ARRONDISSEMENT DE DOULLENS
CANTON D’ACHEUX
NOl’lCES PAH iM. (jkohües OURAND
ARQUÈVES
L'ÉGLISE
De dimensions assez importantes pour une église de campagne, l'église d'Arquèves, dédiée à saint Martin, comprend une nef de quatre travées avec bas-côtés et une abside à cinq pans débordant ces derniers, qui se terminent carrément à l’est. Le tout est dénué de voûtes et couvert, la nef, par un berceau plafonné, et les bas-côtés, par des plafonds plats. Un clocher carré, en pierres, aussi large que la nef, s'élève à I occident de celle-ci; il est couvert d’un amortissement en ardoises.
Telle qu'elle se présente, elle date pour sa plus grande partie de la seconde moitié du xvin' siècle, très vraisemblablement de peu d'années avant la Révolution. Tout ce qui appartient à cette époque, à savoir le clocher, les murs extérieurs des collatéraux et le chœur, est construit avec beaucoup de soin, mais dans la plus extrême simplicité. Il faut observer toutefois que le clocher est encore, ainsi qu’il n en manque pas d autres exemples en Picardie, dans la tradition gothique, c’està-dire qu’il est encore flanqué dans les angles de contreforts à qa degrés, et qu’il est divisé en plusieurs étages par des larmiers. Son étage inférieur, qui sert de porche à l’église, est encore voûté sur croisée d ogives avec oculus pour le passage des cloches. .Mais sa mouluration, la forme en plein cintre de ses ouïes, sa porte extérieure à fronton, ne peuvent laisser aucun doute sur sa date.
L architecte du x\-iip siècle a toutefois conservé de l’édifice primitif les murs goutterots de la nef avec les grandes arcades et les piliers qui les supportent ( i ), et le mur occidental, ou tout au moins la partie inférieure de celui-ci.
Cette partie de l’église date vrai.semblablement de la première moitié du xiii' sied et, malgré sa très grande simplicité, elle est loin d’être dénuée d’intérêt.
Arqukvics (Église). • . — Les punies pocliées <
• Plan.
(I) A l'extérieur cependant, le parement de la partie de ces mars goutterots qui s'éléce au-dessus des des bas-cûtés. .semble avoir été refait.
toitures
ARijl-i-VES iKclise). — Plan d'im dos piliers de la nef.
ün sait que les maîtres maçons picards, surtout lorsqu ils voulaient aller a I économie, n'ont jamais renoncé complètement à construire des églises sans voûtes, et nous avons ici un spécimen assez original d'une basilique non voûtée du xiii' siècle. On ne voit même
pas trop de quelle autre église de la région se trouvant dans le même cas, Picquigny, Aumâtre, les très regrettables églises de Beauval et d’Ailly-sur-Noye, etc., on pourrait la rapprocher.
Les grandes arcades, qui sont largement ouvertes et en cintre brisé, sont doublées. Le rang inférieur de claveaux est profilé sur ses arêtes suivant deux gros tores dans des gorges ; un tore semblable décore le rang supérieur sur la nef; sur le bas-côté, l'arête est simplement biseautée. Ces grandes arcades sont supportées par des piliers rectangulaires, oblongs dans le sens de la net et garnis de tores le long de leurs arêtes. Le petit côté de chaque pilier reçoit le rang inférieur de claveaux des arcades. Au milieu de chacune des grandes faces, une sorte de dosseret rectangulaire aux arêtes également arrondies en forme de tore était destiné à servir de support au rang supérieui de claveaux. A une époque relativement récente, ces dosserets ont été supprimés, mais il en reste des témoins aux demi-piliers extrêmes contre les murs occidental et oriental, et surtout derrière la chaire qui est appuyée au dernier pilier isolé vers le chœur, du côté nord. Ces tores verticaux, adoucissant les arêtes des piliers et des dosserets qui leur étaient accolés, ont la même section que ceux qui profilent les grandes arcades, et semblent — à l'œil du moins — être la continuation de ceux-ci, bien qu’ils ne soient pas absolument sur leur prolongement. Ce ne sont pas des colonnettes; ils n'ont ni bases, ni chapiteaux. A environ 20 centimètres du sol, ils se perdent dans l’équarrissage du pilier, et celui-ci n'est couronné, à la retombée des arcades, que par une imposte moulurée en forme de doucine qui monte à chacun des dosserets adossés aux piliers; ce ressaut de l'imposte a été conservé (li.
Suivant une mode assez ancienne et assez souvent suivie dans les églises non voûtées à l'époque romane, les fenêtres hautes sont dans l’axe des piliers, et non
dans celui des grandes arcades. Klles ont encore la forme romane en plein cintre. Largement ébrasées à l'intérieur (2), elles ne le sont pour ainsi dire pas à l'extérieur.
Les plafonds de la nef et des bas-côtés sont modernes.
L'ancienne porte du xiii' siècle subsiste encore dans le mur occidental de la nef.
I Ces tares rappellent un peu, en plus simple, les eulonnettes qui çrarnissaîelit les angles des piliers dans la nef de l'ancienne égalise Je Beauval.
A leur partie inff'-rieiire surtout.
Arqcèves iEglise). — Plan d’un des piédroits de la porte.
Elle est absolument nue à l’intérieur. Extérieurement, elle a deux ressauts en plein cintre ornés chacun d’un gros tore dans une gorge, lequel se prolonge, sans chapiteau et sans autre interruption, le long des piédroits, jusqu’à environ 8o centimètres du sol, où il se perd dans l'équarissage de la pierre; le tout d'une très jolie proportion. 11 ny a pas de tympan. Cette porte, qui s'ouvre maintenant sur l'étage inférieur du clocher servant de porche à l’église, devait donner à l’origine directement sur l'extérieur. Il ne devait pas y avoir, en elFet, de clocher à cet endroit avant le xviii” siècle, soit que le pignon occidental ait été terminé par un campenard, soit qu'il y ait eu un clocher en charpente émergeant de la toiture de l'église.
Une fenêtre romane, assez grande et aujourd'hui bouchée, se voit encore à l'intérieur au-dessus de la porte.
Avant la mutilation des piliers, cette église, dans son extrême sobriété, devait présenter une élégance de bon aloi, témoignant de l'habileté des constructeurs du xiii" siècle et montrant que la beauté d'un édifice peut être parfaitement indépendante de sa richesse.
Le mobilier offre peu d'intérêt.
Tout en haut du mur occidental de la nef, à l'intérieur, beaucoup trop haut pour être bien vu, même avec une lorgnette, on a accroché un tableau sur bois très effacé par l’humidité et paraissant d'ailleurs assez médiocre, mais datant du règne de François EL II représente le patron de l’église, saint Martin, à cheval costumé en lansquenet et coiffé d’un vaste chapeau à panache, partageant son manteau avec un pauvre. C’était peut-être le tableau du retable de l’ancien maître-autel.
Le maître-autel actuel, en bois sculpté, peint et doré, doit dater de la reconstruction de l’église, c’est-à-dire de la seconde moitié du xvni'^ siècle. Son retable, d’ordre corinthien, renferme une fort médiocre toile représentant la Résurrection du Christ; le buste de saint Martin en costume épiscopal est sculpté en bas-rclief sur le devant de l'autel.
A l’extrémité occidentale du bas-côté sud, on remarquera enfin un confessionnal du xviiE siècle, dont la porte, en bois sculpté, est d'un assez beau style rocaille.