HANGEST-EN-SANTERRE
Dans son bel ouvrage sur les monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picarde, M. C. Enlard manifeste le regret qu'il n’existe pas une monographie de l’église d Hangest-en-Santerre. Gela nous invite à en tracer au moins une modeste description.
Le plan, liturgiquement orienté, de cet édifice entièrement construit en pierre (i), comprend une nef de quatre travées accompagnée de collateraux, un transept sur la croisée duquel s’élève le clocher, un chœur de deux travées et un sanctuaire compris entre les trois derniers pans de l’abside. Ce sanctuaire parait du reste presque rectangulaire, à cause du peu d’obliquité de ses deux pans latéraux. De part et d’autre ; une chapelle communiquant par des arcades avec le chœur et le transept, a été accolée dans les angles qu'ils forment, du côté de l'Est, dans le prolongement des collatéraux de la nef.
La partie inférieure de la façade occidentale appartient au xne siècle (2). Là s’ouvre, dans l’axe du vaisseau principal, un beau portail en plein cintre qui compte trois voussures absolument semblables et simplement ornées de moulures. Elles retombent, de chaque côté, sur trois colonnettes munies vers leur milieu d'une bague composée d'un tore entre deux armilles. Les bases sont attiques et les chapiteaux portent une riche décoration de feuille d'acanthes ou d’artichauts. Ils sont surmontés de tailloirs moulurés. Une archivolte garnie par endroits d’une succession de fleurettes a quatre petales aigues et, a d'autres claveaux, d'étoiles à quatre
(1) A part quelques restaurations modernes qui sont en briques.
I2) M. Enlart fixe sa construction entre 1160 et 1170 (loc. cil.). Voir dans le même ouvrage 1 héliogravure de cette façade.
raies (i), contourne le portail et forme des retours horizontaux qui vont aboutir de part et d autre, à un contrefort peu saillant. Au-dessus, un larmier traverse l’espace compris entre ceux-ci.
Le tympan parait avoir été refait au xvne siècle. On y aperçoit une niche sans ornements, qui semble dater de cette époque. Au-dessus de l'entrée, fort modifiée elle aussi, était sculpté un écusson aujourd’hui méconnaissable.
Nous attribuons au xvie siècle la partie supérieure de la façade qui ne présente pas de caractères bien déterminés. On y voit un oculus, percé entre deux niches dont les socles et les dais de forme peu élégante, sont en outre malhabilement sculptés. Au-dessus se développe le pignon. Un larmier passe à sa base et sa pointe est terminée par une croix de pierre. Vers le centre de ce pignon se trouve une niche aussi peu remarquable que celles antérieurement décrites. Elle est placée entre deux ouvertures ovalaires. Ce dernier détail prouve l'époque récente de cette partie de l’église, dont la décoration peut être attribuée au xviie siècle.
Les extrémités des bas-côtés sont closes par des murs surmontés de corniches horizontales. Chacun d’eux est percée d une fenêtre ogivale sans remplage et simplement bordée de moulures peu caractéristiques.
Monsieur C. Enlart attribue la nef au xve siècle. Pourtant le bas-côté méridional parait dater de la fin du xvie siècle, ou du début du suivant, en ce qui concerne au moins sa partie décorative. Nous en décrirons d'abord l’aspect extérieur.
On y distingue quatre travées accusées par des contreforts munis de larmiers (2) et terminés par des bahuts. La première division, près la façade principale, laisse voir les traces d’une porte condamnée, au-dessus de laquelle se trouve une niche dont le dais et le socle sont grossièrement sculptés. Les trois travées suivantes possèdent chacune une fenêtre ogivale simplement bordée de moulures et surmontée d’un larmier qui forme une archivolte à retours horizontaux.
Au-dessus des diverses divisions de cette façade, mais pas absolument dans leur milieu, se dresse un petit pignon qui constitue, pour chaque travée, l’extrémité d'une toiture spéciale dont le côté opposé vient buter contre la nef centrale (3). La muraille unie de celle-ci émerge plus haut, et se termine par un simple surplomb servant de corniche.
Le transept méridional ne fait pas saillie sur l’alignement du collatéral. Il parait plus ancien que ce dernier (4). Une grande fenêtre munie d’un beau remplage à soufflets, de la fin du xve ou du début du xvic siècle, s’ouvre dans sa façade surmontée d’un vaste pignon. Contre la paroi de l'Est, une chapelle de même époque que le bas-côté a été ajoutée après coup.
Le chœur semble dater de la fin du xme siècle. Il ne possède pas de fenêtre absidale et celles de sa première travée ont été bouchées (5). Il en subsiste quatre autres dont deux éclairent latéralement le sanctuaire. Toutes sont ogivales, sans remplages et bordées de moulures qui ont certainement été refaites à la fin du xvie siècle. Un larmier continu les contourne.
Extérieurement, la corniche est la partie la plus remarquable du chœur. Elle se compose d'une baguette, puis d’une gorge toute tapissée de crosses végétales,
(1) Cette particularité semble prouver que l’ornementation des claveaux de l’archivolte a été exécutée avant leur pose.
(2) Le larmier inférieur règne tout le long du bas-côté.
(3) Ces petites toitures sont donc disposées dans le sens de la largeur du collateral.
(4) Peut-être sa paroi de l’Est date-t-elle du xiiic siècle.
(5) Lors de la construction des chapelles annexées au transept.
irrégulièrement espacées, qui se recourbent sous une tablette. La sculpture de ces feuillages est assez grossière. Nous avons des raisons de croire que cette décoration se prolongeait naguère le long de la corniche des bras du transept (i), au moins au-dessus des façades exposées à l'Est.
Il serait superflu de décrire la façade septentrionale de l'église d’Hangesten-Santerre, car elle est semblable à celle qui lui est opposée, avec cette seule différence qu'à l'angle nord-ouest du bras du transept, se trouve une tourelle a douze pans par où l'on monte au clocher (2).
Celui-ci s’élève sur la croisée du transept. C'est une tour quadrangulaire construite au xvi' siècle. Elle est cantonnée de deux contreforts à chaque angle et ses faces sont percées chacune de trois ouïes ogivales, bordées de moulures et surmontées d’archivoltes dont les retombées, au nord et à l’ouest, sont ornées de mascarons. On y a aussi représenté un Agnus Dei . Plusieurs des contreforts, surtout à l'angle nord-ouest, sont entièrement recouverts de rinceaux sculptés à l’époque de la Renaissance. On croit même distinguer parmi eux, autant que la distance le permet, les salamandres de François Ier.
Au-dessus de la corniche s’élève un comble pyramidal en charpente recouverte d’ardoises, au sommet duquel, sur une galerie pourvue de divers ornements de plomb, se dresse entre deux girouettes une croix fleurdelisée surmontée d’un coq.
Si l’on pénètre dans l’église d’Hangest-en-Santerre par l’entrée principale, immédiatement on remarque, à gauche, un pilier adossé, correspondant à l'un des contreforts du portail. Ce pilier se compose d’un pilastre cantonné de colonnettes et muni sur sa face antérieure d’une colonne engagée. Le chapiteau qui la surmonte est garni de larges feuilles striées, non sans analogie avec celles d’un des chapiteaux provenant de l’Abbaye de St Martin-aux-Jumeaux d’Amiens, actuellement conservés au musée de Picardie. Les tailloirs présentent un cavé compris entre deux tores ; quant aux bases, elles sont absolument méconnaissables.
L’existence de ce pilier adossé prouve que l’église du xn' siècle possédait des collatéraux. Ceux qui existent aujourd’hui paraissent dater de la fin du xv' siècle ou du début du suivant, mais le bas-côté méridional semble n’avoir été parachevé qu’au xvii' siècle.
Les bases des piliers actuels sont ornées de moulures prismatiques et leurs fûts cylindriques sont accompagnés de deux colonnettes, placées de part et d’autre, dans le sens de la longueur de l’édifice. Les chapiteaux, très déprimés, se composent d’une partie supérieure moulurée, et d’une autre, en dessous, qui, au bas-côté du nord, a reçu une ornementation de feuillages et d’animaux, traités selon le goût du xvie siècle (3), tandis qu’à celui du sud, elle est restée simplement épannelée.
Toutes les arcades sont en cintre brisé. La partie supérieure du vaisseau central était primitivement éclairée par des fenêtres dont on distingue encore les traces. Elles furent bouchées, dans un but de consolidation sans doute, lors de remaniements faits soit aux voûtes, soit aux arceaux.
La nef d’Hangest-en-Santerre est entièrement voûtée sur arêtes d'ogives. Des doubleaux marquent les travées, et une lierne accuse d’un bout à l’autre, la ligne
(1) On remarque encore une des crosses de cette corniche au bas du pignon septentrional du transept vers l'Est. Elle est empâtée dans la maçonnerie de la chapelle annexée postérieurement, dans l'angle formé par le chœur et le croisillon. — Cette corniche rappelle celle de la nef de l'église de Picquigny.
(2 Le collateral de la nef doit être aussi un peu plus ancien de ce côté. Sa décoration intérieure appartient au début du xvic siècle.
(3) 0° y remarque particulièrement un chien de chasse en arrêt devant un singe.
médiane de la construction (i). Les clefs présentent une ornementation insignifiante il la grande voûte, assez remarquable à celle du collatéral du nord, et presque nulle à celle du bas-côté méridional.
Au vaisseau central, les retombées viennent, de travée en travée, s'appuyer sur un groupe de trois colonnettes, disposé en porte-à-faux au-dessus de chaque pilier. La même disposition se reproduit aux collatéraux. Les chapiteaux de ces colonnettes sont sculptés d une manière qui révélé moins une époque que l’inhabileté de 1 artiste. Les fenêtres des bas-côtés n'offrent pas intérieurement plus d'intérêt qu’à l’extérieur.
Les piliers qui portent le clocher ont, du côté de la croisée du transept, l’aspect de deux colonnes octogonales accouplées et engagées d’un tiers de leur diamètre. Pour chapiteaux on y voit une simple et maigre moulure. Aux croisillons, les retombées des ogives s’appuient, dans les angles extrêmes, sur des culs-de-lampe (2).
Les chapelles ajoutées de chaque côté du chœur et communiquant avec lui, ainsi qu'avec les bras du transept, ont motivé plusieurs remaniements. Des fenêtres du xme siècle notamment, furent bouchées pour permettre de pratiquer des arcades dans les murailles où elles se trouvaient.
A quelle époque eurent lieu ces transformations ? Nous sommes tentés de croire, jusqu’à preuve du contraire, qu’elles datent du xvne siècle, et que le millésime 1677, soigneusement gravé au-dessus de l’arcade qui donne accès du bras méridional du transept dans l'une des chapelles, est commémoratif de l'achèvement des travaux.
Le chœur et le sanctuaire ne méritent point une longue description. Ils ont été modifiés à diverses époques. Leurs voûtes, ■ établies sur formerets, sont, à part cela, presque semblables à celles du reste de l’édifice. Un de leurs doubleaux est pourtant orné de rosaces et l’on y voit quelques clefs assez bien sculptées, qui présentent des feuillages traités selon le goût de la fin du xnie siècle. Les chapiteaux des faisceaux de colonnettes appliqués contre les murailles où ils servent à supporter les retombées des ogives et des doubleaux, sont aussi supérieurs comme facture à ceux des groupes de colonnettes qui servent au même usage dans la nef. Toutes les fenêtres sont arquées en tiers point et ne présentent pas de particularités, mais les moulures qui les bordent on dû être refaites à une basse époque. La décoration moderne du chœur n’offre aucun intérêt.
Le mobilier de l’église d’Hangest-en-Santerre est aussi assez médiocre sous le rapport artistique. Il faut toutefois signaler l'appui de la tribune des orgues qui est composé de panneaux en bois, sculptés au temps de la Renaissance. Ils sont presque semblables à ceux employés au même usage dans l'église de St Pierre de Montdidier, dont le dessin figure ci-dessus (3).
L’église possède en outre un assez beau tableau, mais d’un art très peu religieux, qui représente St Jean-Baptiste dans le désert. Cette peinture de l’école française du xvme siècle, sert de retable dans une chapelle. Enfin les fonts baptismaux d’Hangest-en-Santerre appartiennent à un genre représenté par de nombreux spécimens dans l’arrondissement de Montdidier. Ils sont en pierre et datent du xvie siècle. Leur cuve circulaire est cantonnée de quatre appendices arrondis, le tout orné de
fi) Cette disposition n’existe pas aux collateraux.
(2) On remarque aussi quelques culs-de-lampe aux retombées des nervures des voûtes du bas-côtés méridional vers son extrémité. Ils sont généralement ornés de têtes humaines. L’une parait même porter une perruque « à la Louis XIV ».
(3) Voir page 17.
têtes de chérubins, de mascarons et de guirlandes. Il est peu probable que ces appendices aient jamais servi de chapiteaux à des colonnettes détruites, qui auraient caché les quatre statuettes sculptées sur le support central.
Celles-ci représentent sans doute les quatre évangélistes. Entre elles, sont
disposées des chutes de fleurs et de fruits suspendues à des bandelettes flottantes. Ces remarquables fonts baptismaux sont malheureusement en assez mauvais état.
Près de la place qu'ils occupent, contre la paroi du bas-côté septentrional, est appliqué un encadrement en pierre, qui doit aussi dater de la Renaissance. Sa partie inférieure est ornée de rosaces. Les deux pilastres qui servent de montants sont couverts de reliefs de même style que ceux de la tribune de l'orgue et les chapiteaux présentent des têtes de chérubins. L’entablement est très légèrement arqué. On y remarque diverses moulures et ornements (1). Au milieu s’épanouit une pal mette.
Saint-Martin est le patron de l'église que nous venons de décrire. Elle fit partie, d'abord du doyenné de Montdidier, puis, à partir de 1 636, de celui de Davenescourt. Depuis le Concordat, la paroisse dépend du doyenné de Moreuil. Avant la
Révolution, le prieur de Notre-Dame de Montdidier, en vertu d'un droit qui
remontait à 1 1 85 et avait été confirmé par une bulle du pape Urbain III (2), jouissait de la moitié de l'autel et de quelques autres avantages.
C’est dans un acte de 1114 que l'église d’Hangest-en-Santerre est citée pour la première fois. Elle était alors tenue en personnat par Oger d’Amiens (3), moine de Lihons, qui la donna au prieuré où il résidait. Les droits d'Oger sur cet autel, d'abord contestés, par Ingelran, doyen du chapitre d’Amiens, furent reconnus et confirmés par Guillaume, archevêque de Reims, en 1 1 83 .
Tels sont les seuls renseignements que l'on possède sur l'origine du monument, qui vient d’être décrit (4).
R. de GUYENCOURT.
( 1 ) Deux statues de la Ste Vierge tenant le corps du Christ sur ses genoux, sont aussi conservées dans l’église d’Hangest-en-Santerre. — Elles ne présentent rien de remarquable.
(2) Voir Darsy, Bénéfices de l’église d'Amiens, T. II, p. 347,
(3) Le nom d’Oger parait aussi sous la forme Otbert. Ce personnage aurait été d’abord prévôt de la Cathédrale d’Amiens. (V. Darsy, loc., cil. T. I p. 194 et 309, note). Le père Daire prétend qu’il tenait son bénéfice du chapitre d’Amiens.
(4) Le village d’Hangest-en-Santerre, fut chef-lieu de Canton pendant quelque temps, lorsque furent créées les nouvelles circonscriptions administratives. En 1792 un habitant de ce village, D. Mortier, émit des billets de confiance, fait fort rare, hors des villes, dans le département de la Somme. — V. Société des Antiq. de Picardie, Mem. in-8" T. XVIII Recherches sur les billets de confiance, etc., par M. Bazot.