‹ La Picardie historique et monumentale (volume 5)Chapitre 8 sur 34 · BEAUFORT-EN-SANTERRE · texte numérisé non relu

BEAUFORT-EN-SANTERRE

Il importe de ne pas confondre Beaufort-en-Santerre avec une autre localité du même nom de Beaufort située dans le Vermandois, non loin de Ham, entre Berlancourt et le Plessier-Patte-d’Oie, au canton de Guiscard (Oise).

L'histoire de Beaufort-en-Vermandois a été très soigneusement écrite, il y a un demi-siècle, par l'abbé Santerre, vicaire général de Pamiers (i).

Beaufort-en-Santerre possède une église qui a pour vocable l'Assomption, et qui est un des édifices romans les plus intéressants du canton de Rosières sous le rapport archéologique. Son aspect impressionne singulièrement le visiteur par le cachet d antiquité que n’ont pu voiler des restaurations nombreuses et conduites fort loin, surtout en 1893. Le plan exactement orienté est en croix latine, avec chevet plat; il comporte une nef avec deux collatéraux; un chœur avec deux chapelles formant transept au même niveau de carrelage que la nef; et un sanctuaire, élevé d'une marche, ayant à gauche une chapelle seigneuriale, et à droite une sacristie.

Le sanctuaire et le chœur occupent chacun une travée; la nef en a quatre. Les piliers sont de forme rectangulaire, avec un tailloir mouluré, du même aspect qu'à l'église d Herly (canton de Roye); et ce n'est pas la seule relation entre les deux édifices, car les arcs tiers-point de Beaufort sont surmontés, comme ceux d’Herly, d une petite fenêtre romane à plein cintre, à ébrasement profond, située sur la pointe des arcades. C’est d'une ressemblance frappante et très remarquable.

(1) Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, t. V.

En considérant les dimensions des piliers et la disposition des murs, il parait certain que le clocher primitif de Beaufort existait sur la croisée du transept. Mais, comme il est arrivé en beaucoup d’endroits, depuis la fin du xve siècle jusqu’au milieu du xvie, on l'a transporté ailleurs. Est-ce par raison de solidité pour l'édifice? Est-ce plutôt par le désir d'établir une sonnerie que le clocher central était incapable de contenir? Ce second motif est plus probable à Beaufort.

Il y a actuellement trois cloches dans le beffroi carré en charpente que termine une flèche aiguë couverte d'ardoises.

La nef est voûtée en plâtre imitant la pierre et simulant des croisées d'ogives; mais on sait qu’il y avait auparavant une voûte en planches avec tirants et poinçons. Le transept et le sanctuaire sont voûtés en pierres, sur des ogives d'une forme assez curieuse qui ont pour profil, au sanctuaire, trois cercles tangents posés en trèfle renversé. Nous disons trois cercles et non trois tores parce que le tore est une moulure demi-circulaire. Le même profil est employé dans le transept, mais il est renforcé en dessous d’un bandeau correspondant aux parties carrées qui apparaissent entre les cercles du haut et le cercle inférieur.

Les bas-côtés n’ont pas eu de voûte, ni de doubleaux; ils sont aujourd'hui plafonnés.

Le mur extérieur du bas-côté gauche est en briques et pierres, avec trois contreforts, c’est une reconstruction du xvne siècle. Il est percé de trois fenêtres, mais il n'a point de porte; tandis que, du côté droit, se trouve à la première travée qui suit le clocher une porte latérale à deux pilastres cannelés, avec un linteau horizontal orné de petits motifs dans le goût de la Renaissance, et surmonté d’une niche couverte en cintre aplati avec l'écaille typique de Louis XIV. Ce bas-côté a été reconstruit aussi au xvn0 siècle.

Les fenêtres sont en arc brisé; il est probable qu'on a gardé en les

reconstruisant le souvenir de la forme qu'elles avaient à l’origine et qui était

analogue à celle des arcades de la nef.

Le chevet est buté par deux contreforts épais et robustes qui paraissent, comme ceux de la façade, avoir été ajoutés après coup. Ses baies sont ornées d’un cordon d’archivolte en dents de scie dont les retombées sont supportées par des figures humaines.

La façade a subi des transformations plus importantes encore que celles du reste de l’édifice. Son portail actuel est assurément beau, mais il a été fort

retouché en i8g3; il avait déjà été « reconstruit et complété en 1877 », et il

avait précédemment été restauré vers la fin du xvie siècle. Il se compose d’une porte en plein cintre, avec tympan orné d’une croix en relief encadrée dans un fond gothique et posée sur un linteau sculpté de violettes et de hachures losangées, à l’imitation d’une porte de la cathédrale d’Amiens. Le linteau est soutenu par des corbeaux ornés de têtes humaines. Une archivolte à moulures fines surmonte le tympan, et ses trois voussures reposent sur trois colonnettes de chaque côté, dont les bases s'attachent par une feuille à leur plinthe, et dont les chapiteaux à corbeille élevée offrent des crochets saillants, selon le modèle très employé dans la région au xme siècle.

L’église est décorée à l’intérieur avec beaucoup de luxe, sinon avec beaucoup d'exactitude archéologique. Deux autels en chêne moderne s'élèvent en face des collatéraux, l'un est dédié au Sacré-Cœur, l'autre à Notre-Dame de Lourdes. Une tribune contenant un orgue à tuyaux s'adosse à la muraille du bas de la nef. De très nombreuses statues garnissent les parois de l'église; celles de saint Maur, de

saint Nicolas, de sainte Libérate et de Notre-Dame sont les plus intéressantes. Les lambris en menuiserie ont disparu en 1893 pour faire place à un enduit de ciment divisé par panneaux au moyen d’une rainure teintée en rouge. Plusieurs reliquaires sont vraiment remarquables.

Mais' l'objet le plus précieux du mobilier est une cuve baptismale attribuée au xive siècle, dont la circonférence dépasse trois mètres et présente douze compartiments en arcades mitrées qui contiennent les images en relief des douze apôtres. Cette cuve est portée sur une colonne ronde, haute de om3o, qui part du carrelage et dont on n’aperçoit ni base, ni socle. Une inscription placée en 1 8g3 avertit le visiteur que « En l'an MCCIV le chef de saint Jean-Baptiste a été déposé pendant a huit jours sur les fonts baptismaux de Beaufort avant d'être transporté à la « cathédrale d Amiens par Wallon de Sarton revenant des Croisades, et en souvenir « une relique de saint Georges a été laissée à Beaufort ».

S il est vrai que ce soit sur les fonts actuels — comme le signifie l’inscription — que Wallon de Sarton ait déposé le chef de saint Jean-Baptiste, c’est évidemment

Eglise de Beaufort en Santcrre __ Font j- baptismau.r

que ces fonts dateraient d’une époque antérieure au xtv° siècle; le passage de la relique étant fixé à 1206.

En regard de l’inscription qui vient d'ètre signalée et qui est placée au-dessus des fonts, à gauche de l’entrée principale de l’église, s’en trouve une autre, du côté droit, qui relate les travaux de i8g3 et les noms des personnes à qui 1 édifice doit ses embellissements. Parmi celles-ci figure au premier rang la châtelaine de Beaufort, Madame de Garsignies, de qui la magnifique résidence s'élève vis-à-vis du portail principal.

Avant de quitter l’édifice religieux, disons qu’il est entouré par un cimetière fermé de murs dans lesquels s’ouvre une porte de communication avec le presbytère.

En somme, l’église de Beaufort est extrêmement digne d’intérêt; elle a subi beaucoup de restaurations, cela est inévitable dans un monument du xiè siècle, mais il est aisé de retrouver sous les changements opérés à diverses reprises la pensée première qui a présidé à sa construction. Elle demeure un modèle du genre intermédiaire que M. l’abbé Corblet désignait avec raison sous le titre de romano-ogival (i).

En 1 3 9 3 , Guillaume de Bracquemont, dit Braquet, et Marie de Camp-Remy, son épouse, dame de Beaufort et de Saint-Marc de la Cauchie, donnèrent au Chapitre d’Amiens les deux tiers des dîmes de Beautorl (2). Le Chapitre de Saint-Quentin possédait l’autre tiers, d après le P. Daire (3).

La cure était à la présentation du Chapitre d’Amiens.

Du xne siècle au x\T', une branche de la famille de Mailly s intitulait seigneur de Beaul'ort-en-Santerre; notamment :

Gilles de Mailly. fils aîné de Nicolas de Mailly et d'Amélie de Beaumont en 1 188;

Un autre Gilles de Mailly, en i3y2, qui avoue tenir en fief du duc de Lorraine sa terre et seigneurie de Beaufort avec les vingt-cinq hommages qui en dépendent. Il obtient, le 26 mars 1372, un arrêt du Parlement contre Gérard de Thourotte, au sujet du château de Beaufort qui provient de l'héritage de feu Michel de Ligne, leur parent — ratiunc castn seu fortalicii ciun terra et pertinenciis de Belloforti (4);

Colard de Mailly, sire de Mailly et de Beaufort-en-Santerre, époux de Marie de Mailly en iqo3;

Jean Ier de Mailly, en 1446;

Jean II de Mailly, qui possédait, d’après un arrêt du Parlement du 12 avril i5i3, outre Beaufort-en-Santerre, les seigneuries voisines de Méharicourt, Vrély , Warvillers, etc...;

Jean III, fils du précédent;

Antoine de Mailly, en 1 5 1 9.

Un aveq du 27 septembre 1407 détaille la terre de Beaulort, le chastel et les fossés, les jardins tenant quatre journaux environ, le four de ladite ville de Beaufort, le moulin à vent, le bois, les fossés d entour de la ville, « le molin

« à waide séans en le plache que on nomme le Riez au dit Beaufort, . une

« mare au bout de men bos . A le cause de mon dit fief y est-il dit toute

(1) Manuel d’arch. nationale.

(2) Arch. dép., Titres du Chapitre d’Amiens, Arm. 5, liasse 47, n0i 1

(î) Hisl. du doyenne de Roye, page 24.

4) Arch. Nat., Xlft 23, fol. au.

4 et 10.

« le dite ville de Beaufort est toute tenue de my, ainsi qu’elle siet tant en cens, « en rentes, en fiefz séans en la dite ville... . » (i).

Les plus considérables des fiefs relevant de Beaufort sont ceux du Quesnel, de Maucourt et de Méharicourt.

Beaufort-en-Santkrue. — Le Château.

Le château actuel qui a succédé à la forteresse primitive est une superbe construction de la fin du xvie siècle, en pierres et briques, comme les châteaux d’Herly, de la Boissière, etc., dans le style de la Renaissance. Les larges fossés qui- le précèdent, sa vaste cour d'honneur, ses tourelles d’angle et sa toiture décorée en font une résidence d’un aspect grandiose et princier.

(i) V. De Beauvillé. Doc. inéd. T. II, p. 117.

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