèbre, portant de place en place un écusson effacé, soutenu par des chimères (i). Le champ de cet écLi semble avoir été chargé d un objet indistinct de sable.

Intérieurement l'église de Frtincjueville ne peut motiver aucune remarcjue. ï^a nef fut restaurée ou terminée en 1792, comme l'indique la date, inscrite dans un grand cercle, au-dessus de la baie qui, à son extrémité, donne accès sous le clocher. — Cette arcade est elle-même fermée par une clôture en menuiserie parfaitement sculptée, qui est une œuvre à noter. — Elle fut exécutée en 1623 et se compose d'une série de fines colonnettes supportant un entablement mouluré, sur lequel se développe une rangée de doubles balustres. servant elle-même de support à un second entablement, richement paré de rinceaux et de guirlandes de feuillage, de fleurs et de fruits.

Au milieu de cette clôture s'ouvre une porte de même style, dont le tympan cintré est orné d'entrelacs sculptés à jour, du dessin le plus riche, et de l'exécution la plus soignée. Deux victoires occupent les écoinçons situés entre le cintre de la porte et l'entablement. — On peut rapprocher cette menuiserie d'une clôture similaire, mais moins belle, qui existe dans l'église de Villers-Campsart. et. bien qu'il soit plus ancien, du dossier du banc d'œuvre de l'église de Piennes. près Montdidier.

On doit encore remarquer les boiseries du xvui' siècle qui ornent le chœur et le sanctuaire de l'église de Franqueville. ainsi que ses fonts baptismaux.

Cette paroisse appartient au doyenné de Domart, mais elle faisait partie avant la Révolution de celui de Saint-Riquier.

Le prieur de Domart en était le collateur (2).

HAVERNAS

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