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ANCIEN HOPITAI. DE SAINT NICOLAS EN COCQUEREL

Au xiv" siècle, l'emplacement de la rue des Sœurs grises et de leur couvent, était occupé par un hôtel construit près des fortifications, auquel on aboutissait par une rue qui y conduisait directement et qui a^•ait pris du nom des propriétaires qui habitaient ce manoir, le nom de rue de Cocquerel, qu'elle échangea plus tard contre celui de rue Saint-Germain, en raison de la proximité de l'église sous ce vocable.

La famille de Oicquerel était aux xiir' et xiv® siècles l'une des plus notables de la ville d'Amiens; ses armoiries au milieu de la rose du grand portail de la cathédrale, sur l'ancien autel du pilier rouge laliàs chapelle de Notre-Dame du Puy), sur un vitrail de l'église Saint-Martin aux Waides ou au Bourg, attestaient son importance. L'un de ses membres, Firmin de Cocquerel, chanoine d'Amiens, doyen de Paris, évêque de' Noyon, avait été chancelier de France sous Philippe de Valois. Six autres (>)cquerel furent successivement maires d'Amiens: Jean en 1241, 124(5, i25o, un autre Jean en 1272, un troisième en iJiq, un Firmin de Cocquerel en i3o2, un autre en i35i, iJSq, iJay décapité pour haute trahison par les ordres de (îiiv de Chatillon comte de Saint-Pol, lieutenant du régent en Picardie, à la suite de la tentative faite par les partisans du roi de \a\-arre sur la ville,

enhn. Firmin de (iocquerel, fils de Jacques de Cocquerel en i358 et i36i. L'hôtel

de Cocquerel avant été détruit à la suite des évènements malheureux de i358, un autre maire d'Amiens, (îillc Ravin était devenu propriétaire du terrain. Fn t3S2, sa veuve Colaye La Monnière, tille de défunt Pierre Le Monnier qui avait à son tour exercé les fonctions de maire en i3i8, i32i, i 325 et i32S, donna par son testanient 3.oüo écus à Jean, pour fonder un hôpital de « 20 lits bien et bel estorez, pour v héberger chaque nuit 40 pauvres si tant en y vient, qui

recevront un pain de 40 au setier, un postage tel qu'il appartenra, et serait les

dits povres cautfé quand mestier et nécessité sera. » Idle laissait à cet hôpital, les cens, fiefs et redevances qu'elle et son défunt mari possédaient sur les moulins de Clenquain, Bayard et Passavant, pour acheter des rentes au prolit de cet établissement. Ces biens, suivant sa volonté, se distribuaient aux pauvres par les mains du maire de la ville, lequel en rémunération des peines de cette administration, devait toucher 100 sous par an. Au cas où les revenus seraient plus que suttisants pour les distributions ci-dessus mentionnées, elle voulait c^ue l'excédant servit à l'installation d'un chapelain, qui chaque jour dirait la messe et fottice des morts pour le repos de son àme et de celles de ses parents et pour la réception d'une, deux, trois ou quatre personnes b(^urgeois et bourgeoises d Amiens anchiens et diséteiix qui recevraient chac[ue semaine chacune 5 sols tant c^u'elles vivraient, laissant enlin au maire le soin d'y commettre comme administrateur personne bonne, loyalle et sage, après la mort d'Hurés de la Trenquie qu’elle désignait

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pour cette fonction, avec des appointements de x' de rente et son logement dans ledit hôpital, et tout son maisnage, sa vie durant.

Le nouvel établissement hospitalier, placé sous le vocable du patron des mariniers et appelé hôpital de Saint-Nicolas en Cocquerel en mémoire des anciens possesseurs du terrain, fut administré suivant les intentions de sa fondatrice jusques aux dernières années du xv'-' siècle.

A cette époque la ville d'Amiens comptait déjà deux maisons de filles de l'obédience de Saint-h rançois-d'Assise : les Clarisses fondées en 1444, des libéralités de l^hilippe de Saveuse, conseiller, chambellan du duc de Bourgogne Philippe-le-Ron. capitaine des villes d Amiens et d'Arras et de Marie de Lullv son épouse, et les religieuses de la ville d Hesdin qui, chassées de leur retraite par les malheurs de la guerre, s étaient réfugiées à Amiens où réche\'inage par charité, les plaça temporairement, suivant son plaisir dans l'hôpital de Saint-Julien vis-à-^•is Saint-Leu (1), en remplacement des laïcs qui en avaient la direction, pour avoir soin des pauvres

malades et y exercer l'hospitalité en^'crs les pèlerins et les pauvres de passage. Peu après, une nouvelle congrégation du tiers ordre « qui se soloient tenir à Monstreuil et ailleurs à l'environ, poussée par les memes circonstances de guerre de fuir sa maison de Mainncville, suivit l'exemple que lui avaient donné les sœurs de Saint-Julien et le i3 février 1480 présenta à son tour requête à l'échevinage,

demandant un asile dans l'hôpital de Saint-Nictjlas en Cocquerel pour y demeurer,

afin de pouvoir aider et loger les passants et administrer les nécessités aux pauvres ainsi qu au dit hôpital est accoustumé faire en tous cas de maladie, fust de peste ou autre, sans toutefois par elles mendier ne quêter leur ^'ic avant la ville, mais vivre de labeur de leurs mains au mieux qu'elles porront, .Messieurs ont consenti et accordé pourvu qu'elles ne soient plus de XII (21. Ces religieuses connues sous le nom de Sœurs grises, de la couleur de leur ^■êtement qui différait de la couleur musc brun que portaient les deux autres ordres, entrèrent donc en possession de 1 hôpital où l'année suivante, les pauvres femmes et les enfants seuls furent dorénavant admis, sans être tenues de recevoir les hommes qui durent aller a 1 hôpital Sire Liénard devant Saint-Leu (3). Ln 1490, comme l’on avait, depuis peu, fait une nouvelle entrée et portail à l'hôpital du côté de l’hôtel appelé Le Leu Warou, 1 échevinage afin de faire connaître que c'était un hôpital comme il 1 avait été d ancienneté, décidèrent de faire écrire en grosses lettres au-dessus de cette porte : C'est icy la maison et hospital .Saiiii-Xicollay en Coeqiterel (délibération du 7 août). L'hôpital dura ainsi jusqu'au milieu du xvii' siècle, mais en 1625 la ville ayant voulu contraindre les Sœurs qui venaient de faire reconstruire leurs batiments du côté du marché aux bêtes, à remettre sur leur porte principale une nouvelle inscription annonçant qu'elles recevraient les pèlerins étrangers, arguant de la clôture à laquelle elles avaient été soumises en i6i5, elles offrirent de les loger dans une maison leur appartenant rue Quincampoix et le corps de ville qui touchait les revenus de 1 hôpital, prit sur lui d'en acquitter les fondations. C est alors quelles firent sculpter au-dessus de cette porte, les armes de leur ordre; de gueules à la croix d'or en chef, et en pointe de deux bras de carnation

(1) On içnorc le temps de sa fundatinn et le nnni de .son fondateur, mais il e.xistait déjà dès 1295 car Dreux Malherbe ancien inayetir d'.Vmiens, lui avait h'gué .\x suis de rente annuelle.

(2) Registre aux délibérations. Février 1.180.

•3.’ Registre aux didibérations de l’échcvinagc t. XIV, f" .j. — Cet hôpital, sous le vocable de Saint- J:'cques, avait été fonde par l.iénart-le-Sec, cinq fois m.ayeur d’.\iniens, dans les premières années du .xiv* siècle devant le pont où Dieu ne passast oneques, et servant de limite aux paroisses de Saint-Leu et de Saint-Sulpicc.

stigmatisés, à dextrc, nu celui du Christ, à senestrc, vêtu de brun, celui de Saint François-d'Assise, que Ton reconnaît encore quoique mutilées.

Les Sœurs grises avaient depuis longtemps dépassé le nombre fixé par 1 autorisation municipale, elles avaient été jusqu a quarante; a la Ré\'o!ution elles comptaient encore quinze religieuses de chœur, sept converses et une afliliée. En i6i3 elles avaient obtenu du roi, permission d'acquérir jusqu a concurrence de i5.ooo livres de biens avec exemption des dri'tits seigneuriaux et diminution des droits d aides sur le vin et le sel, vu leur pauvreté. Nous venons de dire qu'en i625, elles avaient reconstruit leurs principaux bâtiments ; en 1676 elles élevèrent le cloîtie que représente notre planche, en deux ordres superposés d architecture ionique et doiique tout en bossage.

Fermé lors de la suppression des ordres monastiques, le Couvent des Sœurs grises fut aliéné comme bien national le 22 janvier 1/93; I acquéreur revendit le terrain en détail pour des constructions particulières et des fabriques et un passage y fut longtemps fnivert, taisant communiquer la rue des Sœurs grises avec la rue du Port.

L'église avec ses deux pignons élevés et ses deux grandes fenêtres ogivales que l'on remarque encore sur la première de ces rues et qui sert aujourd hui de magasin, avait été reconstruite au xvf siècle. L'autel tourné du côté du Nord était embelli d'un retable de bois doré orné de petites tigures de même ; un grand tableau placé dans le contre retable représentait la Vierge dans cet excès de langueur où l'aN’ait jeté l'absence de son diA'in tils après son Ascension. Cette toile de Laurent de' La Hire, élève de Vouet, fun des premiers fondateurs de l'Académie royale de peinture et de sculpture était, suivant l'opinion de quelques connaisseurs. 1 original de celui du frère Luc qu'on voit dans la chapelle saint Etienne de la cathédrale. Elle était accompagnée de deux autres tableaux : sainte Ii-iisabeth de Hongrie leur patronne et saint Nicolas patron titulaire de rhôpital.

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