LABOISSIÈRE, LE MESNIL-SAINT-GEORGES
Il importe de signaler le château de Laboissière, parce que, c’est un specimen encore peu altéré (3) des manoirs du début du xvi' siècle. Jadis ceux-ci devaient s’élever en assez grand nombre dans la région picarde où bientôt ils auront complètement disparu.
Celui dont il s’agit ici est une très modeste construction de briques agrémentée de quelques accessoires en pierre.
Au centre de la façade principale se dresse une tour hexagonale, flanquée d’une tourelle cylindrique qui prend naissance au-dessus de l’étage du château. Cette tourelle repose sur un encorbellement de pierres. Elle est ceinte d’un larmier de même matière, vers le milieu de sa hauteur; la pierre reparaît encore à la corniche qui supporte une toiture en forme de cloche sommée d’une girouette fleurdelisée. Cette tourelle dépasse le sommet de la tour contre laquelle elle est accolée. Celle-ci se termine par une plate-forme bordée d’une jolie balustrade formée par des arcades qui reposent sur des pilastres ornés de cannelures.
Il est impossible de donner la description du reste de la construction, car elle disparait absolument sous un revêtement de lierre.
On pénètre dans la tour par une porte cintrée (4) bordée de moulures, et l’on se trouve devant un magnifique escalier tournant en pierre, dont la voûte de briques est une œuvre remarquable (5).
Laboissière dépendait jadis du bailliage et de l’élection de Montdidier. Le village
(1) Une tête humaine que l'on a peine à distinguer est sculptée sur la muraille derrière l'abat-voix de cette chaire.
(2) V. l’abbé Godard, loc. cit.
(3) L'intérieur de l'habitation que nous entreprenons de décrire a été modifié à diverses époques. Nous nous abstiendrons d’en parler. Quant à l'extérieur, il parait presque intact; peut-être y avait-il pourtant aux fenêtres des meneaux de pierre qui ont été détruits.
(4) Cette porte est aussi Rentrée principale du château.
(5) Au-dessus de cet escalier et dans la tour même se trouvent deux chambres superposées.
très peu important à l’origine, s’accrut notablement en 1 636, à la suite de la destruction par les Espagnols d'une localité voisine nommée Boiteaux (i), et le château actuel remplace une forteresse anéantie en 1430 par Xaintrailles qui guerroyait alors contre les Anglais.
Laboissière. — Château.
La seigneurie de Laboissière appartint primitivement à une famille qui en portait le nom. Elle passa ensuite aux de Rouy puis, vers la fin du xvi" siècle, aux de Hauteville. Après, elle échut par succession à la maison de Lannoy qui la transmit aux princes de Lorraine, de la branche d’Elbœuf d’abord, et enfin, de celle de Vaudemont. Vendue au commencement du xvm' siècle, la terre de Laboissière fut achetée par la famille Boutin, qui la revendit en 1751 à la famille Cavé d’Haudicourt. Après avoir appartenu par droit d’héritage aux Le Caron de Chocqueuse, elle devint en dernier lieu la propriété de la famille de Soussay, qui possède encore aujourd’hui ce domaine.
Laboissière est située à deux lieues de Montdidier dans la direction de l’est. A trois kilomètres à l’ouest de la même ville, s'étend, dans une vaste plaine, la commune du Mesnil-Saint-Georges, dominée par le clocher de son église et la tourelle de son château qui n’est point sans analogie avec celle du précédent manoir.
A l’origine, la seigneurie du Mesnil-Saint-Georges était l'un des biens de la maison de la Tournelle, puissante à Montdidier (2). Puis, — si nous interprétons
(1) Ce village a totalement disparu.
(2) V. le Père Daire, Hist. de Montdidier, p. 74.
exactement ce que le Père Daire paraît avancer, - elle semble avoir passé successivement aux Montmorency et aux de Roye. Quoiqu il en soit, dès la fin du xvc siècle des seigneurs, issus peut-être d'une branche cadette de 1 illustre famille de Hangest, possédaient le Mesnil-Saint-Georges (i).
Après la mort du dernier d’entre eux, Bon de Hangest, le domaine échut par droit d'héritage aux de Brouilly et de ceux-ci aux ducs d Aumont qui le conservèrent jusqu'à la Révolution (2).
Le Mesnil-Saint-Georges. — Chateau.
Bon de Hangest qui vivait en i5o5 (3), bâtit le château dont nous allons maintenant nous occuper plus spécialement.
La partie qui en subsiste est une vaste construction en pierres blanches sans caractère architectural. Elle possède un seul étage au-dessus du rez-de-chaussée et le tout est surmonté d’une toiture recouverte d’ardoises : mais, vers le milieu de la façade, du côté du jardin, s’élève une tour octogonale, construite en pierres jusqu’à la hauteur du toit qui abrite le corps de logis. La partie qui excède, au-dessus d’un larmier régnant avec la corniche du bâtiment principal, est construite en briques, et la pierre n'apparaît plus qu’aux chaînes d’angles. Cette tour est surmontée d’un toit conique très aigu. Elle est flanquée d'une tourelle cylindrique
(i) Les armes de ces de Hangest diffèrent de celles de la maison dont Lamorlière donne la généalogie. — Cet auteur ne fait même pas allusion à la branche qui nous occupe et dont plusieurs membres résidèrent à Amiens et à Montdidier où ils exercèrent des fonctions échevinales. Mais Lafons-Mélicocq semble considérer les deux familles comme ayant une même origine. Voir ci-dessous, note.
(i) Le château appartient actuellement à M. Labitte. maire du Mesnil-Saint-Georges.
(3) Selon M. l'abbé Godard, loc. cil.
de même style et d’égale hauteur. La corniche qui les enserre toutes deux est en pierres, et cet ensemble accuse absolument le début du xvi' siècle. Diverses ouvertures éclairent la construction. Plusieurs sont bordées de moulures qui se ci oisent aux angles selon le goût de 1 époque. Tout l'édifice rappelle par sa disposition la tour du Logis-du-Roi à Amiens et possède une réelle élégance que nous devions nécessairement signaler.
Après la mort de sa femme Marguerite de Brouilly, Bon de Hangest, fondateur du château, entra dans les ordres. Il fit plusieurs embellissements et adjonctions à 1 église du Mesnil-Saint-Georges (i) dans le chœur de laquelle on voit encore sa pierre tombale malheureusement très fruste.
MARESTMONTIERS
Bien que l’église de l’ancien prieuré bénédictin de Marestmontiers soit loin d'être dépourvue d'intérêt (2), nous la négligerons pour nous arrêter seulement devant la croix qui se dresse au milieu du cimetière voisin.
Ce petit monument de pierre, n'est pas d'un style bien caractérisé, on croit toutefois pouvoir l'attribuer à la fin du xvte siècle.
Les bras de la croix sont formés par quatre demi-cercles ornementés dont les extrémités, réunies deux par deux, laissent au milieu un vide en forme de losange.
Au pied du fût on remarque un petit banc de pierre où les fidèles viennent s’agenouiller. Il semble avoir été primitivement destiné à poser le bénitier dont le prêtre se sert pour donner l'absoute aux défunts le jour des morts. On ne pense pas qu’il ait jamais été utilisé pour recevoir l'ostensoir ou des châsses lors d’une procession, car il n est point dans les usages liturgiques de porter le Saint-Sacrement ou des reliques dans un cimetière.
Maresmontiers. — La croix du cimetière.
au Mesnil-Saint-Georges. Note par
(1) V. Fondations et Œuvres d’art dues cà la famille de Hangest...
M. de Lafons-Melicocq, dans la Revue « la Picardie », t. VIH 1862.
(2) Le chœur de cette église est pourvu d’une cheminée, ce qui doit toujours être signalé. On y voit aussi deux très veux autels de p.erre sans ornements, et la tombe du prieur Pierre de Lacelles (xm-x,V s.). Le prieuré relevait de Saint-Arnoul de Crepy. (V. Beauvillé, Doc. inéd.).
Tiennes. Vue aé/iéra/tt t/e /'et/ //se