‹ La Picardie historique et monumentale (volume 5)Chapitre 9 sur 34 · BOUCHOIR · texte numérisé non relu

BOUCHOIR

Sur un piédestal composé de trois paliers superposés en forme de gradins, repose un bloc de pierre haut de om65 dont le bas est carré et la partie supérieure octogone. Pour amortissement des quatre angles, se trouvent sculptées quatre têtes

de mort. Sur cette base, se dresse la tige monolithe d'une croix dont le sommet a disparu, mais dont le fût encore debout mesure 2m4o; ce fût, octogone à sa partie inférieure, est cylindrique en haut. Ce qui lui donne une valeur toute particulière c'est une statue de sainte Madeleine faisant corps avec le monolithe et représentant la sainte Pénitente debout tenant la croix serrée dans ses bras. La tête de la statue a été brisée, mais les deux mains qu’on voit appliquées sur la croix sont fort belles et dénotent une sculpture très remarquable. Dans la main droite se remarque le petit vase de parfum qui caractérise les images de Marie- Madeleine. Les plis du vêtement sont traités La Croix de Bouchoir. avec une grande élé¬

gance; c’est un travail du xve siècle.

On a placé en haut de la tige un crucifix moderne en métal qui n’est pas d'accord avec le style de ce monument pourtant très digne d intérêt.

La croix de Bouchoir est située tout auprès de l’église, dans un terrain qui longe le collatéral droit et qui fut autrefois un cimetière. L'église date du xvic siècle, et elle a succédé à une autre beaucoup plus ancienne dont elle a

conservé le vocable de saint Pierre. Ses dimensions sont plus importantes qu’on ne les trouve généralement dans les églises rurales (i).

La nef a gardé une magnifique voûte en bois de style xvi' siècle, avec tirants, poinçons et arbalétriers. Le transept est voûté en. pierre sur croisée d’ogives. La chapelle latérale gauche a pour rétable une arcade en tiers-point renfermant une Assomption éclairée par un jour d’en haut. Les boiseries sont intéressantes, notamment les lambris moulurés en arcades, la chaire, et un confessionnal dont la porte en arc trilobé repose sur d’élégantes colonnes rondes. En 1 86 5 , on a découvert a Bouchoir, non loin de la voie romaine d’Amiens à Roye, des sépultures du v* siècle.

CAIX

L église de Caix est assurément la plus intéressante du canton de Rosières au point de vue architectonique. G est aussi 1 une des plus belles par le majestueux aspect quelle présente, lorsqu'on la découvre des hauteurs environnantes et des chemins très nombreux tracés dans sa direction (2).

La silhouette de son clocher est tout à fait imposante et elle diffère absolument de celle des autres clochers de la région.

Le bourg de Caix, qui est après Harbonnières la plus peuplée des communes rurales du canton de Rosières, s'étend sur le versant nord d'un encaissement très profond, commençant à Vrély et se dirigeant vers l’ouest. L'église est à mi-côte. Elle porte les caractères des xive, xve et xvi' siècles, dans les différentes parties qui vont être successivement décrites. Elle est liturgiquement orientée.

Selon toute vraisemblance, il y a eu un autre édifice religieux avant le Xiv1 2 siècle, puisque dès io85 il est parlé de la seigneurie déjà importante de Caix dans une charte de Saint-Acheul, et que cette seigneurie appartenait dès lors au monastère de Lihons. Mais, si probable que soit l’existence d’une église à cette époque, la preuve directe en fait défaut. Les matériaux ont pu être réemployés, selon la règle liturgique, dans le monument actuel, sans que la trace s’en manifeste avec certitude.

Le plan de l’Eglise décrit une croix latine dont les bras sont peu saillants; son axe s’infléchit sensiblement vers le nord à partir du chœur. Le transept, avec ses quatre gros piliers à la croisée, parait avoir porté un clocher central, antérieur au clocher actuel. L’abside est à trois pans et constitue avec le chœur la partie de l’édifice qui remonte au xive siècle.

La nef possède deux bas-côtés ayant comme elle quatre travées. Elle date des débuts du xvi' siècle, de même que le clocher qui est situé à gauche et en avant de la façade.

Ce clocher est de forme carrée; il a neuf mètres de côté extérieur, sans compter la saillie des contreforts, qui est, à la base, de im8o. Les contreforts

(1) Longueur 35 mètres; hauteur 12 mètres environ.

(2) Ces chemins sont au nombre de neuf, et ils démontrent la haute antiquité du village de Caix.

s'élèvent jusqu'au sommet de la tour, ce qui donne une grande solidité. Sur le côté ouest s'ouvre la porte du clocher; elle est en cintre surbaissé avec archivolte en accolade accompagnée de pinacles appliqués. Les fenêtres abat-sons, au nombre

de deux sur chaque face, sont accouplées et en plein cintre. Audessous d'elles s’ouvrent des fenêtres plus petites, de forme rectangulaire, avec fronton en triangle.

L'un des principaux ornements de la tour, et ce qui lui donne un cachet très remarquable, c'est, sur les angles, quatre tourelles en encorbellement, peu élevées mais très fortes, et coiffées d’un toit en forme de cloche qui jadis était en pierres et se trouve à présent recouvert de métal. L’encorbellement de ces tourelles est magnifiquement orné, et, comme sa position l'abrite contre la pluie et les intempéries, les rangées d'oves et les moulures sont d'une parfaite conservation.

Entre ces quatre tourelles s'étend une terrasse du milieu de laquelle surgit une lanterne en pierres, sommée en coupole et portant une croix en ter dont l'extrémité est à quarante-trois mètres du sol. Des gargouilles en pierre font saillie à côté des tourelles.

Le clocher de Caix mérite grandement la réputation dont il jouit. Il était juste de commencer par lui l'étude de l'église.

La façade de celle-ci se compose au rez-de-chaussée d'un large portail à deux vantaux séparés par un pilier. L encadrement est formé par les nervures habituelles du xvie siècle, s’étendant jusqu à deux contreforts surmontés chacun d'une niche à fronton en pyramide aiguë avec crochets et fleurons.

La porte en anse de panier est surmontée d'un tympan garni darcatuies, actuellement vitrées, ce qui produit un effet assez singulier. Des écussons dont les armoiries sont presque effacées offrent, d une part, suivant certains auteurs . les armes des marquis de Pas-Feuquières, seigneurs de Caix — de gueules au lion d’argent; — ailleurs : mi-parti de France et de Bretagne; — ailleurs encore, une salamandre (i).

(i) La notice insérée dans les Églises , châteaux et beffrois rapporte cette salamandre à François Ier, et y voit une date.

Sur le pilier central est une statue de YEcce Homo. Dans les niches voisines, d’autres statues ne semblent pas occuper leur place primitive. Elles sont trop petites quoiqu'on les ait juchées sur des socles modernes qui déparent le monument.

Au premier étage, règne une élégante balustrade à jour qui rappelle celle de Tilloloy; la rampe en est ornée d'un dais en accolade aiguë, terminée par un fleuron, qui abrite des armoiries : de... semé de croix recroisettées de... à deux bars adossés de... et brochant sur le tout (i).

Plus haut, une baie en tiers-point, très ornée à l'intérieur, précède une rose d'un beau travail dont les nervures se reposent au centre sur un médaillon où est représenté un Agmts Dei.

Les rampants sont décorés de crochets en griffons et feuillages alternés.

Des gargouilles en pierre font saillie au bas des deux versants. Il paraît certain que la toiture a subi la même modification qu’à l'église d’Ercheu. Il n'y a aujourd'hui qu’un seul toit couvrant la nef et descendant en prolongement sur les collatéraux, tandis qu’à l’origine la façade devait offrir un comble à trois pignons précédant chacun un toit à double versant. La modification a été opérée à la suite d'un incendie épouvantable qui, le 26 avril 1768, dévora presque toutes les maisons de Caix et n'épargna pas l’église. Le Prieur de Lihons, à qui incombait la réfection de celle-ci, n’eut pas égard au style du monument et il remplaça par un simple rampant les deux pignons des bas-côtés. 11 supprima même les pignons des transepts, ainsi que les meneaux tréflés du sanctuaire, et il opéra diverses modifications que nous verrons à l’intérieur.

Le bas-côté méridional présente quatre travées établies sur un soubassement en grès réguliers, et construites dans un bon appareil, fort soigné, qui justifie la réputation des maçons de Caix.

Dans la seconde travée, s'ouvre le portail latéral droit qui porte la date de i53o. Il est séparé en deux vantaux par un pilier flanqué d’un dais du xvi' siècle abritant une statue de la Très Sainte Vierge. La porte à cintre aplati s'encadre d’une voussure parcourue par un cordon de vigne très délicatement sculpté. L archivolte se raccorde avec le meneau d'une fenêtre à cardimorphe dont elle est surmontée exactement.

Sur la console du pilier central de la porte, se distingue avec peine un écusson qui a été lu ainsi par l’auteur d’une notice sur l’église de Caix : « de... à trois faces de... sur lesquelles broche une bande de gueules chargée de trois étoiles de... se rapportant à la Maison de Lorraine ». Ne faudrait-il pas lire : « d'azur à trois fasces d'or, à la bande d’argent chargée de trois mouchetures d'hermine et brochant sur le tout », qui sont les armes d’Amyot de Moyencourt? Ces armes correspondraient à celles des Pas-Feuquières, déjà signalées plus haut.

La nef de l'église est bien dans Je caractère du xvie siècle. Elle est séparée des collatéraux par des piliers ronds sans chapiteaux; les nervures de la voûte prennent naissance sur le fût lui-même. Les bases sont relativement hautes, elles ont près d'un mètre. Sur chaque pilier se voient un dais et une console; les dais étaient merveilleusement sculptés dans le style de l’époque, plusieurs ont souffert, non pas tant des injures du temps que des injures des ignorants. On a brisé certains dais pour faire place à une boiserie de tribune. Par contre, on a remplacé

(1) Ces armes paraissent être celles de la maison de Bar-Montbéliard mises là, on ne sait pourquoi, par un restaurateur. Les armes de Bar-Montbéliard figurent dans les quartiers de la maison de Lorraine qui posséda la seigneurie de Caix à partir de 1265.

les consoles anciennes et les statues disparues par des consoles et des statues de plâtre.

Sur divers piliers s'aperçoivent les traces du leu, sans doute celles de 1 incendie de 1768.

Les voûtes de la nef et des bas-côtés sont bâties sur croisées d ogives, d une grande perfection d’appareillage : elles ont à peine douze centimètres d épaisseur, tout en étant très solides. Les clés sculptées figurent des couronnes ducales. Les retombées d’ogives dans les collatéraux reposent sur des culs-de-lampe qui représentent des personnages, des lézards, des démons, etc...

Les piliers du chœur, le transept et le sanctuaire sont plus anciens que la nef, ils sont en style du xive siècle. L'arc triomphal est un grand arc tiers-point, resserré à sa naissance, qui s’appuie sur des piliers carrés portant, sur les laces tournées vers la nef et vers l’abside, une demi-colonne engagée. Ces piliers ont des chapiteaux à feuillages, tandis que les colonnes de la nef n'ont pas de chapiteaux. Leurs bases sont enterrées, ce qui indique qu’on a surélevé le niveau intérieur a une date qui est sans doute celle de la reconstruction de la nef.

L’abside à trois pans avait une fenêtre dans chaque travée. Celle du milieu a été rebouchée pour y adosser le rétable du maître-autel. Ces fenêtres sont caractéristiques, leur encadrement, leur meneau et leur rosace ne sont pas moulurés, mais le profil de la pierre est simplement aminci en attendant la sculpture Les arcs de l’abside sont recouverts de peintures modernes.

Dans le rétable de l’autel s’encadre un tableau qui est une copie de la descente de croix de Rubens. L’église a pour vocable la Sainte Croix. Le rétable est garni de colonnes à chapiteaux dégagés sur les quatre faces, d'après Scamozzi (1). Le confessionnal est en bois sculpté, de style Renaissance, de même que la chaire qui est surmontée d'un abat-voix hexagone, sommé d’une couronne fermée et fleurdelisée. Cette chaire est décorée de statuettes d’évangélistes et de docteurs dont l'un, Saint Hilaire de Poitiers, tient les emblèmes de la Trinité. Sous une marche de l’escalier se lit l’inscription suivante, en lettres majuscules (2) :

CET CHZE A ESTE FAICTE EN LANNÉE 1678 HONORE ROGERE CVRE DE CET PAROISSE CLAVDE PARMENTIER MARGVILLIER EN CHARGE

Les fonts baptismaux méritent l'attention, ils sont en pierre, de forme quadrangulaire et d’une riche ornementation, mais ils paraissent avoir été réparés. Un des bénitiers affecte la forme curieuse d’un cône tronqué, haut d'environ un mètre, orné de plusieurs cercles noirs. C'est un modèle assez rare.

Les cloches ont été fondues en 1804 par la maison Cavillier; leurs inscriptions ont été déjà publiées, nous ne les rééditerons pas, non plus qu’une très belle légende gravée sur pierre dure, en caractères xve siècle, qui se trouve sur le mur du transept, et qui relate une fondation « de Jehan de Han et Mariette sa femme, » paroissiens de l'église de Cays », en date du ier mars 1493 (3).

(1) Indication donnée par la notice précitée, dans Églises, châteaux et hôtels de ville les plus remarquables de la Picardie et de l'Artois.

(2) Même notice, 1. c.

(3) Même notice, 1. c.

Pour ne rien omettre d'important, il faut terminer par un mot sur l'intérieur du clocher. A son rez-de-chaussée s'ouvre une salle carrée de six mètres de côté, d un appareil fort soigné, voûtée d’ogives et portant la date de 1548. A l’étage supérieur, une salle à peu près semblable termine et ferme la tour. Les arcs de voûte convergent au centre et se réunissent sous une large clé. Cette salle a été réparée en 1741, ainsi qu’il résulte de l’inscription suivante :

fait. 1741. par MONSIEUR. SIROT

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