ÉGLISE SAINT-GERMAIN L’ÉCOSSAIS
Oi l’on fait abstraction de son incomparable cathédrale, on trouvera la ville d’Amiens, malgré son antiquité, malgré l’importance qu'elle n’a jamais cessé d'avoir, bien pauvre en édifices religieux.
Parmi les nombreuses églises collégiales et monastiques que la ville renfermait jadis dans ses murs, une seule avait survécu à la Révolution, et l'ancienne église des Cordeliers, atlectée depuis le commencement du xix*-' siècle à la paroisse Saint- Remy, était loin d'étre une des plus belles : sa reconstruction en a déjà fait démolir une partie, l'autre aura prochainement le même sort. Des douze églises paroissiales qu'Amiens possédait sous l'ancien régime, deux seules subsistent : Saint-Leu et Saint-(jcrmain. La première n'oli’re qu'un intérêt secondaire, la seconde, sans être un monument de premier ordre, n'en constitue pas moins dans l'exiguité de ses proportions et la simplicité de son ornementation un joli et curieux édifice du xv" siècle. C'est à l’heure qu'il est, bien qu’à une distance intinie, ce qu Amiens possède de mieux après sa cathédrale. On s'est basé sur une phrase d'une ancienne vie de Saint Germain ii), pour avancer qu'il en était déjà ainsi
(i) r< Structurai elegantia nulli post cathedralein secunda. » Gauchie Vita S. Gernuni Scoii, cpiscopi et viartyris, patroni ccclesiœ paræciaJis $. Gcrinant Atnbianensis, 2‘ udit. Saint-Quentin 1665, in-12, p. 70.
avttnt la ruine des autres églises de la ville (i). Sans rien enlever aux qualités de l'église que nous allons décrire, le peu que nous savons de celles qui ont disparu ne laisse pas que de nous faire trouver cette appréciation quelque peu exagérée. Certainement, parmi les églises secondaires d'Amiens, il ny en avait pas une seule qui fut de premier ordre, mais plusieurs devaient 1 emporter sur Saint- (îermain. Ainsi les dessins, si imparfaits qu'ils soient, que nous ont laissés le
P. Daire et Millin (2) de la collégiale Saint-Nicolas, nous font entrevoir un édifice
fort beau et fort intéressant de la fin du xii" siècle, de la bonne époque, Pagès ne
peut pas s'empêcher d'en convenir : « Cette église collégiale de Saint-Nicolas, dit-il, quoique d'une architecture gothique, est la plus régulière de toutes celles de la ville d'Amiens (3). La collégiale de Saint-Firmiii-le-Confesscur, elle aussi, bien qu'inachevée dans quelques-unes de ses parties, modiliée à diverses époques dans d’autres, mais qui, dans son ensemble, avait été construite en même temps que la cathédrale, tout à côté d'elle, peut-être par les mêmes maçons, devait
présenter encore plus d'intérêt que Saint-Cermain (4). Mais ce qui charmait
jadis et ce qui plaît encore aujourd'htii dans cette dernière église, ce qui plaisait surtotit aux hommes des xviè' et x^■Hf siècles, c'est un ensemble satislaisant, des proportions heureuses, le tout joint à une élégante simplicité.
Si I.amorlière (5) ne dit que peu de chose de Saint-Germain, Pagès nous a laissé une description assez complète et fort intéressante de cette église, telle qu'elle était au commencement du xviiP' siècle, comme d'ailleurs de toutes les autres
églises d'Amiens (6). Le P. Daire lui a consacré quatre pages environ de son Histoire d'<zAmiens (7). On trouve encore une notice sur Saint-Germain et sur son état ancien dans les manuscrits de Machart que possède la bibliothèque de la
ville d'.Amiens (8). Plus tard, le journal Le Glaneur du 14 mars 1S40 a publié en feuilleton une courte notice sur cette église, par M. Jouancoux. l^ans son
Histoire des rues d'Amiens. (9) Goze parle plusieurs fois de vSaint-Germain, mais cet ouvrage fait pour remplir les colonnes d'un journal (10) et composé à la hâte et au jour le jour, tantôt avec des renseignements ramassés dans les archives, jetés sans ordre et. souvent reproduits d'une façon inexacte, tantôt avec les seules ressources de l'imagination de l'auteur, ne hiérite pas de figurer parmi des travaux historiques. A peu près en même temps, la démolition des échoppes qui encombraient la face latérale de l'église sur la rue Saint-Germain, fournit à l'abbé Corblet. le futur directeur de la Revue de l'Art Chrétien., et alors vicaire à Saint- Germain, l'occasion de faire paraître dans l'Ami de l'Ordre du 18 novembre 1854, une notice très succincte intitulée : Idéalise Saint-Germain d'Amiens.
Depuis longtemps, M. (jtiérard, membre de la Société des Antiquaires de
(i) Onze. Uiitoirc Jes rues JWiniciis. 111, 1,^5. — (lucrartl, llistnirr de I’é.s:!isc Saint-Gorm.iin d'Amiens, dans les Mnitûires Je la Soc. Jes Authj. Je PiearJie, t. XVll, p. — O. Carun, Le Culte Je la Sainte Vierge à Saint-Genuain JWiuieiis, dans le Diiitaiiche, t. XXX, p. .fog.
IJ) Dain-, llisl. J'.liiiieiis, 11, 19b. — Millin, Anti^juitès Nationales, V, i.
(3) Mss. Pa.yrs, ('dit. Dduchet, I, 52.
(4) On aper(,‘nit une partie da chr?vet de Saint-Firmin-lc-Confesscur, dans un des dessins de 1727 possédés par M. Soyez et représentant la façade de la cathédrale.
13 ; ni, 135
Antiq
uités, p.
Mss. 1
Pagès, édit. Duuchet,
Daire,
Histoirt
tiliens,
Mss.
Machart