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EGLISE SAINT-GILLES

« Il ne reste absolument rien, dit M. Corblet, de l’ancienne église romane de Saint-Gilles ». Nous avons seulement une preuve de son existence au xne siècle, dans la bulle déjà citée du Pape Lucius III, du 18 Avril 1184, et nous connaissons sa disparition dans l'incendie de 1475. On pourrait peut-être lui attribuer les épais soubassements en grès des murs latéraux.

(1) En français, Dupré ou du Pré.

L’édifice fut rebâti à la fin du xve siècle. Les archives de Roye possèdent une charte précieuse, en latin, sur parchemin, qui a trait à cette reconstruction. Elle est du Ier Mai 1490, sous le Pontificat d'innocent VIII. Sur la demande des paroissiens de Saint-Gilles, et considérant la pénurie de leurs ressources, le Pape accorde des indulgences à ceux qui contribueront à la réfection de l’église, à l’achat des ornements sacrés et des objets nécessaires au Culte. Par le même acte, le Pape fixe la dédicace du monument après les fêles de Pâques.

On a employé, dans les travaux, la maçonnerie de briques d'une façon presque exclusive. Seuls les encadrements des fenêtres et les meneaux sont en pierre à l’extérieur.

L’église, régulièrement orientée, est de forme cruciale. Elle se compose d'une nef à quatre travées avec deux bas-côtés, et d'un chœur à deux travées terminé par une abside à trois pans.

Le portail, auquel on accède par un large escalier de trois marches, est en arc tiers-point ; il est surmonté d'un clocher en rectangle barlong qu'épaulent de forts piliers butants. C’est une reconstruction effectuée en 1742, par Jean Dubois, charpentier des moulins et châteaux du Marquis de Soyécourt.

Au-dessus du beffroi en charpente, s’élance une pyramide couverte d'ardoises, dont le sommet porte deux croix et une tige surmontée d'un coq. Du côté gauche, une tourelle ronde en briques s’élève à l’angle de la façade et, de son sommet, un passage non couvert fournit un accès peu ordinaire au beffroi, qui contient trois cloches fondues par Cavillier en 1828.

Les toits des chapelles latérales et de l’abside sont couverts en tuiles.

L’intérieur de l’Eglise frappe le regard par sa régularité. Les arcs des travées de la nef et du chœur sont en tiers-point de même dimension, et reposent suides piliers hexagones assez intéressants. Les faces intérieures d’entrecolonnement de ces piliers sont unies, tandis que les autres côtés sont décorés d’une colonnette appliquée sur chaque angle et de trois canaux séparés par des bandeaux. Il n’y a point de chapiteaux, mais seulement, comme au début du xvie siècle, une tablette chargée d'une suite de petits arcs tiers-point dans lesquels s’inscrit un trilobé, et dont les retombées posent sur un trèfle renversé. Cette ornementation est très réussie.

Les voûtes étaient en bois avec tirants et poinçons jusqu'à l'année 1779; elles furent réparées cette année-là, et de nouveau en 1819. Elles sont maintenant en croisée d’ogives avec liernes et bercerons.

Dans les collatéraux, on reconnaît les traces des voûtes en bois avec tirants et poinçons, mais il y a maintenant une voûte en plâtre.

Chacune des fenêtres, possède un meneau qui s'épanouit en cardimorphe.

Le chœur est élevé d'une marche sur la nef, et le sanctuaire de deux marches sur le chœur. Le rétable du maître-autel se compose d'un tableau, au-dessus duquel est placée une sculpture sur pierre formant cinq compartiments avec dais, qui renferment les statuettes de Notre-Seigneur et des quatre évangélistes.

Le transept a deux chapelles : celle de la Sainte Vierge à gauche ; celle de Saint Eloi, à droite.

Plusieurs statues méritent d'être citées, surtout celles de la Sainte Vierge, de Saint Roch, de Saint Georges et de Saint Nicolas.

Autour de l’église se trouvait le cimetière de la paroisse ; il fut fermé, et — chose assez rare — des habitations s’élevèrent bientôt sur son emplacement.

En 1793, il fut question de supprimer l’église Saint-Gilles et de ne laisser subsister que celle de Saint-Pierre ; mais les habitants du faubourg protestèrent

énergiquement, la municipalité joignit ses instances aux leurs, et la paroisse Saint-Gilles fut maintenue.

Par ordonnance royale de 1826, elle fut érigée en chapelle vicariale avec chapelain particulier. Elle est aujourd'hui succursale, avec Saint-Mard comme chapelle de secours.

Une maison qui porte le n° 9 de la place d'Armes offre un intéressant exemple des constructions en bois du xvic siècle. Le pignon sur rue a la forme d’un arc Tudor coupé au sommet par une tige de bois sculpté qui simule la flèche d’un arc tendu. Sur toute la courbure sont dessinés des rameaux de chêne ; les pièces de charpente reposent sur deux consoles soutenues par des statuettes en forme de cariatides. Les solives, les poteaux corniers et les poutres sont ornés de rinceaux et de têtes d’animaux. Les linteaux des fenêtres et de la porte d’entrée sont sculptés de feuillages et de fruits. A droite de l'entrée, une console représente une tête coiffée du chapeau de Charles IX.

La tradition locale prétend que cette maison était une hôtellerie dans laquelle mourut Jeanne de Bourgogne. M. Corblet a démontré que le fait ne pouvait pas être exact, puisque l’architecture de cette maison date du xvie et non pas du xive siècle. Mais M. Coët explique la contradiction apparente comme il suit : Avant le xvie siècle, se trouvait au même endroit une hôtellerie adossée à l’église de Saint-Florent; or, en 1 553, lors de la prise de Roye par l’armée de Charles-Quint l’incendie réduisit en cendres le clocher de Saint-Florent et en même temps l’hôtellerie qui, plus tard, fut reconstruite sur son ancien emplacement. Ceci est confirmé par un acte constatant que l'hôtellerie, dans laquelle mourut Jeanne de Bourgogne, fut brûlée par les Impériaux et qu’ « en son emplacement fut basti un autre logis ». Cet acte explique la tradition en ce sens que c’est dans l’ancienne hôtellerie, à laquelle succéda la maison actuelle, qu’est morte la femme de Philippe-le-Long.

La ville de Roye a été fortifiée par une enceinte de fossés et de murailles garnies de sept tours ; il en subsiste encore des fragments, d’une certaine importance, dans quelques propriétés particulières situées du côté méridional de la cité. Ces fragments méritent une attention spéciale, surtout en raison de la rareté de plus en plus grande des monuments d’architecture militaire dans la région. Un plan des fortifications en 1 652 a été retrouvé dans la Bibliothèque de l’Arsenal

(in-f° n° q38, H.) par M. Gomart qui l'a reproduit, avec une notice, dans le

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