FRESNOY-LES-ROYE
L autel de Fresnoy fut donné en 1146 à Simon, évêque de Noyon, par Yves de Nesle (1). Mais rien ne rappelle dans l'église d’aujourd’hui, l’édifice du xiie siècle, à moins qu’on ne veuille en admettre un vestige dans les piliers de la nef qui auraient toutefois été retouchés, dont on aurait abattu les angles et mouluré les bases.
Telle qu'elle est, l’église de Fresnoy se partage absolument en deux constructions distinctes : la nef, plus ancienne et plus basse, et le chœur beaucoup plus élevé, plus étroit et de style différent.
L’une comme l’autre de ces deux constructions a subi des restaurations de détail et des modifications sensibles.
La façade a été refaite en briques au xviii" siècle ; le portail seul est en pierres et il a conservé plusieurs chapiteaux à crochets selon le type du xmc siècle. Les deux portes latérales sont moins ornées, l'une a dans son cintre la date de 1761. Les contreforts sont en briques.
Les bas-côtés, du même âge que la façade, sont percés de quatre baies en cintre aplati avec ébrasements carrés ; ils font face à deux autels latéraux, en bois, de facture moderne ; celui de gauche est dédié à Notre-Dame du Sacré-Cœur, celui de droite à Saint Sulpice, patron de la paroisse (2).
La nef a quatre travées formées d’arcs tiers-point appuyés sur des piliers carrés dont les arêtes ont été abattues en biseau, et dont la base s’amortit en doucine. L’arcade la plus proche du chœur est sensiblement plus étroite que les autres, ce qui donnerait à penser qu’à l’origine il y avait un clocher sur la croisée du transept ; et cette considération serait un argument pour dater la nef du xne siècle. Elle a eu jadis des tirants et des poinçons dont les extrémités coupées s’aperçoivent encore dans la voûte de plâtre en arc aigu.
Le chœur, nous l’avons dit, est bien plus étroit que la nef, et le plan n'a conservé sa forme cruciale que par la construction d'un clocher à droite, et d'une sacristie à gauche.
Le clocher est carré, en pierre calcaire, avec quatre contreforts et une tourelle d’escalier de la fin du xvc siècle ; son soubassement est en grès et ses fenêtres ont eu à l’origine des arcs tiers-point. Il est couvert d’un beffroi rectangulaire, sommé d’une flèche aiguë ; et il renferme quatre cloches qui donnent un carillon très remarquable.
(1) Cartulaire de Noyon, Fraisnetum prope Royam, ou bien jaxta castrum Foie.
(2) L’attribution du vocable à Saint Sulpice, évêque de Bourges laisse place à un doute. D'abord^ il y a eu à Bourges deux évêques de ce nom ; l'un mort en 591, dont la fête est marquée au 29 janvier dans le Martyrologe romain- L'autre, Sulpice II, surnommé le Pieux ou le Débonnaire, qui mourut en 644, et de qui l’église St-Sulpice de Paris possède des reliques. Sa fête estau ^janvier. Enfin certains hagiographes pensent qu’il s’agit ici de Saint Sulpice Sévère, disciple de Saint Martin, écrivain recommandable, mort au commencement du vc siècle.
L’abside est à trois pans avec des fenêtres cintrées dont l’encadrement est en pierres.
La sacristie toute récente est en briques, mais fort bien bâtie et très belle. Elle s’ouvre dans le chœur et possède une autre porte donnant sur le cimetière. On remarque dans sa menuiserie l'emploi d'un ancien autel avec rétable et tableau. Les sculptures en sont intéressantes. D'ailleurs, l'église de Fresnoy est particulièrement
Fresnoy-les-Roye. — Croix du cimetière.
favorisée sous le rapport des anciennes boiseries sculptées. Elle possède deux panneaux dans le chœur, avec personnages en pied, de style Renaissance, qui, malgré de légères réparations, ont encore du mérite. Elle possède aussi une table crédence du même temps, et un lutrin avec l’aigle d’un excellent travail.
Au fond de la nef, se trouve — chose rare dans une église rurale — un grand orgue à tuyaux avec une large montre.
Vers le transept on aperçoit le départ d’anciennes arcades moulurées en pierres qui devaient former une croisée d’ogives, mais elles ont été coupées ou sont tombées. Le chœur et le sanctuaire n'ont qu'un plafond tout à fait plat.
Les fonts baptismaux sont modernes, formés d'une base à huit pans, d’un socle à quatre colonnes rondes demi-engagées et d'une cuve ronde très ornée,
Tout autour de l’église s’étend le cimetière, clos de murs, dans lequel s’élève il l’angle Sud-Ouest la fameuse croix de pierre dont on a déjà tant parlé, et sur laquelle il reste cependant quelque chose à dire.
Sa base, ou plutôt le massif de maçonnerie qui la porte, est en briques recouvertes de quelques dalles de pierre. Il faut constater que les descriptions déjà publiées n'ont pas soufflé mot de cette base en briques. Evidemment les briques ne sont pas du xii' siècle ; elles ont été posées au xvm", et sont du même temps que la façade de l’Eglise qui indique 1761. La hauteur du massif de briques, aujourd’hui disjoint et irrégulier, est d'environ deux pieds et demi sur un carré de quatre pieds de côté.
Du milieu de ce piédestal, surgit une tige ayant de haut quatre fois son diamètre, formée de quatre colonnettes régulièrement cantonnées autour d’un fût central taillé comme elles dans le même bloc de pierre. Les colonnettes conservent un module régulier sur toute leur élévation. Elles reposent sur des bases accotées, de forme romane ; et elles sont surmontées de chapiteaux avec feuilles et volutes du même style, entre lesquels ressortent des figures humaines. Au-dessus des chapiteaux, un tailloir unique, sans aucun ornement, est formé par une tablette plane dont la surface égale à peu près celle du pied de la tige.
C’est sur cette plateforme que se trouve fixée une autre pierre intéressante dont voici la description :
La partie inférieure de cette pierre représente un triangle, ou mieux, le sommet triangulaire d’un pignon assez aigu.
La base du triangle est posée sur la tablette de la tige, à laquelle elle est sensiblement égale en surface.
Sur la pointe extrême du pignon, se dresse un ornement à peu près carré, mais posé sur l’un de ses angles et sculpté à jour de neuf petites ouvertures dont les intervalles offrent une rangée de perles, bordée d’un renflement arrondi. Ces neuf ouvertures qui traversent la pierre lui donnent une extraordinaire légèreté. C’est une véritable dentelle.
Les côtés du carré ne sont pas unis ; ils sont eux-mêmes travaillés dans un ordre analogue de décoration et garnis d’enroulements et de fleurons que la gravure fait comprendre facilement.
Comme l’arête aiguë du pignon n’offrait pas un appui assez solide, étant donné que le cadre supérieur s’y applique par une de ses pointes, le sculpteur l’a renforcée de chaque côté en y accolant deux têtes humaines dans lesquelles on a cru reconnaître, d’un côté, Eve à la face imberbe; et de l’autre, Adam au visage barbu.
Cette sculpture est-elle bien une croix ? A-t-elle été faite pour la place qu’elle occupe aujourd'hui ?
11 ne faut pas hésiter à répondre négativement.
Ce n’est pas là une croix ; ni surtout une croix de cimetière. Un auteur y reconnaît la forme d’une croix grecque ; cette idée n'est pas admissible. La croix grecque possède quatre branches d’égale longueur, plus larges à leurs extrémités qu’à leurs points de départ, tandis que la pierre de Fresnoy est tout le contraire : un carré, posé sur un de ses angles.
Le même auteur compare encore le monument de Fresnoy à la Croix de Grisy (Calvados). Si c’est pour sa tige, soit. Quoique les quatre colonnettes de Grisy aient
de nombreuses dissemblances avec celles de Fresnoy (il. Mais si c’est pour la croix elle-même il n'y a plus aucune analogie. La croix de Grisy est grecque, à la bonne heure ; tout comme celle de Dreslincourt (2) ; mais ni comme forme, ni comme sculpture, ni comme appui, elle ne ressemble au monument de Fresnoy. Lorsque l’on voit affirmer que « la croix de Fresnoy a la plus grande ressemblance avec celle de Grisy », il est impossible de ne pas protester. En rapprochant les photographies des deux monuments, la différence s’impose.
Au surplus, le même écrivain, dont la science est incontestable, n’a pu s'empêcher d'entrevoir la vérité. Il avoue que la « croix de Fresnoy » présente une similitude avec certains antéfixes des pignons d’églises romanes. En réalité, c’est à un antéfixe qu'appartient indubitablement la pierre sculptée, qui est adaptée à la tige de Fresnoy ; et le même écrivain ajoute que « son pied pyramidal achève de la rendre analogue à un antéfixe ».
Tout en retenant l’aveu, il faut aller plus loin et dire que ce « pied pyramidal » n'est rien autre que la pointe d'un pignon. C’est l’évidence complète.
Le monument de Fresnoy n’est pas une croix de cimetière ; et la soi-disant croix qui le surmonte n'a pas été faite pour occuper la place qu’elle a aujourd’hui.
En terminant, posons ce nouvel argument dont un simple regard démontre l’exactitude absolue, c’est que la pierre dans laquelle a été sculptée la soi-disant croix de Fresnoy diffère comme nature, comme grain, comme couleur et comme provenance de la pierre qui a servi à tailler la tige (3).
Besoin n’est pas de pousser l'étude plus avant ; il serait facile de rechercher des analogies non pas au loin, mais dans la région même. La démonstration est faite : le monolithe placé à la partie supérieure du monument de Fresnoy est un antéfixe qui a servi dans une construction du xuc siècle, à la partie supérieure d'un pignon. La tige à quatre colonnettes sur laquelle il est placé a été prise dans un monument de la même époque, ou bien elle a été taillée exprès pour supporter l’antéfixe et conserver le souvenir d’une église disparue qui pourrait fort bien être celle de Fresnoy en 1146.
Auprès du mur qui entoure le cimetière, du côté Sud-Ouest, se trouve une mare sur le bord de laquelle s’élève un arbre plus que séculaire qui mérite une mention particulière. C’est un orme colossal, encore bien garni de feuillage, mais dont les racines capricieuses et enchevêtrées sortent de terre en partie, et dont le tronc, rongé d’un côté par la vieillesse, présente une cavité suffisante pour abriter au moins deux personnes. Vers le haut de cette cavité on a fixé une barre transversale sur laquelle repose dans une petite niche vitrée une statue de la Très Sainte Vierge.
La cure de Fresnoy, du doyenné de Rouvroy, partageait la dîme avec le prieuré de Beaulieu et l’abbé de Saint-Médard de Soissons. Elle était à la présentation de l’Abbé de Saint-Crépin de Soissons.
(1) D’abord leur module va en diminuant depuis le bas jusqu'en haut, et une torsade remplit l’intervalle entre deux colonnes ; tandis qu’à Fresnoy le module est fixe, la torsade n’existe pas, et l’intervalle, beaucoup plus large, est absolument uni. A Grisy comme à Dreslincourt, la tige et la croix sont taillées dans le même bloc de pierre, tandis qu’à Fresnoy ce n’est pas un monolithe, les colonnes et la partie supérieure ne sont même pas de la même espèce de pierre.
(2) Voir ci-dessus, planche hors texte.
(3) Celle-ci est jaune, celle-là est d’un blanc grisâtre.
Celle-ci est grasse, celle-là est sèche.
Celle-ci est tendre, celle-là est très dure.
Les chapitres de Noyon et de Saint-Florent de Roye, l'abbaye d’Ourscamp et celle de Sainte-Croix d’Offémont, les couvents des Minimes et des Annonciades de Roye avaient des biens-fonds sur le terroir de Fresnoy-lès-Roye.
HERLY
Herly est une localité d’origine gallo-romaine, comme en font foi sa topographie et les découvertes de médailles et de poids romains offerts en 1869 à la Société des Antiquaires, par M. l’abbé Poiré. On y a trouvé aussi des monnaies carlovingiennes, des deniers d’Amiens du xi' siècle, et le plomb d’une bulle d’Honorius III, pape de 1216 à 1227. Au xme siècle, l’habitation se nommait Hellie et avait une dépendance du nom de Helliel , mentionnée dans une charte de 1247.
Son importance était plus considérable qu’à présent; en effet elle a diminué très sensiblement, surtout dans le cours du xixe siècle. Après avoir eu plusieurs centaines d’habitants, Herly n’en compte aujourd'hui que soixante à peine.
L’église est fort intéressante au point de vue archéologique, mais elle est malheureusement dans un état de ruine et d’abandon déplorable. Il a été question de la restaurer en 1897, un Plan général a même été dressé à cette fin, mais l’exécution en est encore incertaine.
Plusieurs siècles ont imprimé leur empreinte sur l’édifice religieux d'IIerly; l’époque romane y domine encore à l’intérieur et le xvic siècle à l’extérieur.
Le plan, liturgiquement orienté, a gardé la forme du xi' siècle; il se compose d’une nef principale avec deux bas-côtés appuyés sur des piliers carrés, à tailloir chanfreiné, qui soutiennent des arcades puissantes, sans moulures, et dont la clef est elle-même surmontée de fenêtres très étroites à ébrasement intérieur accentué, d’un modèle roman tout à fait caractéristique.
Au xvic siècle, on a élevé, en avant de la façade romane, un clocher carré, en pierre, étayé par quatre vigoureux contreforts d’angle. Au bas de cette tour, a été bâti, en réparation des dommages causés en 1 5 52 par un violent incendie dont les traces se voient encore, un portail en accolade richement sculpté. Il se compose de deux colonnettes minces, à moulures délicates, placées l’une à droite et l’autre à gauche de l’entrée et terminées par des consoles qui devaient recevoir des statues. Entre les colonnettes et le chambranle de la porte s’alignent de nombreuses moulures fines où dominent les gorges et les tores. Au sommet de l’accolade, une console devait recevoir une troisième statue.
Dans le petit triangle formé par les deux lignes intérieures de l’arc et le linteau de la porte, se trouve une fleur gracieuse, à sept pétales entourant un bouton arrondi. Sur l’archivolte, deux animaux sont figurés que leur effritement empêche d’identifier à coup sûr. Celui de gauche paraît être un lézard.
Au-dessus de ce portail, s’ouvre une grande fenêtre en tiers-point avec archivolte à retours horizontaux. Son remplage est composé d’un meneau central qui rejoint, à la naissance de l'arcade, deux cintres trilobés, et qui se divise ensuite en deux branches pour former un cardimorphe. Le meneau et ses divisions sont à moulures en carène ou plutôt en cœur.
Au deuxième étage se trouve un créneau rectangulaire; et, au troisième étage, une fenêtre cintrée s’entoure de moulures du xvie siècle et se coiffe d’une archivolte à retours horizontaux.
Une corniche termine la maçonnerie ; son profil est formé d'un bandeau, d'un tore, d'une gorge et d'un filet. Un beffroi en charpente, couvert d’ardoises, est placé sur la tour. Il est surmonté lui-même d'une lanterne carrée à toit plat qui date de 1825. C’est, avec les clochers de Méharicourt et de Moyencourt, l'un des trois modèles de cette forme dans la région. Avant 1825, le beffroi était terminé par une flèche élégante.
Le clocher renferme une horloge intéressante qui fut placée, en 1784, par Cailleux, horloger à Nesle, moyennant le prix de 800 livres. Elle frappe l'heure sur trois timbres fournis par Florent Cavillier, de Carrépuits, et qui furent payés 382 livres 12 sols.
Les cloches, au nombre de trois, avaient été enlevées en 1 636 par les Impériaux. Il en existe une seule aujourd'hui.
En tournant par le côté gauche autour de l’église, on constate l'existence de quatre travées séparées par des contreforts dont deux, placés aux extrémités, sont des contreforts d’angle. Chaque travée a son pignon à deux rampants, ce qui donne quatre pignons à côté l'un de l'autre; il y en a autant du côté droit et cette disposition architecturale amplifie notablement l'importance de l’édifice lorsqu’on le contemple de loin. Un pignon de gauche porte la date de 1564, qui est celle de sa réfection.
Les fenêtres du même côté sont plus petites que les autres, elles ont gardé leur forme primitive qui mèsure environ om6o de large, avec un ébrasement extérieur très accentué.
Entre chaque pignon, surgit une gargouille. Sous la fenêtre de la quatrième travée s’ouvre une porte assez étroite donnant dans la chapelle de la Sainte Vierge; c’est la seule porte latérale de l'église.
Le bas-côté droit présente quelques différences avec celui qui vient d'être étudié. Il a aussi quatre travées avec quatre pignons à deux rampants, mais ces pignons ne sont pas égaux et réguliers, le troisième et le quatrième sont plus hauts que les deux autres. Les fenêtres ne ressemblent pas du tout à celles du côté opposé. Celles de la première et de la deuxième travée ont un meneau central, sur le haut duquel s’appuient deux arcades irrégulièrement trilobées, sans cardimorphe, mais avec un losange à la partie supérieure de l'arc. Les moulures sont prismatiques. La fenêtre de la troisième travée est un tiers-point sans remplage, dont le bas a été élargi sans aucune proportion avec sa hauteur. En voici la raison : Les habitants voulant éclairer davantage l’intérieur de l'édifice profitèrent d'une réparation qu'on exécutait pour exiger l'élargissement de cette baie, d’autant plus que celle de la travée qui suit était obstruée par la sacristie. C'est ce qui explique la forme anormale donnée à la fenêtre de la troisième travée.
Ce devait être d'ailleurs une idée arrêtée chez les paroissiens d'Herly que d’avoir beaucoup de clarté dans leur église, car, en 1746, le Chapitre de Nesle faisant restaurer le chœur et l’abside, ils demandèrent encore que les fenêtres fussent plus hautes et plus larges. Le Chapitre y consentit, à la condition que les vitraux seraient, pour cette fois seulement, à la charge de la fabrique. On constate aisément que les baies du chœur ont été remaniées.
Au-dessus des murs règne une corniche en pierre soutenue par 17 modifions du côté gauche et 18 du côté droit. Le profil général de ces modifions est une
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gorge surmontée d’un listel ; sur la gorge se détache un fragment de tore moins large que le modillon.
La toiture du sanctuaire est en tuiles; elle est plus basse que celle de la nef qui est couverte partie en tuiles, partie en ardoises.
Le chevet de l'église est un mur plat terminé par un pignon, son soubassement est en grès. 11 n’ofTre d’autre ornement que trois baies en tiers-point, aujourd’hui rebouchées. Leurs archivoltes conservées sont formées d’une moulure dont voici le profil : un filet, un bandeau large avec un boudin appliqué au milieu, un chanfrein à 45 degrés.
A l’angle de la nef et du clocher, du côté droit, s’élève une tourelle ronde qui renferme l’escalier en vis pour monter au beffroi. Elle est couverte d’un toit en poivrière, sa construction était fort bien comprise.
L’intérieur de l’église est d’un excellent effet, ses proportions sont heureuses.
La nef compte trois travées reposant sur des piliers carrés, d’époque romane, qui ont déjà été indiqués. Les trois arcades du côté gauche sont en tiers-point de 3m35 d’ouverture; à droite, la première et la troisième travée sont en arc brisé, tandis que la travée du milieu est en plein-cintre, sans qu’on connaisse le motif de cette disposition. Nécessairement la travée cintrée est un peu plus large que les autres, et les deux premiers piliers de droite ne correspondent pas exactement à ceux de gauche.
Les arcades sont doublées, ce qui les allégit et les rend plus gracieuses.
Les piliers ont sur une face omrj2 à om75, et sur l’autre o'"87. Leur base peu saillante a son arête supérieure abattue. Au-dessus des arcades et directement sur leur clé de voûte, se trouvent les petites fenêtres romanes déjà signalées. Une voûte en berceau, jadis en planches, aujourd'hui en plâtre, dont les tirants et les poinçons ont été conservés, couvre la nef.
Le chœur, élevé d’une marche, se compose d’une travée en tout semblable à celles de la nef, si ce n’est que la fenêtre supérieure est un peu plus large et se subdivise en deux parties au moyen d’un meneau carré en pierre.
La voûte du sanctuaire est en bois. L’autel majeur en menuiserie est large et isolé de la muraille. Sur le fond du sanctuaire sont appliquées de belles boiseries à panneaux ornés d’attributs religieux, style xvic siècle; les côtés sont également lambrissés à la hauteur de 4m5o, et il en était de même autrefois dans tout l’édifice. Mais les lambris des bas-côtés sont tombés de vétusté, ainsi que le jubé qui a disparu en 1755.
Le centre du rétable est occupé par un tableau sur toile représentant l’Assomption, fait à Noyon en 1699 et qu’on a dit n’être pas sans mérite. L’humidité qui règne dans l’église, à cause des verrières à demi-brisées, a détérioré tellement cette peinture qu’on ne peut plus la juger aujourd’hui.
Les collatéraux de la nef, restaurés à différentes époques, sont maintenant voûtés en plâtre comme la nef elle-même, et dans le sens de leurs pignons respectifs, c’est-à-dire perpendiculairement à la voûte principale. Us font face à deux autels secondaires, celui de la Sainte Vierge, à gauche, et celui de Saint Eloi, patron de l’église, à droite. Ces autels sont en menuiserie, ainsi que leurs rétables. L’autel de Saint Eloi est surmonté d’un tabernacle assez intéressant, à trois pans ornés de colonnettes entre lesquelles se détachent, sur la face principale, la statuette de Notre-Seigneur tenant à la main le globe crucifère, sur le pan de droite, la statuette de Saint Pierre, et sur le pan de gauche, celle de Saint Eloi.
Chacun des autels possède un tableau dans son rétable A droite, et pour les raisons énoncées plus haut, le sujet disparaît à peu près sous la poussière et la moisissure; à gauche, il est impossible de saisir le moindre trait, la moindre ligne. La peinture est totalement perdue.
Dans le mobilier, il faut signaler encore les stalles et les bancs posés de 1711 à 1714, et surtout la chaire que bien des églises plus importantes pourraient envier. Elle est à panneaux cintrés, séparés par des pilastres à chapiteaux corinthiens; son escalier tourne autour du pilier auquel elle est adossée, et il est orné, au bas de sa rampe, d’un magnifique montant couvert de roses et de feuillages très délicatement sculptés. L’abat-voix est sommé d'une statuette d’ange tenant la trompette. En terminant cette description aussi abrégée que possible, il faut indiquer la sacristie placée à droite du chœur et qui fut bâtie en i755. 11 n’y en avait pas auparavant.
Plus haut il a été dit que le clocher était construit en avant de la nef, sur la façade de l’église; sa première voûte est soutenue par une croisée d’ogives dont les retombées portent sur des consoles. Celles-ci sont ornées d'écussons aujourd'hui frustes. Sur la clé de voûte, un autre écusson paraît avoir été appliqué plus récemment.
L’édifice a de longueur totale hors œuvre 3om40, sur 12 mètres de largeur. Son état actuel est des plus fâcheux. C’est pis qu'une ruine complète ; c’est un abandon qui fait peine à voir et qui compromet de plus en plus chaque jour la conservation de ce remarquable monument.
Avant l’an 1200, la cure d’Herly dépendait déjà du Chapitre de Nesle qui en conférait le bénéfice, et qui était tenu, comme gros décimateur, à l’entretien du chœur.
Les noms des curés sont connus depuis i5oo environ jusqu’à 1792. Plusieurs sont enterrés dans l’église, où se trouve aussi la sépulture de quelques membres de la famille Le Carlier.
Le cimetière entoure l'église. Il est fermé par des haies de trois côtés, et par un mur du côté de l'ancien presbytère devenu maison d’école et logement de l’instituteur.
On lit dans le clocher diverses inscriptions gravées sur la pierre depuis le
xvic siècle jusqu'au xixc; elles ont été relevées et publiées par M. Le Roy-Morel (1).
Herly possédait des archives fabriciennes fort précieuses, mais elles ont été dispersées. La paroisse ressortissait au Bailliage de Roye, à l’Election de Péronne et à l’Intendance d’Amiens.
Le château d'Herly, admirablement situé, est une construction très vaste, en briques et pierres, datant du xvnc siècle; il est précédé d'une immense cour
d’honneur fermée par une grille et un saut-de-loup. Derrière le logis s’étend un parc magnifique.
Il y eût autrefois à Herly un château-fort, élevé conformément aux Ordonnances de Charles-le-Chauve pour défendre le cours de l’Ingon, mais il n’en reste trace que dans les documents historiques.
Au xnc siècle, la seigneurie d’Herly était une appartenance de Nesle. Le
dénombrement qui fut fourni en 1 394 au comte de Dammartin par Catherine
de Ligne, dame d'Herly, existe encore dans une collection particulière.
(1) Recherches généalogiques, p. 158.
La seigneurie passa par acquisition, en 1 6 1 3, moyennant 34.000 livres, entre les mains des Le Carlier qui la conservèrent jusqu’à la fin du xvme siècle. Il a été mentionné plus haut qu’Abel Le Carlier, décédé en 1711, avait été inhumé dans l’église, au pied du crucifix, à côté de sa femme, Marie-Anne Le Duchat, décédée en 1708.
Jacques Le Carlier, frère du précédent, fut également inhumé, en 1739, dans le chœur de l’église.
Le dernier seigneur d'Herly, Louis-Nicolas de Fiennes Le Carlier, maréchal de camp, colonel du Régiment de Picardie, mourut le 18 Novembre 1810, et il fut inhumé dans le cimetière en face du portail.
Actuellement le château d’Herly est la résidence de la famille de Bouteville.
Les armes des Le Carlier étaient : d’argent au lion de sable armé et lampassé de gueules, parti de sable à une roue d’or.
Celles de la famille de Bouteville sont: d’azur au cœur ailé d’argent, accompagné de trois étoiles en chef et d’un croissant en pointe, le tout de même.
Le calvaire situé à l’extrémité du village vers le midi a été élevé en 1709.
LAUCOURT
Le patronat de l’église de Loecourt et ses accessoires furent donnés en 1204, par l’Evêque Thibault, au Chapitre d’Amiens. (Cartul. du Chapitre, II, f° i35). Il y avait donc une église à Laucourt au début du xmc siècle. La dîme était perçue par les chanoines d’Amiens, par les Religieux de Saint-Fuscien, et par le curé de Laucourt, chacun pour un tiers. La part du Chapitre lui provenait de la donation de 1204.
Autrefois l’Abbaye de Saint-Fuscien possédait les deux tiers à l’encontre du Chapitre d’Amiens; et elle les avait achetés de Hugue de Loecourt, chevalier, de l’assentiment de Jean de la Tournelle, son seigneur immédiat, au mois de février 1296. Le roi Philippe-le-Bel en donna des lettres d’amortissement au mois d’Avril de la même année.
Des difficultés s’étant élevées entre lesdits Chapitre et Abbaye, d’une part, et le Chapitre de Saint-Florent de Roye, d’autre part, sur l’étendue de ce dîmage, une sentence arbitrale du 10 juin 1450 désigna les biens sur lesquels portait la dîme du Chapitre d'Amiens et de l’Abbaye de Saint-Fuscien au profit de leur grange de Laucourt, et du Chapitre de Roye au profit de sa grange de Saint-Georges, c’est-à-dire pour ce dernier, sur les terres vulgairement appelées de la Haute-Loge, de Chaulne et anciennement de Boissy, sur les terres appartenant aux prébendes de Roye, et sur la moitié de 36 autres journaux. C’est une véritable délimitation des deux territoires. (1) Des plans en sont conservés aux Archives Départementales.
La cure de Laucourt, sous le vocable de Saint Martin, était à la présentation du Chapitre d’Amiens. Son revenu s'élevait à 400 livres. La manse conventuelle de
(1) Titres de Saint-Fuscien, ier et 2e Cartons. — Inv. du Chap. d'Amiens., IV, 506 et 510 — Cartul. du Chap. II, f° 35. — Pouillé de l'Archidiaconé.
l'Abbaye de Saint-Fuscien contribuait pour moitié à l'entretien du chœur de l’Eglise. Celle-ci, dans son état actuel, est une reconstruction du xvic siècle, mais dans le style de la fin du xvc. Voici en quels termes M. de Guyencourt en présentait la description à la Société des Antiquaires dans la séance du (S juillet 1889 :
« C'est une construction en briques, établie sur un soubassement de grès. La pierre n’apparaît que dans les encadrements et les meneaux des fenêtres flamboyantes du chœur, et aussi au petit portail latéral près du clocher. Cette porte, surmontée d’une accolade dont la pointe se prolonge beaucoup, était autrefois ornée de feuillages et de nombreux écussons qui tous ont été martelés; on voit encore dans son tympan une sculpture représentant l’acte de charité de Saint Martin », patron de la paroisse (1). « Le sommet des murs de la nef présente extérieurement une série de pignons, comme à Herly et à Billancourt. L'intérieur de l’église a été l’objet d’une restauration complète vers 1889. L’édifice a la forme d’une croix latine, avec un seul collatéral, peut-être ajouté après coup, du côté de l’Evangile; une colonne divise en deux parties l’accès des bras du transept sur la croisée de la nef.
« Toutes les voûtes sont lambrissées et la charpente est apparente. A différents endroits ressortent des corbeaux ornés de figures ou de rosaces, et des images d’Apôtres sont sculptées sur les blochets de la nef. Des boiseries d'un style Louis XIV assez remarquable garnissent le pourtour du chœur, mais ce sont surtout des vitraux
du xvic siècle qui méritent d'y fixer l'attention, car plusieurs sont bien conservés et
réellement beaux. Une de ces verrières représente, sous les yeux du Père Eternel,
la Sainte Vierge entourée de tous les emblèmes sous le nom desquels elle est
invoquée dans les Ecritures. Ces noms sont écrits sur des lambels auprès de chaque représentation ; les couleurs sont des plus brillantes et l’arrangement de toutes ces images dans un pittoresque désordre produit un très bel effet. Dans les lancettes formées par les meneaux de la fenêtre, vers son sommet, on voit la scène de la Visitation; on lit sur cette vitre les dates de 154.. et de 157.. De part et d'autre le quatrième chiffre a disparu.
« Un second vitrail retrace la Présentation de la Sainte Vierge au Temple. Un troisième montre la Salutation Angélique; sur le dallage de l'appartement où a lieu l’apparition, on distingue très bien les armes de France que l'artiste a représentées comme si elles étaient émaillées sur les carreaux. A la partie supérieure de la verrière, on remarque un écusson d’or à trois chevrons de sable : ce sont les armes de la famille de Rasse qui posséda probablement des biens à Laucourt et donna sans doute le vitrail. Malheureusement ces deux dernières fenêtres sont moins bien conservées que celle dont la description précède.
« Au-dessus du petit autel qui se trouve dans le bras du transept, du côté de l’Evangile, la vitre représente le Christ en croix entre la Vierge et Saint Jean, et au-dessous, Adam et Eve séparés par le fatal pommier autour duquel s’enroule un serpent. Cette peinture est fort vive et bien conservée.
« Dans l’autre bras du transept, à la place correspondante, un vitrail représente aussi le Christ entre la Vierge et Saint Jean, mais ici les couleurs sont ternes et l’œuvre ne paraît dater que du xvnc siècle.
« Les fonts baptismaux de Laucourt sont en pierre et datent du x\T siècle ; leur forme est celle d’un ciboire qui serait cantonné de quatre colonnettes ; ils sont assez richement sculptés, mais affreusement badigeonnés. Sur le pied de la cuve, à la place correspondant au nœud qui orne le pied des ciboires, on voit un petit
(1) Pringuet indique comme second patron Saint Maur, dont la statue est placée sous le portail principal.
bas-relief représentant Saint Martin divisant son manteau ; auprès se lit la date de 1567.
« Le couvercle de la cuve baptismale est en cuivre, comme à Roye et à Ercheu. Sa forme est celle d'un dôme ainsi que l’exige la liturgie.
« Ajoutons que le carrelage de l’Eglise est tout en pierre de Mortemer et qu'on peut y distinguer encore une dalle funéraire. Il y en avait trois en 1875, mais déjà difficiles à lire.
« Dans la sacristie est déposée une statue équestre de Saint Martin; cette sculpture du xvie siècle est en bois et n’offre de remarquable que le costume du Saint qui est celui d’un homme d’armes accompli : il ne lui manque que la croix de Lorraine piquée au feutre pour constituer le type du parfait ligueur.
« On a conservé aussi les bois provenant de la partie de la voûte qui s’étendait au-dessus du maître-autel. Sur ces lambris avaient été peintes à l’huile, au xvii0 siècle, les trois personnes de la Trinité. Un peu plus grandes que nature et quoique sans finesse, elles devaient produire un bon effet décoratif. Le Saint Esprit était représenté sous les traits d’un homme tenant une colombe.
« On conserve encore à Laucourt, une boiserie sculptée provenant d’un ancien jubé. Ce fragment a six mètres de longueur sur un mètre vingt centimètres environ de hauteur; l’une de ses faces, — celle qui se trouvait à l’extérieur du jubé, est ornée de sculptures dans le style de la Renaissance.
« Cette longue bande de bois se subdivise en vingt-cinq panneaux. Treize d’entr’eux, sont occupés par les statues du Christ et des douze Apôtres, tous vêtus à l’antique. Us tiennent leurs attributs respectifs et sont fort bien conçus au point de vue décoratif. Quant à leur exécution, elle laisse beaucoup plus à désirer. Toutes les statuettes, qui sont en chêne, s’enlèvent sur un fond orné de simples moulures. Elles reposent sur des socles décorés de personnages bien exécutés, qui portent parfois des écussons dont les ornements ont disparu sous le badigeon. Tous les socles sont réunis par de riches sculptures, fort habilement fouillées, de façon à former une ligne continue qui constitue la partie inférieure du jubé et qui en est la portion la plus remarquable.
« Au-dessus de la tête du Christ et des Apôtres s’élèvent de petits dais assez laids qui trahissent une main différente et une époque plus récente. Leur ornementation est mauvaise. Us sont en bois de tilleul et ils ont le tort grave d’avoir été adaptés après coup au jubé, en aveuglant quelques jolies sculptures dont on parlera bientôt.
« Les douze compartiments qui alternent avec ceux déjà décrits, sont remplis par des panneaux chargés de charmantes arabesques. Parfois un cartouche ou des objets disposés en trophée viennent agrémenter ces compositions, et toujours, en leur milieu, se dresse une tête de philosophe, de page ou de jeune fille, au type bien caractérisé, comme la Renaissance les aimait tant. Sept d'entr’elles ont malheureusement été mutilées.
« Pour encadrement, chaque panneau est accompagné de deux pilastres fuselés qui disparaissent sous les sculptures; chacun d’eux supporte — et c’est un des plus jolis détails que nous ayons remarqués dans tout le jubé. — chacun supporte une petite statuette pleine d'intérêt et très suffisamment bien sculptée. Nous avons cru reconnaître dans ces petites figurines, les Arts libéraux, les Vertus théologales et les Vertus cardinales, puis des personnages portant les instruments de la Passion. Cela est très remarquable, malgré le vilain badigeon qui enveloppe le tout; mais cela est
précisément ce que viennent cacher les dais qui surmontent les statues du Christ et des Apôtres, ainsi qu’il y a été fait allusion ci-dessus.
« Pour couronner cet ensemble, règne, à la partie supérieure du jubé, une corniche formée par un rang d’oves compris entre deux rangées de feuillages d’un mauvais dessin et d'une mauvaise exécution. C’est sur cette corniche que vient s’appuyer une sorte d’arcade ogivale qui est bien du xvie siècle, mais qui jure avec la création inspirée par la Renaissance italienne. De cette arcade fleuronnée prend naissance une grande croix qui simule le bois brut, et sur laquelle est attaché un Christ médiocrement sculpté. Deux anges placés de part et d'autre sur des
pilastres complètent l’ensemble de la portion du jubé qui subsistait en 1889.
« On est ici en présence d'une œuvre sortant certainement de l’ordinaire, sans présenter toutefois les qualités qui constituent les chefs-d’œuvre. On y rencontre
des additions maladroites, des parties en bois de tilleul, des négligences dans l’exécution des sculptures, surtout aux statues du Christ et des Apôtres; on y constate l’intervention de plusieurs auteurs, et nulle part on ne remarque une excessive finesse d'exécution, bien que certains morceaux soient, sous ce rapport, très supérieurs à d’autres.
« En terminant signalons encore, dans le cimetière, une petite chapelle du
xvi° siècle, richement décorée de sculptures de style Renaissance. Une sorte de contrefort très orné qui peut-être a servi de support à une statue, soutient le
pignon de cette construction et s’élance d’un massif de pierres qu’on pourrait prendre pour un petit autel.
« Dans la façade s’ouvre une baie très riche dont la clef porte un écusson qui semble n’avoir jamais été armorié et sous la voûte s’abrite un Ecce Homo de pierre non dépourvu de tout mérite artistique. »
MOYENCOURT
Dans la séance mensuelle du 9 février 1892, M. Durand présentait à la Société des Antiquaires de Picardie deux photographies de la porte du château ancien de Moyencourt, seul vestige encore debout de cette forteresse puissante. L’entrée, composée d’un passage voûté, précédé d’un pont-levis dont la trace des chaînes se voit encore, est surmontée d’un guet d’où se manœuvrait la herse.
Ce qui fait aujourd'hui la valeur principale du monument, c’est un bas-relief sculpté sur pierre dure, fort bien conservé et occupant la partie supérieure de la maçonnerie. Le sujet traité est très curieux et le travail en est fini avec beaucoup de soin. Du côté gauche, au premier plan, on voit sur la mer une sirène tenant un écu sommé d’un casque qui est lui-même couronné d’un tortil. En avant, une ceinture de rochers. A droite, sur le rivage de la mer, un berger est assis, entouré de ses brebis, et tenant aussi un écu semblable au premier; mais il sort du casque un bras élevé perpendiculairement dont la main est dans l’attitude de l’indication. Dans le fond sont gravés plusieurs fois ces mots : JTw Gftaria (1).
(1) En petites lettres gothiques du xve siècle.
Le bas-relief a de surface environ un mètre carré. Son propriétaire actuel aurait consenti à le céder au Musée de Picardie, mais il en demandait un prix excessivement élevé.
La tradition locale indique que cette sculpture avait pour but de perpétuer le souvenir d’un épisode de la vie de Raoul de Créqui (i).
Au rapport de Colliette, le château-fort de Moyencourt existait en 1223. Le bas-relief paraît être d’une époque un peu moins ancienne, il est du xve siècle.
Un titre du 6 juin i382 contient la permission, accordée par l'Évêque de Noyon à Renaut de la Chapelle, de fortifier son chastel de Moyencourt, et ce travail fait encore l’objet d’une autre charte du 27 avril 1399, de lettres du ier février 1400, et d'un arrêt homologatif du Parlement, le 26 février 1400.
Une charte du 3i mars 1413 accorde permis de l’Évêché de Noyon à Gérard d’Athies de faire construire un pontlevis à la porte de son château de Moyencourt ; et une nouvelle charte du 10 novembre 1413 autorise le curage des douves en même temps que l’achèvement de la tour ronde à l’angle méridional de l’enceinte.
Vers 1 8 1 5, on mit à jour, dans un grand travail de terrassement, les fondations du château qui était flanqué de sept tours. Cinq d’entre elles avaient environ quinze mètres de circonférence, et les deux autres, plus considérables et plus rapprochées du donjon, avaient environ vingt-cinq mètres.
Le donjon de forme carrée, avec des murailles très épaisses (2), offrait au rez-de-chaussée une salle d’environ dix mètres de côté. Toute la maçonnerie était en grès piqués (3).
Le château était entouré, non pas de fossés, mais d’une large étendue d’eau, d’une sorte d’étang assez profond dont le périmètre se reconnaît encore, et qui occupait une superficie d’un hectare et demi. Lors du dessèchement de cet étang, aujourd’hui mis en culture, on a trouvé un canon en fer du xvnc siècle, des monnaies, des armes, et trois grands chandeliers en cuivre paraissant provenir de la chapelle du château-fort.
Moyencourt. — Bas-relief au dessus de la porte du château.
(1) Cet épisode se trouve répété ailleurs qu’à Moyencourt, dans plusieurs résidences de la famille de Créqui. Il s’agit d’un chevalier de la 2e croisade, longtemps prisonnier des mahométans, qui rentre dans son pays le jour même où sa femme, le croyant mort, allait se remarier.
(2) M. Le Roy-Morel dit : Quatre mètres d’épaisseur.
(3) Une partie subsiste encore en 1901.
La Seigneurie de Moyencourt était un fief relevant de l'Evêché de Noyon. La généalogie de ses propriétaires a été établie, du xme siècle jusqu’à nos jours, par M. Le Roy-Morel. Elle commence par des seigneurs du nom de Moyencourt en 1223, puis elle arrive en 1 377 à Renaut de la Chapelle qui vend en i3g6 le domaine de Moyencourt, pour quatre mille livres d’or, à Gérard d’Athies, 33e abbé de Saint-Eloi de Noyon, archevêque de Besançon, et à son neveu Gérard, pannetier de France, fils de Mathieu d’Athies.
En 1461. la terre et seigneurie de Moyencourt passe par héritage dans les mains de Gérard de Fay, cousin-germain du précédent, époux de Catherine d’Inchy; et leur fille Marie de Fay d’Athies la transmet par son mariage en 1499 à Louis de Hangest, seigneur de Montmor et de Chaleranges.
De la famille de Hangest, la seigneurie de Moyencourt arrive successivement à Philippe de Maillé en 1 552 ; à Claude Daguerre, baron de Vienne-le-Châtel en (557; à Antoine de Blanchefort en 1572; à François d'Agoult de Sault et au
Sire de Créqui, prince de Poix, pair et maréchal de France, dans la famille duquel elle demeure jusqu’à la fin du xvne siècle. Après les de Rougé du Plessis-Bellière, la seigneurie fut vendue d’abord pour moitié en 1714, puis en totalité quinze ans après, à Adrien Binet, de qui les descendants sont encore en possession à l’heure actuelle par M. Emile de Launay, né à Amiens le ier novembre 1847, fils de
Pauline Binet de Moyencourt qui avait épousé, le 14 décembre 1846,
Charles-Auguste-Eugène de Launay.
Le château-fort de Moyencourt ayant disparu, comme il a été dit plus haut, un château moderne a été construit au Nord du village sur une éminence occupée au xme siècle par le manoir d’Harivaux.
Le fief de ce nom appartenait en 1 36q à Raoul d’Apincourt et il était chargé d’une rente de dix muids de blé au profit de la chapelle d’Harivaux en la
Collégiale de Nesle.
Toute trace de construction du manoir primitif avait si bien disparu qu’on ignorait son emplacement exact en 1766, lorsque Joseph-Adrien Binet de Moyencourt fit construire le château actuel, superbe habitation en pierres et briques selon le style de l’époque.
Ce fut seulement au cours des travaux qu’une cave, portant la date de 1246, vint à se révéler ; et c’est faute d’avoir retrouvé plus tôt cette cave de l’ancien manoir d’Harivaux qu’elle ne se trouve pas couverte par les constructions modernes.
L’église de Moyencourt était autrefois située à côté du château-fort. Par une charte en latin, datée du 10 décembre 1412, l’Evêque de Noyon permit à Gérard d’Athies de Moyencourt de la démolir pour la reporter au centre du village, dans un endroit plus avantageux que celui où elle était précédemment. Une autre charte du 24 décembre 1412 détermine la reconstruction du monument, qui est encore debout aujourd'hui, et dans les murs duquel sont entrés certainement les matériaux du monument primitif. Nous avons donc une date incontestable de l’origine de l’église, c’est l’année 1 4 1 3 .
L’ église de Moyencourt est sous le vocable de Saint Nicolas, évêque de Myre ; son plan, liturgiquement orienté, est en croix latine, il se compose d’une nef sans bas-côtés, d’un transept et d’une abside. La façade et la nef n’ont pas de contreforts ; le chevet est à trois pans avec contreforts d’angles, et le clocher occupe le bras droit du transept. Le cimetière entoure l’église, et il est fermé sur la rue
par un mur dans lequel on a placé une grille en fer suivant l’axe d’une avenue d’arbres qui conduit au portail.
La façade présente un pignon uni, large de sept mètres quatre-vingt-dix centimètres, au milieu duquel s’ouvre la porte principale. L’arc de cette porte est en anse de panier avec moulures prismatiques se terminant en haut des piédroits. Ceux-ci sont formés simplement par le mur de façade ébrasé en biseau. L’archivolte est à retours horizontaux.
Un auvent en charpente et couvert d’ardoises surmonte la porte. Au-dessus, s’ouvre une belle fenêtre en tiers-point avec rem plage formé d'un meneau et de nervures prismatiques en cardimorphe. Un grillage en fer à compartiments carrés la protège au dehors.
La pointe de l’arc brisé arrive au-dessous d’une petite niche qui renferme la statue de Saint Nicolas, patron de l’église. Les rampants du comble sont en profil arrondi avec retours horizontaux et une croix au sommet; la toiture est en ardoises. Le toit de la nef est un peu moins élevé que celui du chœur.
Sur le mur de la nef, du côté gauche, on voit deux belles fenêtres lancettes évasées à l’extérieur; entre les deux une niche fort simple repose sur un cartouche au millésime de 1 56g.
Dans le pignon du transept gauche, se remarque une porte ébrasée en chanfrein dont l'arc est en tiers-point avec remplage formé de deux arcades plein-cintre appuyées sur un linteau en bois. Un oculus surmonte les deux arcades; c’est un arrangement postérieur à la construction de l’église.
Du côté droit, la nef n’a qu’une seule fenêtre, de la même forme que celles du côté gauche. Le clocher carré, soutenu par huit contreforts, possède une base en grès d’appareil régulier, dont l'assise supérieure se termine par un cavet.
Les murs sont en pierres calcaires de diverses provenances, dont la plupart, comme il a été déjà indiqué, ont été rapportées de l’ancienne église; on remarque, à cause de leur teinte particulière, les pierres des carrières de Falvy.
Le rez-de-chaussée du clocher forme une jolie chapelle voûtée d’ogives, à moulures prismatiques et clé sculptée. Elle s’éclaire au Midi par une large baie en tiers-point avec un meneau surmonté d’un cardimorphe, semblable à la fenêtre de la façade. Une fenêtre d’un genre tout différent s’ouvre dans la muraille de l’Ouest : c’est une ouverture rectangulaire dont les angles supérieurs sont un peu arrondis et dont l’ébrasement est en chanfrein. Son archivolte est constituée par un larmier qui encadre carrément la partie supérieure. La muraille du côté du Levant n’a pas d’ouverture, un autel y était adossé autrefois et la piscine existe encore du côté droit. Cet autel est remplacé aujourd’hui par une armoire qui contient le mécanisme de l’horloge.
Avant i83o, le clocher se terminait par une flèche aiguë, qui a été transformée alors en une lanterne carrée passablement disgracieuse, dont le modèle identique se trouve à Herly et à Méharicourt.
L'église de Moyencourt possède trois cloches actuellement. Elle en avait trois au commencement du siècle dernier dont la moyenne avait été refondue, le 9 janvier 1713, par Cavillier, de Carrépuits, suivant traité passé le 10 avril 1712, au poids de 55o livres. « Elle s’est trouvée moins pesante de 28 livres au poids de Roye » dit le registre de fonte. Déjà cette même cloche avait été refondue à Carrépuits, seize ans auparavant, le 18 juin 1696.
L’intérieur de l’église offre un excellent coup-d’oéil. Les murs de la nef sont revêtus d’un enduit soigné ; un plafond à poutres demi-apparentes règne sur toute
la longueur de l’édifice, excepté dans la chapelle de Saint Antoine, au transept gauche, où l'on remarque une voûte cintrée en plâtre.
L’arc triomphal, à l’entrée du chœur, est en tiers-point avec ébrasement en chanfrein sans moulures. Le chœur est élevé d'une marche sur la nef. A l’abside, la fenêtre du fond a été aveuglée, sauf un jour ménagé vis-à-vis d'un verre de couleur. Le maître-autel, récemment placé, ne manque pas de cachet artistique, mais on ne saurait se défendre de lui reprocher son défaut d’harmonie avec l’ancien rétable en boiserie à colonnes torses, et avec tout le fond du sanctuaire. Celui-ci est garni de lambris à panneaux séparés l’un de l'autre par des pilastres cannelés, à chapiteaux corinthiens, qui supportent une frise à rinceaux et une corniche ornée de vases.
Une chapelle seigneuriale avec entrée particulière se trouve à la gauche du sanctuaire.
Les deux appartements de la sacristie n’ont pas de style, c’est une bâtisse en briques d’époque moderne.
Dans le mobilier, il faut signaler : un large bas-relief en bois, représentant Saint Hubert agenouillé devant le cerf qui porte une croix dans sa ramure ; une statue en pierre de Saint Antoine; la Vierge à la Visitation; de beaux fonts baptismaux en marbre formés d'une cuve ovale montée sur un pied orné.
Il faut signaler surtout quelques pierres tombales et quelques inscriptions intéressantes.
Dans l’allée de la nef, la dalle en pierre de Senlis de Nicolas Presto offre le portrait en pied du défunt vêtu d'un costume xvne siècle. De chaque côté de lui, deux pilastres cannelés, à chapiteaux corinthiens, soutiennent un cintre orné d’armoiries qui ne paraissent pas françaises. La charge de l’écusson est un oiseau au naturel. Sur la base des pilastres se lisent les initiales enlacées E D, probablement les initiales du graveur.
L’inscription est ainsi conçue :
CY GIST HONORAB PERSONE ME NICOLAS PRESTO VIVAT RECEVEVR DE LA TERRE ET SEIGNEVRIE DE LANOY QUI DECEDA AV CHASTEAV DVD LANOY LE VINGTROIZIEME NOVEMBRE 1 653. PRIEZ DIEV POVR SO AME.
La figure et les mains du défunt sont en marbre blanc incrusté dans la pierre.
Près de la marche qui monte de la nef au chœur, une autre dalle, qui n’est plus sans doute à sa place primitive, puisqu’elle est en travers de l’allée, donne à lire ce qui suit gravé en lettres gothiques :
(Tp gift fc corpo 6c SDamoiecflc Marguerite Witaffc en eon vivant femme 6c Mf Couia prefto greffier en efief bu greffe criminel' 6c fougue et courte ro6c 6u gouvernement 6c picar6ic, laquelle trcfpaffa Ce,... jour 6e juillet fan 1613. prie; 0icu p» fon aine.
A l'entrée de la chapelle Saint-Antoine, dans l'allée du transept gauche, une dalle de Senlis offre le portrait d’une jeune femme, la tête couverte d’une cape d’où sortent ses cheveux bouclés, vêtue d’une longue robe à plis et dont l’inscription est conçue en ces termes :
CY GIST ET REPOSE LE CORPS DE DAMOISELLE MARGVERITE LE C.OVVREVR VIVANTE FEMME DE CHARLES LE BIDAVLT ECVYKR SIEVR DE GARDINVILLE CAPE DV CHASTEAV DE MOYENCOVRT LAQVELLE EST DECEDEE LE JJE NOVEMBRE l652. PRIEZ DIEV POVR SON AME.
Sur la muraille du transept, du côté du Levant, on trouve une inscription en vers français, gravée sur pierre dure et intitulée- : Sonnet funèbre, elle a bien le caractère de son époque.
ARRESTE ICY LES YEVX PASSANT ET CONSIDERE OV LE SORT A REDVIT LOBJET DE MON REPOS CONTRE LVY LES DESTINS EXERÇANT LEVR COLERE LONT MIS POVR VN JAMAIS SOVBS LES LOIS DATROPOS
CE QVE I AVOIS PLVS CHER A PERDV LA LVMIERE DYS MOY PARQVE DYS MOY RESPOND A QVEL PROPOS TV VEVX QVE JE SVRV1VE, ET DESSOVBS CETTE BIERE GIST LA CHAIR DE MA CHAIR ET LES OS DE MES OS
EN VAIN, HELAS, EN VAIN I INVOQVE VNE TIGRESSE SOVRDE A MES DESPLAISIRS, SANS AMOVR SANS TENDRESSE ELLE RAVIT MON BIEN CELLE QVE I ESTIMOIS :
ET POVR COMBLE DE MAVX CESTE FIERE INHVMAINE ME LAISSE AVIOVRDHU Y SEVL PLAIN DENNVIS ET DE PEINE AFIN DE FAIRE VOIR QUEN EFFET IE LAIMOIS