FOLLEVILLE
Les ruines du château de Folleville, 1 eglise qui leur est adjacente, sont, sans contredit, parmi les monuments de la Picardie, au premier rang de ceux qui doivent attirer et retenir l'attention de l'historien, de l’archéologue et de l'artiste; ajoutons que cet endroit n'a pas pour les pieux lïdèles un moindre attrait : on y retrouve le souvenir du séjour d un grand saint, 1 un des plus populaires et des plus vénérés de 1 Fglise de France, 1 illustre \ incent de Paul.
Folleville (i) est un village dont l'importance n'a jamais été grande, si l'on ne considère que le nombre de ses habitants : ce nombre ne paraît guère avoir en aucun temps surpassé de beaucoup le chiflre de deux cents âmes, qui est encore, à peu près, celui de la population actuelle. La situation du hameau est pittoresque : il est bâti sur une hauteur, à l'extrémité du département de la Somme, presqu aux confins de celui de l'Oise. L’aspect des lieux devait présenter plus de charme lorsque la colline sur laquelle s’élèvent le castel, l'église et les maisons des
(i) Le nom de ce village est écrit Fohille au pouillé de 1301 (Darsy, Bénéfices de l Église d Amiens, t. I, p. 385).
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villageois, était, de même que tous les environs, couverte de bois touffus (i). Les étymologistes qui souvent, il faut bien le reconnaître, ne s’appuient que sur des hypothèses plus ou moins ingénieuses, ont cherché l'origine du nom de Folleville dans ces mots latins Villa foliorum , la villa des feuilles, nom bien choisi pour un pays situé au milieu des forêts (2), mais cette étymologie est fort incertaine.
Une maison de campagne, ou plutôt une ferme, aurait précédé le château sur le point culminant de la petite montagne ; à quelque distance, et sur les flancs de la colline, les habitants de ces lieux avaient leurs huttes ou chaumières éparses ça et là, jusque dans la prairie qui sépare actuellement le département de l'Oise de celui de la Somme. Peu à peu ils se rapprochèrent de la maison seigneuriale, dont ils dépendaient presque tous, comme, domestiques ou serfs, et le village se forma probablement vers la fin du xc ou le commencement du xic siècle. Cette opinion est celle d’un chroniqueur du pays à laquelle la découverte de quelques débris de constructions épars sur différents points du territoire parait donner de la vraisemblance (3).
Non loin de Folleville il y avait un autre hameau appelé Morvillers et près de là un prieuré de Célestins fondé au xne siècle, sur l’emplacement de la ferme actuelle de Vi’seignieux ; la chapelle conventuelle servit pendant longtemps d’église aux habitants des localités voisines. Dès l'année i3oi, il y avait une église à Folleville, puisque la cure est comprise sur un pouillé dressé à cette date: cette cure dépendait du doyenné de Moreuil ; le curé de Folleville relève maintenant du doyen d’Ailly-sur-Noye.
Quant au château, il n'est bien connu qu’à partir du xive siècle, et même, selon le Docteur Goze, les bâtiments dont nous voyons les ruines ne dateraient guère, d’après le caractère architectural, que du commencement du xvc siècle. « Le château de Folleville, dit-il (4), a la forme d'un carré long, ayant 28 mètres sur les grands côtés et 12 sur les petits (5). Chaque angle est muni d’une tour ronde ; au milieu de la courtine du Nord, il s’en élève une à laquelle on donne 40 mètres de hauteur (6); elle est contournée à son milieu par la série de mâchicoulis qui formaient le couronnement de tout le château ; sa forme est d'abord ronde, puis hexagonale, enfin dodécagonale ; à mesure qu’elle monte, elle déborde en porte-à-faux, sur ses parois, au moyen d’encorbellements moulurés, en sorte que
(1) L’aspect imposant des ruines de Folleville, dominant un site d'une vaste étendue, a inspiré à l’auteur de la France illustrée, V. A. Malte-Brun, l'idée de désigner le vieux manoir des Lannov et des Gondi sous le nom de château de Beauvoir; nous devons dire que cette appellation n’a jamais eu cours dans le pays.
(2) Manuscrit de l'abbé Sergeant ; — V. aussi Etudes sur l'étymologie de nombreuses localités situées principalement dans l'ancienne Picardie , ouvrage posthume et anonyme publié à Amiens en 1880, pp. 48 et 50. — Le nom d’un grand nombre de localités, en Picardie et ailleurs, se termine par le mot ville ajouté à un radical très variable : ce radical ne serait autre, d’après beaucoup d’historiens, que le nom d'un Seigneur, possesseur primitif d'un fief, d'un castel, qui aurait donné naissance au hameau.
(3) On trouve encore des vestiges de solins au pied de la montagne dite du Blamont, â l’endroit où passe aujourd’hui le chemin de fer du Nord. — MS. de l’abbé Sergeant.
(4) Notice sur le village, le château , les Seigneurs, l'église et les tombeaux de Folleville ... par A. Goze, gr. in 8°, Montdidier, 1865, pp. 7-9.
(5) M. Bazin accuse 23 m. 50 c. sur 11 m.
(6) ^ la hauteur de la tour, depuis la base jusque et compris le mâchicoulis, [ est ] de 14 mètres ; la partie circulaire de la tour depuis le mâchicoulis jusqu’à l’encorbellement de la partie hexagone mesure 3 mètres de hauteur ; le tronçon hexagone lui-même, divisé en deux portions égales par un larmier, est haut de 4 m. 40 c. ; enfin le couronnement dodécagone, y compris la corniche, compte 3 m. 60 c., ce qui porte l’élévation totale à 25 m. — M. Goze, dans sa Notice sur le château de Folleville, a propagé une erreur très regrettable en répétant, sans prendre la peine de s’en assurer, que cette tour a 40 m. de hauteur. » — V. de Beauvillé, Documents inédits concernant la Picardie, t. IV p. 625.
son diamètre est plus considérable en haut qu en bas, et qu elle représente une pyramide renversée. Dans son intérieur, 1 épaisseur des murs augmente également par le moyen de porte-à-faux. Cette structure, hardie jusqu a la témérité n a éprouvé, depuis plusieurs siècles, aucune altération dans sa solidité. Cet édifice original ne présente ni surplomb ni lézardes à sa partie supérieure, qui est privée de couverture depuis plus de soixante ans, et ses pierres, quoique disjointes ne se détachent pas. A quatre des angles de la plate forme sont des chimères, dont une est brisée. Cette tour ne contient qu'un escalier en vis Saint-Gilles ; c'est plutôt un beffroi pour guetter au loin la campagne des environs, que le donjon d un château-fort (i).
Les murs du château ont d’épaisseur i mètre 60 centimètres; dans une des tours, deux immenses cheminées à foyers garnis de tuiles sont superposées. Dans l'épaisseur de la maçonnerie on rencontre de ces conduits acoustiques (2), qu on trouve dans les châteaux de Coucy, de Gamaches, de Boves, de Picquigny, etc. La courtine du midi, présente les empreintes des boulets de canon reçus pendant les sièges subis par la forteresse. Les constructions sont faites avec la plus belle pierre du département, qui est celle des carrières de La Faloise, situées à peu de distance de Folleville (3). Les fossés, très profonds, sont remplis d'une végétation luxuriante; les botanistes y récoltent avec plaisir une belle plante labiée dite Leonurus cardiaca ou Agripaume.
On arrivait à la porte principale par un pont de trois arches ogivales, qui
n’existe plus. Sur le glacis est un ancien corps de garde, dont la cheminée fait
une saillie à l’extérieur, avec des moulures et des ornements assez curieux. On voit encore des entrées de souterrains qui ont pu servir de refuge aux habitants du pays, durant les guerres, comme on en retrouve beaucoup en Picardie.
La porte de la basse-cour, du côté du village, est dans un angle rentrant que le mur d'enceinte forme avec le portail de 1 église; cette porte, en ogive, est
accompagnée d une autre plus petite. Contre l’église est une tourelle ruinée, dont l’escalier, en vis Saint-Gilles, conduisait à une terrasse en charpente, appelée
hourd (4) qui servait à la défense de cette entrée. Elle était surmontée des armes du roi entourées du seul collier de 1 Ordre de Saint-Michel, et timbrées de la couronne ouverte; elles étaient accompagnées du blason de Lannoy, ce qui pouvait faire attribuer la construction de cette porte à Raoul de Lannoy. M. de Séricourt, marquis d'Esclainvillers, qui avait acheté la terre de Folleville en i63q, fit construire, dans la basse-cour, un château moderne, afin d être logé plus confor-
(1) * Cet escalier, appareillé en vis S. Gilles à i m. 30 c. d'emmarchement ; ses marches sont hautes de o m. 20 c Bien qu'elles soient suffisamment larges pour y poser le pied, le constructeur a eu 1 idée fort pratique d’augmenter leur largeur près du noyau par un encorbellement taillé en chanfrein en dessous pour ne pas obstruer la marche inférieure. — Le nombre total des degrés, de la base au sommet est de 121. V. de Eeauvillé, loc. cit. — M. de Beauvillé a donné de beaux et intéressants dessins, représentant la tour de Folleville dans son ensemble et ses détails.
(2) La plupart des archéologues regardent avec beaucoup plus de vraisemblance, ces conduits pratiqués dans l’épaisseur des murs des châteaux du moyen-âge, comme des tuyaux de descentes de latrines.
(3) v La pierre qui a servi à la construction du château de Folleville vient de la montagne du Blamont et non des carrières de La Faloise, comme le prétend M. Goze... Les carrières de La Faloise n’étaient pas encore ouvertes à cette époque... Elles ne le furent qu’au début du xixc siècle *. Ms. de l’abbé Sergeant, p. 5.
(4) Hourt, Jiour, ourdeys, gourt. Échafaud formé de planches; appliqué à l’architecture militaire, c’est un ouvrage en bois, dressé au sommet des courtines ou des tours, destiné à recevoir des défenseurs, surplombant le pied de la maçonnerie et donnant un flanquement plus étendu, une saillie très favorable à la défense. Viollet-le-Duc, Dict. d’architecture, t. VI, p. 128.
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tablement que dans le manoir féodal. Ce bâtiment a été démoli, et le parc,
entouré de murs ruinés, est livré à la culture » (i).
Le domaine et le château de Folleville changèrent plusieurs fois de propriétaire. Il appartint d abord à une famille qui portait le nom même de Folleville. Le premier connu de cette race est Philippe de Folleville, époux de Jehanne
dEspinousse; il vivait en 1 33y ; c’est du moins ce qui résulte d'un texte extrait
d un ancien graduel sur velin remontant au premier quart du xvh siècle, et offert par M. Ch. Bazin à M. de Beauvillé pour sa collection. Une généalogie assez complète de la famille de Folleville a été communiquée en 1884 à la Société des Antiquaires de Picardie, par l'un de ses membres, M. Vallois; elle est insérée dans le tome XVe des Bulletins de la Société.
Au xve siècle, Jeanne de Folleville épousa Antoine de Poix-Séchelles, seigneur d Ignaucourt, auquel elle apporta la terre de Folleville (1). Cette terre passa
vers 1478, à la famille de Lannoy-Morvilliers, puis elle appartint successivement aux familles de Silly, de Gondi de Retz, de Séricourt d’Esclainvillers et enfin de Mailly-Haucourt, par suite du mariage de Marie-Michelle, fille unique et héritière de Timoléon de Séricourt d’Esclainvillers. Cette dame épousa Joseph Augustin de Mailly, depuis maréchal de France, qui périt sur l’échafaud révolutionnaire.
Joseph de Mailly prépara la ruine de Folleville : le vieux manoir féodal parut incommode à ses nobles habitants dès la fin du xvue siècle. Afin d'être logé d’une façon plus conforme aux habitudes du temps, Charles de Séricourt fit construire dans la basse-cour un château dans le goût alors en faveur. Malgré ses dispositions plus modernes, ce château ne plaisait pas au maréchal de Mailly, grand amateur de chasses, qui préférait demeurer au château de Mailly-Raineval (r). Au contraire, sa femme, avait pour Folleville une prédilection marquée. Ne pouvant faire prendre Folleville en aversion à la comtesse, le comte de Mailly résolut de l’en détacher en transportant à Mailly ce que l'on appelait le château neuf, c’est-à-dire toute la partie ajoutée à l’ancien castel par Charles de Séricourt La comtesse persista, dit-on, à demeurer dans ce château neuf jusqu’au moment où les démolisseurs l'eurent rendu tout à fait inhabitable : elle se résigna alors à rejoindre son époux à Mailly, où elle mourut le 28 septembre 1778. Son corps a été inhumé dans l'église de Folleville, devant le mausolée de Raoul de Lannoy.
Le maréchal de Mailly, en faisant porter la pioche sur les murailles du Château-neuf de Folleville, prenait sans le savoir une regrettable initiative. La période révolutionnaire allait bientôt commencer; délaissée par ses nobles possesseurs, confisquée au nom de la nation, l’antique demeure des Lannoy, des Séricourt, des Gondi et des Mailly, subit le sort de tant d’autres majestueuses habitations, vestiges de l'antique féodalité, semées sur tout le sol de la France. Les toitures furent enlevées ainsi que la charpente des combles et les portes et fenêtres. Le château de Folleville passa à l'état de ruine, mais la solidité de ses murailles empêcha la destruction d’être- complète; elle permet encore d’espérer la conservation de ces majestueux débris pendant de longues années, pendant plusieurs siècles, peut-être.
Une perte des plus regrettables est celle de l’ancien mobilier de Folleville qui
(1) A. Goze, Notice sur Folleville , pp. 7-8.
(2) Une branche de l’ancienne famille de Folleville, subsistait encore, il n’y a pas très longtemps, et possédait la terre de Manancourt, canton de Combles, arrondissement de Péronne.
(1) Voir sur le château de Mailly-Rayneval, une intéressante notice dans les Documents inédits de M. V. de Beauvillé, t. VI, pp. 682-688.
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parait avoir été très somptueux. Sa dispersion et probablement sa destruction, ont commencé longtemps avant la ruine du château; les seigneurs du xvtfi et du xvm' siècle n'attachaient guère de prix à ces objets, produit d un art exquis, mais qui passaient alors pour surannés. Nous savons par le testament de Jeanne de Poix, daté de l'an 024, que les murailles des appartements de Folleville étaient tendues de tapisseries de haute lisse, dont quelques-unes représentaient l'histoire de Moïse et de Pharaon. Des tapis de velours recouvraient les planchers et les tables. Dans la vaisselle se trouvaient des bassins, des aiguières, des coupes, des flacons en argent pesant en masse près de 60 marcs. Ces vases précieux provenaient en partie de présents faits par les rois de France à Raoul de Lannoy, en recompense de plusieurs missions diplomatiques, qu'il avait remplies avec succès. Le testament de Jeanne de Poix, sa veuve, stipule que ces dons royaux ne seront point partagés entre ses héritiers, mais «resteront au château, ainsi que les tapisseries».
H n’en est pas de même de la vaisselle de cuisine, dans laquelle sont compris 24 plats, 12 écuelles, 6 tranchoirs d’argent, armoriés de Lannoy et de Cannes. Il est aussi fait mention dans ce testament, d'un livre d’heures, lègue a Marie de Poix, épouse de M. de Villequier ; ce livre, en velin, orné de miniatures était couvert en damas noir, avec armoiries et fermoirs d argent (1).
Avant de quitter le vieux castel pour visiter et décrire l'église qui lui est proche, il convient de tracer un aperçu historique des événements dont ce chateau
fut le théâtre. „ ,
En 1440, alors que le château de Folleville était en possession de Bon de
Saveuse, par suite de son mariage avec Renaulde d'Inchy, veuve en premières noces de Renault de Folleville (2), deux mille Anglais conduits par le Comte de Sommerset et le fameux Talbot, vinrent au commencement du Carême, mettre le siège devant la forteresse féodale, et grâce à leurs engins de guerre, au nombre desquels se trouvait une petite bombarde « excellement bonne et roide », ils ne tardèrent pas à s'en emparer. Maître de la place, Sommerset y laissa garnison ; de là. comme d’un repaire, les Anglais se répandirent dans les pays environnants, qu'ils ravagèrent. Ils allaient s'emparer du château de Daours, quand une peine armée commandée par des gentilshommes picards, au nombre desquels se trouvait Bon de Saveuse, le seigneur dépossédé de Folleville, vint les attaquer. Les Anglais se replient sur le lieu de leur retraite, le château de Folleville, mais la témérité des Français causa leur perte et donna la victoire à leurs adversaires. Apres un combat sanglant, livré sous les murs de Folleville, combat où périrent plusieurs seigneurs picards, Bon de Saveuse ne put que rassembler ceux de ses soldats qui avaient échappé au carnage ; il les reconduisit à Amiens « moult tristes et déplaisants de cette malle aventure. » (3). Les Anglais restèrent pendant quelque temps encore maîtres de Folleville et du pays d'alentour, qu’ils molestaient à leur aise.
Nous avons dit plus haut qu'en 1478 le château de Folleville était passé en la possession de la famille de Lannoy ; cette transmission se fit par suite du mariage de Jeanne, fille unique d’Antoine de Poix et de Jeanne de Folleville, avec Raoul de Lannoy, descendant d'une illustre et ancienne maison, originaire des Pays- Bas U) Raoul de Lannoy avait d'abord été, comme tous les membres de sa
des
(1) A. Goze, Notice sur Folleville , pp. io, n et 12.
(2) La terre de Folleville revint plus tard à Jeanne de Folleville, fille de Renault.
U) Monstrelet, cité par Dusevel.
(4) Il n’est pas prouvé que les Lannoy des Pays-Bas soient les mêmes que ceux de Picardie, premiers, qui existe encore, ne reconnaît pas les seconds comme ses parents.
La famille des Lannoy des Pays-Bas, produisit plusieurs hommes célèbres, entr'autres Charles,
la famille prince de
famille au service des ducs de Bourgogne, et par conséquent, au nombre des adversaires de Louis XI ; plus tard, après la mort de Charles le Téméraire, il passa au service du roi de France, et combattit pour lui avec bravoure. Il contribua beaucoup à faire tomber la ville du Quesnoy en la possession de Louis XL Pour l'en récompenser, le roi lui jeta au cou une grosse chaîne d’or, composée de vingt chaînons, de la valeur de cent écus pièce, en lui disant : « Pasques ‘Dieu, mon amy, vous estes trop furieux en un combat ; je veux vous enchaisner pour modérer rostre ardeur, car je ne vous veux point perdre , désirant me servir de vous plus
d’une fois, i, Bientôt Raoul mérita à Avesnes, en Hainant, une autre chaîne d'or, avec les deniers de laquelle il acheta plus tard la terre et seigneurie de Paillard, près de Folleville.
Raoul de Lannoy continua en Italie sous Charles VIII et Louis XII à s’illustrer par ses exploits guerriers; il passa ses dernières années dans sa terre de Folleville et y mourut en 1 5 1 3. D’après M. Dusevel (i), Raoul de Lannoy aurait eu
l’honneur de recevoir en 1492, le roi Charles VIII dans son château de Folleville.
Une autre visite royale devait en 1 544 illustrer encore le même manoir : François Ier y accepta la fastueuse hospitalité de François de Lannoy. Le monarque adressa de Folleville à ses sujets une proclamation par laquelle il annonçait la conclusion de la paix entre la France et l’empereur Charles-Quint. C’est à cette circonstance, sans doute, qu’un appartement du château dut le nom de chambre du roy, sous lequel il était désigné dans les vieux inventaires.
Sous Charles IX, Folleville servit de lieu de réunion aux protestants, et Louis de Lannoy, le seigneur d'alors que l’on désigne habituellement sous le nom de Morvillers, et qui avait adhéré à la religion réformée, y tint des conciliabules
de huguenots, auxquels assistaient les partisans du prince de Condé. Les ligueurs,
maîtres d’Amiens, mirent garnison à Folleville en 1589. Le 3 février i5g2, Henri IV livra près des murs du château aux troupes du duc de Parme, un grand combat dans lequel il se mesla ; le soir, le roi coucha à Breteuil (2).
Mais quelque retentissants que soient les faits d’armes dont nous venons de faire mention, quelque lustre qu'aient apporté au château de Folleville, les visites royales et princières, tous ces souvenirs cèdent à celui du séjour que fit dans ses murs un homme qui s'illustra par la pratique des vertus chrétiennes, portée jusqu'à l'héroïsme et qui, par ses œuvres diverses et surtout par son ardente
charité a mérité d’être inscrit au nombre des saints et de devenir l’une des
gloires les plus pures de l’Eglise de France.
La terre de Folleville était passée en 1604 en la possession de Philippe Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, général des Galères de France, par suite du mariage
Sulmone, vice-roi de Naples, qui, à la bataille de Pavie (1525), reçut l’épée de François Ier. Une branche de ces Lannoy s’établit en Picardie, et Christophe de Lannoy, seigneur de La Boissière, fut nommé gouverneur d’Amiens par Henri IV en 1J98 ; il mourut en 1600, et fut inhumé à la Cathédrale, sous un monument de marbre, détruit au siècle dernier, qui occupait le milieu de la chapelle des Chapelains (Chapelle St. Joseph'.
Les Lannoy de Picardie sont connus sous le nom de Lannoy de Daméraucourt. On conserve au musée
de Picardie une porte en bois provenant du château de Daméraucourt ; les clous sont ciselés aux armes
des Lannoy, ceux-ci portent l’échiqueté d’or et d’azur dans leurs armes ; plusieurs ont été connétables héréditaires du Boulonnais et gouverneurs des villes, château et comté d’Eu ; ils ont été les bienfaiteurs des religieux mendiants en Picardie. Le tombeau de Nicolas de Lannoy, érigé en 1632, dans le chœur de l’église des Cordeliers d'Amiens, œuvre du sculpteur Blasset, est remarquable par sa magnificence ; il a été transporté dans la nouvelle église Saint-Remy, qui succède à l’église des Cordeliers. — Notice sur Folleville, par A. Goze, p. 14.
(1) Dusevel, Lettres sur le département de la Somme , p. 230.
(?.) De Beauvillé, Documents inédits, t. IV, p. 619.
de ce personnage avec Françoise Marguerite, fille unique d'Antoine de Silly de la Rochepot, qui détenait Folleville comme héritier de Louis de Lannoy, dont il avait épousé la fille. La famille de Gondi, originaire de Florence, venue en France à la suite des reines de la race des Médicis, compta quatre de ses membres qui occupèrent le poste élevé de général des Galères, un maréchal de France, quatre prélats, dont trois furent cardinaux : ces prélats occupèrent successivement le siège épiscopal de Paris, deux comme évêques et deux comme archevêques : le dernier, sous le nom de cardinal de Retz, joua, durant les troubles de la Fronde, un rôle retentissant, mais pas toujours honorable; c’était l'un des fils de Philippe Emmanuel de Gondi (i).
En 1 6 1 3, xM. et Mme de Gondi estimant qu'il était temps de faire donner une
instruction et une éducation aussi sérieuse que chrétienne aux fils nés de leur
union, s'adressèrent au P. de Bérulle, fondateur de l'Oratoire, et depuis, cardinal, afin qu'il leur indiquât un précepteur digne de remplir cette haute mission. Le P. de Bérulle jeta les yeux sur Vincent de Paul, alors curé de Clichy près de Paris. Le pieux ecclésiastique ne céda pas sans une résistance dictée par son humilité aux instances du P. de Bérulle, et n'accepta qu’à grand peine des fonctions qu'il regardait comme trop éclatantes.
C'est à Folleville, que Vincent de Paul inaugura les Missions, but principal de la Congrégation encore si florissante de nos jours, et dont il allait être le fondateur. On sait dans quelles circonstances le saint prêtre conçut, par 1 inspiration divine, le projet de créer cette œuvre, si féconde en consolants résultats. Appelé au chevet d'un moribond, habitant la paroisse de Cannes, à deux lieues de Folleville, il assura à cet homme une mort très chrétienne en lui suggérant la pensée de faire une confession générale. Frappée de l'importance du résultat obtenu,
Madame de Gondi pria Vincent de donner à l'église une série d instructions sur un
sujet aussi important au point de vue du salut. Le prédicateur prononça son premier discours le dimanche 25 janvier 1617, en la fête de la Conversion de saint Paul : c’est dans la chaire qui existe encore, que le pieux apôtre donna ce sermon, point de départ d'une des institutions les plus grandioses de 1 Eglise catholique.
Rappelons maintenant un autre fait relatif au séjour de S. Vincent de Paul à Folleville. Philippe Emmanuel de Gondi, cédant aux préjugés si en faveur de son temps, malgré les barrières que nos rois, d accord avec 1 Eglise, tentaient de leur opposer, Philippe de Gondi, disons-nous, pour venger un affront, devait se battre en duel avec un des principaux seigneurs de la cour. Par une singulière contradiction, avant d'enfreindre un précepte formel de la loi divine, Philippe voulut s'assurer la protection de Dieu, pour l'issue de son duel et le salut de son âme : il entendit pieusement la messe dite par Vincent dans l’église de Folleville, et comme, après la messe, il restait en prières, Vincent s'approcha de lui, et ce jetant
(1) Certains historiens, parlant de ce prélat, qui avant d’étre élevé à la dignité de prince de l’Église, avait rempli à Paris, auprès de son oncle, les fonctions de coadjuteur, s’étonnent que celui qu’ils regardent comme l'élève de Vincent de Paul, n'ait guère profité des leçons d’un aussi saint précepteur. Il faut se rappeler que quand celui-ci arriva au château de Folleville, Philippe-Emmanuel n’avait encore que deux fils: Pierre de Gondi, 1 aîné qui devint plus tard duc de Retz, et succéda à toutes les charges paternelles, et Henri, marquis des îles d'Hyères ; le cadet que l’on destinait à l'état ecclésiastique, mourut à la chasse, d’une chute de cheval. Le troisième fils, Jean I*rançois de Paul, le futur cardinal de Retz, naquit en 1614 : il n'était donc pas encore au monde lorsque Vincent entra dans la maison de Gondi vers la fin de 1613, et lorsqu’il en sortit une première fois en 1617, l'enfant n'avait encore que trois ans. Vincent rentra chez les Gondi l'année suivante pour en sortir définitivement en 1625, laissant françois de Paul âgé de onze ans. Dans cette seconde période, le saint prêtre s'occupa beaucoup plus de la direction de Madame la Générale, de la conduite religieuse de sa maison, des missions dans ses terres, que de l'éducation de ses enfants. — Manuscrit de l’abbé Sergeant.
îog —
à ses pieds : Souffre p, Monsieur, dit-il à Gondi, que je vous adresse un mot en toute humilité. Je sais que vous aveq dessein de vous aller battre en duel ; mais je vous déclare, de la part de mon Sauveur , que je vietis de vous montrer et que vous veneq d’adorer, que si vous ne quitte ç ce mauvais dessein, il exercera sa justice sur vous et sur toute votre postérité. Il n'en fallut pas davantage pour désarmer le grand seigneur. A son tour, le général tombe aux pieds de Vincent et se tournant
vers Dieu, lui laisse le soin de la vengeance qu'il s’est réservée (i). On croit que
cette scène se passa à côté du tombeau de Raoul de Lannoy.
L’ascendant que Vincent de Paul, par la grâce de la Providence, venait
d'exercer sur Philippe de Gondi, se manifesta dans plus d'une circonstance : il fit de ce grand seigneur l’un des hommes les plus édifiants de son siècle. Après la mort de sa femme, Françoise-Marguerite de Silly, mort arrivée le 23 Juin 1625, Philippe de Gondi quitta le monde, pour se retirer à Saint-Magioire de Paris, dans la Congrégation des prêtres de l'Oratoire. Il mourut à Joigny en 1662, à l'âge de 81 ans, après trente-cinq ans de sacerdoce.
Avant de cesser de parler du rôle que saint Vincent de Paul remplit à Folleville, rappelons qu’il établit dans ce village une Confrérie de la Charité, idée première et modèle de nos Conférences actuelles. Cette association fut approuvée par l'Evêque d'Amiens, François Le Febvre de Caumartin, le 6 octobre 1620 (2).
J1 n'y a plus à signaler aucun fait historique de quelque importance se rattachant à Folleville depuis l'époque où le château et la terre passèrent de la famille de Gondi à celle de Séricourt d'Esclainvillers, qui la transmit par mariage à la famille de Mailly, ainsi que nous l’avons mentionné plus haut.
Après la mort du duc de Mailly, arrivée pendant la Révolution, le château et le domaine de Folleville passèrent en diverses mains. L'enclos où se trouvent les ruines appartint durant quelque temps à une demoiselle Serpette, habitant Montdidier. 11 est maintenant la propriété des Lazaristes, qui assureront au moins la conservation de ces précieux débris (3).
L’église de Folleville se compose de deux parties bien distinctes, la nef et le chœur ; ces parties ont été construites à des époques différentes. La nef actuelle forma pendant longtemps à elle seule l’église paroissiale ; elle était sous l'invocation de saint Jacques le Majeur, saint Jacques de Compostelle, selon l’appellation par laquelle nos pères se plaisaient à désigner cet apôtre du Sauveur.
Le chœur, ajouté postérieurement, ne devait être qu’une chapelle sépulcrale, destinée à renfermer les tombeaux des châtelains et servant au culte pour leur usage particulier. Le vocable de St Jean-Baptiste fut donné à cette chapelle.
L'église Saint-Jacques de Folleville dut être construite pendant les dernières années du xiv' siècle ; elle eut pour fondateur Jean de Folleville, seigneur du lieu, qui fut prévôt de Paris de i388 à 1401 (4). La chapelle de Saint-Jean-Baptiste fut édifiée aux frais et par les ordres de Raoul de Lannoy, chevalier, seigneur de
(1) MS. de l’abbé Sergeant.
(2) Abbé Maynard, Vie de S. Vincent de Paul , t. i p. 146.
(3) Ces lignes ont été écrites au mois de décembre 1900.
(41 V. de Beauvillé, Documents inédits, t. IV p. 285 — Une église plus ancienne avait occupé le même emplacement : lorsqu'on reprit en sous œuvre les fondations delà nef, en 1862, on retrouva les fondements d’un autre édifice sur lequel l’architecte du xivc siècle avait cru pouvoir appuyer sa construction. — Ms. de l’abbé Sergeant. p. 45.
Morvillers et Folleville : elle est antérieure à l’année i5ig. L'intention des châtelains était bien de maintenir une distinction absolue entre les deux parties de l'édifice sacré. Dès 1344, vingt ans après l'achèvement de la chapelle seigneuriale ^le chœur actuel', François de Lannoy, fils de Raoul, exige du curé de Folleville, la déclaration formelle que la chapelle de Saint Jean-Baptiste appartient au seigneur et à ses successeurs (1). Toutefois le curé avait la permission de conserver le Saint-Sacrement à l'autel de la dite chapelle, en laquelle Le Corps de Jésus-Christ est plus sûrement et honorablement que sur l'autel de la paroisse (2).
L’aspect extérieur de l'église de Folleville accuse la division intérieure. La nef est sensiblement moins élevée que le chœur, et même au dehors, l'ornementation plus simple lui donne une sorte d’infériorité sur la riche chapelle seigneuriale. La nef se compose de trois travées délimitées par des contreforts médiocrement saillants : elle est éclairée par des fenêtres bipartites, de style flamboyant. La façade principale, au couchant, est extrêmement simple ; c'est une muraille terminée par un pignon aigu, sans autre ouverture que le portail en arc surbaissé, encadré par deux contreforts à ressauts et larmiers ; qui s'arrêtent un peu au-dessous de la pointe du pignon. Une autre porte, presque semblable à celle de l'occident, s'ouvre sur le flanc méridional ; elle est au-dessous du glacis qui règne au bas des fenêtres de la nef, sur les deux côtés des murs (3) ; le glacis contourne les contreforts, dont il constitue les larmiers, ces contreforts se terminent par un plan incliné au-dessous des nochères du toit ; l’ogive des fenêtres est contournée par une archivolte. Derrière le pignon s’élève le clocher, en charpente recouverte d'ardoises ; il se compose d'une partie carrée, avec ouvertures garnies d'abat-sons ; puis s'élance une petite flèche polygonale, très aigue, surmontée d'une croix ; assez gracieuse, cette flèche est reliée à la partie inférieure par des écoinçons. Ce clocher, d'après le Dr Goze (4), a été refait en 1840 ; il en remplace un autre dont la disposition rappelait un peu celle d'une pagode chinoise, si l’on en juge par un dessin de Joron, datant de la première moitié du xixc siècle, et d'une lithographie insérée dans le Voyage en Picardie , du baron Taylor, reproduite en gravure sur bois, dans le Saint Vincent de Paul, de l'abbé Maynard. A gauche du portail occidental de l’église, on voit encore quelques vertiges d'une tourelle qui renfermait jadis un escalier en vis, dont il reste un débris. Nous avons déjà mentionné cette tourelle, dans la description du château. Au midi, dans l’angle formé par la jonction du
(1) Et en icelle ne y ont les curé, vicaire, maresguilhier et paroissiens de Folleville que veoir ne congnoistre, ains appartient au dit seigneur et ses successeurs, seigneurs de Folleville, pour le cause de le fondacion des sus dit — Déclaration du 17 avril 1544, loc. prie.
(2) Ibid. p. 286.
(3) La porte latérale se trouvait autrefois non pas au milieu de la travée, mais sur le côté, près du pignon ; lors de la restauration de l'église elle a été placée tout-à-fait au-dessous de la fenêtre pour la régularité et aussi afin qu'une partie de la muraille ne reposât plus sur le cintre de cette ouverture — Ms. de l’abbé Sergeant. p. 45.
(41 Notice sur l'Eglise de Folleville, p. 25 — L’église de Folleville avait été depuis la Révolution, laissée dans un état d’abandon qui n'aurait pas manqué d’en amener la ruine complète. La toiture effondrée laissait passer à l'intérieur la pluie et la neige, les voûtes servaient d'abri à une multitude d'oiseaux sauvages ; les premières restauration, les plus urgentes, purent être entreprises par le curé, l’abbé Tingry, grâce aux subsides que son zèle lui fit obtenir de M. Estienne, successeur de S. Vincent de Paul, comme Supérieur général des Lazaristes et de la Mère Supérieure des Filles de la Charité. On commença par remettre à neuf la couverture sous la direction de MM. Dercheu et Herbault, architectes à Amiens. En 1862, après une visite de M. Cornuau, préfet de la Somme, on obtint une allocation suffisante pour réparer la maçonnerie de l'édifice. L’église fut classée parmi les monuments historiques. La commune malgré la 1 de ses ressources vota 945 fr. pour les travaux de restauration. Le soubassement de la nef qui était en mauvais état reposait sur les fondations d'une plus ancienne église, lesquelles n'étaient plus assez solides ; il fallut tout reprendre en sous œuvre, les réparations furent exécutées sous la direction de M. Masse, d’Amiens, architecte de 1 arrondissement de Montdidier, par M. Judène, entrepreneur à Folleville. — Notice... par A. Goze, pp. 32-33.
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chœur avec la nef, se trouve une autre tourelle ronde, encore intacte. Elle était jadis plus élevée, comme le témoigne le dessin de Joron. M. Bazin pense quelle a pu renfermer la cloche de la chapelle seigneuriale.
Les contreforts du chœur ne s’arrêtent point à la terrasse du toit ; ils la dépassent et sont surmontés de pinacles ; leur saillie est plus forte que celle des contreforts de la nef, parce qu’ils ont à soutenir la poussée d une voûte de pierre. A un contrefort du chœur, vers l’abside, à droite, une niche contient une statue de la Sainte Vierge ; sur un autre contrefort, à droite du portail latéral, il y a une statue de Saint Jacques, patron de la paroisse.
Pénétrons à l’intérieur de l’édifice. La nef, l’ancienne église paroissiale, est couverte par une voûte en charpente, ogivale, robée en planches de chêne, avec entraits et poinçons apparents.
Sur les blochets saillants des sablières sont sculptées des figures grotesques, selon la coutume du temps. L’une de ces sculptures, placée précisément vis à vis la chaire, représente un prédicateur ayant pour auditeurs un singe et un personnage grimaçant s’élargissant la bouche avec les doigts. « Ce comble lambrissé, dit M. Goze, est un des plus beaux que l’on puisse voir dans le département de la Somme. » (i) Plusieurs statues sont placées contre les murailles, entre les fenêtres ; quelquesunes sont modernes : nous n’avons pas à nous en occuper ; signalons seulement trois jolies statuettes de l’époque de la construction de l’église : la sainte Vierge, sainte Catherine et sainte Barbe.
Les consoles qui les supportent sont ornées des écus de Lannoy, écartelé de Neuville. Près de la chaire, vers l’entrée du chœur, du côté de l’épitre, une niche vide (2) depuis longtemps, a reçu lors de la restauration de l’église il y a près de quarante ans, une statue en pierre, représentant l’apôtre Saint Jacques, assis. Cette figure, d un bon style en remplace une autre qui autrefois se trouvait au même endroit. Au bas de la niche est l’écu de Hangest-Genlis, qui est celui de l’épouse de François de Lannoy. Sur les murailles on voit encore des vestiges de peinture ; ce sont les croix de consécration : les branches sont de forme ancrée, peintes en ton d 01 sur des médaillons ronds à fonds rouges, bordés de vert. Autrefois devant les statues des saints se trouvaient des chandeliers, scellés dans les murs, et destinés a supporter les cierges que l’on faisait brûler en l’honneur des bienheureux représentés par la sculpture ; autour de la bobèche, il y avait une soi te de couronne en tôle découpée en festons trêflés et quadrilobes, de
(1 ) Goze, Notice sur Folleiitlc, p. 26. — - Vers le choeur sont des amorces de branches d'ogives ou nervures qui font présumer qu on a eu le projet de couvrir la nef d'une voûte d’arête. Idibem, p. 2;.
(2) Cette niche parait avoir été primitivement la baie de la porte qui donnait accès au jubé; on parvenait à cette porte par I escalier en vis contenu dans la tourelle extérieure qui existe encore.
l'époque de l'église; ces appareils de luminaire ont depuis longtemps disparu (i). Au dessus du jubé, formant la ligne de démarcation entre la chapelle seigneuriale (chœur actuel) et la nef (église paroissiale des paysans), il y avait une poutre transversale, supportant à son milieu un grand Crucifix, accosté à droite et à gauche, des statues de la Vierge et de Saint Jean (2). D'après une tradition locale, S. Vincent de Paul montait fréquemment au jubé, et s'agenouillait au pied de ce crucifix pour y faire sa méditation devant le Saint-Sacrement, conservé à l’autel du chœur. La poutre a été enlevée de sa place primitive lors de la restauration de l'église, mais elle a été conservée pour servir de balustrade à la tribune de l’entrée de la nef.
Quant au jubé, il occupait toute la largeur de l'église marquant la séparation de la nef, destiné aux villageois, d’avec la chapelle reservée au seigneur et à sa maison. Percé à son centre d'une porte fermant à clef et permettant d’apercevoir l'intérieur de cette chapelle, il surmontait deux autels symétriques : lun à gauche, en regardant le fond de l’église, était dédié a la Sainte Vierge, 1 autre a droite, sous le vocable de Saint Jacques, était 1 autel servant à la célébration des offices paroissiaux ; une piscine creusée dans la muraille de la nef, près de la chaire rappelle encore l’existence de cet autel, qui était proprement celui de Folleville ; le curé en prenait officiellement possession le jour de son installation (3).
La chaire, en chêne sculpté, adossée au mur, est placée entre l'entrée du chœur actuel et la première fenêtre de la nef, du côté du midi ; la tribune polygonale repose sur un cul-de-lampe ajouré, supporté par un piédouche. Des pilastres cannelés séparent des panneaux assez élégamment ciselés, surmontés d une corniche, formée de consoles accouplées, entre lesquelles sont des têtes d'anges ailés ; le cul-de-lampe et l'abat-voix sont dans le style de la fin de la Renaissance, de même que la tribune, mais le dossier et l'escalier ont été probablement refaits à une date postérieure ; cette chaire, quoique d’aspect assez gracieux, n'a pourtant rien de plus remarquable que beaucoup de chaires d'églises de campagne ; mais un souvenir des plus précieux s’y rattache ; c’est du haut de cette tribune sacrée que, le 25 Janvier 1617, saint Vincent de Paul prêcha le sermon qui fut en quelque sorte le point de départ de l'œuvre des missions, l'un des principaux titres de gloire de l'homme apostolique dont l'église de France se montre si justement hère. Aussi l'empressement des fidèles désireux d emporter des fragments de cette chaire était tel, qu’il a fallu prendre des mesures pour en assurer la conservation: la base est entourée d’une balustrade en fer forgé, de bon style.
Les bancs en chêne qui garnissent la nef sont anciens et ne manquent pas d'une certaine élégance ; les dossiers, servant d’appui, avec tablette de prie-dieu à chaque banquette postérieure, sont ajourés par une balustrade; aux deux extrémités de- chacune des rangées, un vase en bois tourné forme amortissement. Ces bancs ont été bien réparés lors de la restauration de l'église.
(1) M. Bazin, dans sa Notice, donne le dessin de trois de ces chandeliers. M. de Beauvillé les a aussi reproduits.
12) Désignées sous le nom de traies ces poutres transversales se retrouvaient au moyen âge dans la plupart des églises. « L’usage des trabes, dit Viollet-le-Duc est antérieur à celui des jubés, et date des premiers temps du Christianisme. Il a été conservé, comme beaucoup d'autres coutumes primitives, dans l'Eglise grecque...... ( Dict .
d' Architecture, t. IX, p. 197). — La petite église conventuelle de Saint-Jean-aux-Bois, dans la forêt de Compiégne, possède encore les deux extrémités d’une trabes du XIIIe siècle, couverte de jolies peintures ; ces deux extrémités reposent sur deux chapiteaux ménagés au droit des piliers de l’entrée du Choeur. \ ioilet-le-Duc en donne un croquis (toc. cit).
13) La cure de Folleville était à la présentation de l’archidiacre d'Amiens et du préchantre de la Cathédrale, conjointement.
Les fonts baptismaux, placés au bas de l’église, à gauche en entrant par le portail principal sont très remarquables : ils ont la forme d'une coupe évasée, en marbre blanc, de i m. i5 c. de diamètre. Cette cuve ronde est ceinte de la chaîne historique des de Lannoy qui retient dans son contour quatre écussons chargés des armes de Folleville, de Lannoy, de Poix et d’Hangest (i). A l’intérieur est gravée en caractères romains, cette invocation à la Trinité régénératrice dans les eaux du baptême : Sancta Trinitas, unus Deus, miserere nobis. Un couvercle en bois, en forme de pyramide, terminé par une croix, surmonte la cuve de marbre. Il était, comme celle-ci, entouré à sa base d’une sorte de corniche armoriée; les écussons ont malheureusement été mutilés. Le cachet de la renaissance et de l'art italien sont empreints sur la cuve baptismale, de même que sur le sarcophage de Raoul de Lannoy. Le couvercle, au contraire peut être revendiqué par le style flamboyant que nos artistes indigènes n’avaient pas encore entièrement abandonné au xvi1' siècle (2). La cuve repose sur un piédouche en pierre grise, à dessins imbriqués, cantonné par quatre feuilles d’acanthe, qui se terminent chacune par une griffe de lion.
Remontons maintenant vers la partie supérieure de l'église, partie la plus intéressante au point de vue artistique et archéologique. Le chœur actuel, ancienne chapelle seigneuriale, a été mis, par la
suppression du jubé, en communication directe avec la nef ; il se compose de
deux travées, précédant une abside à trois pans ; la première travée, un peu plus large que la seconde, forme, à cause des deux ouvertures qui la mettent en communication avec deux chapelles placées en vis à vis, une sorte de
transept rudimentaire. Les voûtes, en pierre, sont des plus remarquables. Elles ont été trop bien décrites par M. Bazin (3), pour que nous nous permettions de rien changer à cette description : « Les voûtes du chœur indiquent bien
que ce chœur est une chapelle funéraire destinée à abriter les tombeaux de la famille de Lannoy. La partie comprise dans la travée occupée par le monument de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix (partie la plus rapprochée du maître-autel), est chargée sur les crêtes, de chaînes qui montent et descendent, d’i? majuscules et dY minuscules, de J majuscules et de j minuscules, toutes lettres séparées par des larmes funèbres, toutes lettres consacrées, ainsi que les chaînes, à la mémoire de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix. Parmi les torsades, les bouquets de fleurs et de feuilles les plus variés, les pois que nous retrouverons, si significatifs, sur le tombeau, à côté de Jeanne de Poix ; et, pour escorter la chaîne que nous reverrons au cou de Raoul, la cordelière du patron de François de Lannoy (S. François d’ Assise), enfin, sur les arceaux des voûtes de toute une travée, une simple lettre répétée un grand nombre de fois et
(i| Ces écus sont: i° Parti de Lannoy, coupé de Poix de Séchelles et d'IIangest; 20 Ecartelé au icr et-p de Lannoy, au 2e et 3° de Poix de Séchelles ; 30 Ecartelé au icr et 4e de Lannoy, au 2e et 3e d’Hangest; 40 Ecartelé au icr de Lannoy, au 2e, de Poix en Picardie, au 3e de Poix de Séchelles, au 40 de Folleville. — Notice de M. Bazin, 1883, p. 32. — N. B. L’écu reproduit sur le cliché des fonts baptismaux est certainement celui des Lannoy , écartelé de Neuville- Mar tinghen. M. Ba\in ne le dit pas.
(2) M. Bazin, loc. cit.
(3) Loc. cit. p. 7. 29
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presqu’invisible pourtant, si bien elle est cachée dans les plis des nervures, l'initiale du nom de François (F). Mais à la différence de ce qui se passe pour 1 initiale de Raoul, celle de François n'est pas escortée de larmes. Les F majuscules et les f minuscules, sont entremêlés à des cabochons garnis de perles, parce que François n'est pas mort au moment où l'on append 1 initiale de son nom aux voûtes du chœur (i). En arrivant à l'arête la plus rapprochée de la nef, la voûte se garnit de coquilles de pèlerins, bien reconnaissables, rappelant saint Jacques, patron de la nef... Pour terminer ce qui concerne les voûtes, disons que les arceaux viennent se perdre sur la muraille où ils reposent sur de petits culs de lampe, diversement historiés. Sur l'un, une tête encapuchonnée; sur un autre, une tête de mort ; sur un troisième un limaçon, et à côté, trois têtes dans un bonnet. On ne peut savoir
s'il s'agit ici de trois artistes ayant concouru à l'œuvre en commun Les voûtes
de l'abside, plus simples, sont seulement ornées de nervures prismatiques, avec culde-lampe au point central d’intersection.
Nous avons dit que deux chapelles, en regard l’une de l'autre, étaient en communication avec la piremière travée du chœur, et formaient une sorte de transept. La chapelle de gauche, eu égard au maître-autel, du côté de l’évangile, est dédiée à la Sainte Vierge. C’était là que se plaçaient les membres de la famille seigneuriale quand ils assistaient aux offices : ils avaient accès par une prorte ouvrant dans la cour du château, une ouverture percée dans le mur de la niche du tombeau de Raoul de Lannoy leur permettait d'apercevoir le prêtre officiant. Cette chapelle est mise en communication avec le chœur de l’église par une arcade en
anse de panier, surmontée d'une simple archivolte. La fenêtre au-dessus de cette
arcade, de même que la fenêtre suivante, qui surmonte le tombeau de Raoul de Lannoy, descend moins bas que les fenêtres de l'abside. La décoration de cette chapelle est moderne : elle date de 1862 ; l’autel est de style approprié à celui de l'église ; les murailles ont été couvertes d'une peinture polychrome en ton chamois dans son ensemble ; sur le fond se détachent des arabesques de couleur verte et les chiffres dorés de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix. Ces peintures sont de M. Dubosc, de Moreuil.
La chapelle parallèle, n'est dédiée à S. Vincent de Paul que depuis le dernier quart du xixc siècle : commencée au mois de décembre 1868, sa décoration et son installation ne furent terminées qu'en 1873. C’était autrefois la trésorerie de la chapelle seigneuriale ; elle avait été transformée en sacristie depuis que la paroisse avait pris possession de toute l’église. Quand cette chapelle servait de trésorerie ou de sacristie, elle était fermée du côté du chœur par une muraille, percée d'une petite porte. Sur le mur, à côté de cette porte, était appliquée l’épitaphe en marbre noir de Timoléon de Séricourt, Seigneur de Folleville, et à côté se trouvait l’épitaphe de la comtesse de Mailly. Enlevées lors de la démolition du mur, ces épitaphes ont été replacées dans un autre endroit de l'église. Au-dessus étaient encastrés dans le mur cinq médaillons en marbre blanc, de sculpture italienne. Trois sont ronds, deux affectent la forme d'un parallélograme. Au premier aspect les personnages représentés en buste et de profil sur ces médaillons paraissent appartenir à l'histoire grecque ou romaine ; mais un examen plus attentif fait reconnaître dans ces figures les images de N. S. Jésus-Christ, de la Sainte \ ierge, et des apôtres S. Pierre, S. Jean et S. Jacques. Le déplacement de ces médaillons,
(1) Nous ne savons pas pourquoi, Jeanne de Poix étant probablement encore vivante lorsque les sculpteurs travaillaient aux voûtes, on a mis des larmes à côté de l’initiale de son prénom, tandis qu'on n’en mettait pas ûcùté de l’F de François, son fils. Peut-être les sculptures ne furent-elles terminées qu’après la mort de Jeanne?
d’un beau caractère, est très regrettable. La décoration architecturale et sculpturale de la chapelle de S. Vincent de Paul, de style moderne, a été sévèrement critiquée, bien que l'on se soit efforcé de la mettre autant que possible en rapport avec l'ensemble de l’église; nous ne nous attarderons pas à la décrire; ce n'est point ici le lieu (i). Une sacristie nouvelle a été construite sur le flanc méridional du chœur.
Il y avait autrefois dans le chœur de Folleville trois stalles en chêne sculpté d’un très beau travail ; elles ont été enlevées il y a longtemps et passèrent alors dans la collection du peintre Devéria, à Paris ; nous ne savons ce qu elles sont devenues.
Abordons maintenant la description des œuvres de sculpture, d'un travail si merveilleux, qui attirent à Folleville un nombre considérable de visiteurs. Le premier monument qui se présente en se dirigeant vers le fond du chœur est le mausolée de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix son épouse. Il est placé dans la travée qui précédé le maître-autel, et occupe un enfoncement pratiqué dans la muraille du chœur, du côté de l’évangile. La saillie formée par cette niche à l’extérieur est à l’alignement de la muraille de la chapelle de la Vierge, qui simule une sorte de transept. Le mausolée consiste en deux parties distinctes : le sarcophage supportant deux statues couchées ; la niche, qui abrite ce sarcophage. La première partie, en marbre blanc, est l’œuvre d’artistes italiens ; la seconde, en pierre délicatement ciselée, a été ouvrée par le ciseau de sculpteurs français. Sur la face antérieure du sarcophage, quatre génies, enfants nus et ailés, donnent les signes d’une profonde douleur ; placés deux à deux, ils soutiennent des écussons aux armes des familles de Lannoy, de Poix et de Folleville. Les deux groupes sont séparées par un cartouche rectangulaire sur lequel est gravée en caractères gothiques, une épitaphe en langue française (2). Les statues des deux gisants , de grandeur naturelle, représentent Raoul de Lannoy et Jeanne de Poix, revêtus des somptueux costumes de l epoque. La tête appuyée sur des coussins ils paraissent plongés dans un paisible sommeil ; les veines bleuâtres du marbre donnent à ces figures l’aspect de cadavres qui commencent à subir les premières atteintes de la corruption du sépulcre. Les mains de chacun des deux personnages, aux doigts ornés de bagues, sont posées l'une sur l’autre vers le milieu du corps et supportent des lambels chargés d’inscriptions pieuses. Le travail des têtes, des vêtements et des bijoux est admirable. La couche funèbre est bordée du côté de Raoul par des ceps de vigne, des guirlandes de houblon et des enroulement de lierre et de chêne ; du côté de Jeanne de Poix on toit des rinceaux de fleurs et des tiges de pois. Toutes ces guirlandes de feuillages et de fleurs aboutissent à des crânes humains ; elles s'engloutissent dans la bouche et ressortent par les orbites vides des yeux, « image de la mort sans pitié, que ne fléchissent ni les grâces d'une femme, ni les vertus d’un guerrier (3) ». Les artistes italiens, auteurs des deux statues tombales, ont signé leur œuvre : aux pieds de Raoul est une inscription latine relatant les noms Antonius de Porta Tagmaninus milanais, et de Paxius, son neveu. Aux pieds de Jeanne, le premier de ces sculpteurs a seul signé, et cette fois en italien (4)
(1) Voir le jugement porté par M. V. de Beauvillé sur ta chapelle de S. Vincent de Paul de Folleville, Documents inédits, t. IV, p. 634.
(2) Le texte des inscriptions funéraires de Folleville ayant déjà été plusieurs fois publié, nous avons cru inutile de le reproduire ici.
(3) M. Bazin, Notice... p. io.
(4) Voir dans l’ouvrage précité de M. Bazin quelques réflexions très intéressantes sur les artistes italiens, auteurs du tombeau de Folleville. Il existe dans l’église de Ruisseauville (Pas-de-Calais) une remarquable statue de la Vierge, en marbre blanc, qui provient de l'ancienne abbaye du lieu. Elle est signée « Antonius Tamagnianus de Porta et
L'ornementation de la niche qui abrite le sarcophage est due toute entière à des artistes français comme nous l'avons dit plus haut ; elle est un dernier reflet des traditions suivies par les tailleurs d'images du moyen-âge ; mais elle commence à subir l'influence de la Renaissance ; les deux styles se combinent ici comme dans les stalles de la Cathédrale d'Amiens, qui sont à peu près contemporaines du monument funèbre, avec lequel elles offrent plus d un point d analogie.
Le fond et les parois latérales de la niche sont tapissés d'ornements d'une délicatesse exquise, entremêlés d’ossements humains et encadrant des sentences pieuses se rapportant à la mort. On y lit aussi la devise des Lannoy, mais modifiée par un sentiment d'humilité, en rapport avec les pensées que doit inspirer un tombeau :
Craindons la mor, mieulx en aurons
Il n'était pas convenable de reproduire la fière parole des anciens seigneurs de Folleville dans un monument qui ne rappelle que la fragilité des choses humaines.
Sur les parties latérales de la niche sont répétées les initiales de Raoul et de
Jeanne ( R et J) retenues par des lacs ; du côté des pieds des gisants, au centre de la
muraille, un médaillon représente la décollation de S. Jean-Baptiste, patron de la chapelle seigneuriale. Une autre scène de deuil fait face à celle-ci du côté opposé : c’est Notre-Seigneur dans les bras de sa Mère, après la descente de croix. Auprès, dans un enfoncement pratiqué pour établir une communication entre le sanctuaire et la chapelle voisine où se tenaient les seigneurs, un homme embouche une
trompette et agite une bannière chargée de trois tête de mort ; il donne ainsi un sévère avertissement à un jeune homme en habits de fête, qui paraît se pavaner en face de lui.
Sur la muraille du fond, sous des dais feuillagés, on voit les trois figures en demi-relief de S. Antoine, patron du père ‘de Jeanne, Antoine de Poix ; de
S. Sébastien percé de flèches et de S. Adrien : ces deux saints martyrs l'un et l’autre officiers dans l’armée romaine, avaient été mis au nombre des principaux protecteurs des gens de guerre.
De la voûte de la niche descendent deux légers pendentifs ; sur l’un sont groupés trois saints, sur l'autre trois saintes ; les saints du premier pendentif sont S. Jean l’Evangéliste, patron de Jeanne de Poix ; S. Jacques de Compostelle, patron de la paroisse de Folleville, et S. Michel qui est aussi honoré d'une façon toute spéciale par les guerriers.
Sur le second pendentif, on voit sainte Barbe, sainte Catherine et sainte Marguerite, ces trois saintes étant regardées comme les patronnes des femmes ont été placées là en mémoire de la dame de Folleville.
Des fleurs de lis tapissent le fond des voûtes, les arceaux portent les initiales de Raoul et de Jeanne en lettres majuscules et minuscules gothiques, alternant entre elles et séparées par des larmes. On y voit aussi comme sur le sarcophage, des pois en gousses et en fleurs.
La partie supérieure de l'ouverture de la niche, du côté du chœur présente une riche ornementation ; la disposition principale consiste en deux arceaux en accolade, séparés par un pendentif ; l'intrados et l’extrados sont garnis de crochets
Paxius de Ga\ino Mediolanensis fecerunt * — C’est donc une œuvre des artistes qui travaillèrent à Folleville. Le mot Tamagnianus, désigne une localité du Milanais, Tamagni ou Tamagnia, d'où Antoine de Porta était originaire. (Voir: Inventaire des monuments du Pas-de-Calais intéressant l'archéologie ou l'art, par M. II. Loriquet, p. 26).
munis de feuillages ; un fleuron très orné s'élance au-dessus de la pointe de chaque arcade et va se perdre sous le larmier de la fenêtre du chœur qui surmonte le tombeau. Cette disposition rappelle celle des dais abritant les stalles hautes de la Cathédrale d’Amiens.
Entre les deux accolades, au centre du tombeau, la Vierge Marie, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras, émerge d'un lis épanoui, au-dessous duquel, sur le pendentif séparant les deux arceaux, un ange déploie un phylactère. La couronne de la Vierge est garnie de fleurons Irisés, entre lesquelles brillent des étoiles ; derrière Marie est un léger treillage et, dans le lointain, des arbres, par allusion à différents passages du Cantique des Cantiques , ayant trait à la Sainte Vierge. Au-dessus de l’Enfant-Dieu et de sa Mère, un très joli dais laisse pendre des courtines que deux anges relèvent avec grâce.
Les attributs des évangélistes : l'ange et l’aigle en haut, le bœuf et le lion en bas, tous quatre ailés et nimbés, complètent avec les deux anges du dais, l’auguste cortège de Marie. Autour du groupe principal, est une sorte d’encadrement formé par une guirlande de roses, enfilées les unes après les autres comme les grains d'un chapelet ; de dix en dix s’épanouit une rose plus grande : en tout cinq grandes roses séparant autant de dizaines de petites roses toutes semblables et symétriquement disposées, de sorte que par leur arrangement et par leur nombre, ces fleurs composent cette fraction du rosaire que l'on appelle chapelet.
Dans la partie supérieure du mausolée, en dehors des arcades, on voit deux médaillons encadrés l’un et l’autre par une couronne de feuillage ; ils montrent une tête d homme et une tête de femme, se présentant de profil et se regardant ; ces personnages ont des coiffures à la mode de l’époque. D'après M. Goze, ce seraient Claude de Créquy, petit-fils des défunts, et Louise de Lannoy, leur fille, épouse de Philippe de Créquy, baron de Bernieulles et de Bléquin. M. Goze appuie son dire sur la présence de la statue de S. Louis, adossée au pilastre qui forme un des côtés de l'encadrement du tombeau, auprès du buste de femme, et sur la présence de la statue de S. Claude, évêque, placée en pendant sur le pilastre opposé, près de la tête d'homme. M. Bazin parait croire que les médaillons seraient les portraits de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix. Les statues de S. Louis et de S. Claude reposent sur des consoles ornées de figures humaines et sont abritées par des dais en clochetons délicatement ajourés.
Une sorte de frise termine le mausolée au dessous du glacis de la fenêtre du chœur ; aux deux extrémités, des cornes d’abondance accouplées sont sculptées en bas relief ; dans la partie centrale on voit, se faisant face, et séparés par la partie supérieure du dais qui abrite la Vierge, un centaure armé d'une massue et protégé par un bouclier en forme de cœur, et une sirène, ou Mélusine, tenant un peigne et un miroir. Le centaure, intrépide dans les combats, pourrait convenir à Raoul de Lannoy, et la sirène, qui séduit par ses chants et ses charmes, à Jeanne de Poix. Ce mélange de personnages mythologique avec les saints personnages du christianisme, n'était pas rare à l’époque de la Renaissance.
Tel est dans son ensemble le splendide mausolée, principal joyau de la décoration de l’église de Folleville : ce monument peut être classé avec raison parmi les œuvres les plus remarquables de la sculpture de la Renaissance, qui existent encore en France ; on a dit qu'il ne cède en rien aux tombeaux si célèbres de l’église de Brou (Ain) ; notre description empruntée presque textuellement aux ouvrages de MM. Bazin et Goze, ne donne qu'une idée imparfaite de cette merveille ; le
lecteur en aura une notion plus exacte en étudiant les héliogravures qui accompagnent cet article.
Le tombeau de François de Lannoy est voisin de celui de Raoul ; il n'est pas dans un enfoncement, mais le mausolée est appliqué en saillie contre la muraille du pan coupé de l’abside, voisin du maître-autel, côté de l’évangile. A 1 inverse de ce que nous avons observé pour le premier tombeau, le cénotaphe et l’encadrement de la niche sont en marbre, les statues des défunts sont en pierre. Ces statues étaient déjà en place du vivant de François de Lannoy (1).
Les deux époux sont représentés l’un derrière l'autre, agenouillés chacun devant un prie-dieu supportant un livre fermé et recouvert d'une draperie armoriée. François de Lannoy est le premier des deux personnages ; il porte au cou une chaîne comme son père ; il est couvert d’une armure qui apparaît aux bras et aux jambes ; sur le corps est une côte d'armes aux écussons de Lannoy et de Poix. Les éperons ont été brisés ainsi que les mains jointes qui ont été assez maladroitement relaites il y a peu d'années. Le visage est barbu.
Marie de Hangest, placée derrière son mari a un costume fort simple : robe sans ornements, aux manches larges, corsage largement décolleté, avec guimpe plissée ; une coiffe posée sur les cheveux en bandeau, une cordelière à la ceinture ; sur le mur du fond de la niche sont deux écussons qui portaient autrefois les armes des deux personnages représentés ; sur une plaque rectangulaire au-dessous des armoiries était gravée l’épitaphe en langue vulgaire ; armoiries et épitaphe ont été grattés pendant la révolution, mais le texte de l’inscription tumulaire avait heureusement été transcrit par Dont Grenier (2) et MM. Bazin et Goze l'ont reproduite dans leurs notices. Une autre inscription encore existante dans l’église de Cannes (Oise) et qui relate que les cœurs de François de Lannoy et de Marie de Hangest, dame de Genlis, reposent en ce lieu, a permis de rétablir la date du décès de François, effacée à Folleville, passée sous silence par Dont Grenier.
Près du seigneur de Folleville, un troisième écusson sculpté en demi-relief, représente le Chef de S. Jean-Baptiste.
Sur le soubassement, décoré de petits médaillons représentant des têtes d’empereurs romains, quatre arcades surbaissées, supportées par des pilastres ornés d'arabesques très gracieuses, encadrent les figures en pied des quatre vertus cardinales: la Justice, la Prudence, la Tempérance et la Force.
tt La Force (fortitudo, force d’âme), sous les traits d'une femme, la poitrine couverte d’une armure richement damasquinée, arrache d'une tour un dragon, image du triomphe de la vertu sur le vice.
La Tempérance a pour attributs le frein et l'horloge ; son vêtement est simple, son maintien modeste.
La Prudence porte le compas et le miroir. Elle est couverte de riches vêtements ornés de broderies et de crevés.
La Justice, sous la figure d’une femme revêtue d’une côte de mailles et de cuissards, tient la balance d’une main et l'épée de l'autre. Elle porte la couronne royale en tête : insigne de la puissance exécutive. Un léger manteau flotte sur ses épaules. » (3).
(1) Dans le testament de ce personnage, daté de 1545, on lit ceci : "Je veux être inhumé dans la chapelle de Mgr. saint Jean-Baptiste de Folleville (chœur actuel) entre l'autel et les représentations de ma femme et moy, comme l’on va au sépulcre. * Ce sépulcre est l'arcade dont nous parlerons bientôt, arcade creusée derrière le maître-autel.
(?,) Ms. de la Bibl. nationale, Dom Grenier, 17e paquet, n° 16.
(3) M. Bazin, Description historique, p. 24.
Il est impossible de n'être pas frappé de l'analogie de ces quatre figures des vertus cardinales avec celles représentant les mêmes sujets, qui ornent le soubassement du tombeau du cardinal Hémard de Denonville, évêque d’Amiens, monument appliqué contre l'un des gros piliers du transept nord de la Cathédrale de cette ville (i). Les sculptures des deux tombeaux sont probablement du même artiste. Toutefois les figures de Folleville sont un peu mieux traitées que celles d'Amiens. La date de la construction de l'un et de l'autre de ces tombeaux appuie encore cette supposition : d’ailleurs il y a beaucoup de ressemblance entre la disposition architecturale des deux mausolées : à la Cathédrale d'Amiens, comme dans 1 église de Folleville l'arcature inférieure, encadrant les figures en demi-relief des quatre vertus, supporte une niche presque carrée (à laquelle on peut reprocher de ressembler trop à un foyer de cheminée moderne), abritant l'une les statues des deux époux de Lannoy, l'autre l'effigie du cardinal, effigies en ronde bosse, agenouillées toutes trois devant un prie-dieu, à peu près dans la même attitude! De part et d'autre deux pilastres supportent une architrave ornée, couronnement du monument funéraire ; ce qui complète l'analogie c'est que le Chef de S. Jean-Baptiste est représenté auprès du cardinal, comme il l'est â côté de François de Lannoy.
Au dessus du tombeau de François de Lannoy sont des gantelets et un casque en pierre provenant probablement d’un trophée détruit. Ce monument a, du reste subi plusieurs mutilations que nous avons déjà signalées : le tombeau de Raoul est à peu près intact, parce que pendant la Révolution on avait eu la précaution de le couvrir de paille et de la protéger en outre par des planches ; malheureusement le tombeau de François ne fut pas protégé de même (2).
Au fond de l’abside, derrière le maître-autel, et sous la fenêtre centrale, s’ouvre une niche en anse de panier, garnie de crochets fleuronnés, et surmontée d'un fronton en accolade. Le tympan de ce fronton est orné, au centre, d'un bas-relief représentant N. S. Jésus-Christ, apparaissant sous la figure d'un jardinier (caractérisé par la bêche sur laquelle s’appuie le Sauveur), à Ste Marie-Magdeleine agenouillée et ayant près d'elle un vase de parfums. Dans les écoinçons de l'accolade, six figures d'anges de proportion un peu plus grande que celle dés deux personnages du groupe central, s étagent trois par trois sur chaque côté. Ces anges aux chevelures épaisses et frisées, portent les instruments de la Passion : la colonne, le fouet, la couronne d'épines, l’éponge, les clous et la croix. Le fonds des écoinçons derrière les anges, est diapré d'une légère dentelle, finement ciselée. Aux endroits où il n’y a point de personnages, le chiffre de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix (l’-R et le J retenus par un nœud), se détache sur ce gracieux réseau. Les nervures de la petite voûte de l'arcade s'appuient sur la tête de quatre personnages portant des phylactères; un pendentif tombe du point central.
L’arcade est vide ; mais l'ornementation extérieure de la niche prouve que cet emplacement était destiné à contenir des figures représentant la mise du Christ au tombeau. C’était ce que l’on appelle communément un sépulcre : la Picardie est riche en monuments de ce genre, qui appartiennent tous au xv” ou au xvi' siècle (3). Les figures des saints personnages composant la scène de
(l| V. une héliogravure du soubassement du tombeau du cardinal Hcmard de Denonville, dans la Description de la Cathédrale d’Amiens. Tome Ier de La Picardie historique et monumentale, p. 39.
(2) M. Goze dit qu’à cette époque néfaste on prit aussi le soin de soustraire les fonts baptismaux à toute mutilation en les enterrant sous le pressoir du château.
(3) Les principaux sont mentionnés dans l’histoire des stalles de la Cathédrale d’Amiens, par MM. Jourdain et Duval.
l’ensevelissement n'ont elles jamais été placées à Folleville, ou bien ont elles disparu par un acte de vandalisme? C’est un point sur lequel il nous est impossible de prononcer.
A droite de l’abside, une petite armoire toute en fer, très solide, est le sacrarium , ou réserve destinée autrefois à renfermer, pendant la nuit, les saintes espèces qui dans le jour étaient exposées sur l’autel ou placées dans une colombe suspendue à une crosse au-dessus du crucifix.
Dans la muraille en pan coupé, voisine du maître autel (côté de l’épitre) est creusée une piscine, très gracieusement ornementée. Elle contient une tablette de pierre destinée à recevoir les burettes, et une cuvette percée d un trou central pour recevoir à la fois les ablutions et le reste du vin et de 1 eau qui n ont point servi au sacrifice. Comme le sépulcre, la piscine porte le chiffre de Raoul de Lannoy et de Jeanne sa femme, et l'écusson des deux familles. Une ogive en accolade, chargée de pinacles et de feuilles frisées surmonte 1 ouverture en anse de panier de l’accolade. Sur les pieds droits deux niches abritent deux statuettes : d un côté S. François d'Assise, patron de François de Lannoy, reconnaissable à ses mains qu'il lève afin de montrer ses stigmates, et à la corde à nœuds qui lui ceint les reins : de l’autre côté le patron du chœur, S. Jean-Baptiste couvert de sa peau de chameau et portant l'agneau divin.
Le maître-autel de Folleville est moderne: il date de l’époque de la restauration relativement encore récente de l’église ; il s’harmonise assez bien avec 1 ensemble de l'édifice, et ses proportions ne sont point dépourvues d'élégance. Il est élevé sur plusieurs degrés ; la table est supportée par trois arcades de pierre, percées à jour pour laisser voir des reliquaires, et qui rappellent l’arcature du soubassement du tombeau de François de Lannoy. Le tabernacle, au centre du gradin, est en pierre également ; il est d’un bon style ; il est surmonté de deux anges qui soutiennent une couronne au dessus de la croix ou du Saint-Sacrement expose. De chaque coté de l'autel deux anges de haute taille portent des candélabres terminés par des couronnes de lumière : ces figures appartiennent au genre banal dont les fabricants d'images religieuses ont à notre époque le privilège, et qui se retrouvent trop souvent dans les églises des villes et des campagnes.
Le dallage du chœur, en marbre rouge et noir, est d'un assez bel effet ; il a été fait au moment de la reconstruction du maître-autel.
Les verrières qui garnissent les fenêtres du chœur de Folleville doivent maintenant attirer notre attention.
La verrière de la fenêtre centrale de l'abside au-dessus du sépulcre, a dû recevoir d'importantes restaurations, à cause des mutilations qu'elle avait subies. La fenêtre, divisée par des meneaux est tripartite. Les vitres peintes représentent la Crucifixion. Au centre parait Jésus en croix ; à droite et à gauche, dans les panneaux latéraux, sont les deux larrons. Aux côtés du Christ des anges reçoivent dans des coupes le sang qui coule de ses plaies. Au-dessus de la tête du bon larron, qui est
à droite, s'échappe l'âme du supplicié, sous la forme d'un petit être nu qu’un ange
reçoit pour l'emporter au ciel. A l'opposé un diable entraîne aux enfers celle du larron impénitent. Des soldats sont en bas, à côté des saintes femmes fondant en larmes ; le sol est parsemé d'ossements blanchis. Dans les compartiments flamboyants du haut de la fenêtre on voit des anges qui portent les instruments de la Passion.
La verrière qui surmonte le tombeau de François de Lannoy représente différentes scènes de la vie de la Sainte Vierge. On a fait figurer au bas, sous forme
de donateurs, Philippe-Emmanuel de Gondi et sa femme Françoise Marguerite
de Si] ly ; au milieu, S. Vincent de Paul, qui habita Folleville, en même temps que la famille de Gondi. Cette verrière est d'exécution récente ; elle sort, ainsi que les autres vitraux modernes, de la fabrique du Mesnil- saint-Firmin (Oise), dirigée par M. Latteux-Bazin.
A droite de 1 abside (côté de l’épitre), une verrière également moderne, représente six grands personnages: en haut, S. Jacques, patron de la paroisse; S. Martin; S. Amédée, patron du curé qui lit exécuter la verrière ; en bas, S. Louis, patron du principal donateur de ce vitrail; S. Thomas d’Aquin et S. François d'Assise, patron de François de Lannoy, qui fit bâtir le chœur. Ces six figures de saints ont chacune i m. 3o c. de proportion ; des dais et des consoles d'une riche architecture les abritent et les supportent ; elles se détachent sur un fond d'étoffe verte damassée. On a rétabli dans les flammes du haut de la fenêtre les chiffres entrelacés de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix, qui y figuraient dans le principe.
Du même côté, une autre verrière retrace la vie de S. Vincent de Paul, tout près de la chapelle qu'on a consacrée récemment à ce grand saint. La verrière, comme la chapelle, ne remonte qu'à quelques années.
A gauche, près du tombeau de Raoul de Lannoy (côté de l'évangile), un vitrail ancien est consacré à S. Antoine et à S. Jean l'Evangéliste. Dans le bas de la f-enetre un donateur, les mains jointes, est agenouillé devant un prie-dieu, qui supporte un livre ouvert. Le heaume qui est à ses pieds, vu de profil, est hermétiquement clos. Il a l'épée au côté ; une chaîne à grosses mailles ceint sa poitrine. « Ce seigneur n est pas un Lannoy, c'est ce qu'indique son vêtement de dessus, taillé en forme de dalmatique, armorié de gueule à la bande d'argent ; accompagné de six croix recroisetêes de même. Ces armes sont celles de la famille de Poix qui se trouvent du reste reproduites sur un écu adossé au prie-dieu. Le père de Jeanne, de Poix s appelait Antoine de Poix; nous croyons que la verrière représente ce personnage qui aura pu, de son vivant, faire don de cette vitre à la future chapelle seigneuriale de Folleville. Nous le croyons d’autant plus volontiers que le reste de la verrière, dans les petits compartiments du sommet, retrace des épisodes de la vie de S. Antoine.
Une femme parée de tous ses atours, et portant une cassolette remplie de parfums, vient tenter le saint solitaire placé entre sa cellule et l'animal immonde qui ne le quitte pas. Deux cornes sortent du front de cette femme et indiquent sa mission. 1 out près de cette scène, un diable roue de coups le saint anachorète à genoux, un chapelet au côté. Puis un corbeau porte un pain, sous la forme d'un disque jaune, à S. Paul ermite, vieillard nimbé placé en face de S. Antoine, qui est allé le visiter dans le désert et qui va partager la nourriture que le ciel leur envoie. » (i).
Dans le second compartiment de la fenêtre est la légende de S. Jean l’Evangéliste :
« Au premier tableau, le saint est plongé dans la chaudière d'huile bouillante, en face de l’empereur Domitien, qui préside à son supplice. Plus haut escorté par deux ou trois personnages, S. Jean monte dans un vaisseau, partant pour l'exil dans l'ile de Patmos : on le voit au sommet de l’ogive, écrivant dans la solitude le saint Evangile, en regard d’un aigle éployé, qui semble l'inspirer. A côté, il est à genoux entre quatre chandeliers et environné de rayons lumineux : c’est une de ses visions apocalytiques.
(i) Description historique.... par M. A. Bazin.
Le personnage, homme ou femme, auquel cette légende de S Jean se rapporte, a été brisé. Il était au-dessous, à côté d'Antoine de Poix et nous supposons que c'était Jeanne de Folleville, femme de ce seigneur, et mère de Jeanne de Poix : la légende de S. Jean permet de lui assigner cette place qu’elle occupait près de son mari. » (i).
Un dernier objet reste à signaler dans l'inventaire des richesses artistiques de l'église de Folleville, bien que cet objet ait été depuis longtemps déposé au Musée d’Amiens, où sa conservation est mieux assurée que dans la sacristie de Folleville. Il s’agit d’un drap mortuaire, pièce servant aux funérailles et dont on ne retrouve guère d’autres analogues d’une date aussi ancienne. Le fond de ce drap est noir : il est traversé dans sa longueur par trois bandes blanches, et dans sa largeur par une semblable, ce qui y forme trois croix soudées ensemble ; lorsque le drap est posé sur le cercueil, une croix est placée sur la poitrine du défunt et les deux autres sur ses côtés. Une multitude d'ossements humains et jusqu à trente crânes sont brodés sur la surface de ce drap et cette sentence Memento mon est répétée huit fois. En dehors des croix, sont deux miroirs qui reflètent encore l'image d'un crâne. Au-dessous est une inscription, que malheureusement on ne peut plus lire.
« Qu'on rapproche le drap mortuaire du tombeau de Raoul de Lannoy ; c est, dans l'ensemble et dans les détails, la même inspiration, le même genre de décoration. Sur le tombeau et sur le drap mortuaire, tous les membres du corps humain sont semés avec profusion, depuis le crâne et les vertèbres, jusqu aux fémurs et aux tibias. Sur le tombeau et sur le drap mortuaire, des têtes de mort font craquer des os sous leurs dents. Sur le tombeau et survie drap mortuaire des sentences funèbres expriment le même ordre d'idées. Le tombeau a un miroir tenu par une sirène : ce miroir est pour la forme, entièrement semblable à ceux du drap mortuaire. On est donc naturellement porté à dire que puisque le tombeau, ainsi que le chœur, était achevé en 1 524, le drap mortuaire était calqué dessus vers le même temps. » (2).
Tel est l'ensemble des monuments de Folleville qui constituent, tant au point de vue historique et artistique qu’au point de vue religieux, l'un des groupements les plus remarquables de la Picardie.
Nous nous sommes efforcé, grâce aux travaux de nos prédécesseurs, d'en faire une description aussi exacte que possible. Puissions nous avoir réussi à intéresser nos lecteurs en menant à bien la tâche que nous nous étions imposé.
(1) Id. ibid.
(2) M. Bazin, Description historique.... pp. 35 et 36.
Edmond SOYEZ.
LA FALOISE
Quel voyageur allant d Amiens à Paris n’a remarqué, peu de temps avant de saluer le pittoresque donjon de Folleville, une blanche habitation dissimulée à demi sous les épais ombrages d'un grand parc?
C’est le château de La Faloise.
Placée au sommet de la falaise d où la localité tire son nom, cette seigneuriale demeure, telle qu’elle existe aujourd’hui, fut construite à une époque peu reculée. Toutefois, la partie centrale, la seule qui soit réellement intéressante, fut édifiée au xv' siècle (i). C'est un imposant pavillon carré dont les pierres ont été extraites des carrières mêmes de la Faloise. On y compte trois étages abrités par une toiture d’ardoises a quatre pentes. Une large porte en arc brisé s’ouvre à la base de ce pavillon et donne accès à un passage voûté qui le traverse tout entier. Deux tourelles hexagonales, jadis éclairées par des archères (2), accompagnent cette entrée.
Quoique dépourvue d’ornements, toute cette façade est remarquable par la puissance deson architecture. Les fenêtres rectangulaires qui l’éclairent ont été souvent remaniées, Le château de la Faloise.
mais l’une d’elles, au dessus de la porte ogivale, a pourtant
conservé les traces d un meneau cruciforme, ainsi que des moulures prismatiques assez élégantes.
A la gauche du spectateur, une tourelle pareille à celles qui accompagnent [entrée, mais plus importante et plus haute, est accolée au pavillon. Elle est surmontée d’un petit campanile.
Les parties modernes du château de La Faloise sont construites en pierres et en briques. Elles s’étendent de chaque côté du pavillon qui vient d’être décrit et
(1) En 1405. V. de Reauvillé : Documents inédits T. II p. 162, note.
(2) Dans leurs sous-sol se trouvaient des cachots. V. de Beauvillé: loc. cit.
n’offrent point d’intérêt. On en peut dire autant de l’intérieur du logis, où 1 on montre pourtant une chambre qui aurait été, dit-on, habitée par Henri I\ .
I. histoire du domaine de la Faloise et de ses possesseurs avant le xiv' siècle, est des plus obscures. Cette terre relevait du château de Boves et semble avoir appartenu dès le xne siècle aux seigneurs de Breteuil, peut être par suite d une alliance avec la maison de Boves. (i). Quoiqu’il en soit Arnicie de Breteuil, épouse de Jehan Briard, sire de la Ferté, mort en 1219, parait avoir transmis la Faloise à sa lille Clémence, femme de Simon de Beausault. La petite-fille de ceux-ci s’unit à Henri de Muret, seigneur de Chérizy, vivant encore en i3oi. L'héritière de ces derniers, Clémence de Muret, dame de Breteuil et de Beausault, s allia à Evrard de Montmorency en i3o5.
Celui-ci est, du chef de sa femme, le premier seigneur de la Faloise, qui nous soit connu avec une entière certitude. Leur fils Jehan de Montmorency-Beausault s'intitulait volontiers « Sire de la Faloise. » Le chateau qui existait de son temps était pourvu d cxcellcnts moyens de délense. Pourtant les Jacques s en emparèrent en 1 35S et semblent l'avoir complètement détruit, car il fut reconstruit en iqo5. La nouvelle forteresse était pourvue d une fort jolie chapelle (2).
Dès l’année 1424, Catherine de Montmorency, fille de Hugues et de Jeanne de Harcourt, par son mariage avec Mathieu de Roye (3), fit passer la baloise dans la famille de ce dernier. Selon le père Daire (ql, les Anglais s en rendirent maîtres en 1442, pendant la lutte contre les Bourguignons (5). Quoiqu'il en soit Jehan de Roye, l’un des descendants de Mathieu, la possédait en 1462 et, suivant un document publié par M. de Beauvillé, le château était encore a cette époque dans l’état de ruine ou l’avait mis les troubles de la Jacquerie (6). On remarquera la contradiction qui existe entre cette affirmation et celle relative à la reconstruction de iqo5: nous enregistrons simplement le fait, sans chercher a 1 élucider.
Le 21 septembre 1472, Charles le Téméraire vint camper a la faloise (7), et nous estimons d’après les caractères de I architecture, que le chateau encoie existant fut fortement restauré après le passage de ce terrible destructeur ; soit \ers la fin du xve siècle.
Au milieu du siècle suivant, Eléonore de Roye, héritière du domaine de la Faloise, le fit passer à la famille de Bourbon-Condé, par son mariage avec Louis, prince de Condé, le célèbre chef calviniste. 11 appartenait au petit-fils de celui-ci, Henri II de Condé, né en 1 588, lorsque, l'année suivante, la forteresse fut occupée par les Ligueurs amiénois qui redoutaient de voir les royalistes s en emparer (8).
La terre de la Faloise fut vendue par ce prince à l'ancien ministre de Henri I\ , Maximilien de Béthune, duc de Sully, et les descendants de celui-ci la possédèrent jusque vers la fin du xviiT siècle. Pourtant en 1771 le château était déjà entre
(1) En effet, Evrard III de Breteuil épousa sa parente, Basilie ou Beatrix, fille de Thomas de Maries, sire de Boves. V. l'abbé Baticle : * Nouvelle histoire de Breteuil en Beauvaisis*, p. 61, et aussi A. de Dion : *Les Seigneurs de Breteuil en Beauvaisis^., dans les Mém. de l'hist. de Paris et de l'Ile-de-France, t. X, 1883.
1 > ; V, de Beauvillé: Documents inédits, T, II, pp. 69, 161 et suiv.
(3) Elle avait épousé en ircs noces Laurent de Sainte-Beuve.
(4) V. Ms. n° 507. Bib. corn. d’Amiens.
I5) V. La Morlière. Familles illustres ; Art : Roye.
,0) V. de Beauvillé : loc. cit. p. 161 et suiv. — Jehan la Motte et son fils Jacques paraissent comme seigneurs de la Faloise, le dernier en 1468 et 1499. Ils n'y possédaient vraisemblablement qu’un fief. (Corn, de M. le Ctcde Louvencourt).
(7) V. Pagès. Edit. Douchet, T. Il, p. 125.
(8) V. de Beauvillé : Tlist. de Montdidier, T. I. p. 233. — Henri II de Bourbon, prince de Condé et de Conty, fut le père du grand Condé.
les mains de Paul Maximilien Hurault, marquis de Vibraye (i). Réduit encore une fois presque à l'état de ruine, il servait alors de logement à un fermier.
Le fils du marquis de Vibraye revendit sa seigneurie en 1776, à un membre de 1 antique famille du Gard, d'Amiens. Ce dernier céda son domaine, le i3 novembre 1793, (23 brumaire an II), a Joseph-Alexandre Debray, négociant en la même ville (2). Enfin le château de la Faloise restauré, est habité aujourd'hui par M. de Mercey, dont les savants travaux géologiques jouissent d'une bien légitime notoriété.
LAWARDE-MAUGER
Rien n'attirerait l'attention sur la modeste église de Lawarde-Mauger, si elle ne conservait un magnifique retable en bois, précieusement ciselé au début du xvi' siècle (3). Cette sculpture représente les principales scènes de la Passion et fut vraisemblablement polychromée à l’origine. Quoique son style soit encore gothique, il a pourtant subi l'influence de la Renaissance, surtout dans les costumes des personnages et dans l'architecture des monuments (4). L’exécution de l'œuvre est bonne. On y remarque un nombre prodigieux d’acteurs pleins de vie, une grande richesse de composition et un état de conservation satisfaisant.
Le retable se compose de cinq bas-reliefs juxtaposés, mais celui du milieu
dépasse tous les autres en hauteur. Ils sont placés sur une plinthe ornée de
rinceaux de feuillages d'un goût assez médiocre et de date quelque peu postérieure aux groupes. Au dessus de ceux-ci régnent des dais gothiques formés d'arcades
avec pinacles et pendentifs, le tout d’un dessin très compliqué et fort élégant.
Le premier bas-relief représente l'arrestation du Christ au jardin des Oliviers. On y remarque tous les détails que comporte habituellement cette scène. Dans le suivant on voit les préparatifs du Crucifiaient, puis la partie centrale nous montre •le Calvaire. L’artiste s'est complu à y retracer les divers incidents qui
accompagnèrent la mort de Jésus. Après vient la Mise au tombeau et enfin la
Résurrection. Les tonds de chacune de ces compositions sont occupés par des
monuments ou des paysages qui servent de théâtres à des épisodes de moindre
importance. Ainsi, dans le second bas-relief la scène de 1’ 0 Ecce homo » est figurée devant un palais, et le « Noli me tangere » est représenté dans le paysage qui forme l’arrière plan du cinquième.
Des volets protègent tout le retable. Contrairement à l'usage, qui était de
couvrir ces panneaux de peintures brillantes, ceux-ci sont intérieurement (5) ornés de bas-reliefs. On y distingue le Mandatum, la Cène, les Disciples d'Kmmaüs et l’Incrédulité de St Thomas. L'Annonciation est représentée sur les volets qui abritent
(1) Coram. de M. G. de Witasse.
(2) Communication de feu M. Edmond du Gard.
(3) La voûte lambrissée de l'église repose sur une sablière en bois sculpté, interrompue par des blochets où grimacent d’amusantes figures. Elle possède aussi un petit bas-relief de pierre où apparait Jésus en Croix entre la Vierge et St Jean.
(4) Peut-être cette œuvre d'art a-t-elle été exécutée dans les Flandres. Son style autorise à le croire.
(5) Le retable de Lawarde est fixé trop haut, au dessus de la porte principale de l'Eglise, pour que nous ayons pu examiner la face extérieure des volets ouverts.
la partie supérieure du groupe central. D'un côté se trouve la Vierge, l'Ange est placé de l’autre (i).
L'origine de la sculpture qui vient d'être sommairement décrite est inconnue (2), mais l'on a des raisons de croire qu'elle fut donnée par l'abbaye de Breteuil à qui appartenait, avant la Révolution, le droit de présentation à la cure de Lawarde-Mauger. Cette œuvre d'art décorait, il y a peu de temps encore, le maître-autel de l'église qui la possède. Elle a été classée en 1898 au nombre des monuments historiques et présente beaucoup d'analogie avec le retable de Lafraye, dans le département de l'Oise.
MAILLY-RAINEVAL
Négliger complètement les ruines du château de Mailly-Raineval serait créer une lacune dans la description du canton d'Ailly-sur-Noye ; leur consacrer une longue monographie constituerait un abus.
Mailly-Raineval. — Substructions de l'ancien château.
Ces débris, — intéressants sans doute et d'une espèce qui devient rare en Picardie, où les vestiges des âges féodaux tendent de plus en plus à disparaître, - ces débris se composent aujourd'hui d'une seule tour décapitée, et des substructions d’une grandiose demeure où les exigences de l’architecture militaire s’alliaient aux élégances de l’art du xvie siècle. Ce château a été décrit de main de maître, tel qu'il existait encore au moment de sa destruction, en 1879, par M. V. de Beauvillé (3). Nous lui empruntons la substance de cette notice.
(1) Toutes ces sculptures sont bien moins remarquables est un peu plus modernes que celles du retable proprement dit.
(2) L’église de Lawarde ne possède point d’archives. Elle faisait partie jadis du doyenné de Moreuil.
(3) V. de Beauvillé ; Documents inédits; T. IV. p. 23 et suiv. et p. 682 et suiv. - gravures. — Un château plus ancien, détruit pendant les troubles de La Jacquerie, existait sur l’emplacement de celui dont il est ici question.
La construction appartenait à diverses époques, et la tour signalée plus haut, date de la fin du xtv1 siècle. Huit autres tours défendaient le château, dont la majeure partie fut reconstruite entre 1 522 et i 538 (r). Primitivement deux d'entre elles protégeaient 1 entrée principale qui se trouvait à l'endroit où l'on remarque encore des dépendances datant de la fin du xvine siècle. On arrivait à cette porte par un pont-levis jeté sur le fossé et, après l'avoir dépassée, on se trouvait dans une vaste cour où un perron précédait l’accès des logis.
La façade du nord-est construite en 1777 par Isnard, architecte à Amiens, avec des pierres provenant de l'ancien château de Folleville, était peu remarquable. Celle du sud-ouest au contraire, présentait beaucoup d'intérêt Ses trois étages, édifiés au xvi siècle, s devaient sur les substructions dont nous donnons une t ue et qui ont encore un développement de 80 mètres.
On remarque vers leur milieu, la base d’une tour surmontée d’encorbellements. Elle soutenait jadis un avant-corps quadrangulaire où l’on conserva longtemps les archives de Mailly-Raineval.
La chapelle était située à la gauche du spectateur, dans la partie la plus ancienne du château. Cet oratoire, converti en rendez-vous de chasse, fut détruit en 1 8S 5 seulement (2).
Le domaine de Raineval dont le nom fut changé en celui de Mailly-Raineval en 1744, époque où il était la propriété de l'illustre maison de Mailly, appartint d abord à la famille des Préaux, dite de Raineval, et après elle aux d 'Ail ly (3). Les Massue, originaires du Ponthieu, l'acquirent de ces derniers 141, puis il passa, par vente aux de Court, d Amiens. De ceux-ci, il échut par alliance à la famille de Séricourt et enfin aux de Mailly qui le possédèrent jusqu’à la fin du xvnp siècle. M. Timoléon de Conty d Argicourt en hérita alors et démembra sa terre en 1794.
Les faits historiques qui eurent pour théâtre le château de Mailly-Raineval sont peu nombreux. Nous y relevons seulement la présence du roi Charles VI, qui y dina le 29 mai t386. De iq3o a 1485, cette forteresse lut occupée par les partisans de Charles VIL Pendant la Ligue elle fut successivement occupée par les deux partis en présence; enfin elle fut envahie en 1791 par la garde nationale de Moreuil qui s'y empara de quelques inoffensives pièces d'artillerie.
R. de GUYENCOURT.
(r) Il fut complètement remanié en 1 77;.
(2) \ oir dans le bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, année 1891, une description de cette chapelle
(3) En 1561, Raineval fut vendu au roi de Navarre, mais cette vente ne reçut pas son exécution.
(4) La famille Massue était protestante et après la révocation de l'édit de Nantes, elle passa en Angleterre où le dernier de ses membres, Henri Massue, Marquis de Ruvigny et de Raineval, devint le célèbre lord Gallovnv -- V. R. de Belleval ; Lettres sur le Ponthieu ; p. 163 et suiv.