HALLE AUX GRAINS
Le Marché au blé se tenait autrefois à Amiens en plein air. En 1477, après la démolition de la vieille enceinte de la cité par ordre de Louis XI, il fut transféré de l'ancienne Chaussée au blé devant l'Hôtel-Dieu, sur l'espace vide conquis sur les fossés et les remparts supprimés au dehors de la porte de Longuemaisière, près d'une croix qui lui avait fait donner le nom de place de la Belle Croix et qui, par suite de cette nouvelle destination prit plus tard celui de place du Marché au blé. Six des rues les plus importantes de la ville aboutissaient à ce carrefour. Les inconvénients de ce lieu de transactions alors quotidiennes, en entravant la circulation des voitures, exposé à toutes les intempéries des saisons, les émeutes qui y éclataient souvent lors du renchérissement des prix des céréales démontraient la nécessité de l'établissement d'une halle aux grains. Dès lyéi on avait concu le projet de la construire sur le côté sud de la place: un arrêt du Conseil avait même en 175s affecté à cette destination une partie du gros octroi de Picardie, mais par suite de la pénurie des fonds et de difficultés qu'il serait oiseux d'énumérer, ce ne fut qu'en 1779 seulement qu'on put commencer à réaliser ce dessein par l'acquisition de deux maisons, l'une rue des Trois-Cailloux, l'autre rue des .lacobins, propriété de la veuve du président d'Hailles. La Halle construite en pierres et briques sur les plans et les dessins de Rousseau, présente un vaste parallélogramme de 63 mètres de long, hors œuvre, sur une largeur de 3o, composé de deux laçades Nord et Sud reliées entr'elles par deux galeries surmontées d'un étage destiné à la tenue du Marché au fil, ouvrant au rez-de-chaussée par vingtquatre arcades à plein cintre sur une cour quadrangulaire de 34 mètres, sur 14, pour la circulation et le déchargement des voitures. Aux quatre angles, des escaliers
conduisent à l’étage supérieur. Chacune des façades offre à 1 œil 1 aspect noble et sévère que reproduit notre tête de chapitre d après le dessin original de Rousseau conservé aux archives du département et ne diffère entr elles que par d imperceptibles détails d’architecture, ainsi du côté de la rue des Trois-Cailloux, les corniches des galeries sont surmontées de gerbes de blé ; tandis que ce motif de décoration n'existe pas sur la rue des Jacobins. Commencée en 1 782, terminée \ ers lygo et ouverte seulement, par suite des lenteurs de la construction, en 1792, la Halle aux grains avant perdu beaucoup de son importance primitive et les transactions du commerce des grains se faisant aujourd hui pour la plus grande partie sur échantillons, sert actuellement de local pour 1 Rcole nationale des Beaux-Arts et pour d'autres services municipaux.