‹ La Picardie historique et monumentale (volume 5)Chapitre 7 sur 34 · PIENNES · texte numérisé non relu

PIENNES

Bien des villes seraient lières de posséder une église aussi remarquable que celle de Piennes. C est un édifice construit en pierres, vers la fin du xve siècle, ou au début du suivant. Il se compose d’une nef avec collatéraux, d’un chœur et d'un sanctuaire à trois pans. La dernière travée de la nef et de ses bas-côtés, avant d'atteindre le chœur, forme une sorte de transept. Un clocher en charpente recouverte d'ardoises, se dresse sur la croisée (i).

La façade du monument est divisée en trois parties par des contreforts correspondant à la disposition intérieure. Le portail s ouvre dans celle qui termine la nef. Il est en tiers-point et ses voussures sont simplement ornées de moulures. Elles s'appuient sur le soubassement surmonté d'un talon qui régnait jadis à la base de toute la construction.

Cette entrée principale se divise en deux baies, cintrées en anse de panier et séparées par un trumeau. Le tympan qui les domine est ajouré par un remplage à compartiments flamboyants. Vers le haut du trumeau, se trouve une niche de pur style renaissance, qui abrite une statuette de la Vierge, posée sur un croissant.

(i) Il possède trois cloches modernes.

Sur le socle qui supporte cette image est sculpté un cartouche dépourvu d’armoiries. Un larmier horizontal qui fait le tour de l'église, règne au-dessus du portail en passant sous une fenêtre ogivale ornée d'un remplage assez simple. Cette fenêtre est contournée par un second larmier formant archivolte. Plus haut se dresse un pignon triangulaire sommé d’une petite croix de pierre.

Entre le portail et la fenêtre qui le surmonte est disposée, de part et d'autre et un peu latéralement, une niche vide, abritée par un dais gothique richement ciselé. Sur les socles, on remarque des feuillages et des écussons en forme de cartouches, malheureusement mutilés. Des inscriptions gothiques devenues presque illisibles y figurent aussi. M. l’abbé Godard qui s’est efforcé de les déchiffrer n’a obtenu qu’une suite de mots dont le sens est difficile à saisir, mais où il est possible de relever les dates de i5oq et de 1 5 14 et le nom, deux fois répété, d'une famille de Pas qui alors résidait à Piennes (1).

De chaque côté du portail s’élève un contrefort rectangulaire dont la face antérieure est pourvue d’une niche, avec socle orné de feuillages et dais gothique. Ces niches abritent des statues brisées qui devaient être fort belles et où l’on reconnaît encore sainte Catherine et sainte Marguerite caractérisée par un dragon enchaîné.

La façade de l’église est complétée, à droite et à gauche de la partie centrale par les murailles qui terminent les collatéraux. Celles-ci sont dépourvues de pignons et surmontées d’une simple corniche. Elles sont ajourées de part et d’autre, pat une fenêtre ogivale garnie d’un remplage flamboyant, et accompagnée de deux larmiers ; l’un règne sous elles, l’autre les contourne en archivolte.

Extérieurement les bas-côtés se présentent d’une façon très pittoresque et très mouvementée (2), grâce à une série de cinq pignons qui les surmonte et marque les travées intérieures de l'édifice (3). Les pignons des extrémités ont une élévation plus grande que les intermédiaires. Le premier, le troisième et le dernier sont surmontés de petites croix de pierre (4).

Six contreforts terminés par des bahuts, soutiennent les collatéraux. Entre ces supports s’ouvrent cinq fenêtres ogivales, pourvues de remplages variés, qui correspondent aux travées des bas-côtés. Deux larmiers traversent toute la façade; l’un passe au-dessous des fenêtres, le second les contourne en dessus.

Une petite porte donne accès du côté du midi dans la première travée du collatéral : elle n’offre rien de remarquable. Au-dessus de la fenêtre qui la surmonte se déploie un cadran solaire.

Le chœur paraît dater seulement du xvih siècle. Son architecture ne présente point d intérêt ; il est contrebuté, à chacun de ses angles par un contrefort (5).

Intérieurement la nef est séparée des collatéraux par des colonnes cylindriques

(1) Il est probable que les statues placées sur ces socles avaient été données par des membres de la famille de Pas à l’église de la paroisse où ils résidaient, comme le prouve une inscription de l’église de la Villette-lès-Rollot.

(2) La nef et les collatéraux sont couverts en tuiles. Les travées des bas-côtés possèdent chacune une toiture distincte.

(3) Beaucoup d'églises des cantons de Montdidier et de Roye possèdent des séries de pignons qui marquent ainsi les travées intérieures de l'édifice. — Nous estimons que l’église de Piennes est le type le plus parfait de ce genre d’églises.

(4) Tous les pignons devaient en posséder jadis.

(5) Ce chœur paraît en avoir remplacé un plus ancien qui était voûté en pierres, car on voit encore les amorces de ses ogives, à l’intérieur, près de la croisée du transept. On pense que ce chœur fut détruit en 1636 à la suite d'un incendie allumé par les soldats de Piccolomini. Le père Dairc ( Histoire , etc. du doyenne de Montdidier J, dit, p. 1 7 1 , que la voûte de l’église de Piennes fut construite par Jean Yaast, l'un des architectes de la cathédrale de Beauvais, vivant en ifioo.

posées sur de hautes bases et dépourvues de chapiteaux. Des moulures bordent les arcs en tiers-point qui les réunissent. La voûte de la nef teposc sut une sablière. Elle est lambrissée et pourvue d’entraits et de poinçons apparents. Les travées des collatéraux possèdent aussi des petites voûtes, distinctes pour chacune

d'elles, mais elles sont recouvertes d'un enduit et leur axe est perpendiculaire aux murailles latérales du monument Cette succession de voûtes s’appuie sur des poutres peu ornées.

La cinquième travée de la nef et des bas-côtés, moins élevée que les autres, forme le transept déjà signalé. Sa croisée et ses bras sont voûtés en pierres avec arêtes d’ogives ; aux clefs on voit des écussons vides.

A l’intérieur comme "en dehors, un larmier passe au-dessus et au-dessous de toutes les fenêtres. Deux d’entre elles ont conservé quelques débris de vitraux anciens qui, par la beauté et l’éclat de leur coloris, font regretter vivement la destruction de leurs parties principales. Les fragments les plus complets représentent des anges en adoration devant le Christ drapé dans

un manteau écarlate et soutenant une croix. On lit la date de 1 5q5 sut un morceau de cette verrière.

L’église de Piennes possède aussi de très jolis lonts baptismaux du x\ P siècle (i). lis se composent, au-dessus d’une base moulurée, d’un support central légalement galbé et ceint de guirlandes. Quatre colonnettes le cantonnaient autrefois. Elles ont disparu, mais on voit encore leurs chapiteaux qui rappellent ceux de l’ordre corinthien. La cuve est décorée sur son pourtour de têtes d’anges alternant avec des mascarons. Des festons de feuillages réunissent les premières aux seconds.

Nous signalerons encore dans le même édifice un remarquable banc-d œu\ re en bois sculpté. Ce beau meuble est du plus pur style de la Renaissance. Son dossiet s’élève sur ..un slvlobate où des panneaux variés et finement ciselés alternent avec des pilastres ioniques. Des Palustres très allongés, ou plutôt des barreaux, différents tous les uns des autres par leur ornementation extrêmement fantaisiste, se dressent au-dessus. Ils supportent un entablement sur laquelle s'appuie une seconde balustrade

Er/lise de jPie/mrs— Font# baptismaux:

Ils offrent la plus grande analogie, mais en beaucoup plus beau, avec ceux du village voisin de fescamps.

dont les éléments sont plus trapus, plus simples et plus espacés que ceux de l’étage intérieur : à ses extrémités on distingue deux petites cariatides. Une seconde corniche couronne cet ensemble très élégant et qui constitue assurément l'un des plus beaux meubles d’église conservés dans le département de la Somme, bien qu'il ait été constitué avec des éléments détournés de leur destination primitive. A l’origine les bois sculptés qui constituent le banc-d’œuvre de Piennes, formaient sans doute la clôture du chœur ou de quelque chapelle.

Les boiseries de la chaire sont de même époque et de même style que le banc-d oeuvre, mais elles n étaient point destinées davantage à l’usage auquel on les a employées et se trouvent agencées avec peu de goût. On y voit un panneau où sont sculptés deux écussons surmontés d’une couronne de marquis et entourés d un collier. Ces blasons ont été sapés pendant la Révolution, mais il est encore facile d'y distinguer les armes des familles de Brouilly et d’Halluin (i). Ce sont celles de François de Brouilly et de son épouse Louise de Halluin. François fut tué en 1 58g, dans une rencontre près de Senlis, et inhumé dans la cathédrale de cette ville (2) ; les boiseries sont donc vraisemblablement antérieures à cette date.

Voici l’occasion de rappeler que le village de Piennes porte ce nom seulement depuis la fin du xvne siècle, époque où le domaine du lieu appartenait à la famille de Brouilly. 11 s'appelait d'abord Mesvillers. Louise de Halluin lorsqu'elle épousa François de Brouilly, seigneur de Mesvillers, fit entrer dans la famille de celui-ci la terre de Piennes qu'elle possédait en Flandre, près de Cassel, terre qui fut érigée en marquisat, le 16 août 1669 (3) en faveur d’Antoine de Brouilly, seigneur de Mesvillers, petit-fils de la dite Louise. Dès lors ce dernier ne s'appela plus que le marquis de Piennes et peu à peu ce nom se substitua au vocable primitif de Mesvillers, où le dit seigneur faisait sa principale résidence.

Avant d’aborder les faits historiques concernant l'église, signalons encore une vierge du xvP' siècle qu’on y conserve (4).

Cette statue de pierre, assez médiocre, a de plus été maladroitement restaurée. Son chef est ceint d’une couronne d'orfèvrerie dont les fleurons sont brisés et un riche fermail agraffe son manteau. L’enfant Jésus, dont la tête refaite est disproportionnée, tient un oiseau qu'il a saisi par les ailes comme s'il voulait l'écarteler.

Les traces d'une litre funèbre aux armes des ducs d’Aumont sont encore visibles à l'intérieur de l'église.

La paroisse de Piennes est dédiée sous le vocable de saint Martin. Elle a toujours appartenu au doyenné de Montdidier. Dès 875 Charles le Chauve donna le patronnât du lieu à l’abbé de saint Corneille de Compiègne. Après la fusion de cette abbaye avec le Val-de-Grâce de Paris, le droit de présentation passa à l’abbesse de ce dernier monastère. En 1792, André Dumont, commissaire de la Convention dans le département de la Somme, fit abattre la croix qui surmontait le clocher, pour la remplacer par un drapeau tricolore. Un peu plus tard le caveau funéraire des seigneurs de Piennes, dont les derniers étaient les ducs d’Aumont, fut violé et enfin l’église devint, comme tant d’autres, mais sans en avoir trop souffert, une fabrique de salpêtre (5). Puisse-t-elle avoir atteint le terme de ses malheurs !

(1) Brouilly : d'argent au lion de sinople armé, couronné et lampassé de gueule;. — Halluin : d'argent à trois lion; de sable couronnés d'or, (Lamorliérc).

(2) V. l’abbé Godard, M. S., loc. cit.

(3) V. l’abbé Godard, M. S., loc. cit.

(-l) Elle est adossée contre la première colonne de la nef. Sa taille est celle de la d°mi-nature.

(5) V. Registre aux délibérations du Conseil général de la commune de Piennes, cité par M. l’abbé Godard, loc. cit.

Nous arrêtons ici la description des monuments du canton de Montdidier, bien que plusieurs de ceux que nous avons omis, soient loin d'être dépourvus de mérite archéologique. Nous citerons parmi eux les églises du Cardonnois, de Maresmontiers et de la Villette-lès-Rollot. Pourtant ces édifices ne présentent qu’un intérêt secondaire. C’est la raison qui nous les fait négliger.

R. de GUYENCOURT.

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