DESCEDA . 1. AN 1 J'/O FAICT . DES . BIENS
. CEST . ESPITAPHE . A . ESTE .
DE . SIRE . AnTHOINE . DE LaNSAI . (2).
Dans la maison que le propriétaire de l’église occupe sur l’emplacement du chœur, une tombe de pierre noire sert de marche. L'inscription est complètement efl'acée ; la voici, d'après M. Durand.
Cy . gisi . le corps . de .
deftVnt . honnorable .
homme . Anthoine . Caverois .
ancien . eschevin . de . la .
ville . de . Dovllens . qvi . a .
décédé . le dix-hvict . aovsi .
1700 . et . a . fondé . en . cette . eglise . l’oftice . de . sainct .
Antoine . a . perpetvité .
(t) G. Durand. L'église Saiiil-Picrre de DouUens, 16,
2] M. Durand a luLau>al, La lecture Lansai me semble meilleure
KGLISE SAINT-MARTIN (i).
L'ancienne église Saint-Martin aujourd'hui placée sous le vocable de Notre-Dame est la seule des trois paroisses de Doullens où le culte se célèbre encore. Il en est fait mention pour la première fois dans une charte de ii3S de Guarin de Ghâtillon- Saint-Pol, évêque d'Amiens, et le R. Dairc veut qu'elle ait été achevée en 1211, quand le comte de Ronthieu reçut Rhilippe-Auguste à Doullens. De celte église primitive, il reste fort peu de choses. Ras plus que l'église Saint-Rierre, les guerres n'épargnèrent Saint- Martin , Nous en connaissons l'histoire à partir de la lin du XV' siècle, grâce à Dusevel qui eut entre les mains les anciennes archives et sut en tirer d'utiles renseignements.
En 1495, un don de Lancelot de Bacoucl permet d'achever la tour de l'ancien clocher.
En i522. à la suite de la prise de la ville par l'ennemi, un incendie dévore les combles, calcine les pierres. Rour réparer le dommage, on fait venir d'Amiens, vers i 538, l'architecte Jean Bullant qui était alors chargé de diriger les travaux de la cathédrale. Le bas-côté droit est rétabli d'après le dessin ou pmirlrail de Bullant. Les deux maçons chargés du travail s'appellent Jean de Hainaut et Jean Robarl et habitent l'un et l'autre Doullens.
Nouvelle catastrophe en t 533. Les impériaux assiègent l'église, la tour qui s'élevait au centre de la croisée, la même sans doute qui avait été construite des deniers de Lancelot de Bacoucl, s'écroule ainsi que d'autres parties de l'édifice. C'est encore à l'expérience de Jean Bullant que les marguilliers font appel pour réparer les dégâts.
En 1578. une quête faite dans la paroisse sert à reconstruire les voûtes du transept.
En iSgS. l'artillerie de l'armée espagnole qui assiège Doullens, sous le commandement du comte de Fuentès, lance contre l'église une grêle de boulets qui endommagent le portail, les voûtes et les piliers. Ce n'est qu'en 1600, après la paix de Vervins, qu'on songe à réparer les brèches faites par le canon; l'abbesse de Saint-Michel fournit la pierre nécessaire à cet ouvrage.
En 1666, le pavé de la nef est renouvelé.
En i685, la nef reçoit une voûte de bois.
En 1697, on restaure les piliers et les contreforts extérieurs.
Une nef accompagnée de bas-côtés, un transept saillant, un chœur à chevet plat constituent le plan de l'église.
La nef comprend cinq travées. Les piliers cjdindriques composés de tambours en gré reposent sur des bases octogonales. Les grandes arcades décrivent des arcs brisés composés d'un tore entre des caveis et d'une moulure prismatique. Les bas-côtés et la nef furent voûtés en bois à l'époque moderne, mais une voûte de pierre avait été projetée, comme le prouve la présence des formerets. La nef ne reçoit aucun jour direct; une grande fenêtre à deux meneaux et à remplage llamboyant éclaire chaque travée des bas-côtés.
Les deux piliers qui séparent la nef du transept ont le même diamètre que les autres, et malgré la résistance de la pierre employée, il semble bien qu'il était
(i) Bibliographie ; E. Dusevel, Église Saint-Miirtin de Doullens, dans Eglises, châteaux, betïrnis et hôtels-deville les plus ren'iarc|uables de la Picardie et de l'Artois >, Amiens 1862 — 11. Dusevfl, l'iiglise Saint-Marlin de Doullens depuis la tin du xV' siècle jusqu ù nos jours, dans la Picardie, tome II, [865, in-S®, pp. 2.12-25.}.
fort dangereux de dresser un clocher au-dessus de supports aussi grêles. Cette témérité explique les désordres qui se produisirent à maintes reprises dans cette partie de l'église. ()uatre minuscules consoles s'accrochent à chacun de ces piliers. Destinées à recueillir les branches d'ogives ou des statues de saints, elles montrent une décoration variée : branches de feuillages, anges, joueur de cornemuse, amour.
Trois voûtes d'ogives couvrent le transept. Des liernes renforcent les branches d'ogives des croisillons. A la croisée, des tiercerons reliés à des liernes dessinent une étoile autour d'un œil centrai ménagé pour le passage des cloches.
Une petite chapelle s'ouvre dans le croisillon sud par un arc surbaissé. La voûte d'ogives repose sur quatre culots feuillus. L'unique fenêtre contient un remplage encore flamboyant, mais les piédroits de cette baie présentent une mouluration ondulée et des congés Renaissance
Un sépulcre occupe toute la partie orientale de la chapelle dans un renfoncement surmonté d'un grand arc en anse de panier que festonne une série de redents.
Sept personnages presque aussi grands que nature, s'empressent autour du Christ étendu sur un linceul. Ce sépulcre peut être rangé parmi les meilleurs de Picardie. Par l'attitude calme et recueillie des personnages, par la richesse des costumes que rehaussent encore des cabochons de verre coloriés, incrustés dans les coitfures ou dans les franges, il mérite de figurer en bonne place parmi les œuvres d'art de notre région.
Le monument est surprenant d'archaïsme : tout à fait conforme à la tradition, il est, de plus, dépourvu d'influence italienne. Au commencement du xvi*-' siècle, les statues du portail de saint Vulfran d'Abbeville ou de saint Kiquier ne portent pas des vêtements ditférents; et ces cabochons de verre, nous les retrouvons sur le riche manteau qui drape le saint Christophe de Longpré, œuvre probable de la fin du xv” siècle.
Le soubassement du tombeau décèle une influence toute opposée et ne fut certainement pas exécuté par les mêmes artistes. Les petits arcs surbaissés ornés de caissons de style classique qui abritent les trois scènes représentées se réclament franchement de la Renaissance. Les charmants bas-reliefs eux-mêmes, d'une sculpture fine et délicate, n’ont plus rien de gothique. Ils représentent trois épisodes de l'Evangile qui suivirent la Résurrection : la rencontre de Madeleine et du jardinier divin (t), les pèlerins d'Emmaüs, l'apparition du Christ à saint Thomas.
Au-dessous de la scène centrale, une inscription nous livre le nom des donateurs.
Ce présent sépulcre a esté faict des biens .lean Bouliet et de Nicolas Roussel la i383 (2).
Six statuettes de saints, parmi lesquels on reconnaît saint Benoît, saint .lérôme, saint Augustin et saint Marc ornent le fond du sépulcre.
D'autres statuettes sont groupées autour de l'arc; à droite et à gauche les deux patrons des donateurs, saint Jean-Baptiste et saint Nicolas posés contre un pilastre en éperon et abrités par un lourd clocheton fleuronné; au-dessous de l'accolade une Notre-Dame de Pitié comme à Saint-Germain d'Amiens; dans la partie haute six anges porteurs des instruments de la Passion. Plusieurs de ces statuettes furent refaites, lors de la réparation du sépulcre en 1864.
Le chœur, à peu près carré, est voûté sur quatre branches d'ogives. Deux fenêtres latérales à trois formes l'éclairent encore, mais celle de l'est, refendue elle aussi par deux meneaux, est aujourd'hui masquée par un grand et bon tableau. Celui-ci, daté de 1740 représente une adoration des Mages dans la manière de Rubens. La signature 0 Gautier pinxit » nous révélerait, suivant une tradition, le nom d'une religieuse de l'abbaye de Saint-Michel. L'artiste aurait pris, dit-on, ses modèles à Doullens même. Quatre toiles dans des cadres de forme ovale figurent les quatre évangélistes. Les cadres font partie des boiseries qui lambrissent le chœur.
A l'extérieur, nous retrouvons facilement les différentes époques qui ont laissé leur empreinte dans la construction. Le plan du chœur terminé par un chevet plat serait tout à fait anormal dans une église flamboyante. 11 appartient à l’édifice primitif. Au XV' siècle, on rhabilla le mur du pignon en même temps qu’on reconstruisit les deux contreforts. De la même époque, c’est-à-dire de la fin du xii" siècle, je daterai le contrefort sud-ouest du croisillon sud, ainsi que tout le pignon de ce croisillon où apparaît un cordon en dents de scie; quant au contrefort, il présente une saillie moindre que les autres et plusieurs de ces retraits en biseau, que nous rencontrons si fréquemment dans notre région, au xii' siècle, par exemple aux façades de Mareuil et d'Oisemont. Enfin, l'angle sud-est du croisillon nord conserve aussi un souvenir de la vieille église. On peut voir en effet dans la partie haute les traces d’une fenêtre en plein cintre, murée
A part ces quelques vestiges, le chœur et le transept remontent à l’époque flamboyante, et plutôt au xv' siècle qu'au xvL, car toutes les fenêtres sont enveloppées
{n On trouve cette scène dans l'encadrement du séjmlcre de Folleville.
.2) Dusevel dans Églises, châteaux, beffrois, lit 1583. Delgove dans V Histoire de Donllcus, 1585. C’est Ousevcl ([ui a raison. Quant à M. Delignières (les sépulcres ou mises au tombeau en Picardie. Paris, 1906, in-8“, p. 21 ' il en fait line œuvre du comincnceinent du xvr’ siècle, et date le sépulcre de saint Martin de 1504, en citant M. F. Dubois. M. P Dubois qui a lu l’inscription n’a jamais rien dit ni écrit de pareil; mais il trouve le monument étonnant d'archaïsme. Il .se demande si les deux donateurs .sont bien contemporains. Le premier aurait vécu au commencement du xvF siècle, le second aurait payé une restauration et mis l’inscription collective et la date. (Communication particulière). Je remercie M. P- Dubois de ses observations.
d'une moulure torique et les meneaux de ces fenetres présentent l'aspect de véritables colonnettes; j'attribuerai à cette meme campagne les piliers de la net' et les grandes arcades qui montrent une mouluration torique.
Kn ce qui concerne la troisième campagne de travaux, nous sommes particulièrement favorisés : nous possédons une date certaine et le nom de l'architecte. Jean Bullanl cité par les comptes de i538 ne jouit pas de la réputation de son homonyme, mais il sut. à Saint-Martin, faire œuvre de bon ouvrier, lîn œil averti peut deviner peut-être dans la corniche composée de rosaces un sacrifice aux idées du jour, mais Bullanl est encore un gothique, et si le tiambovant ne jette pas ici ses dernières flammes. — le xvii' siècle compte en Picardie trop d'églises llamboyantes pour oser rallirmer. — du moins le style ancien règne presque sans partage, et c’est l'honneur de Bullant d'avoir su rajeunir les vieilles formule.^.
Bien que les documents parlent seulement du collatéral méridional, on peut attribuer au même architecte toute l'enveloppe extérieure de la nef 11 n'y a pas lieu, semble-t-il, de faire état de l'inscription suivante gravée sur cinq grés du soubassement nord.
Cest ouvrage 1 1 du tas de M* laqu 1 not lehan | -
— - ia8a -, , neen
a este comece Moreau leha ques Bovlhet ha
Ces pierres sont posées au hasard, sans ordre; rune d'elles est retournée; ni les unes ni les autres n'occupent leur place primitive. La date de i585 et le nom de Jean Boulliet ne iournissent-ils pas une preuve sinon certaine, du moins très vraisemblable que celte inscription s'applique à la chapelle du sépulcre?
Une large fenêtre ouverte entre deux contreforts accuse dans chaque bas-côté la division intérieure. Des moulures et des meneaux prismatiques recueillis sur des bases piriformes ornent chacune des fenêtres dont le remplage à flammes et à mOLichettes est d'un dessin banal. Lhie archivolte décrit au-dessus du tympan une courbe en accolade et se retourne à hauteur d'imposte pour rejoindre un cordon horizontal qui disparaît derrière les contreforts. Le sommet de l’archivolte se perd dans la corniche: sur ses rampants alternent des choux frisés et des chimères ou des animaux fantastiques d'une exécution soignée: au nord, un fou remplace une chimère.
Les contreforts à éperons sont ornés de niches et de clochetons mais privés de statues.
Lin larmier souligne l’appui des fenêtres et contourne les contreforts.
Une porte s'ouvrait dans chacun des bas-côtés. L'une d'elle, au nord, communique actuellement avec une chapelle de catéchisme moderne. Autour de son tympan meublé de flammes en creux, une archivolte dessine une contre courbe ornée de choux frisés, l’n Ecee homo se détache au centre du tympan. La porte du bas-côté sud aujourd'hui murée décrit une anse de panier avec gorge ornée de feuillages.
Un bas-relief du genre de celui de l'église Saint-Pierre et probablement contemporain orne l'un des contreforts du bas-côté nord. La pluie a tellement rongé la sculpture que la scène représentée se distingue avec peine. On croit pourtant y reconnaître la rencontre du Christ et de la femme adultère.
La façade actuelle reconstruite ces dernières années dans un style pseudo gothique a conservé les contreforts à éperons de l'ancienne église. Les statues qui décorent le portail principal sont dues au ciseau du sculpteur Rose.
ÉGLISE NOTRE-DAME (ij.
Un grand souvenir s’attache à l'église Notre-Dame, la plus considérable des paroisses de Doullens avant la Révolution. Saint Thomas Beckel, de passage dans la ville, l’avait consacrée en 1170.
En i 522, elle est brûlée par les Impériaux, en iSgS elle soutient un siège contre les Espagnols; en 1721 le chœur qui s’était écroulé est reconstruit et de nouveau consacré.
Il ne reste de cette grande église que le bras septentrional du transept qui s’élève au fond d'un jardin, dépendance d'une fabrique de chocolat. C’est une construction de' l’époque flamboyante, comme le prouve le style des trois fenêtres à un seul meneau, qui éclairaient ce croisillon à l'est, au nord et à 1 ouest; une fenêtre conserve encore dans son tympan les restes d’une fleur de lis. Les voûtes se sont écroulées, elles reposaient sur de petits culots feuillagés. Le grand arc qui séparait le croisillon du carré du transept comptait une double archivolte. L’autel a disparu, mais une piscine crédence sous un arc en accolade s’y voit encore.
Dans l’angle sud-est, quelques arrachements de la net montrent un chapiteau à crochets du xin‘ siècle qui supportait une archivolte de fenêtre, et une base de colonne
Ces ruines ne nous donnent qu’une bien laible idée de l'importance et de l'intérêt que présentait l'église Notre-Dame. S'il faut en croire Dusevel, la façade occidentale était ornée de trois portails avec statues et flanquée de deux tours; une llèche très élevée se dressait au carré du transept; un tympan consacré à la Vierge décorait le portail principal. La nef montrait au-dessus des grandes arcades un triforium, puis de grandes fenêtres garnies de vitraux. Ces vitraux retraçaient les différents épisodes de la vie de la Sainte Vierge Des pierres tombales, dont quelques-unes étaient remarquables, couvraient le sol. Mais, ce que nous devons déplorer plus que tout le reste peut-être, c’est la disparition de ce riche mobilier qui comptait des boiseries provenant de l'abbaye de Cercamp, une sainte F’ace, un saint Nicolas, une sainte Barbe, une sainte Marguerite, un saint Antoine, un saint Fiacre, une croix processionnelle en argent, un pupitre de cuivre.
La cloche fondue en 1724 piar Louis Leguay, maître fondeur à Abbeville avait eu pour parrain le duc de Béthune-Charost, gouverneur de Doullens, et pour marraine Marie de Boufflers-Remiencourt, abbesse de Saint-.Michel de Doullens.
(l) Bibliographie. H. Dusevei, Notre-Dame de Doullens, dans la Picardie, tome .XI, 1805, iii-8", pp. 435-142, et E. Delgove, Histoire de Doullens, pp. 260-262.