X. DE BONNAULT D'HOUET
CHAUSSOY-ÉPAGNY
A distance égale entre le village de Chaussoy et celui d'Épagny son annexe, au sommet d'une colline d'où l’on contemple l’un des plus beaux aspects de la vallée de la Noyé, se dresse, isolée dans la campagne, une église entourée d'un cimetière.
Ce monument, malgré son clocher imposant et quelques parties datant du xne siècle, ne retiendrait pas longtemps l’attention des archéologues, si l’un
de ses autels ne possédait un rétable dont nous allons tenter la descrip¬
tion.
C'est une œuvre de pierre adossée contre l’extrémité de la nef, près l’arc triomphal qui conduit au chœur. Elle surmonte un autel extrêmement simple, formé par un massif de pierres maçonnées que recouvre une belle table monolithe sans ornements. Le rétable, d'après l’inscription qu’il porte, fut érigé en 1546 aux frais de Waleran le Caron lieutenant de la seigneurie d'Épagny.
Son stylobate, posé immédiatement sur la table de l'autel, est orné de quelques rosaces inscrites dans des cercles ou des losanges. A ses extrémités s'élèvent des
pilastres contre lesquels sont appliquées des colonnettes cannelées et à moitié
engagées. Leurs chapiteaux soutiennent un entablement décoré de rinceaux ainsi que d'une tête de chérubin et muni, en son milieu, d'une saillie en forme de
j'y/tse i/e Chaussoy -JZpagny
La mourante est étendue sur un lit surmonté d’un baldaquin. Saint Pierre, penché vers elle, la bénit avec un goupillon, et de la main gauche tient une pyxide conique. Un apôtre est agenouillé au pied du lit, et les autres se groupent à l’entour. Au premier plan, l’un d'entre eux avive de son souffle les charbons déposés dans un encensoir. Près de lui on remarque un bénitier et un chandelier de forme singulière.
Au-dessus de l’entablement est placée une statue de la Vierge tenant sur ses genoux le corps du Christ entre saint Jean et la Madeleine, reconnaissable au vase qu’elle porte à la main. Des colonnes semblables à celles qui accompagnent le bas-relief inférieur, mais de hauteur plus grande, encadrent le second groupe de sculptures et supportent de même un entablement où reparaissent les rosaces déjà signalées sur le stylobate.
Trois édicules se dressent au sommet du rétable. Celui du centre,
— le plus important, — est pourvu de deux colonnettes et d’un fronton très ornementé. Il abrite une représentation du Christ ressuscité. Les deux autres, placés latéralement, sont du même genre. On y voit d’un côté, la statuette du patron de l’église, saint Denis, portant sa tête entre ses mains, et de l’autre, saint Michel terrassant le démon. Tout cet ensemble de sculpture polychromée est parfaitement conservé.
Examinons maintenant l’église de Chaussoy-Épagny.
Ce monument rappelle par sa position les églises du prieuré d’Airaines et de Becquigny. Comme celles-ci il a conservé des portions notables qui datent du xne siècle, bien que la plus grande partie de l’édifice ait été reconstruite au xvi' siècle.
Au-dessus de l’entrée principale du côté de l’ouest, se dresse la tour du clocher (i), puis vient la nef. Un seul collatéral étroit l’accompagne du côté
(i) D’après un graffite relevé sur un contrefort de ce clocher, il fut terminé en 1559. Comme le reste de l'édifice il est en pierres excellentes, extraites des carrières mêmes de Chaussoy-Epagny. Une tourelle contenant l'escalier est accolée à sa façade méridionale. La nef aurait été construite en 1 546.
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d'une exécution relativement bonne et
de l'évangile; le chœur rectangulaire ( i ) en est séparé par un arc triomphal.
I.e portail principal, arqué en anse de panier, est bordé de moulures prismatiques. 11 est surmonté d'un socle sur lequel on distingue un cartouche chargé d'une croix placée entre les images de la Vierge et de saint Jean. Un dais de style Renaissance s'élève au-dessus. 11 est orné de petites figurines d'un joli travail. Deux socles et deux dais presque semblables, mais de dimensions plus petites sont disposés de part et d'autre du précédent, dans les encoignures formées par la paroi de la tour et les puissants contreforts qui la cantonnent.
La façade méridionale de la nef n'offre rien de remarquable. Nous signalerons toutefois l'un de ses piliers-butants dont la base repose sur un groupe de trois beaux chapiteaux accolés, provenant de quelque monument détruit. — Les feuillages dont ils sont décorés peuvent faire attribuer leur sculpture à la fin du xme siècle.
Un peu plus loin la muraille est un reste de l'édifice qui précéda 1 église actuelle et daté du xiie siècle; elle est traversée dans toute sa largeur par deux moulures ornées de denticules et vient s’appuyer, à l'est, contre un pilier-butant à talus peu accentués qui fut construit à la même époque.
Le chœur étant un peu plus étroit que la nef il s’en suit que sa façade méridionale est en retrait par rapport à l'alignement du vaisseau principal. Cette façade est ajourée par deux fenêtres en tiers-point. Une moulure très simple et peu saillante les contourne en archivolte et règne d'un bout à l'autre de la paroi. Plus haut, on voit une série de modifions variés. Plusieurs sont décorés de visages humains, de quatrefeuilles, etc. Du reste, au lieu de corniche, deux assises de pierres les surmontent actuellement et semblent prouver ainsi l'exhaussement de la construction.
Le chevet rectiligne de l'église est percé d'une seule fenêtre, plus grande, mais de même forme que les précédentes.
Sans nous attarder à examiner la façade septentrionale du monument, hâtons-nous d'y pénétrer par le portail principal.
Une descente de trois degrés mène d'abord à un palier, sorte de vestibule qui occupe tout le dessous du clocher. Il est voûté sur ogives à l'intersection desquelles on distingue à peine un blason dont la peinture est fort altérée. Cet écusson écartelé semble, aux premier et quatrième quartiers, présenter les armes de la famille Gouffier (al qui a possédé le domaine de Chaussoy-Epagny.
Plusieurs inscriptions gravées sur les murailles indiquent en ce lieu les sépultures de diverses personnes, entre autres d’un soldat prussien mort à Chaussoy-Epagny, le 20 novembre 1 S 1 5.
Une seconde descente de huit marches conduit dans la nef. Celle-ci ne présente rien de remarquable. Elle est recouverte d'une voûte plafonnée et éclairée du côté du midi par trois fenêtres ogivales (3) dont les remplages du xvic siècle sont de la forme la plus banale.
De l'autre côté, le collatéral, beaucoup plus moderne, reçoit aussi la lumière par trois fenêtres sans ornements.
Trois arcades en tiers-point séparent la nef du bas-côté. Elles sont soutenues par deux courts piliers cylindriques dont les bases paraissent appartenir au xVie siècle, tandis que leurs larges chapiteaux à corbeilles écrasées et munies d'une
[1, La déviation de l'axe du chœur vers le nord, est assez prononcée.
(2) Les deux autres quartiers doivent porter les armes de Montmorency. \ . Lamotliere. Familles illustres, art. Gouflier.
(31 L’une de ces fenêtres a été modifiée auxvnt' siècle quand on installa au-dessous une petite porte latérale.
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simple feuille disposée seulement sous les deux angles du tailloir faisant face à la nef, donnent l'impression d’une époque beaucoup plus reculée.
On remarquera dans le chœur la largeur des ébrasements évasés des fenêtres du xne siècle, ainsi que leurs talus. Le tout a du reste été remanié. — Du côté de 1 évangile, près de l'autel est située une chapelle seigneuriale qui communique avec le sanctuaire par une vaste baie rectangulaire ornée, en son milieu d’un pendentif où est placée une statuette de la Sainte-Vierge (i). Bien qu’elle rappelle l’art du xvic siècle, la décoration de cette entrée est absolument moderne.
Non loin du rétable qui motiva cette notice, une inscription gravée sur la muraille relate la fondation d’une confrérie sous le patronage de sainte Anne. Une jolie statuette en bois de cette sainte est aussi conservée dans l'église. A noter encore la peinture sur panneau qui décore un autel secondaire dans la nef. C’est le volet d'un triptyque de la fin du xvie siècle où l'on distingue saint Nicolas présentant un donateur. Celui-ci porte le costume ecclésiastique; il est agenouillé sur un prie-Dieu recouvert d'une housse où un écusson sommé d’une mitre et d’une crosse se détache en camaïeu. Le blason est chargé d’un coq (2). L’église de Chaussoy possède ce tableau depuis quelques années seulement et son origine est inconnue. Signalons encore une belle statue de pierre représentant saint Denis, placée derrière le maître-autel où elle fait pendant à une sainte Barbe (3).
Saint Denis et ses compagnons, Rustique et Eleuthère sont en effet les patrons de la paroisse de Chaussoy-Epagny. Rattachée actuellement au doyenné d’Ailly-sur-Noye, elle faisait partie sous l'ancien régime de celui de Moreuil (4) et l'abbé de Breteuil jouissait du droit de présentation à la cure. Primitivement, selon une tradition locale, 1 église n’aurait été qu'une simple chapelle qui ayant été conservée forme le chœur actuel. — Nous avons constaté en effet que celui-ci remonte au xn° siècle, pourtant ses dimensions semblent prouver qu'il fît toujours partie d'un monument assez important (5). — La nef lui fut annexée en iSqô.
Dans le cimetière qui entoure l'édifice existe encore une pierre tombale du xvie siècle. Elle est ornée d'une grande croix en relief, formée par deux moulures cylindriques qui se croisent. Ses extrémités sont terminées par des fleurs-de-lis.
Ajoutons que des sépultures fort anciennes, probablement même mérovingiennes, ont été signalées en grand nombre à proximité de l’église de Chaussoy-Epagny. Plusieurs de ces tombes furent fouillées en 1884 (6).
R. DE GUYENCOURT.
(1) La famille de Morgan qui possède le château de Chaussoy, jouit actuellement de cette chapelle.
(2) La famille de Vogué, originaire du Vivarais, porte : d’azur au coq d’or creté et oreille de gueules (V. Dubuisson, Armorial alphabétique, etc.).
(3) A noter encore un joli bénitier du xvic siècle et une petite figurine de pierre scellée dans la muraille de la sacristie où el!e a été rapportée. — Cette statuette ne possède plus les caractéristiques qui auraient servi à la faire reconnaître.
(4) Chaussoy-Epagny est parfois désigné dans les actes anciens sous le nom de Chaussoy-Damehaut.
(5) Le pignon occidental du chœur qui se dresse au-dessus de l’arc triomphal, est surmonté extérieurement d’une petite croix de pierre.
(6) Voir Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, t. XV, p. 216.