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plusieurs fois, notamment dans le Tome XVIII du Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie , et dans la Revue Archéologique (i). Il est placé dans une petite niche en accolade de om6o de haut sur om44 de large, dont l’archivolte, ornée de crochets x\T siècle, repose sur des colonnes à cannelures torses, et se trouve garnie intérieurement de deux redans feuillagés. Au centre, Saint Médard est debout, revêtu des ornements pontificaux. Sa main gauche tient la crosse (2), et sa droite bénit un personnage agenouillé près de lui. Deux chevaux, représentés à mi-corps, l'un couché, l’autre debout, se trouvent figurés à la gauche du saint Evêque. Il faut voir dans ce bas-relief la représentation d’un épisode merveilleux de la vie de Saint Médard. Il gardait au temps de sa jeunesse les bestiaux de son père dans la prairie de Salency, lorsque passa un pauvre marchand au désespoir d’avoir perdu l'un de ses chevaux. Médard, plein de charité, lui donna un de ceux dont il avait la garde. Mais comme on le soupçonna de l’avoir vendu, il se mit en prières pour demander à Dieu de détourner le courroux de son père et le faux jugement qu'on portait sur lui. A l'instant, un autre cheval apparut miraculeusement dans l’écurie qui se retrouva au complet (3).
Sous le bas-relief, se trouve l’inscription suivante :
Cy : bevant ■ gift : fîonornôfc fiomc.:
Jan £icffc ci ) fou vivat iCa 6if 6cm a :
Curent fcqucf fit6a fee octavce. : bit eaexemet en fcgfë 6c ceane .Crcfpaffa fa 6c grâce mvc ii.
Un acte féodal, donné le 27 Août 1657 au duc de Chaulnes, fait mention du fief de Liesse, sis à Curchy. Le possesseur de ce fief aura été sans doute inhumé, en 1 D02, dans un caveau qui existe, selon la tradition locale, au pied du mur de l’église dans lequel est encastré le bas-relief.
La paroisse de Curchy avait pour nominateur à la cure le Chapitre de Nesle, et pour gros décimateur l’Abbaye-au-Bois.
Elle ressortissait au Baillage de Roye, à l’Election de Péronne, et à l’Intendance d’Amiens.
DRESLINCOURT
Au milieu du village, à l’intersection de plusieurs voies qui conduisent à Nesle, à Curchy, à Potte et à Pertain, s’élève un tertre artificiel qui a, aujourd'hui, deux mètres de haut et quarante mètres environ de circonférence.
Au sommet de cette éminence, se dresse une croix monolithe, fichée dans un socle carré de omg6 de large sur om33 de hauteur. Ce socle est élevé lui-même dans tout son pourtour sur deux marches composées de larges blocs de pierre.
La forme de la croix est très intéressante au point de vue archéologique : c’est
(1) XIIIe année, 2e partie, page 559.
(2) La partie supérieure est brisée.
(3) Annales de Noyon, par Jacques Levasseur.
la croix grecque dont les bras sont très peu saillants et dont la branche inférieure se prolonge en une tige étroite comme sur beaucoup de pierres tombales du ixe au xie siècle.
La croix de Dreslincourt est haute d'un mètre quatre-vingt-douze centimètres ; sa tige est rectangulaire. Elle a de face quarante-six centimètres sur une épaisseur de trente-deux ; et elle est taillée dans un seul morceau de pierre calcaire ayant toutes les apparences d'une grande antiquité.
Certains auteurs veulent qu’elle soit un menhir que la Religion chrétienne aurait transformé en croix ; d'autres la regardent comme un souvenir placé sur la tombe des soldats morts dans une grande bataille qui a valu à la forêt voisine le nom de Bois des Meurdris ; d'autres enfin la considèrent comme une limite de territoire ou de juridiction.
Si elle ne date pas du xic siècle, elle en a du moins les caractères dans son dessin et dans son style. Les quatre côtés de sa tige sont à plis godronnés; les bras et la partie supérieure se terminent en festons demi-cylindriques.
L image du Christ n’y est pas figurée. A l’endroit où elle aurait dû se trouver, on a creusé, à une date moins ancienne que la sculpture, d’un côté une cavité en forme de petite croix qui abritait sans doute un crucifix en bois ; et de l’autre côté une petite niche qui était destinée à une statuette de la Vierge. Cette niche a coupé le dessin d’une couronne semblable à celle qui entoure ordinairement le monogramme du Christ à l’époque romane primitive (i). Il paraît évident, d’après leur forme et la nullité de leur ornementation, d'après la manière dont ces deux entailles partagent le dessin, qu’elles n’ont pas fait partie de l'agencement primordial du monument.
Sur la face de la croix qui regarde le chemin, les moulures de la tige s’interrompent, un peu au-dessous du bras droit, pour faire place à une double rainure qui part du bord de la pierre et qui dessine une courbe parabolique en descendant plus bas vers ce même bord.
L’explication de ce détail d’ornementation n'a pas été donnée jusqu’ici d’une manière satisfaisante. L'état du monument indique une vétusté considérable, et la crainte de le voir disparaître, autant que la rareté des croix du même genre dans la région, commandaient qu'une description en fût insérée dans la Picardie Monumentale.
Dreslincourt n'a jamais possédé de cimetière, ni d’église (i). Une chapelle dédiée à Sainte Radegonde y existait en 1 633 ; on en a rappelé le souvenir dans une autre chapelle construite vers le milieu du xixe siècle.
Depuis 1375 jusqu'à nos jours, l’orthographe du nom de ce village n’a pas varié.
(1) \ oir dans la Statistique Monumentale du Calvados, par M. A. de Caumont, la croix de Grisy dont l'analogie avec la croix de Dreslincourt est tout à fait remarquable, et qui se trouve placée auprès d’une voie romaine sur la limite de deux communes.
(r) C est par erreur que l’ouvrage d’Adolphe Joanne sur le département de la Somme annonce, (page 81) qu’il existe à Dreslincourt une église du xnc siècle et qu'on a trouvé dans la commune des sarcophages antiques. L’auteur a confondu Dreslincourt, du Canton de Roye (Somme), avec une localité homonyme du Canton de Ribécourt (Oise).
ERCHEU
Le plus ancien document écrit qui soit connu sur Ercheu, à l’heure présente, est une charte de l’an 977 par laquelle Hadulphe, évêque de Noyon, donnait à son Chapitre l'autel et la dîme de cette localité. Cette charte fut confirmée en 980 patune Bulle du Pape Jean XV (1) dans les termes suivants : « Confirmamus etiam illud « donum Hadulphi, ecclesiam videlicel nomine Arceium ut teneat. . »
Ce que démontre surtout ce document, c’est qu’en 977 le village et l’église d’Ercheu existaient ; mais d’autre part les découvertes archéologiques faites en 1891 permettent d’affirmer qua la fin de l’époque gallo-romaine, c’est-à-dire du iv' au v" siècle, d’après le style des objets trouvés, il y avait déjà une réunion d’habitations en cet endroit.
Un château-fort, située près de la Rivière Bleue, a été sans doute la cause déterminante de cette réunion, et l’origine du nom qu’elle a reçu. En effet, Arceium dérive de Arx, Accès qui signifie forteresse ou citadelle. Le nombre d’habitations aurait été assez considérable, si l’on en juge par l’étendue du cimetière, fouillé de 1891 à 1 8g6, et par la quantité des sépultures qui ont été ouvertes.
En 1194, Etienne de Nemours, évêque de Noyon (2), désirant favoriser l’extension d’Ercheu dont le domaine et le château appartenaient à son évêché, publia une charte d’après laquelle tous les Hospites (3) qui viendraient s’y établir recevraient chacun vingt-cinq verges de terrain moyennant cinq sols parisis de cens annuel ; ils seraient de cette manière libres de toute autre redevance municipale. De plus, ils seraient exempts de taxe, d’impôt, de prestation et de toute charge militaire à pied ou à cheval, sauf pour la défense du domaine ou de la chrétienté.
M. de Cagny a reproduit in-extenso le texte latin de cette charte extrêmement précieuse (4), et qui se termine par l’affranchissement de la commune et l’institution de cinq échevins. Le roi Philippe- Auguste en accorda la confirmation au mois d’Avril 1195.
Aux Archives de l'Oise, sous la date de 1243, on voit le maïeur d’Ercheu, Raoul, fournir l’affirmation de son sceau. Et l’on trouve indiqués, en 1272, le vivier de l’Evêque et une motte entourée d’eau, sur laquelle était une habitation. Dès la fin du xns siècle, l’Evêque parle de son vin et de ses celliers d’Ercheu.
Une maladrerie existait avant 1120; elle était située, selon la coutume, en dehors de la localité et elle se trouvait du côté de Lannoy ; plusieurs titres en font mention, ainsi que du chemin qui y conduisait.
(1) Le nom de Jean XV et la date de 980 sont acceptés par tous les historiens d' Ercheu. Pourtant Jean XV n'a régné qu'un an en 985, et si la Bulle est bien de 980, elle vient de Benoît VII qui a régné de 975 à 984.
(2) Etienne de Nemours portait: de sinople à trois jumelles d'argent à la bordure engrelée de gueules. Evêque de t 180 à 1220, il fut enterré à Ourscamp. Il était fils de Gautier de Villebéon, seigneur de la Chapelle-en-Brie, et d’ Aveline de Nemours.
(3) On appelait Hospites au moyen-âge les pauvres, les otages, les villageois qui occupaient une demeure moyennant un cens appelé hostise. C'était une sorte de fermiers n'ayant que la jouissance du terrain contre une rente ou des services rendus, stipulés par le propriétaire. Celui-ci pouvait les congédier à sa volonté. Les Hospites étaient en raccourci les feudataires d'un tout petit fief.
(4) De Cagny. Arrond. de Péronne, vol. 2, p. 672.
Un hospice a été établi dans l'intérieur du village, en i3og, par Jean d’Ercheu, doyen du Chapitre de Noyon, après autorisation du roi Philippe-le-Bel. Cet établissement était fondé en l'honneur de Saint Louis, et il était situé dans une propriété que le donateur possédait à Ercheu « entre la maison de Michel Lancourt, « écuyer, et celle de Bertrand Finot » (i). L’hospice était doté de 200 sols parisis de rente annuelle qui furent augmentés peu de temps après. En i6g5, le 7 février, par Arrêt rendu en son Conseil privé, Louis XIV réunit les biens de la Maladrerie et de l'Hospice d’Ercheu à l'Hôpital Général de Noyon, mais en obligeant celui-ci à entretenir, tous les vingt ans, un malade de l’un ou l’autre sexe, jeune ou vieux, de la Commune d’Ercheu.
Vers 1845, l'Hôpital de Noyon voulut se soustraire à cette charge, et un procès lui fut intenté par la Commune dont les intérêts étaient défendus par M. Charles Dufour, avoué, adjoint au Maire d’Amiens, né à Ercheu, et qui fut un membre distingué de la Société des Antiquaires de Picardie. La procédure lut longue et difficile ; enfin Ercheu triompha : les biens de son ancienne maladrerie et de son hospice lui furent restitués et, par décret du 5 Août 1 8 5s, s'ajoutèrent au patrimoine du Bureau de Bienfaisance.
Le château-fort primitif qui avait donné naissance à la localité et lui avait fourni son nom, se maintint jusqu’au xvme siècle, toujours soigneusement entretenu et réparé par les Evêques de Noyon. La garnison était payée par eux ; un titre de 1643 en fait mention. Le capitaine recevait pour sa solde huit livres dix sols cinq deniers. Vers 1750, on voyait encore des ruines de cette antique forteresse (2). Elle renfermait une chapelle castrale dédiée à Notre-Dame, qui fut, par la suite, transférée dans l'Eglise paroissiale. L'emplacement du château, voisin de cette église, se distingue encore très bien. Le mur du cimetière et divers bâtiments voisins ont absorbé les matériaux qui en provenaient.
L’église actuelle d’Ercheu est remarquable. Sa construction, qui date du commencement du xvie siècle, a été l’objet de la prédilection et de la pieuse munificence des Evêques de Noyon à qui le domaine d'Ercheu appartenait, et qui n’ont rien négligé pour que l’édifice religieux fut digne de leur patronage.
Mais cette église n’est pas la première qui ait été élevée dans la localité ; elle a. été précédée de plusieurs autres. Il y en avait une assurément dès le x* siècle puisque l’Evêque Hadulphe, par la charte de 977, citée plus haut, donnait au Chapitre de Noyon l'église et l'autel d'Ercheu. Cette concession, reproduite dans une bulle pontificale, fut approuvée en 1048 par un diplôme du roi Henri Ier.
L’édifice du xe siècle était le même, ou bien il avait succédé à celui qui exista, dès l’introduction du Christianisme dans la contrée, au lieu appelé encore aujourd'hui Capelle où se révéla en 1891 une vaste nécropole gallo-romaine et mérovingienne. Cet oratoire primitif avait été placé sous l'invocation de Saint Martial, l’un des premiers apôtres de la Gaule, et il conserva longtemps le même vocable. D'après les Archives de Beauvais, Saint Martial était encore le patron d'Ercheu au xiue siècle.
Il est certain qu’au temps de Charles Y, dans le xive siècle, l’ancien édifice religieux d'Ercheu fut détruit par les Anglais qui, sous le commandement de Robert Knowles, incendièrent la ville de Roye et beaucoup de localités environnantes.
(1) A. François. Ercheu à travers les âges, p. 235. Plusieurs renseignements historiques sont puisés dans l’ouvrage très intéressant et documenté de M. François.
( 2 \ Le P. Labbê. Histoire de Chauny.
C'est pourquoi, par un acte du 28 Avril i3y2, Messire Gilles de Lorris, évêque de Noyon, donna un terrain dans l’ancien cimetière pour la réédification de l'église « qui avait été ruinée par les guerres » (1).
Cette réédification fut retardée par les désastres continuels de la guerre de Cent ans qui, jusqu'au milieu du xve siècle, ensanglantèrent le pays.
L’église que nous voyons maintenant n’a été terminée qu’au début du xvic siècle. En l’an i5o3, la grosse cloche fut hissée au clocher. En cette même année, le jour de la Sainte Trinité, fut bénit le cimetière actuel dont la donation avait été faite deux ans auparavant par la Dame Marguerite Ducauquis.
Le plan du monument est en croix latine avec transept peu saillant. Il comprend une large nef et deux bas-côtés qui font face à deux autels secondaires. Le chœurest pourvu de chapelles latérales, mais elles sont fermées du côté de la nef, ce qui fait paraître le chœur plus étroit. L’abside est à trois pans. L’église est régulièrement orientée ; son appareil en pierre du Noyonnais est très uniforme, à part le pignon du chœur et une réparation à un contrefort du côté droit où l'on a employé la brique.
La façade est précédée d’un large terrain, planté d’une double rangée d'arbres, fermé sur la rue par une grille en fer et deux portes secondaires, constituant un imposant préau (2).
Cette façade, d'un bel et religieux aspect, est divisée verticalement en trois parties par quatre élégants contreforts qui correspondent aux divisions intérieures. Les deux contreforts placés à droite et à gauche du grand portail sont plus ornés. La partie supérieure de chacun d'eux s’amortit en un pinacle à moulures prismatiques encadrant une gargouille dont on verra plus loin l'ancien emploi. A droite, la gargouille représente un aigle ; à gauche, un griffon.
A la hauteur des voussures du porche central, les deux contreforts sont chargés de niches, avec dais d’architecture, pour loger deux grandes statues. Sous la niche de droite est sculpté un écusson dont les armoiries sont effacées, mais ce qui subsiste laisse supposer l'écusson de Gilles de Lorris, donateur du terrain pour la reconstruction de l’église. (Voir la note 1).
Le portail principal est en cintre très surbaissé, appuyé sur des nervures en groupe, d'une grande finesse, qui rejoignent une corniche ornée de quintefeuilles. C’est le style attribué à la fin du xve siècle. Sur cette corniche repose la voussure en plein cintre, remplie d’une quintuple arcature également cintrée, qui abritait cinq statues de tailles inégales (3). Un grand arc forme l'archivolte, dont les moulures travaillées avec délicatesse sont agrémentées de figures d’hommes, d'angelets, de fleurs et de feuillages. Une tête humaine sort d’une corolle à quatre pétales.
L’archivolte est surmontée d’un larmier qui sert d’appui à une grande rose inscrite dans un arc en tiers-point, d'une heureuse combinaison de style flamboyant, mieux conservée que l'ornementation de l'étage inférieur. La planche ci-jointe dispense d’en faire la description.
Plus haut encore, au-dessus d’un second larmier s’ouvre une niche avec fronton
(1) Gilles de Lorris fut évêque de Novon de 1363 à 1388. Il portait : d'or à la fasce d’azur accompagnée de trois aigles de gueules. Il est l’un des deux auteurs du Roman de la Rose.
(2) Ce terrain est celui de l’ancien cimetière donné par Gilles de Lorris, évêque de Novon.
(3; M. François raconte que le portail avait encore ses statues vers le milieu du xix8 siècle ; elles ont disparu sous les coups des enfants qui jouaient devant l’Eglise. M. François a vu notamment une statue tomber et se briser sur le pavé parce qu'un gamin voulut enlever avec une perche un nid de moineaux caché derrière. La perche fit levier et précipita la statue par terre.
en pyramide aiguë, ornée de crochets et terminée par un fleuron. Elle renferme une statue dont la pierre est fort endommagée. Sous la niche, un écusson donne les armoiries de 1 évêque de Noyon, Charles de Hangest (i5oi-i524) qui portait d'argent à la croix de gueules, chargée de cinq coquilles d'or. Il était fils de Jean de Hangest et de Marie d’Amboise (i).
Avant 1 année 1823, la façade se couronnait de trois pignons correspondant à trois combles en charpente, le plus élevé au milieu, sur la nef; les deux autres plus petits, sur les bas-côtés. Entre le grand comble et chacun des deux autres, s étendaient deux noues qui déversaient leurs eaux par les gargouilles placées au centre des pinacles des contreforts, comme il a été signalé plus haut.
La disposition des toitures ainsi comprise a certainement de grands avantages au point de vue architectonique, mais elle a aussi de sérieux dangers, qui ont été tort bien indiqués par M. Durand dans la description de l’église St-Germain d’Amiens (page 124). Il convient d’autant mieux de le rappeler que l’église d'Ercheu a de très nombreux points de ressemblance avec St-Germain.
Les collatéraux étant couverts par des combles à deux rampants, il en résulte que l’écoulement des eaux est fort difficile, et surtout qu'il se produit entre les deux toits une espèce de hotte où les neiges s’accumulent, fondent lentement et finissent par faire pénétrer l'humidité à travers la couverture. C'est ce qui arrivait dans l’une et l'autre église.
A Ercheu, surtout avec la couverture en tuiles, l’eau filtrait en telle abondance qu'elle traversait les voûtes, et la solidité de l’édifice était menacée (2).
On se décida à supprimer ces combles latéraux à deux rampants, et à couvrir les bas-côtés par un prolongement du grand toit de la nef. En 1823, la science archéologique était rudimentaire, et l’église d’Ercheu n’eut pas le bonheur de rencontrer un architecte, comme à St-Germain M. Antoine, qui, tout en supprimant les combles des bas-côtés, eut soin de garder les pignons de la façade pour ne pas nuire à l'effet général.
Ces pignons ont disparu à Ercheu, et cela donne, au premier regard, une sensation singulière (3).
A droite et à gauche du grand portail, dans l'axe des bas-côtés, s'ouvrent des portes dont le linteau horizontal, soutenu par des pilastres plats avec chapiteau dorique, est surmonté d’une petite niche rectangulaire.
Sur la clé du linteau de la porte qui donne accès dans le bas-côté droit, se trouve sculpté un arc tendu semblable à ceux du pilier que nous verrons tout à l’heure, et qu'il faut rapporter à l'autel dédié à St-Sébastien, dans ce bas-côté.
Sur la clé du linteau de la porte du collatéral gauche, on voit figuré un chapelet qui se rapporte sans doute au Rosaire dont l'autel existait de ce côté.
Au premier étage, une fenêtre flamboyante à cardimorphe est contournée par une archivolte qui s’arrête au deuxième larmier, à la naissance de l’arc en tiers-point.
Par suite de l'exhaussement du sol extérieur, les portes de la façade sont précédées de deux marches qu'il faut descendre pour entrer dans l’église.
La menuiserie de la porte centrale est un bon travail du xvme siècle ; les panneaux très étroits sont séparés par des montants recouverts d'ornements variés : losanges, diagonales, feuilles, etc., et fixées par des clous nombreux à tête façonnée.
(1) Son neveu, Jehan de Hangest, lui succéda en 1525, sur le siège de Noyon, mais, trop jeune encore, il ne fut sacré qu'en 1532.
(2) A. François. Loc. cit. p. 255.
(3) Le montant des travaux a dépassé 18.000 francs.
La frise supérieure montre des feuillages à travers lesquels courent deux animaux. Cette porte a été autrefois peinte en rouge.
En tournant par la droite autour de l'église, on compte sur la longueur six travées séparées par des contreforts. Chacune des quatre premières travées a une fenêtre en tiers-point, mais les remplages de style flamboyant sont différents à chacune des baies, suivant la coutume de l’époque, et ainsi qu'on le constate dans presque tous les édifices du xv' au xvt' siècle.
Les deux premières fenêtres à partir de la façade n’ont qu’un seul meneau ; la troisième, plus large, en a deux ; et la quatrième aussi. Dans celles-ci, les retombées de l’archivolte extérieure paraissent avoir été ornées de petits animaux comme il en existe à beaucoup de fenêtres du même temps.
Les contreforts des premières travées sont plus simples, mais celui de la quatrième travée est chargé d’une niche très fouillée, surmontée d’un pinacle à crochets. Le dessous du dais est orné de nervures avec un pendentif, et cette forme se rencontre dans presque tous les dais des niches de 1 église.
La cinquième travée correspond au clocher placé sur le côté droit du monument comme dans la plupart des constructions rurales du xv' siècle. Le clocher est précédé d’une tourelle à six pans, avec toit pointu couvert d’ardoises; elle renferme l’escalier. Le beffroi des cloches est en charpente avec un toit à quatre versants surmonté de deux croix et de deux coqs. Le montage des cloches a été fait en 1577 par Cardon, maître charpentier à Amiens. Est-ce le même charpentier que celui qui travaillait en 1 5 58 et en 1 58 1 à l’église Sl-Germain d’Amiens r II y a toute vraisemblance pour l’affirmative. (Voir Picardie Monumentale , p. 114 et 1 1 5).
La sixième travée contient une fenêtre à un seul meneau avec arc tiers-point rempli par un cardimorphe et couvert d’une archivolte se terminant par deux retours horizontaux.
Le chevet de l'église est soutenu par quatre contreforts d’angle ; il est éclairé par cinq fenêtres, savoir : deux dans les chapelles latérales, et trois dans l’abside ; ces dernières sont surmontées chacune d’un oculus rond sans division. La chapelle du côté du Midi a un meneau et un cardimorphe ; celle du côté Nord n’a pas de remplage.
La sacristie actuelle, placée au chex-et de l’église, et dont l’entrée s’ouvre derrière le sanctuaire, a été construite en 177a. Elle est en pierres, sans aucun caractère architectural.
Les travées et les fenêtres du côté gauche fourniraient le sujet d’observations identiques à celles qui ont été énoncées pour le côté droit. Il est sans intérêt d’y revenir. Signalons seulement dans la deuxième travée une porte, aujourd’hui bouchée, dont l’archivolte était un cintre aplati avec retours horizontaux.
Vu du portai 1 , l’intérieur de l’église présente un coup d’œil fort convenable et qui serait encore plus satisfaisant si l’entrée du chœur n avait dù être surbaissée contrairement au plan primitif. A l’arc triomphal est suspendu un grand crucifix en bois, posé en 1740, et il est accompagné des statues de la Sainte Vierge et de Saint Jean.
Les dimensions de la nef sont les suivantes: longueur 20 mètres sur nm70 de largeur dans œuvre ; le chœur a g’”90 et l’abside 5"3o de long. Les voûtes de la nef ont iora85 d’élévation. La longueur extérieure est de 41 mètres sur 22 de largeur (1).
La voûte est portée sur des colonnes rondes ; mais à celles de la première
(i) A. François. Lûc. cit. p. 244.
travée on a donné la forme ovale pour obtenir une résistance plus considérable.
Les chapiteaux, suivant le style du temps, sont presque plats, sans corbeille, ornés de petites volutes entre lesquelles ressortent des figures humaines. L'un d’eux est entièrement formé par des cœurs.
Les nervures de la voûte, à moulures prismatiques, sont d’un excellent travail. Dans la nef, les arceaux se ramifient, les ogives se compliquent de liernes et de tiercerons. Dans les bas-côtés qui sont nécessairement plus étroits, les liernes sont employées sans les tiercerons.
Suivant les anciennes descriptions, la voûte du chœur était magnifique, d’une grande valeur architecturale. C’était le même style que celui de la nef, mais plus ingénieux dans ses dispositions. Malheureusement cette voûte s’écroula en 1818, par la faute de M. l’abbé Denavarre, alors curé d’Ercheu, qui entreprit avec un maçon inexpérimenté une restauration trop hardie. On appela ensuite M. Dercheu, architecte, qui eut le tort de ne pas rétablir le monument dans son état antérieur et de remplacer la voûte par un plafond.
Le maître-autel est en marbre de Malplaquet d’un bon travail ; le pourtour de l’abside est revêtu d’un lambris également en marbre Malplaquet et rouge de Belgique, qui règne jusqu’au bas des fenêtres. Le tout a été acheté en 1775 au sieur Bienaimé, marbrier à Rance (Belgique).
L’autel du transept gauche, dédié à la Sainte Vierge, est orné d’un rétable divisé en trois cadres ; celui du milieu est plus large que les deux autres. Entre ces cadres, se dressent huit colonnes torses, placées deux à deux, et soutenant une corniche surmontée de frontons ; c’est un ensemble très ornemental. Dans le rétable du collatéral gauche, la statue de Saint Sébastien, patron des archers, figure au milieu du fronton. Est-ce pour cette raison qu’on aperçoit trois arcs tendus qui sont représentés sur la pierre du pilier voisin de l’autel, au départ des nervures ?
Le chœur et le transept sont revêtus d’une boiserie à panneaux séparés par des guirlandes sculptées, et dont la frise est en rinceaux. C’est l’œuvre d’un habile menuisier de Noyon en 1703, nommé Jean Velin.
Deux stalles en vieux chêne, avec une tête d’ange sous la miséricorde, et deux confessionnaux de 1697, œuvre d’un menuisier de Nesle, nommé Sulmaire, sont dignes d’attention.
Les fonts baptismaux sont formés d’une cuve ronde en marbre, posée sur une colonne en balustre avec socle carré. Ils ont été, comme les bénitiers, achetés à Rance en 1775.
Le pavage de la nef et du chœur est dû au zèle persévérant et éclairé de M. l’abbé Pion, curé actuel, qui a continué avec succès les travaux de son prédécesseur pour l’ornementation de l’église, et qui a eu l’heureuse pensée de rassembler, en 1 883, dans la troisième fenêtre du collatéral droit, quelques fragments d’anciens vitraux fort intéressants, parmi lesquels on remarque la Crucifixion, la Vierge de Pitié tenant sur ses genoux le corps inanimé du Sauveur, les emblèmes des quatre Evangélistes, le Précurseur Jean-Baptiste.
Dans les angles des pignons, à l’intérieur du transept, une disposition assez singulière des colonnes est à signaler. Trois fûts accouplés sont disposés obliquement; plus épais depuis le pavé jusqu’à la base des fenêtres, ils sont plus minces ensuite jusqu’à la naissance de la voûte.
Dans les collatéraux, les retombées portent sur des colonnes appliquées contre la muraille et demi-rondes dans la première moitié de leur hauteur ; la seconde
moitié, au lieu de garder la même forme, est à section ondulée de cinq parties saillantes.
Sur les colonnes de la nef et du chœur se trouvent les croix de consécration.
Une tribune a été élevée en 1827 au bas de l'Eglise; elle contient un orgue à tuyaux construit par Mrs Van Bever frères, facteurs à Amiens et à Bruxelles.
On a vu plus haut que le Patron primitif d'Ercheu avait été Saint Martial. A partir du xve siècle, sans doute lors de la construction de l’église actuelle, les Evêques de Noyon lui donnèrent pour nouveau vocable Saint Médard, leur prédécesseur du vie siècle. Le Vasseur, dans ses Annales (1), dit qu’il y a cinq églises au doyenné de Nesle dédiées à Saint Médard : celles d’Ercheu, de Breuil, de Liancourt, d’Omancourt et de Rethonvillers.
Elles sont aujourd'hui toutes les cinq dans le doyenné de Roye.
La porte intérieure du clocher dans le transept droit a pour fronton une large coquille renaissance, du milieu de laquelle se détachent les armoiries des de Hangest qui ont été déjà signalées plus haut, sur la façade.
Le clocher renferme aujourd'hui trois cloches. Il y en a eu quatre au milieu du xvme siècle, car on lit sur les registres de la famille Caviilier qu'en Novembre 1755 il a été passé avec Philippe Caviilier un traité pour la fourniture « d’une « quatrième cloche neuve, en accord avec les autres qui existaient déjà, sur le ton « de: Fa-Mi-Ré-Ut ». Elle fut fondue à Carrépuits entre le 6 et le 22 Décembre et pesait 1.084 livres.
Précédemment, en 1577, trois cloches avaient été fondues à Ercheu par Jean Lobby et son compagnon, fondeurs à Amiens, et une autre fut achetée en 1730. Des quatre cloches de 1755, deux furent confisquées par la Révolution et emmenées à Montdidier le 18 février 1794; une autre se cassa en 1806, et l’on décida alors de refaire toute la sonnerie. C’est en 1808 que Florentin Caviilier, de Carrépuits, a refondu les trois cloches actuelles.
De vastes souterrains subsistent encore sous l'ancien château-fort et s’étendent — dit-on — jusque sous l’Eglise (3). La fête d'Ercheu a lieu le Dimanche de la Dédicace. L'Evêque de Noyon nommait à la cure ; la paroisse ressortissait au Bailliage et à l’Election de Noyon et à l'Intendance de Soissons ; elle dépendait du doyenné de Nesle.
Quatre hameaux étaient situés sur le terroir d’Ercheu :
i° Wailly, à l’Ouest, dans une petite vallée qui s’étend vers Cressy. Cette localité paraît avoir été d’origine gauloise ; elle fut ruinée par les Normands au ixe siècle. Quelques habitations y existaient en i65o, notamment celle de Thomas Wargnier, marguillier d'Ercheu; et, en 1771. celle de Pierre Colombier, berger ; mais au xixe siècle tout vestige avait disparu.
20 Bessancourt s’élevait du côté de Libermont, vers le Sud-Est. Quelques constructions y subsistaient en 1828.
3° Lannoy fut un fief important qui eut ses seigneurs particuliers. On connaît Raoul de Lannoy, chevalier, en i23o; Marie de Lannoy, abbesse de l'Abbaye-au-Bois, dans le xvn6 siècle. C’est aujourd’hui une grande habitation agricole qui a succédé à l’ancien manoir entouré d’eau. Le nom de la localité indiquerait l’existence d'un moulin à eau et d'un barrage du xic au xmc siècle.
40 Ramecourt a possédé un château-fort dont les ruines n'ont disparu qu'il y
(1) Le Vasseur. Annales de l'Eglise Cathédrale de Noyon, p. 402.
(2) De Cagny. Loc. cit. p. 670. En 1737, un éboulement se produisit auprès de l’autel de la Sainte Vierge, et fut attribué à la présence de ces souterrains.
a peu d’années et qui fit partie du domaine des Drieux de Crévecceur, des Leclercq de Lannoy, et de la famille de Fransures d’Ognolles. La population du hameau n’est plus guère que d’une douzaine d’habitants à l’heure actuelle.