‹ La Picardie historique et monumentale (volume 5)Chapitre 4 sur 34 · LE SAC · texte numérisé non relu

LE SAC

Le portail s’ouvre au pied de la façade occidentale de la tour. Il est cintré en anse de panier et bordé de nombreuses moulures. Au-dessus est percée une

fenêtre en tiers-point et, plus haut encore, on remarque un oculus. Quant au beffroi, il est pourvu sur chaque face de deux ouïes en plein cintre.

Nous négligerons la description des moulures et des ornements de la Renaissance qui achèvent de donner au monument son caractère spécial, pour attirer l’attention sur un écusson aux armes des Mailly, sculpté sous la voûte du clocher.

Il serait en effet assez oiseux de donner la description détaillée d'une modeste église à une seule nef, altérée par de maladroites modifications. On contemplera pourtant avec intérêt la belle charpente apparente de sa voûte et les blochets remarquablement sculptés de la sablière qui lui sert d’appui. On en compte huit qui sont disposés en nombre égal de chaque côté, et se projettent en avant comme des gargouilles.

Ce sont des statuettes représentant d'une part : Ste Barbe, St Jacques, St Nicolas et St Jean- Baptiste ; et de l'autre : St Fiacre appuyé sur sa bêche, St François d'Assises, St Michel et St Pierre.

A différents endroits de la voûte, des anges sculptés soutienle temps a rendu difficiles à

Bouillaxcolkt. — Le Cluc

nent des écussons peints et dorés, mais déterminer. On sait toutefois que l'édifice fut construit lorsque Nicolas de Mailly était seigneur de Bouillancourt (i).

Les fonts baptismaux qu'on y remarque présentent aussi un réel mérite. M. C. Enlart les attribue à la seconde moitié du xne siècle. Leur forme rappelle celle d'un chapiteau. Une figure humaine est sculptée aux quatre angles de la cuve dont une paroi est décorée par des feuillages et une autre par des arcatures en plein cintre, tandis que les deux dernières ne portent point d'ornements (2).

Ii) I.a famille de Mailly posséda longtemps le domaine de Bouillancourt. En 1550, date gravée sur le clocher, Nicolas de Mailly en était seigneur. Il le posséda depuis 1518, année de la mort de son père Antoine de Mailly. époux de Jacqueline d’Astarac, jusqu'en 1558 cm lui-méme expira, sans avoir été marié. Après lui, Bouillancouit devint la propriété de ses collatéraux. (V. Histoire de la maison de Mailly par l'Abbé A. Ledru T. 1).

(2) V. C. Enlart loc. cit.

Enfin l'église de Bouillancourt possède un gracieux chandelier en cuivre ciselé, monté sur une branche en ferronnerie. Le support du cierge ainsi que sa bobèche sont disposés à l’extrémité d’un des fleurons qui bordent une sorte de rosace ajourée, au centre de laquelle est placé un écusson chargé en chef d’un poisson contourné.

Dans le champ de l'écu, on distingue trois caractères gothiques.

Cette partie du chandelier est une œuvre élégante qui parait remonter au xvie siècle (i).

On a appliqué contre l'un des murs de la nef une pierre tombale, datée de 1743, qui recouvrait autrefois la dépouille mortelle de Dame Marie-Marguerite de Briest (sic) épouse de Jean-Alexandre-Pierre comte de Gouffier, seigneur de Bouillancourt (2). Primitivement, cette dalle se trouvait près du chœur.

Elle est ornée des armoiries des familles Gouffier et Briet (3).

Après avoir fait partie du Bouillancourt. - Fonts Baptismaux,

doyenné de Montdidier, la paroisse de Bouillancourt en

fut détachée et donnée au doyenné de Davenescourt lors de sa création, vers le milieu du xvne siècle. Depuis la Révolution, elle appartient de nouveau au doyenné de Montdidier. Sous l’ancien régime, 1 évêque d Amiens en était collateur de plein droit.

DAVENESCOURT

Autrefois Davenescourt était un bourg ceint de murailles et protégé par un château qui joua un rôle marquant dans l'histoire de notre pays (4). Bien que fort

(1) L’église de Behencourt (Con de Villers-Bocage) possède un candélabre presque semblable, mais l’écusson central est chargé des armes de la famille du Chambge, originaire de Tournai.

(2) Les Gouffier héritèrent du domaine de Bouillancourt de la famille de Mailly, au début du xvnL siècle.

(3) Gouffier : d’or à trois jumelles de sable mises en fasces ; Briet : d'argent au sautoir de sable à l’orle de huit perroquets de sinople, membres et becqués de gueules.

(4) Le château actuel, construit sur l’emplacement de l’ancienne forteresse, fut commencé peu de temps avant la Révolution. A l’Est, le pavillon central de sa façade rappelle beaucoup la partie correspondante du château d’Esserteaux. Du même côté, le perron principal est accompagné de sphinx semblables à ceux du château de Saint-Gratien ^canton de Villers-Bocage). La famille de Villeneuve-Bargemont possède actuellement

déchu de son ancienne splendeur, c'est encore un beau village qui s'allonge sur le flanc d’une colline couronnée de bois, pendant qu'à son pied s'étendent de pittoresques marais traversés par l'Avre.

Presque sur leur lisière est construite l’église paroissiale. C’est un vaste monument de la fin du xve siècle ou du début du suivant qui, malgré plusieurs défauts, est l'un des plus remarquables du canton de Montdidier. L origine de ce sanctuaire remonte au prieuré fondé au xuc siècle, par Godde des Préaux, dame de Davenescourt, que Lamorlière croit avoir été 1 épouse de Florent de Hangest (i).

Ce prieuré, dédié à Notre-Dame, dépendait de celui de Lihons-en-Santerre et appartenait aux Bénédictins de Cluny.

Primitivement le curé de Davenescourt ne fut autre que le prieur, et lorsque les Bénédictins cessèrent de résider dans ce village, vers la fin du xvie siècle, le titulaire du prieuré garda le privilège de nommer à la cure (2). Il en fut ainsi jusqu'à la Révolution.

La paroisse de Davenescourt dépendit d'abord du doyenné de Montdidier, mais en 1644, elle-même donna son nom à une semblable circonscription ecclésiastique : toutefois le curé du lieu ne fut jamais doyen de droit, et parfois il arriva que cette fonction fut attribuée au curé d’un autre village. Le prieur, qui possédait le patronnât de la cure, aurait aussi en fait désigné le doyen, si cette mesure n’avait pas été adopté (3).

L'église, que nous allons maintenant décrire, est entièrement construite en pierres, peut-être extraites à Davenescourt où se trouvent des carrières. Son plan a la forme d une croix latine et de collatéraux que n'excèdent pas les croisillons du

meme nef

est accompagnée

transept. La tour du clocher se dresse dans le prolongement de celui du nord. Le choeur est accompagné, de part et d'autre, d'une chapelle située dans le prolongement des bas-côtés, et le sanctuaire compte cinq pans.

Dans une muraille nue que surmonte un pignon triangulaire, s'ouvre, entre deux contreforts munis de larmiers à diverses hauteurs, le portail principal. Sa baie en arc brisé de forme très aiguë et ses quatre voussures, sont bordées de moulures prismatiques. Au-dessus, un larmier disposé en plein cintre, sert d arc

cette belle résidence dont l’architecte fut M. d'Erches, de Montdidier. V. l’abbé Jumel, Monographies picardes, etc. ; Davenescourt, Amiens, Lenoël-Hérouart, 1870.

(1) Selon le docteur Goze la véritable origine de l’église, dédiée à saint Martin, serait une chapelle mise sous le vocable du même saint et fondée vers 1190 par Florent de Hangest, époux de Godde des Préaux, de la maison de Raineval. — Le 2 mai 1347, I hilippe de ‘Valois assista dans l’église de Davenescourt, village où campait alors l'armée réunie contre les Anglais, aux offices célébrés par Hugues de Vers, abbé de Corbie. — V. Jumel, loc. cil .

(2) A titre de curé primitif.

(3) Depuis le concordat, le doyenné de Davenescourt a fait retour à celui de Montdidier.

de décharge et produit un effet des plus malheureux, car ses extrémités viennent se souder d'une façon maladroite aux clochetons, ornés de crochets, qui surmontent les jambages de la porte. Ces clochetons abritent des statues mutilées et assez médiocres, rapportées dans les niches où on les voit aujourd’hui. L'une représente une sainte revêtue des atours d'une noble dame du xvie siècle et l’autre une femme qui tient un livre à la main. Quelques feuillages sculptés décorent les socles qui soutiennent ces images. Au-dessous de chacun d'eux on lit une inscription. A la gauche du spectateur se trouve celle de messire Antoine Duboille, ancien curé de la paroisse, décédé en 1806 (1), à droite est celle de « Louis de Cressac, bachelier de la faculté de théologie de Paris et docteur en médecine de la faculté de médecine de la même ville, autrefois chanoine de l'église cathédrale de Poitiers » et curé de Davenescourt de 1817 à 1829, selon le Dr Goze, car l'inscription ne porte point de date.

L’arc de décharge signalé ci-dessus est surmonté d’un g'acis à trois degrés, aux extrémités duquel on remarque les débris de deux gargouilles représentant des animaux fantastiques. Plus haut s'ouvre une vaste fenêtre en arc brisé, bordée de deux cavets mais dépourvue de remplage. Un larmier à retours horizontaux lui sert d'archivolte.

A la naissance du pignon qui se développe au sommet de la façade régnait autrefois une corniche, continuant celle qui entoure l'église, mais la portion qui se trouvait en cet endroit est actuellement détruite.

Les extrémités des collatéraux s'élèvent, comme la partie centrale, sur un soubassement surmonté de deux cavets. Leurs murailles sont ajourées chacune par une baie semblable à celle qui domine le portail. Ces fenêtres sont enserrées par deux larmiers qui se prolongent tout autour de l'église : l’un les contourne, l’autre passe au-dessous d'elles.

Les rampants du pignon de la nef se continuent jusqu'aux contreforts qui soutiennent les angles extérieurs des bas-côtés, de sorte que la façade de l'église a l'aspect d'un immense triangle de maçonnerie dont la froideur est mal corrigée par une ornementation trop sommaire.

Les bas-côtés ont des toitures en appentis qui s’élèvent jusqu'à la corniche de la nef (2). Les trois premières travées sont percées de fenêtres en tiers-point, pourvues de remplages variés et séparées par des contreforts. La quatrième travée n'a pas de fenêtre mais on y remarque un petit portail dont l’ornementation ne manque point d'intérêt. Il est cintré en anse de panier; diverses moulures embellissent sa voussure, et dans la gorge de l’une d'elles serpente une branche de chêne. Un feston trilobé muni de quelques sculptures règne plus haut. Le tout est

(1) LJns inscription tracée en caractères gothiques mais aujourd'hui complètement fruste, se lisait jadis sous celle qui est consacrée à la mémoire d'Antoine Duboille. A la lin de cette épitaphe on distingue encore l'image d'un fer à cheval sculpté en relief, pour indiquer la profession du défunt. — Le docteur Goze put transcrire

les mots suivants : « . Morel en son vivant ■ mareschal à Davenescourt qui trespassa le VIII * jour

daoust mil Ve III . #. Non loin de cette inscription on en lit une seconde que nous complétons aussi

à l'aide de la copie du docteur Goze. Elle était conçue en ces termes :

Cy devant gist et repose le corps en sa sépulture de Martin Leselin Lame duquel trespassa le VIIe jour daoust mil V <■' //// .

Goze a relevé ce que l’expression «• trespassa * a d’étrange quand elle se rapporte à l'âme, en faisant observer qu'au xvic siècle, ce mot avait le sens du latin « transivit ». V. aussi H. Dusevel : l’Eglise de Davenescourt, notice dans « La Picardie année 1859, Page 529 et suivantes.

(2) Les bas-côtés sont surmontés de corniches pareilles à celle-ci, dont deux cavets constituent toute la décoration.

contourné par un larmier, formant accolade, d'où s’échappent des touffes de feuillage en guise de crochets. L'épi qui surmonte sa pointe se compose de deux salamandres, malheureusement mutilées. On remarque aussi en cet endioit un écusson charge

d'un ce ti accompagné d'un lambel en chef. Sous la pointe de l'accolade est disposé un petit dais assez gracieux qui abrite un socle feuillagé. Tout cet ensemble se détache sur une arcature trilobée, limitée au-dessus par un larmier horizontal qui protège deux écussons. L'un est chargé de trois jumelles mises en fasces (t), et l'autre d'une croix (2).

(11 Cet écusson parait être celui de la famille Gouffier.

2 Une petite croix en pierre blanche agrémentée de cinq plaquettes en marbres de diverses couleurs, dont 1 une, au centre, a la forme d'un cœur, est incrustée au sommet de la porte sous le feston. — Tout le portail décrit ci-dessus a été restauré par des ouvriers de Davenescourt. (V. Goze, MS) et les écussons qui s y trouvent ont peut-être été altérés en cette circonstance.

JJaveftssrour/ . Tor/fft/ la/èraZ efc / >///S.re

Les contreforts disposés de chaque côté de cette porte sont construits en forme d’éperons. L’un d'eux se termine pas un bahut. Tous deux sont pourvus d'une niche. Un système d'arcatures avec clochetons et feuillages, apparaît dans l’architecture des dais qui les surmontent L'une de ces niches abrite une statue de saint Nicolas in pontificalibus. — Il est assis sur un siège pliant et semble bénir. A ses pieds se trouve le traditionnel baquet d’où sortent de jeunes enfants. Dans la seconde on voit une médiocre représentation de sainte Barbe tenant un livre et caractérisée par la tour contre laquelle elle s’appuie.

Au fond de la niche où trône saint Nicolas, on lit sur une pierre encadrée d’ornements assez remarquables, l'inscription suivante :

IC Y DEVANT GIST LE CORPS DE FEU NIe PAUL CAUDEL VIVANT LIEU TENANT DE LA BARON,K ET CH ASTELLENIE DE HANGEST ET DAVENE SCOURT LEQUEL DECEda LE 8° IOUR DE NOVE NBRE (sic) L’AN DE GRACE I 6 I 3 PRIÉ POUR SON AME (i).

Le bras méridional du transept a une hauteur égale à celle de la nef. Il est ajouré au midi par une grande baie en cintre brisé dont le remplage assez élégant et d'une forme peu commune se termine par un cœur.

La chapelle sise à l'est du transept semble dater, comme le chœur (2), de l’extrême fin du x\T siècle. A partir de l’endroit que nous examinons maintenant toutes les moulures du monument ont un profil classique. Les contreforts sont surmontés de bahuts et portent sur leur face antérieure un rang d'oves, terminé aux extrémités par des volutes ioniques. De grandes fenêtres ogivales munies de remplages éclairent le chœur, qui a conservé çà et là sur ses murailles les traces d'une litre funèbre (3).

Un petit édicule moderne disposé contre l’extrémité de l’abside abrite une assez belle statue de pierre qui représente l’Ecce homo. Le Christ est assis sur un rocher parsemé de quelques ossements humains; son visage encadré par une opulente chevelure ne manque pas d’expression. Malheureusement cette sculpture a subi de fâcheuses restaurations (4).

La façade septentrionale de l’église est presque semblable à celle qui lui est opposée. Toutefois, de ce côté s’élève la tour du clocher. A son pied, vers l’est,

(1) La statue de saint Nicolas dont il vient d’être question date du xvi* siècle, et au bas du cadre qui entoure l'inscription placée derrière, on lit le millésime 1 6 1 6.

(2) Cette partie de l’église s’élève sur un stylobate.

I3) On lit la date de 1636 sculptée sur un contrefort du chœur; peut-être marque-t-elle l’époque de la construction ou de l’achèvement du monument, peut-être relate-t-elle seulement une restauration. En effet, selon le Dr Goze, Michel Duprat de Barbançon marquis de Nantouillet, seigneur de Davenescourt, donna vers cette époque J2 arbres pour servir au comble du chœur. L’abbé Jumel cite une pièce y relative, mais datée de 1634.

(4) Sur la hase de l’Ecce homo est sculpté un écusson fruste en forme de cartouche et supporté par deux anges. On voit aussi dans un creux du rocher, un petit monstre, symbolisant peut-être le démon, et avant assez l’aspect d’une chauve-souris au repos.

existe une sacristie dont les fenêtres rectangulaires, entourées d une énergique moulure, méritent d'être remarquées. La tour elle-même est édifiée sur un plan presque carré; c’est une puissante construction cantonnée de contreforts, munis a diverses hauteurs de moulures classiques servant de larmiers. Ces supports s élèvent jusqu'au faîte de la tour. Dans chaque face du beffroi s’ouvrent trois ouïes en plein cintre surmontées d’archivoltes. Une rangée d’oves borde la partie supérieure de chacune d’elles (i).

Une baie en partie rebouchée, mais analogue à celle qui éclaire le bras méridional du transept, est ménagée dans la base du clocher. 1 outes les pierres environnantes sont profondément calcinées par suite de 1 incendie d une maison autrefois adossée contre cette partie de l’édifice. Ajoutons qu une tourelle d abord octogonale puis cylindrique, longe l'angle nord-ouest du monument, elle dépasse son faite, abrité lui-même par un comble pyramidal, en charpente recouverte d'ardoises, au sommet duquel perche, entre deux girouettes, le coq symbolique (2).

Une petite chapelle correspondant à la sacristie est située à 1 ouest et au pied du clocher. Sa porte est accompagnée de colonnes toscanes qui soutiennent un fronton surmonté lui-même d’une niche sommée d'un autre ironton orné de denticules et semblable au premier par sa forme triangulaire, mais beaucoup plus petit (3).

Cette niche abrite une statue de sainte Katerine (sic) tenant le livre et 1 épée et foulant sous ses pieds le philosophe qui fut son persécuteur. Limage paiait dater du début du xvi° siècle. Le nom de la sainte est sculptée sur la bordure de son manteau. On accède dans l'intérieur de l'église par la chapelle que nous venons de décrire. Une fenêtre en tiers point dont l’archivolte à retours horizontaux est pourvue de denticules, y fait pénétrer la lumière.

Intérieurement, la longueur de 1 église de Davenescourt est de 34'”5o, sa largeur

(1) Quelques meurtrières ajourent aussi ce clocher. On remarque auprès déliés de nombreuses traces de projectiles, surtout vers l'est, dans la direction du château.

(2) Ce comble fut construit en 1578, selon l’abbé Jumel, ou en octobre 1588 d’après une inscription citée par le Dr Goze. — Le clocher renferme une horloge installée pour la première fois, suivant le même auteur en 1588, par Ambroise de Parviller, natif de Davenescourt. Elle fut refaite en 1698. L’escalier de la tourelle compte 147 marches et sur ses parois ainsi que sur celles du clocher, Dusevel et Goze ont lu diverses inscriptions que nous reproduisons. Celle qui suit présente un réel intérêt historique.

La jeunesse de Davenescourt à péronne Les premiers jours de mars

Commandée par Le Roy et Mgr Hocquincçurt pour garder la dite ville.

Par Poultier lieutenant capitaine fait en l'an 1649.

Les autres sont relatives aux cloches.

En ij6o , le jour de la Sainte-Catherine, les cloches de céans furent suspendues.

En 1646, les trois cloches qui sont dans le clocher ont esté fondues et nommées Suzanne, Catherine et Henriette. Ces dernières cloches furent refondues, à Davenescourt en 1712, (on installa à la même époque un carillon encore existant); mais en 1735 la plus grosse d’entre elles fut refaite. Ses deux compagnes furent enlevées pendant la Révolution et la sonnerie ne fut reconstituée qu’en r82o. L’année suivante survint un accident qui occasionna encore un remaniement, et une refonte générale eut lieu en 1838. Cavillier, de Carrepuits, y procéda. L abbé Jumel a publié les inscriptions de ces dernières cloches.

L'horloge portait jadis l’inscription suivante :

Le 90 janvier 1588 lorloge de céans a esté faicte par Ambroise de Parviller.

Ce premier appareil dura jusqu’en 1690 (?) époque où il fut remplacé par un autre qui fonctionna jusqu’en 1756. Une troisième horloge fut alors construite par Claude Vallée. Elle subsiste toujours mais fut restaurée en 1842 par Wagner, mécanicien à Paris (Mss de Goze. à la bibliothèque communale d’Amiens).

(3) Ce petit portail semble appartenir au début du xvn° siècle.

de i5m20 et sa hauteur sous voûte de i4m5o, selon le docteur Goze et l’abbé Jumel. Ces mesures ne concordent pas exactement avec celles du plan, dressé par Duthoit, que nous reproduisons. Les collatéraux sont d'inégales largeurs.

La nef compte quatre travées. Elle est séparée des bas-côtés par des piliers construits sur un plan un peu plus long que large. Ils sont formés d'une réunion de colonnettes comme à l’église de Conty. La côlon nette médiane, du côté de la nef, s’élève jusqu’à la naissance des voûtes, remarquables, ainsi que celles des collatéraux, par le relief des nervures qui les divisent (i).

Les piliers que nous venons de décrire ne possèdent pas de chapiteaux proprement dits et les colonnettes qui les composent se continuent, en guise de. moulures, le long des arceaux en tiers point dont elles sont les supports. Les principales d’entre elles s'identifient avec les ogives et les doubleaux des voûtes, mais chacun de ces piliers, à l’endroit où la courbe des nervures commence à s'accentuer, possède un étroit anneau, une sorte de bague ornée de feuillages variés (2). Un socle surmonté d un dais de pierre capricieusement ciselé est appliqué, à la hauteur de ce chapiteau déprimé, contre chaque colonne du côté de la nef; malheureusement les statues

originales qui devaient y figurer ont été remplacées par de modernes et banales

images de saints.

On éprouve, en entrant dans l’église de Davenescourt, une certaine impression de tristesse, due au nombre restreint des fenêtres. Aucune baie ne s’ouvre en effet dans la partie supérieure de la nef qui reçoit la lumière seulement par la fenêtre surmontant le portail principal et par celles des bas-côtés. Ils en possèdent chacun quatre, (en comptant les baies pratiquées de part et

d’autre de l’entrée, dans la façade occidentale). Ces ouvertures sont toutes

pourvues de remplages. Vis-à-vis la quatrième travée, près du transept, d’un côté se trouve le portail secondaire, antérieurement décrit (3), de l’autre la chapelle des fonts baptismaux.

L'architecture du monument change complètement d'aspect à partir du transept. Depuis cet endroit elle dénote la fin du xvie siècle ou le début du suivant et la décoration affecte des formes classiques bien caractérisées, comme à l’extérieur.

Les quatre piliers de la croisée sont toscans (4). Celui qui se trouve à l’angle du sud-est s'écroula au mois de septembre i852 et entraîna dans sa chute, une partie des voûtes voisines. La toiture de l’édifice, suspendue dans le vide, produisait, dit-on, un effet effrayant. M. Herbault, architecte à Amiens, répara ce désastre avec beaucoup d'habileté grâce à diverses subventions. La pierre de Chaussoy- Epagny fut particulièrement utilisée pour cette reconstruction (5).

Déjà nous avons signalé les chapelles latérales qui accompagnent le chœur et communiquent avec lui ainsi qu'avec les bras du transept, par des arcades en tiers point. Entièrement revêtues de lambris en bois sculpté, auquel on a laissé sa couleur naturelle, elles possèdent chacune un autel dont le rétable orné de colonnes torses a la plus grande analogie avec ceux qui existent dans l’église de Saint-Pierre à Montdidier.

De chaque côté de la fenêtre qui, vers l’est, éclaire la chapelle de droite, on

(1) A l’entrecroisement des ogives se trouvent des clefs simplement, mais diversement ornées.

{2) On remarque des feuilles de chêne, de vigne, de chou frisé, des festons trilobés et çà et là quelques petits animaux chimériques sur ces chapiteaux déprimés.

(3) Aucune fenêtre ne le surmonte.

(4) Du côté de la nef, les piliers de la croisée deviennent toscans seulement au-dessus du petit chapiteau feuillage qui règne avec tous ceux des supports de ce vaisseau principal.

(5) V. Goze, Mss. et l’abbé Jumel, loc. cit.

remarque un dais gothique assez élégant, et contre la paroi du sud se trouve une niche dont le dessin rappelle beaucoup celui du petit portail classique situé près du clocher (i). La chapelle de gauche est semblable à la précédente (2), mais les

dais, disposés au-dessus de l’autel, appartiennent au style de la Renaissance. Ils sont pourvus de frontons cintrés ornés de denticules.

Le chœur et le sanctuaire, soutenus par des pilastres qui rappellent l'ordre dorique, sont recouverts de voûtes ogivales ;3). De très belles boiseries, sculptées en 1704 lambrissent cette partie de l’édifice (4). Elles ont été habilement restaurées par un adroit sculpteur, originaire de Becquigny (5).

Nous ne parlerons pas du maîtreautel ni de ses accessoires, mais il convient de signaler le magnifique lutrin placé au milieu du chœur. Il rappelle beaucoup celui d’Hangest-sur-Somme publié dans le tome premier de cet ouvrage, à la page 372. Ce beau meuble date du règne de Louis XIV ; malheureusement on l’a installé sur une pierre tombale qui présenterait un haut intérêt si le frottement des chaussures ne l’avaient fortement endommagée.

Cette dalle rectangulaire, en pierre de liais, recouvre les restes de Charles de Hangest, mort en 1 388 (6). Elle provient certainement d'une église antérieure à celle actuellement existante. Une inscription gothique borde la tombe. On n’y lit plus que ces mots : lame du dit défiait que

Viens par sa miséricorde leur fasse . ; et

plus loin : mil CCCIIIII ■ J III le vendredi VP iour du mois de février. Aux quatre angles de la pierre sont gravées les armes de la famille de Hangest : d’argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d’or. Charles, comme puîné, les brisait d’une aiglette de sable, au premier quartier de l’écu. Sur le champ de la dalle était représenté un squelette entouré de phylactères où se déroulaient plusieurs versets du Miserere {Goze).

(1) Dans cette chapelle repose le corps de Messire Jean-Baptiste Cailleux, né à Arquèves, le 14 septembre 1803, décédé curé de Davenescourt le 30 avril 1883. M. l’abbé Cailleux s’appliqua toujours avec beaucoup de zèle à la conservation et à l’entretien de son église.

(2) Des cannelures et des rosaces sont sculptées sur les formerets et les doubleaux de cette chapelle.

(3) Le doubleau qui sépare la voûte du chœur de celle du sanctuaire est orné de rosaces.

(41 Les stalles datent de 1685. V. l'abbé Jumel, lue. cit.

(5) V. Goze, Mss. — Les boiseries qui recouvrent les piliers du transept auraient été sculptées, selon l'abbé jumel, en 1704, par un ouvrier appelé Montigny.

^6) Ce seigneur était fils de Jean de Hangest dit Rabache, dont nous décrirons bientôt le tombeau.

Entre cette belle œuvre du xiv' siècle, si malheureusement sacrifiée et le degré du sanctuaire, l'inscription suivante se trouve gravée sur un marbre noir :

Ici reposent les cœurs de Messire Gabriel de la Myre che

VALIER SEIGNEUR DE LA MOTTE BARON CHASTELLA1N DHANGEST ET DAVENES COUR Bouchy Esterpigneülx ErMEIN (?) ET AUTRES LIEUX LIEUTENANT

du Roy et commandant dans la

CITADELLE DE PlGNEROL OU IL EST DÉCÉDÉ LE 20 (?) MARS 1 68^ AGÉ DE 53 ANS ET ENTERRÉ AUX JACOBINS CELUI DE DAME MARIE DE FOLLEVILLE SA PREMIÈRE FEMME ET DE DAME ELIZABETH LARGENTIER SA SECONDE FEMME MORTE A PARIS LE 10 JANVIER 1695 ENTERRÉE

A Saint-Paul sa paroisse Priez Dieu pour leurs âmes (i).

Au-dessus sont gravés les écussons des familles de la Myre, de Folleville, et Largentier (2).

Le bras septentrional du transept communiquait jadis par une large arcade avec le dessous du clocher. Cette baie est actuellement fermée par une cloison. A côté se trouve la petite chapelle des fonts baptismaux. Ceux-ci sont en calcaire jaunâtre d un grain très fin. La cuve octogonale est ornée de feuillages dans le goût de la Renaissance. Elle repose sur un support central auquel adhèrent quatre colonnettes, entourées de guirlandes et surmontées de riches chapiteaux. Cet ensemble des plus remarquables repose sur une base agrémentée de nombreuses moulures. Sur la plinthe semblent veiller quatre lionceaux qui soutiennent des cartouches vides. Entre les colonnettes, des bas-reliefs sont sculptés sur le fût central. Ils représentent saint Martin divisant son manteau, l'Annonciation, la Visitation et le Baptême du Christ par saint Jean.

A l'extrémité du bas-côté septentrional de la nef on a placé le tombeau de Jean IV de Hangest, surnommé Rabache. Parmi toutes les richesses que renferme l’église de Davenescourt, c’est incontestablement la pièce capitale. Cette pierre sépulcrale provient sans doute de l'église qui a précédé celle dont il est ici question. Pendant la Révolution la tombe fut reléguée sous le clocher, mais depuis, on eut le bon esprit de la remettre où elle se trouve actuellement et aussi, après l’avoir restaurée, de l’entourer d’une barrière protectrice en fonte, dont, par malheur, le dessin n’est pas à l’abri de toute critique.

(1) Plusieurs autres membres de la famille de la Myre reposent dans le chœur de l'église ou dans le sanctuaire ainsi que quelques curés, entre autres Jean Lempereur de Blin.

(2) De la Myre : écartelé aux i et 4, d’azur à trois aiglettes d’or becquées et membrées de gueules, posées 2 et 1, aux 2 et 3, d’or à la bande de gueules accompagnée en chef de trois merlettes de sable mises en bande, et de deux tourteaux aussi de sable 1 un en chef l’autre en pointe ; de Folleville : d’or à dix losanges de gueules accolés et placés 3> 3> 3 el 1 > Largentier ; d’azur à trois chandeliers d'église d'or, posés 2 et j.

Jean IV de Hangest, surnommé Rabache, seigneur de Davenescourt, était fils de Rogues, en son temps maréchal de France, et de Jeanne d Argies. Lui-même se montra vaillant guerrier en maintes circonstances. Après le traité de Brétigny il fut désigné comme otage pour garantir la rançon du roi Jean et des princes

français, prisonniers des Anglais. Il mourut à Londres, pendant sa captivité, en songeant à la Picardie où l'on ramena sa dépouille mortelle. Son tombeau, en pierre blanchâtre, n'est point une œuvre d'art irréprochable et l'on y remarque certaine raideur de dessin et certaine sécheresse d’exécution, mais elle est d'une conservation très satisfaisante.

Jean de Hangest, couché sur le dos, est représenté en plein relief. Ses mains sont jointes et son visage indique la jeunesse. Le « gisant » est revêtu d une cotte de mailles recouverte par une cotte d'armes dont la bordure dessine un feston

trèfle. Sa chevelure se divise en deux parties égales au milieu du front et son menton est ombragé par une légère barbiche. Brassards, cuissards, jambières, rien ne manque à son équipement. Il avait chaussé des éperons, aujourd’hui brisés, et ses pieds s’appuient contre deux lions, tandis que sa tête repose sur un coussin soutenu par deux anges, d'une exéution assez défectueuse.

Eglise de Davenescourt Pierre tombale de- Jehan de ffangest

A sa gauche pendait une épée, à présent mutilée mais de ce côté on voit encore son écu, vide d’armoiries.

Le soubassement du tombeau a été restauré et sur les quatre côtés de la pierre on lit l’inscription suivante :

Ci gifï noGfc & (joitmx cfjfr Jrfimi iabis appelle îRaBaec || (je & scigTîr bc jTprîgcet fc || qf fit c son trps ptttbome & rnifl’at auy armes & p frfpnrc bc À‘to.11.1 as gôvna & fut fictif cn bc rop bc Jfrace es pa |] ic bc îBrctaignc A'autôge & (Sgoumois & brptiis (re|pa|fa à iTolircs c f/Tgfctcrre lio(îngc po so souvain scignr fc rop 3<cf)â bc Jfra7r SDictiy a6foiflc ou mois bc otrGrc fa mif CCCiOflll pricj ©ica pour son amc : ||

Au-dessus de ce tombeau un vitrail moderne reproduit les armes de la famille de Hangest.

A l'intérieur de l'église, le portail principal n'offre rien de remarquable; il est pourtant accompagné, de part et d autre, d un dais de style Renaissance.

Contre la paroi sise, à l’extrémité du bas-côté méridional, est placé le petit monument d’Antoine Huot (i), ancien chapelain du château de Davenescourt. Cet ecclésiastique est figuré agenouillé au pied d'un calvaire, près de Saint-Jérôme, qui le présente au Christ crucifié. Un paysage forme le fond de ce bas-relief de pierre et le tout est abrité par un élégant édicule dans le goût de la Renaissance. Un cartouche où est gravée une inscription métrique latine, d un style très ampoulé, est disposé à la partie inférieure du monument. Elle nous apprend qu’Antoine Huot mourut à quarante ans, le i" septembre tôqo.

Il existe, semble-t-il, une étroite corrélation entre ce tombeau et le vitrail qui garnit la fenêtre voisine. A de faibles différences près, de part et d’autre le sujet est le même, mais la date de cette verrière restaurée (2) paraît assez postérieure à celle de la sculpture. Sur cette vitre on voit aussi saint Jérôme enveloppé dans une draperie d’un gris violacé, qui laisse son torse découvert. Avec une

pierre il se frappe la poitrine en regardant le Christ

crucifié placé devant lui. Trois anges recueillent dans des calices le sang du Sauveur et sur le sol, entre la croix et le saint, gisent le manteau de pourpre et le chapeau de cardinal, insignes supposés du plus savant des Pères de l'église. Ajoutons que la tête de saint Jérôme est aussi surmontée d’un nimbe de pourpre, qui a la forme peu commune d’une calotte. Un paysage rocailleux où dominent des tonalités vertes et grisâtres, rompues par la note azurée de quelques fabriques, forme le fond de cette composition, au-dessus de laquelle se déploie un ciel d'un bleu intense, limité par des dais de style Renaissance. Au sommet de la fenêtre, dans un compartiment du remplage,

apparaît une gracieuse figure de la Vierge avec 1 Enfant-Jésus. Tous deux sont

abrités sous une élégante loggia dont le fronton porte un écusson malheureusement indistinct.

A l'une des fenêtres suivantes se trouve un autre vitrail portant la date de 1896. Celui-ci est orné des armes de la famille de Villeneuve-Bargemont, qui possède actuellement le château de Davenescourt (3).

La chaire est appliquée contre un pilier de la croisée du transept. C est une belle œuvre de menuiserie, enrichie de sculptures, et datée de 1720 (4), qui provient dit-on, de l'église de Saint-Florent de Roye. L'abat-voix est sommé d'un ange sonnant de la trompette et l’escalier a été pourvu d’une jolie rampe en fer forgé, où l'on remarque les armes de la famille de la Myre.

Avant de terminer cette description nous mentionnerons encore une statue de

Davenescourt.

Monument d’Antoine Huot.

(1) V. l’abbé Godard, loc. cil. et l’abbé jumel, id.

(2) Cette restauration eut lieu en 1858, dans l’atelier de M. Bazin, au Mesnil-Saint-Firmin, mais on refit seulement la tête et les pieds du Christ. iComm. de M. l’abbe Legrand, curé de Davenescourt).

(3) Villeneuve-Bargemont : de gueules fretté de lances d’or et semé d’écussons de même, à un écu d’azur chargé d’une fleur-de-lis d’or, en cœur.

(4) V. l’abbé Jumel, loc. cil. et l’abbé Godard, id.

la Vierge provenant de l’ancien prieuré de Davenescourt et maintenant placée à l'intérieur de l'église, au-dessus du petit portail méridional.

Cette sculpture parait appartenir à la fin du xvie siècle. Marie, posée sur un croissant, est entièrement entourée par une auréole formée de rayons alternativement droits et ondulés. La statue est placée sur une console un peu plus ancienne, où l’on voit un écusson vide, supporté par deux petits personnages qui paraissent être des fous, car leurs vêtements sont ornés de grelots. Sous la Vierge on lit les vers suivants, maintes fois reproduits :

VlRGINIS INTACTÆ DUM TRANSIS ANTE FIGURAM

Prætereundo cave ne sileatur : ave.

Si . i.amour . de . Marie . en . ton . cœur . est . gravé .

Souvient (sic) toi . en . passant . de . luy . dire . un . ave .

Nous nous sommes complu à décrire minutieusement l’église de Davenescourt, non point qu'elle nous paraisse le plus remarquable des monuments ruraux du canton de Montdidier, mais parce que sa masse imposante, la beauté de son appareil, l'impression de solennité qu’elle produit, son état satisfaisant de conservation et aussi les objets intéressants qu'elle possède, méritaient plus qu'une simple mention. L'aspect pittoresque de l'édifice, encadré par un riant paysage, plaide aussi en sa faveur. Toutes ces raisons sont suffisantes pour nous faire pardonner la longueur de cette notice.

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