‹ La Picardie historique et monumentale (volume 5)Chapitre 17 sur 34 · MOREUIL · texte numérisé non relu

MOREUIL

Comme la plupart des localités picardes de quelque importance, Moreuil possédait au moyen âge son enceinte de murailles qui enserrait l’église ainsi que le prieuré de St-Vaast (i), et prenait contact avec une véritable citadelle, le château, clef de la place et théâtre de maintes prouesses.

De cette enceinte fortifiée, seuls les noms de plusieurs portes sont parvenus jusqu'à nous (a) et nous dirons plus tard quelques mots du château.

Pour l’église, qui fut toujours le siège d’un doyenné (3), c’est un monument dont la façade seule mérite de fixer l’attention. Elle appartient à la seconde moitié du xvr siecle (4), époque où la puissante famille de Créquy possédait la terre de Moreuil.

Le docteur Goze et M. G. Rembault ont remarqué les traits nombreux de ressemblance existant entre la façade que nous allons décrire et celle de l'église de Saint-Pierre, à Montdidier. Cette similitude est évidente et peut servir à fixer approximativement 1 âge du premier de ces monuments. En effet le portail de Saint-Pierre de Montdidier n’existait pas encore en i55i (5).

Par son testament en date du i5 juin i574 (6), le Cardinal Antoine de Créquy evêque d’Amiens, abbé de St-Vaast de Moreuil et seigneur du lieu, demanda à être enterré en 1 église qui nous occupe, auprès de plusieurs membres de sa famille. Le fastueux prélat légua aussi de riches ornements et des cloches à ce sanctuaire de Prédilection, mais sa générosité n'empêcha pas, en 1709, les religieux de l'Abbaye de vendre le plomb des cercueils où il reposait avec les siens. Les moines turent du reste sévèrement punis (7) et condamnés à remettre toutes ces sépultures dans leur état primitif, afin sans doute qu’elles puissent être violées une seconde fois, comme il advint en 1793.

Actuellement, la façade de l'église de Moreuil se compose de deux vastes porches qui en occupent toute la largeur (8). Un contrefort les sépare. D’autres sont disposés aux extrémités.

Au-dessus du portail situé à la gauche du spectateur, s’élève la tour quadrangulaire du clocher. Sur le second, dont l’embrasure est un peu plus large se dresse le pignon de la nef.

« V Darsy Bénéfices de l'Eglise d'Amiens-, - Fondé en 1009, pour devenir nbbaye en ,148, le prieuré de Moreuil dépendait de 1 Abbaye bénédictine de Breteuil. - Il avait été bâti, selon le Dr Gore, (V. Château et église de Moreutl dans : : Eglises, château*, beffrois et hôtels de ville les plus remarquables de la Picardie et de l'Artois], sur un terrain dépendant de 1 Abbaye de Corbie, dans l'enceinte même du château, par Bernard I" de Soissons-Moreuil (21 V. Ooze, loc. ci/., p. ç.

(3) La nef servait de paroisse aux habitants de Moreuil et ie chœur, qui en était séparé par un jubé était réservé aux religieux de l’abbaye.

(4) Tout le reste de l’église est moderne.

(5) V. Goze, loc. cit.

16) En 1/ 1 1, par arrêt du parlement, les religieux de Moreuil furent sécularisés, et les biens de l'Abbaye passèrent a la congrégation de Saint-Maur. V. Dusevel et Scribe : Description du département de ta Somme (7) V. Darsy : loc. cit.

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La première de ces entrées donne directement accès dans le collatéral de l’église du côté de l’évangile (i). Le contrefort qui la sépare de sa voisine s'élève, comme celui de l'extrémité septentrionale, presque jusqu'à la corniche du clocher (2). Tous deux sont terminés par des bahuts. Des larmiers les contournent à differentes hauteurs et régnent avec ceux qui traversent les parois de la tour. Celle-ci est ajourée sur chacune de ses faces par deux baies en plein cintre, juxtaposées et moulurées à leur partie supérieure (3). Une tourelle hexagonale s’élève à l'angle nord-ouest du clocher dont elle dépasse quelque peu la corniche. Son toit affecte une forme pyramidale. La toiture de la tour est aussi construite en forme de pyramide. Sa charpente est revêtue d ardoises et chacun de ses côtés est agrémenté de trois lucarnes surmontées d’épis en plomb, semblables à des vases garnis de fleurs (4). Enfin au-dessus de la crête terminale, deux coqs s’élèvent dans les airs.

Les soubassements des contreforts de la façade, étaient jadis ornés d arcatures aujourd'hui fort mutilées. Chacune encadrait un petit socle, au-dessus duquel se développait un dais conçu selon le goût de la Renaissance. Un peu plus haut, apparaissent contre chaque contrefort, deux niches adossées, munies de coquilles et comprises sous un seul dais qui leur est commun. Celui-ci est de forme pyramidale et tout hérissé de crochets. Au-dessus, passe le larmier qui traverse toute la façade en contournant la partie supérieure des porches. Il est interrompu devant chaque contrefort par une gargouille actuellement mutilée.

Au pied du clocher s’ouvre le portail que nous décrirons en premier lieu. Il compte six voussures ogivales. La plus extérieure est garnie d une riche guit lande de feuillages, et la seconde d'un feston fleuronné et redenté. Toutes les deux aboutissent au soubassement.

La troisième voussure est dépourvue de décoration. A l’origine de la quatrième, contre les ébrasements, est appliquée de part et d'autre, une niche dont le socle est malheureusement mutilé, mais dont le dais gothique présente une grande beauté. Les statues que ces niches devaient abriter ont disparu.

Une série de dix sujets sculptés et protégés chacun par un petit dais se développe au dessus, le long de la voussure. Ils devaient être d'une exécution parfaite si l'on en juge par les quelques débris qui sont restés intacts. Dans le premier, on remarque une femme en prière, interpellée par un homme barbu, debout derrière elle. Leurs vêtements sont ceux qui étaient en usage au xvie siècle. Le bas-relief suivant représente deux femmes qui déposent un enfant sur une cuve baptismale. Le troisième semble montrer deux guerriers ; l'un est à cheval, le second près de sa monture. Après cette sculpture s’en trouve une autre où l’on voit un évêque, « in pontificalibus » qui harangue ou bénit un personnage agenouillé. Les groupes placés après sont trop endommagés pour pouvoir être décrits. Plusieurs même n'existent plus, mais le dernier permet encore de distinguer divers personnages en prière devant une châsse. Tous ces bas-reliefs auraient trait, selon le docteur Goze, à l’histoire de Saint Vaast, patron de l’église de Moreuil. C’est une assertion que nous laissons aux chercheurs le soin de contrôler.

(1) L’autre bas-côté se termine par une muraille en retrait sur l'alignement de la façade. Son ornementation n a même pas été terminée et pourtant cela est moderne. — L’ancienne église ne comportait qu’une nef avec un seul collatéral du côté de l’Evangile.

(2) D'autres contreforts, placés latéralement, soutiennent ce clocher.

(3) Ces fenêtres ainsi que la partie supérieure du clocher semblent dater seulement du xviic siècle.

(4' Un cadran d’horloge apparait aussi sur chaque versant de ce comble.

A côté d'une voussure si richement ornementée, la suivante est vide, mais la dernière est longée par une élégante guirlande de feuillages.

L entrée est formée par deux baies cintrées en anse de panier. Toutes deux sont bordées par une branche de chêne délicatement sculptée, qui aboutit, de chaque côté près des pieds-droits, à une petite figurine complètement fruste.

Le plan du trumeau central décrit, à sa base, un hexagone dont deux côtés seraient engagés. De petits pilastres, d'un faible relief, y dessinent des travées et soutiennent un entablement dont la frise est couverte d'ornements dans le goût de la Renaissance. Divers personnages sont représentés entre les' pilastres. On y reconnaît encore St-Paul, caractérisé par le livre et l'épée, un Pape appuyé sur la croix à trois traverses, et un évêque. La quatrième figure, qui devait être celle de St-Pierre, est devenue méconnaissable.

Une statue était primitivement adossée contre ce trumeau qui monte jusqu’au sommet du tympan, vers le milieu duquel il soutient un admirable dais de forme hexagonale. Son ornementation appartient à l’époque de la Renaissance et l’on y voit une profusion de colonnettes, de coquilles, et de frontons triangulaires finement moulurés et ornés de mascarons.

Le tympan lui-même est fort vaste et complètement ajouré. Son remplage très

simple dessine des arcatures en plein cintre, des ovales et des cercles superposés

et dépourvus d’ornements.

Sur l'archivolte du portail apparaissent encore quelques animaux monstrueux placés en guise de crochets. Sa pointe redressée devait se terminer par un épi, qui a été restauré avec des pierres simplement épannelées mais déjà vouées à la ruine.

Le second porche, situé dans l’axe de la nef de l’église, reproduit sur une

échelle un peu plus grande, toutes les dispositions du premier. Pourtant les dix

groupes sculptés sur sa quatrième voussure paraissent se rapporter à l’histoire de la Ste Vierge. On croit y distinguer, entre autres scènes, — car ces bas-reliefs sont en très mauvais état, — l'Annonciation, la Visitation, St Joseph et St Joachim s’embrassant, et l’Assomption.

Les socles disposés contre les ébrasements sont de style gothique, ainsi que leurs dais. Il en est de même pour les ornements appliqués contre le trumeau central qui, en outre, ollre les images de David appuyé sur une harpe, de Moïse tenant les tables de la loi, et peut-être, car cette dernière figure est presque méconnaissable, d'Abraham accompagné d'Isaac. Un écusson vide, soutenu par un ange, est sculpté au sommet de l'ogive du porche, à l’endroit où l'archivolte se redresse pour se terminer en épi.

Nous ne dirons rien du pignon de la nef qui s’élève au-dessus du portail décrit en second lieu, si non qu’il est moderne et qu'il écrase par son élévation le clocher, aux formes déjà trop massives, placé à son côté (i).

Une galerie à compartiments flamboyants traverse toute la façade de l'église au-dessus des deux porches, dont elle adopte même une partie des contours supérieurs comme ferait une archivolte. Cette disposition originale est très pittoresque et fort élégante, mais une restauration inhabile l’a malheureusement altérée. On a toutefois fait disparaitre les urnes enflammées, placées lors d’un remaniement antérieur (2), sur les acrotères qui divisent la galerie de place en

(1) Primitivement un pignon beaucoup plus bas et plus simple s'élevait au même endroit. — Il était ajouré par une rosace à compartiments et sommé d’une grande croix.

(2j L’église de Moreuil fut restauré à diverses reprises, notamment en 1651 et en 1745. V. Goze, loc. cit.

place, pour y rétablir des clochetons garnis de crochets. Il faut regretter que la sculpture de ceux-ci n’ait pas été terminée (i).

Il ne nous reste plus qu'à signaler la belle fenêtre ogivale munie d'un riche remplage du xvic siècle, qui ajoure la base du clocher du côté du Nord, ainsi que, dans l’encoignure formée par deux contreforts de cette tour, une niche dont le dais est protégé par une vaste coquille, placée en encorbellement au-dessus de lui.

Le reste du monument ne mérite pas une description (2). C’est un édifice moderne entièrement construit en briques avec quelques détails en pierre. A l'intérieur, le plâtre a été mis largement à contribution, pour pasticher l'art du xvie siècle. Même la statue couchée sur le tombeau du cardinal de Créquy, est une médiocre sculpture en bois, exécutée sans aucune recherche de style. Seule la chapelle seigneuriale, sise contre le chœur, du côté du nord, est un peu plus ancienne, mais c’est encore une construction en briques sans caractère. Les cloches proviennent de l’église d’Hangest-en-Sanierre pour laquelle on les fondit en 1789 (3).

Une belle croix monumentale en pierre se dressait naguère devant le portail de l’église de Moreuil. Elle fut transportée plus tard dans le vieux cimetière de la paroisse, et se trouve aujourd’hui dans le parc du château.

Ce petit monument du xive siècle, mesure environ quatre mètres de hauteur et se compose, au-dessus d'un degré circulaire, d’un piédestal octogonal formé par trois zones superposées. Celle de la partie inférieure porte sur chaque face une arcature ogivale géminée, dont la pointe est remplie par un quadrilobe inscrit dans un cercle. Un petit contrefort accuse tous les angles de la pierre. La zone intermédiaire est décorée de huit personnages sculptés en bas-reliefs et

malheureusement très frustes. Pourtant on distingue parmi eux, un évêque crossé et mitré. Tous sont abrités par des gables munis de crochets. Enfin le sommet du piédestal, légèrement en retrait sur les deux étages précédents, reproduit presque identiquement l'ornementation de la zone décrite en premier lieu. Toutefois ses contreforts sont plus saillants. Ils devaient être surmontés de clochetons, aujourd’hui brisés, qui dépassaient le niveau supérieur de la pierre. Au-dessus, s’élance le fût octogonal de la croix, posé lui-même sur une petite base moulurée. Cette partie du monument parait un peu plus moderne que le piédestal. Les croisillons ont été inhabilement restaurés. Ils présentent en leur milieu d'un côté l'image du Christ, de l'autre celle de la Vierge, et leurs extrémités sont réunies par des quarts de cercle

terminés en volutes. Cette croix a été réédifiée près de la chapelle du château.

Celui-ci doit remonter à une époque fort lointaine, mais, s’il faut en croire divers auteurs, il n’existait pas d'abord sur l’emplacement où l'on contemple

aujourd'hui les ruines de ses tours et la vaste habitation moderne qui lui a succédé (4). Il devait être situé, à l'origine, près de l’église et du prieuré qui étaient même, dit-on, compris dans son enceinte. Les moines échangèrent plus lard, avec le seigneur de Moreuil, des terres leur appartenant, au lieu-dit St-Sulpice (5), et c'est là que la forteresse aurait été rebâtie.

Il est difficile de fixer l'époque de sa construction. Les quatre bastillons qui

(1) Cette galerie est aussi interrompue par les épis des porches. Quant aux clochetons, ils sont déjà presque entièrement ruinés.

(2) Le Dr Goze, loc. cit., donne la description de l’ancienne église qu’il a connue. Nous y renvoyons le lecteur.

(3) Goze : loc. cit.

(4) Ce nouveau château fut bâti sous le régne de Louis XVIII sur l’emplacement de la courtine qui reliait les deux bastillons de l’ouest du château primitif.

(5) V. Goze, loc. cit., et Darsy. t. I p. 371 des bénéfices de l’église d’Amiens.

subsistent encore sont entièrement en briques avec un cordon de pierre sans caractère. Ils ont été altérés par des modifications et des restaurations successives. Toutefois l’architecture militaire ne comportant guère que la brique, fut surtout usitée en Picardie au xivc siècle. Le château de Rambures en est le plus remarquable exemple. Nous pensons donc que la forteresse de Moreuil devait être d’une époque assez contemporaine. Rien ne peut nous renseigner sur son aspect primitif.

Pourtant son plan offrait vraisemblablement la figure d'un trapèze, aux angles duquel s élevaient les quatre tours qui sont parvenues jusqu’à nous et qui étaient réunies par des courtines. Un souterrain disposé en forme de croix de St-André les réunissait diagonalement deux par deux.

Le docteur Goze a décrit ces bastillons d une façon suffisante qui nous dispense de revenir sur le même sujet (i). Nous dirons seulement pour appeler l'attention sur l'épaisseur des murailles du plus puissant d'entre eux, que le chemin de ronde situé à son sommet fut, à maintes reprises, utilisé pour y organiser de nombreuses réceptions. En effet le mur a encore en cet endroit six mètres d'épaisseur.

Le château de Moreuil fut jadis le théâtre de nombreux faits historiques. Nous nous bornerons a en énumérer quelques-uns. — En 1434, sa garnison dauphinoise fut assiégée par les Anglo-Bourguignons et réduite à se rendre (2). Les Ligueurs en étaient maîtres en 1 588 et il fut pris en i636 par les Espagnols pendant la funeste « année de Corbie », mais les Français le reconquirent bientôt. Enfin il fut pillé en 1791 par les Révolutionnaires qui y enlevèrent d'anciennes pièces d’artillerie aujourd’hui conservées au Musée de Picardie.

Selon le système que nous avons adopté, nous citerons seulement les noms des familles seigneuriales qui ont possédé le domaine de Moreuil, sans entrer dans des détails biographiques sur leurs membres les plus illustres.

La première d entre elles, issue, dit Lamorlière, des Comtes de Soissons, apparait dès le xh siècle avec WÎJlaume de Soissons. Elle est connue par les historiens sous le nom de Moreuil, de Soissons-Moreuil, ou de Soissons, suivant les époques. Nous pensons qu'il faut rattacher à cette lignée quelques seigneurs qui, dans les chattes relatives au prieuré, s’appellent « de Lucione ». Lucione était vraisemblablement un lieu-dit à Moreuil, sur lequel s’éleva le couvent qu’ils favorisaient (3).

Vers le début du xvT siècle, la famille de Soissons-Moreuil s'éteignit dans celle de Créquy qui elle-même devait bientôt se fondre dans la maison de Blanchefort, par suite de la mort du cardinal de Créquy, en 1574. Les Blanchefort devenus héritiers des biens de ce prélat, avec 1 obligation de relever son nom, disparurent à leur tour en 1724, et Moreuil devint la propriété de la mère du dernier d’entre eux, Catherine de Rongé. Celle-ci transmit le domaine à sa propre famille d'où il passa, pendant un temps assez court, à un prince de Lorraine, de la branche d'Elbeuf, pour faire bientôt retour aux de Rougé qui le possédèrent sans interruption jusqu’en 1890 (4). Depuis le xT siècle, limite extrême où l'on peut faire remonter son histoire, jusqu à la veille du xxc siècle, cette terre a donc toujours été transmise par voie d héritage. C’est là un fait assez rare pour être signalé.

(1) Goze dit pourtant que toutes ces tours possèdent une cour intérieure. A l’heure actuelle l’une d’elles a été convertie en chapelle, avec crypte en sous-sols; les autres cours sont abritées par des toitures. — On remarque l'entrée de souterrains dans les substructions du bastillon du sud-est.

(2) Monstrelet.

(3) V. Darsy, loc. cit., t. I, p. 371, note.

(4) Avant cette époque, Moreuil avait été vendu par un de Rougé, mais pour être acheté par un autre membre de la même famille.

En 1890, Moreuil appartenait à Mme de Rongé, marquise du Plessis-Bellière, née de Pastoret, qui mourut la même année sans postérité, en laissant par testament son château au Pape qu'elle instituait son légataire universel. Mais les héritiers naturels de la testatrice, s'abstinrent de faire la délivrance du legs, ce qui obligea, pour les y contraindre, S. S le Pape Léon XI II à les traduire devant le tribunal de Montdidier qui, le 3i mars 1892, ordonna aux évincés de consentir à la délivrance de ce legs.

Ceux-ci interjetèrent appel devant la Cour d'Amiens qui, par arrêt du 21 février 1893, déclara que le Pape, représentant l'Eglise catholique universelle, n’avait aucune capacité civile en France, selon le droit civil français, et qu en conséquence, l'institution universelle faite à son profit par la Mlse du Plessis-Bellière était nulle et de nul effet. Le Souverain Pontife porta l’affaire devant la cour de cassation, mais une transaction survint entre les partis, avant le prononcé de l’arrêt.

En vertu de cette transaction, le château de Moreuil devint la propriété des héritiers naturels de Mme du Plessis-Bellière qui le vendirent au mois d’août 1897.

L'affaire que nous venons de rapporter aussi brièvement que possible, devait, à cause du caractère auguste de l'un des personnages qui y figurent, être rappelée ici. Elle nous servira du reste à clore l'histoire du château de Moreuil

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