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AlNSY-SOIT-IL
Tout auprès de ce sonnet, dans un large cadre en bois noir orné de quatre médaillons, une plaque de marbre fournit l'épitaphe d’Adrien Binet, écuyer, secrétaire du Roy, Maison et Couronne de France, qui devint seigneur de Moyencourt en 1714 et mourut en 1748, le 3o mars, âgé de 74 ans.
Dans le marbre sont très finement sculptées ses armes : D’azur à la fasce d’or accompagnée en chef d’une étoile d’argent et en pointe de deux épis de blé d’or posés en pal ; support deux levrettes, l’écu surmonté de la couronne de comte.
Deux cadres plus petits entourent des plaques de marbre noir rappelant le souvenir de Georges-Adrien-Eloi Binet, décédé le 26 juillet 1830, et de Marie-Félicité-Victoire de Vion des Mureaux, son épouse, décédée le 3i juillet 1 8 1 5 ; les armoiries sont pour Eloi Binet celles relevées ci-dessus; pour sa femme:
Ecartelé, aux 1 et 4 de... à trois alérions de . posés 2 et 1, aux 2 et 3, d’argent
à la croix dentelée de gueules.
La cure de Moyencourt était à la nomination du Chapitre de Noyon, gros-décimateur. La fête du village se fait le dimanche après le 9 mai. Ressort : Bailliage et Election de Noyon, Intendance de Soissons.
Dépendance : La Fourchelle.
Moyencourt eut sa maladrerie qui était près du chemin Bocage. Au xvne siècle on voyait encore sur son emplacement une chapelle dédiée à Saint Louis. Un titre du i5 septembre 1484 lui donne le titre d’Hôtel-Dieu de Moyencourt.
Il y eut aussi dans le village un couvent de Cordeliers, fondé en 1 5o2 par Marie de Fay d’Athies. Ce couvent était vaste, il occupait plus d’un hectare, et il
fut l'objet de libéralités importantes, notamment de la part de Charles de Créqui qui lui assigna, par acte du i5 décembre i63o, trois cents livres de rente. On possède la liste des gardiens depuis 1698 jusqu'à 1768, époque à laquelle la communauté fut réunie au Couvent des Cordeliers de Noyon qui existait depuis i23o.
En 1780, le couvent de Moyencourt fut démoli, mais les Cordeliers possédaient encore sur le terroir six journaux qu'ils conservèrent jusqu’à la Révolution.
M. Le Roy-Morel a analysé plus de 200 titres d’acquisitions, cessions, échanges, saisines, accords, testaments, donations, etc., qui fourniraient la matière d'une histoire très détaillée de Moyencourt. Et, chose curieuse, plusieurs de ces titres ont été, depuis dix ans, rachetés dans des ventes publiques par la Société des Antiquaires de Picardie , au moyen de la fondation de M. de Beauvillé.
SAINT-THAURIN
L église de Saint-Thaurin (1) doit prendre place parmi les églises romanes les plus remarquables, au point de vue archéologique, que le canton de Roye possède encore. Il ne reste de l’édifice primitif que des fragments, cela est vrai, mais ces fragments sont de premier ordre, et ils suffisent à donner une idée de ce qu’était l'ensemble à l'époque de sa construction au xue siècle.
Le village de Saint-Thaurin, qui compte aujourd’hui q5 habitants, s’est formé autour d’un prieuré de l’ordre de Cluny qui a subsisté jusqu’au xvic siècle.
Son patron, Saint Thaurin, fut un des premiers apôtres de la foi dans le territoire d’Evreux, et il y eut dans un faubourg de cette ville une abbaye de moines Bénédictins qui porta son nom. Une colonie de cette abbaye vint s’établir non loin de Roye, appelée probablement par l’abbaye de Lihons qui florissait déjà depuis longtemps, et elle apporta avec elle le vocable et une partie des reliques de Saint Thaurin.
Le prieur de Lihons demeura le présentateur à la cure jusqu'au xive siècle et ce fut ensuite le prieur de Saint-Thaurin qui recueillit ses droits, moyennant un renvoi à Lihons. Certains auteurs disent même que Saint-Thaurin fut un prieuré-curat (2).
Toujours est-il que le monastère s’établit à son origine sur un terrain donné par Rigor de Roie et sa femme Elisabeth. Le Pape Alexandre III approuva la fondation par une bulle datée du 6 des Ides d’Avril 1179 (3).
L’église, seul vestige qui reste aujourd’hui des bâtiments du prieuré, se trouve sur un terre-plein dominant une vallée assez profonde du côté du Levant, c’est-à-dire derrière le chevet de l'édifice, puisqu’il est liturgiquement orienté.
Le portail principal est un arc tiers-point dont la ressemblance est frappante avec celui de Saint-Jacques de Nesle. Son ornementation est à la fois puissante et sobre, comme il convenait à la demeure des fils de Saint Benoît. Son archivolte à
(1) Nous donnons au nom de la localité sa véritable orthographe. C'est ainsi qu’on pourrait faire dans toutes les publications historiques, pour remédier aux fantaisies administratives et cadastrales qui dénaturent à plaisir les noms de lieu.
(2) Petit Pagès, p. loi.
(3) Bénéfices de l'Eglise d'Amiens, p. 362.
deux voussures repose de chaque côté sur deux colonnes robustes, à chapiteaux formés de larges feuilles dont la pointe accuse légèrement la volute.
La première voussure est décorée de dents de scie; la seconde, porte un chevron brisé en zigzag, sculpté très énergiquement. Les dents de scie et le chevron brisé figurent aussi sur l’archivolte de portail de Nesle mentionné plus haut.
Le rang supérieur de l’archivolte est décoré de moulures composées d’un tore que des gorges font ressortir vigoureusement.
Au-dessus s’ouvrait une grande fenêtre, dont le cintre est appuyé sur deux colonnettes, comme à plusieurs autres baies de l’église. Cette fenêtre, le portail et tout le pignon de façade ont été l’objet de réparations importantes au xvne siècle, pour lesquelles on a employé la brique. Les murs des deux côtés ont subi la même opération, mais on y trouve conservés beaucoup de grès qui faisaient partie de la maçonnerie primitive.
Les fenêtres du côté Sud sont un magnifique modèle du style roman picard. Elles sont encadrées pardeux colonnettes, logées dans les piédroits, dont les chapiteaux offrent une disposition familière aux sculpteurs d u xne siècle.
Les tailloirs sont
formés d’un cavet qui se prolonge en manière de corniche dans les entre-deux des fenêtres. Le plein-cintre de celles-ci s'entoure de la même moulure dominant un boudin sur arête détaché par deux gorges. L’ébrasement est à angle vif.
Le plan de l’église est tout à fait rectangulaire (i); les murs sont très épais et ne paraissent pas avoir eu de contreforts à l’origine; ceux qu’on aperçoit aujourd’hui, et qui sont très irréguliers, ont été ajoutés après coup. La sacristie, adossée au chevet, est une construction moderne en briques. On remarque dans le mur du côté droit, l’encadrement d’une porte en plein cintre, actuellement rebouchée. Les pierres de la maçonnerie proviennent des carrières de Viliers-les-Roye (2).
L’église de Saint-Thaurin a possédé des voûtes d’ogives qui sont tombées depuis longtemps, mais dont l’indication et la date sont intéressantes. Le profil des ogives
(1) Voir: Mèm. de la Soc. des Ant. 1895, p. 161.
(2) On a indiqué la pierre de Caen et celle de Villers-Carbonnel ; ces provenances ne sont pas exactes.
— igo —
ne manque pas d'analogie avec celui de Beaufort-en-Santerre : il se compose de trois tores posés en trèfle renversé et paraissant appliqués sur trois côtés d'un carré dont les angles font saillie entre les tores. Un petit canal est creusé dans le tore inférieur.
Les retombées des ogives s’effectuaient sur des colonnes appliquées de chaque côté d’un pilastre qui recevait l’arc doubleau, ou bien sur des consoles d’angle, ornées de figures humaines caractéristiques du xn° siècle. On a attribué un symbolisme à ces sculptures, ce n’est pas le lieu de le discuter. Ce qui paraît certain, c'est que le petit être grêle et sans sexe, dévoré par la mâchoire féroce d'une face diabolique, représente bien une âme humaine emportée par la mort ou par le démon; c'est ainsi qu’elle est figurée dans de nombreux monuments de cette époque.
Les pilastres et les colonnettes possèdent des chapiteaux à larges feuilles du même genre que ceux du portail, et séparés de leur abaque par un dé uni dont la hauteur égale la moitié du chapiteau. Les astragales sont accusés fortement. Les tailloirs sont presque tous du même modèle composé d’un bandeau et d’une forte baguette, entre lesquels se creuse une gorge bordée de deux quarts de rond.
On dit que sous l’église il y a un souterrain, d’autres indiquent une crypte ; la forme du terrain rend très probable l'un ou l'autre, mais l'accès n’en est plus connu malheureusement.
Ce serait une curieuse étude que la recherche des emplacements occupés par les bâtiments du prieuré et elle pourrait amener d’intéressantes découvertes.
Il a été dit déjà que ce prieuré avait été détruit à la fin du xvie siècle, et que l’église seule avait été restaurée au commencement du xvnc. C’est alors qu'on couvrit là nef d'un lambris cintré, que l’on ferma l'arc triomphal par un mur de briques avec une baie en cintre aplati, et qu'on refit en briques le pignon du chœur. C’est alors aussi qu’on remplit de maçonnerie la grande fenêtre de la façade, en n’y laissant qu'un oculus sans signification (i).
Le cimetière actuel s'étend sur le côté droit de l’église; il domine singulièrement la voie étroite à laquelle il est attenant.
Le clocher placé au-dessus de la façade se compose d'un beffroi carré en charpente, surmonté d'une flèche de moyenne grandeur.
On trouve en l’an 1 3 1 1 des lettres d’amortissement du Roi Philippe-le-Bel, données à Compiègne au mois de Novembre, pour une chapelle de Sainte Catherine que Florent de la Boissière voulait fonder à Saint-Thaurin.
Outre le renvoi à Lihons, signalé plus haut, le prieuré en devait un autre à Davenescourt qui était aussi de l’Ordre de Cluny. Le prieur de Saint-Thaurin présentait aux cures de Damery, d’Hattencourt et de Lachavatte. Il possédait des terres sur le terroir d’Àrvillers au sujet desquelles une sentence fut rendue en 1345 (2), et une part de dîme à Damery, à Lachavatte, à Quesnoy-en-Santerre, et sur la paroisse de Saint-Thaurin.
Ch. DUHAMEL-DECÉJEAN.
(1) Mèm. de la Soc. des Ant . loc., cil.
(2) Voir le Pouillê de V Arcliidiaconè ; Y Inventaire du Chap. III, p. 28 à 38.
TILLOLOY
Tilloloy est situé sur la route nationale n° 17, de Paris à Lille, à deux kilomètres au nord de la borne de l'Oise et à deux cents mètres environ, dans la même direction, de l’ancienne voie romaine de Beauvais à Bavay, qui traverse en cet endroit la route de Flandre. Il est distant de sept kilomètres de Roye, son chef-lieu de canton, dont il est, dit M. Dusevel, « le village le plus intéressant sous le rapport historique » (1).
Son nom apparaît pour la première fois, du moins à notre connaissance, dans une bulle du pape Alexandre III, datée du VI des ides d'avril 1 179 et confirmant la donation d’une « bove » ou « buvière » de terre (2) à Tilloloy, faite par Albéric de Roye en faveur du prieuré de Saint-Taurin et unum bovarium terrce apud
Tieuloy, ex dono Alberici de Roid (3).
Vers l’an 1200, Thibaut d'Heilly, évêque d’Amiens, par un acte muni de son sceau, donna au chapitre de sa Cathédrale les églises de Laucourt, de Tilloloy, etc., dont il avait précédemment cédé les revenus à Robert de Saint-Pierre, chanoine de Roye : ecclesias de Loecort , de Tilloloi, etc., et universel ad personalum predictarum ecclesiarum pertinentia... matri nostre ecclesie Anbianensi in perpetuum tenenda concessimus (4).
Au mois de septembre 1235, E. de Tilloloy dite Duchoise fonda, « pour son âme et celles de ses ascendants », une chapelle de Saint-Nicolas dans l’église paroissiale de Tilloloy. Elle eut sa vie durant, mais en sauvegardant les droits de la cure, le droit de présentation pour cette chapellenie, A sa mort, ce droit passa à son fils Jehan, seigneur de Jumailles, chevalier, et il revint ensuite au chapitre de la Cathédrale (5).
Le revenu annuel de cette chapelle était d’abord de 3oo et plus tard de 232 livres, avec la charge de trois messes par semaine.
En i3oi Tilloloy formait une cure. Ce village paraît dans la suite tantôt comme cure et tantôt comme secours de Dancourt. Il figure comme paroisse en 1 658 et au Pouillé de 1682. En 1689, le Pouillé de l'Archidiaconé dit : « Le curé (de Dancourt) bine à Tilloloy ». En 1772 le présentateur était le chapitre d’Amiens et les revenus de la fabrique s'élevaient à 320 livres (6).
(1) Description historique, etc., du Département de la Somme, t. Ier, p. 329.
(2) On sait que l’on appelait «• bove» ou « buviére » l’espace de terre qu’une paire de bœufs pouvait labourer en un jour.
(3) Cartulaire de l'Abbaye de Corbie, année 1179.
(4) Cette charte, non datée, appartient aux années 1200-1204. Citée par le P. Daire, dans son Histoire du doyenné de Rouvroy, elle est reproduite dans le Cartulaire du Chapitre de la Cathédrale d'Amiens , publié en 1897, par MM. Roze, Roux et Soyez, dans les Mémoires in-4 0 de la Société des Antiquaires de Picardie. Documents inédits concernant la province , t. XIV, icr fascicule, p. 151, n° 1 14.
(5) Voir le Cartulaire du Chapitre de la Cathédrale d'Amiens , loc. cit., p. 313, n° 267 : Littera de capellania de Tylloloy.
(6) Darsy, Bénéfices de l'Eglise d’Amiens.