‹ La Picardie historique et monumentale (volume 5)Chapitre 5 sur 34 · FAVEROLLES · texte numérisé non relu

FAVEROLLES

L'élégant portail de l'église de Faverolles mérite assurément quelques instants d'attention. Il appartient à la Renaissance qui, en Picardie, semble avoir été particulièrement brillante dans les environs de Montdidier et de Roye.

Au-dessus d'un soubassement mouluré, prend naissance un chambranle qui contourne toute la baie cintrée, puis vient une bordure ornée de sculptures représentant alternativement des têtes ailées de chérubins et des rosaces de feuillage. Un cartouche est placé au sommet du cintre et, de chaque côté de la porte, se dresse un pilastre richement décoré et surmonté d'un chapiteau capricieusement ciselé. Dans les écoinçons formés par ces pilastres et le cintre, sont disposés deux médaillons, entourés de guirlandes, où l'on voit les bustes de saint Pierre et de saint Paul. — Une corniche à denticules règne un peu plus haut et se transforme à ses extrémités, au-dessus des pilastres, en socles destinés à supporter des statues. On y voyait jadis celles de saint Guillaume et de saint Antoine, actuellement conservées dans l'église (i). On admire encore contre la façade, les dais -qui les abritaient. Entre les deux s’ouvre dans le pignon une fenêtre en plein cintre

(i) Ces statues sont assez médiocres et ont été mal restaurées. — Saint Guillaume est vêtu d'une robe monacale. Il tient d'une main un casque et de l'autre une épée.

dont le remplage très simple a été refait. Toute cette partie de la construction est en pierres.

L’église de Faverolles se compose d'une nef avec bas-côtés, d’un chœur accompagné de chapelles latérales (i) et d’un sanctuaire rectiligne. Chaque travée des collatéraux est accusée extérieurement par un petit pignon (2), disposition que l'on remarque fréquemment dans les édifices religieux des alentours de Montdidier et de Roye.

A l’intérieur, on voit, dans une chapelle une sablière sculptée. Autrefois un

(1) Sur celle de gauche s’élève le clocher.

(2) La nef est séparée des bas-côtés, à droite par des arcs en tiers-point, à gauche par des pleins cintres qui reposent sur des colonnes toscanes. (V. l'abbé Godard, mss.;.

rétable du début du xvi° siècle embellissait le sanctuaire. Cette sculpture représentait les scènes de la Passion. Elle fut vendue en i83g. — On remarque aussi à Faverolles plusieurs carreaux en terre vernissée qui indiquaient naguère remplacement de quelques tombes. Ils portent des fragments d’inscriptions (i). Ce genre de décoration sépulcrale n'est plus représenté en Picardie que par de très rares spécimens.

Des reliques de saint Défendant et de sainte Claire sont conservées dans la même église, depuis le début du xvm° siècle, époque où elles furent données par un habitant de la localité (2) qui se les était procurées" à Rome où il avait accompagné, en qualité de domestique, le cardinal de La Trémouille. Elles étaient autrefois le but d’un pèlerinage aujourd'hui peu fréquenté (3).

Il faut encore noter à Faverolles des fonts baptismaux du xm° siècle, protégés par une balustrade analogue à celle qui constitue le dossier remarquable du banc d’œuvre de l’église de Piennes dont nous aurons l'occasion de parler bientôt. Enfin nous signalerons le baldaquin qui surmonte l'autel. Il n'a rien de remarquable en lui-même, mais c’est un témoin d'un usage liturgique qui a presque disparu car les baldaquins étaient nombreux autrefois dans le doyenné de Montdidier.

Sous l’ancien régime l'abbesse du Val-de-Grâce de Paris était la présentatrice à la cure de Faverolles, mais à l'origine ce droit avait appartenu à Pabbé de Saint-Corneille de Compiègne. — Le monument que nous venons de décrire est consacré sous le vocable de l'Assomption; pendant la Révolution, il lut, comme tant d’autres, transformé en atelier pour la fabrication du salpêtre et depuis le rétablissement du culte, la paroisse a été réunie à celle d'Etelfay.

GUERBIGNY

Nous avons hésité un instant avant d'entreprendre la description de l'église de Guerbigny. En effet, cet édifice profondément altéré par les restaurations (4), ne peut, dans son état actuel, donner une idée bien exacte de ce qu'il fut à l'origine. Nous avons pourtant passé outre, à cause de la nef qu'on y remarque et qui est certainement l’une des premières créations de l'architecture dite gothique, dans le canton de Montdidier.

Le monument paraît dater du début du xin° siècle. Il est entièrement construit en pierres sur un plan fort simple, comprenant une nef de cinq travées accompagnée de collatéraux, et terminée par un chœur et un sanctuaire à trois pans peu accentués, ce qui le fait paraître presque carré. Le chœur et le sanctuaire sont remarquables par la déviation très marquée de leur axe par rapport à celui du vaisseau

(1) On y distingue les mots «en son vivant palfrenier écrits en caractères gothiques. — Une dalle tumulaire en pierre, porte aussi quelques mots sans suite.

(2) M. l’abbé Godard ( loc . cil.) l'appelle Dupuis, et Corblet (Hagiog. du diocèse d’Amiens, t IV, p. 21 1), le nommé Henri Le Febure.

(3) Saint Défendant était invoqué contre le mal caduc, et sainte Claire contre les maladies des yeux. (Corblet loc. cil.).

(4) Cette église subit de grandes modifications à la fin du xvc siècle, puis au xvnic siècle et enfin de nos jours.

principal. Le clocher s’élève sur la dernière travée du collatéral du côté du midi.

La façade de l'ouest se compose d'une muraille unie surmontée d'un pignon (i) au sommet duquel on a placé, en 18S0, une statue de saint Pierre « in pontificalibus », assis et bénissant (2). Le portail principal, précédé d’un perron de onze marches s'ouvre de ce côté. Il est cintré en arc brisé et sa voussure se subdivise en trois parties au moyen de tores qui viennent reposer, de part et d’autre, sur deux colonnettes dont les chapiteaux ont été refaits d’une manière déplorable (3).

Guerbigny. — L’Eglise avant sa restauration, d’après Duthoit.

Deux contreforts sont espacés de chaque côté de cette entrée; tous ont des formes dissemblables.

Au-dessus, deux fenêtres ont été percées, sans symétrie (4) ; l’une est arquée en plein cintre, et l'autre en tiers-point. Un petit larmier leur sert d'archivolte.

Les parties de la façade qui correspondent à l'extrémité des bas-côtés, étaient surmontées jadis chacune d'un petit pignon (5). Aujourd’hui, on n’y voit plus qu'une maçonnerie presque horizontale.

(1) Les ancres qui consolident ce pignon donnent la date de 1776 qui correspond à une restauration.

(2) Cette sculpture, 1res médiocre, remplace une statue plus ancienne. — Les statues ainsi placées au sommet des pignons sont rares en Picardie.

(3) Ce portail a été ainsi restauré en 1864. — Le Dr Goze y a remarqué une archivolte enroulée en volutes à ses extrémités, comme on en voit à l'église de Namps-au-Val. - — Elle n’existe plus.

:.] Intérieurement les ébrasements de ces fenêtres sont excessivement évasés, grâce sans doute à un remaniement.

(5 Ces pignons, détruits depuis peu de temps, devaient dater seulement de la fin du xve siècle ou du début du suivant.

Autrefois chaque travée des bas-côtés possédait aussi une toiture spéciale, indiquée extérieurement par un pignon comme cela se remarque encore dans beaucoup d’églises de la région (i). Ces pignons ont fait place à une corniche continue sur laquelle s'appuie un seul toit en appentis, commun à toutes les travées. Au-dessus s’élève la partie supérieure du vaisseau central, percée de cinq petites fenêtres en tiers-points munies d’archivoltes. Une corniche à modillons, dont l’un, du côté du nord, représente un visage humain (2), surmonte cette nef.

Le clocher est constitué par une tour quadran gui aire peu élevée, mais établie sur d’énormes blocs de grès bruts qui faisaient songer aux débris d’un monument mégalithique renversé, avant qu on ne les ait dissimulés sous un revêtement de briques. Ces grès ne sont plus apparents qu’à l’intérieur de la tour. Celle-ci est surmontée par un disgracieux beffroi de forme cubique, en charpente recouverte d ardoises (3). — Sur la paroi méridionale de la construction est sculpté un

(1) Cette disposition est surtout remarquable à l’église de Piennes, (voir ci-dessous). Primitivement les collatéraux de Guerbigny étaient couverts intérieurement comme ceux de l’église qui vient d’être citée.

(2) Du coté du midi, une petite porte donne accès dans le bas-côté. Elle est précédée d’un perron assez élevé dont la partie centrale, pourvue de garde-fous forme une sorte de petite tribune où l’on accède latéralement par deux plans inclinés.

(3) Une pyramide analogue s’élève au-dessus. Le clocher renferme quatre cloches.

écusson, aux armes de la famille de Bourbon-Condé qui posséda la seigneurie de Guerbigny de 1 5 5 1 à 1626 (1).

Extérieurement le chœur et les chapelles contiguës ne présentent lien de remarquable. Ils semblent appartenir à la fin du xvc siècle ou au début du suivant.

Pénétrons maintenant dans l’intérieur de l'église. Nous avons déjà dit que la nef en est la partie la plus intéressante et qu’elle doit dater du début du xm siècle.

Les arcades de ses cinq travées (2) sont soutenues de chaque côté par quatre piliers cylindriques, surmontés de chapiteaux uniformes, garnis de crochets accompagnés à leur naissance, dans les intervalles, d'une feuille à plusieurs divisions (3). La sculpture de ces chapiteaux est loin d'être remarquable; leur dessin manque d'ampleur et leur exécution laisse à désirer. Plusieurs des colonnes ont leurs bases posées sur des socles polygonaux. Quant aux arceaux, ils sont en tiers-point, chanfreinés sur les bords et accompagnés d’un second chanfrein en saillie qui forme archivolte au-dessus de chacun d'eux.

Des fenêtres ogivales (4), sans ornements mais pourvues de talus à leurs bases s'ouvrent au-dessus, puis se déploie une charpente en forme de carène revêtue de menuiserie, avec entraits et poinçons (5). Les blochets de la sablière sur laquelle elle repose offrent plusieurs figures d’apôtres qui, par leur style, accusent la transition du xve au xvie siècle. Les collatéraux n'ont que des plafonds en enduit. Ils suivent la déclivité de l'appentis qui les recouvre. Le chœur date de la même époque; nous y signalerons seulement de belles boiseries du temps de Louis XIV (6).

La chapelle, sise au sud du chœur, fut primitivement dédiée à la Madeleine, aujourd'hui elle est sous le vocable de la Sainte-Croix (7). Son fondateur fut Me Pierre Noiret, de Guerbigny, qui par son testament en date du 26 février 1475, laissa des biens suffisants pour sa construction et l'entretien d un chapelain (8).

On remarque dans cet oratoire une sculpture en pierre représentant une croix formée de troncs d'arbres noueux non dégrossis. Au-dessus de ses bras apparaissent le soleil et la lune, et au-dessous, on voit des instruments de la passion, tels que la colonne, la lance, etc. Le Sauveur couronné d’épines est assis au pied de la croix. Ses mains sont liées et ses vêtements gisent près de lui, ainsi que les dés destinés à les tirer au sort. Le socle qui soutient cette statue est orné d'un ange tenant entre ses bras un écusson vide. Le donateur et sa femme sont représentés à genoux de chaque côté du Christ. Celle-ci est accompagnée de sainte Catherine; quant à Pierre Noiret, il est escorté de son saint patron et tient un phylactère où on lit les mots « Qui pro nobis passus es » (9), écrits en caractères gothiques. Des grappes de raisin et des feuillages sont sculptés sur les socles de ces statuettes. Il est regrettable que cet ensemble ait été dernièrement revêtu des couleurs les moins harmonieuses.

(1) V. l’abbé Godard, loc. cit.

(2) La dernière du côté nord, vis-à-vis le clocher, a été remaniée au xvc siècle.

(3) Le Dr Goze fait remarquer que les tailloirs de ces chapiteaux sont octogonaux.

(4) 11 y a cinq fenêtres au midi à cause du clocher et six au nord.

|.r>) On y voit un écusson chargé de deux clefs posées en sautoir qui sont l'emblème de saint Pierre, patron de l'église et un second écusson dont on n’a pas respecté les couleurs primitives, mais qui parait être celui de la famille de Roye qui posséda la seigneurie de Guerbigny depuis 1425 jusqu’au milieu du xvic siècle.

(6) Plusieurs curés de Guerbigny ont été enterrés dans ce chœur.

(7) Selon quelques historiens, l'ancienne chapelle de la Madeleine aurait été absolument distincte de la chapelle actuelle de la Sainte-Croix.

(8) Le possesseur du fief des Marctz, sis à Guerbigny, était le patron de cette chapelle. Pierre Bosquillon de l'Étoile, propriétaire du fief en 1684, abandonna alors son droit de présentation à l’échevinage de Montdidier, pour qu'il fasse jouir dans l'avenir le principal du collège des revenus de cette chapelle. (V. l’abbé Godard).

9) Sur le phylactère tenu par la femme on lit : * Due miserere nobis

La cuve circulaire est cantonnée de quatre appendices arrondis et décorés de têtes d anges et de guirlandes. On y lit 1 invocation « O mater Dei memento mei ». Quatre colonnettes, peut-être galbées en forme de balustres, mais actuellement

détruites, devaient accompagner le support central. Celui-ci est couvert de sculptures. On y voit le baptême du Jourdain, 1 Assomption, les statuettes de saint Pierre et de saint Paul, et plusieurs personnages tenant des banderolles. Le tout repose sur une base aux moulures élégamment profilées.

Faut-il signaler, après ces fonts baptismaux, une chaire dont l'abat-voix est sommé d'une fleur-de-lis (t), et surtout quelques minimes débris de vitraux peints qui font regretter la destruction du reste des verrières.

L’un de ces fragments représente la Sainte-\ ierge. On voit sur d autres des anges portant les instruments de la Passion, et surtout une ravissante figure de chérubin touchant de l'orgue portatif. Ce dernier motif est reproduit identiquement dans l'une des remarquables verrières de l'église de Roye; c’était un ponsif.

Sous l’ancien régime, la paroisse de Guerbigny appartenait au doyenné de Rouvroy. En vertu d'une concession de Geoffroy évêque d’Amiens, en date de 1 108, le présentateur à la cure était le prieur de Saint-Arnould de Crépy (2).

Aujourd'hui Guerbigny fait partie du doyenné de Montdidier.

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