‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 25 sur 109 · VII · texte numérisé non relu

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Picardie et de la fabrique de Saint-Germain, avait préparé une histoire complète de cette église, à laquelle la mort l'empecha de mettre la dernière

main ; elle fut cependant publiée telle qu'elle était par la Société des Antiquaires de Picardie (0. Dans ce travail très considérable, mais uniquement historique, M. Guérard a surtout utilisé les très précieuses archives de la paroisse qu'il a luimême classées, et qui, depuis lors, sont conservées avec soin dans une armoire de la sacristie. Malheureusement, l'auteur n'ayant pu surveiller lui-même la publication de son œuvre, un grand nombre de noms propres se sont trouvés écorchés.

Pnfin dans ces derniers temps, M. l'abbé U. Caron, vicaire de Saint-(jermain. a donné dans Le Dimanche^ semaine religieuse du diocèse d'Amiens, un article sur le Culte de la Sainte-Vierge à Saint-Germain d'Amiens (2).

On ne connaît pas plus les origines de la paroisse Saint-Germain, que celles de la plupart des paroisses urbaines ou rurales. Ce plus ancien titre connu où il soit fait mention de celle-ci, est la confirmation par Garin de Chatillon-Saint-Paul, évêque d'Amiens, à Foulques, abbé des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Saint-Firmin-au-Val, des biens de ladite abbaye, et en tête desquels on désigne « ecclesiam videlicct Sancti Germani. » Cet acte est daté du i3 des kalendes

de juillet (19 juin) ii3i (3), mais à cette époque, la division des paroisses était

depuis longtemps un fait accompli à peu près partout. .lusqu'à la Révolution, la cure de Saint-Germain fut desservie par un religieux de l'abbaye de Saint-Jean d'Amiens, qui, peu de temps après la date de la charte précitée, avait remplacé celle de Saint-h irmin-au-Val, cette dernière église subsistant comme simple paroisse.

Il n'y a pas grand intérêt à savoir s’il est exact, ainsi que R. Daire l'a avancé (4), sans dire où il a puisé ce renseignement, et ainsi que d'autres auteurs 1 ont répété après lui, à savoir que l'église Saint-Germain aurait été incendiée en 1218, coïncidence tout au moins bien étrange avec la cathédrale, non plus qu à savoir si elle aurait été reconstruite aussitôt ou longtemps après cet accident, puisque rien dans l'édilice actuel ne remonte à une époque si reculée.

Jusqu’au xv° siècle, les titres ne nous font connaître que l'existence de l'église Saint-Germain, mais ne nous donnent aucun détail sur l'édifice non plus que sur les travaux qui auraient pu y être-exécutés.

Les archives de la paroisse conservent des lettres patentes de Louis XI datées de Noyon du mois de février 1470-71, rendues sur « l'iimble supplication de noz chiers et bien amez les fabrisseurs ou marrigliers de l'église Monseigneur Saint- (jcrmain de notre bonne ville et cité d'Amiens, contenant que, comme ladite église est une des grandes paroisses et où il y a autant de peuple que en paroisse de nostredite ville et cité, ne soit assez grande, tellement que le peuple estant d'icelle paroisse, en ung jour sollempnel, ne peut à grant peine y eslre tout, pour laquelle cause, et pour iaire accroistre et augmenter icelle église, afiin que Icsdits paroissiens y puissent tous estre quant ilz vouldront, iceulx supplians ont acheté deux petites vielles maisons joignans à 1 un des bous de ladite église, pour icelle faire ac-

(1) F. Guérard, Histoire de l’cglisc Saint-Germain d'Amiens, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, t. XVII, 1860, p. 429 à 770.

(2) U. Carcm, Le Culte de la Sainte-Vierge à Saint-Germain d’Amiens, dans le Dimanche, sema'ine religieuse du diocèse d'Amiens, i5'-' année, tome XXX, 1886, p. 409, 429, 469. 489.

(3) Arch. de la Snmme, cartul. de l’abb. de Saint-Jean d’Aniien.s, fol. XV. — Nous n’avnns pas besoin de relever ici l’erreur manifeste du P. Daire disant en propres termes (Ilist. de la ville d'Am., 11, 213):

" Légalise portait, dit-on, le nom de Siiint-Blaisc, et ne prit celui de Saint-Germain que le 9 juillet 1526. tems auquel Nicolas, évêque d'Ebron, dédia l’autel. » Voyez Guérard, p. 439.

(4) Daire, Histoire de la ville dAmiens, H, 213. — Guérard, p. 442.

croistrc » ; par lesquelles lettres le Hoi amortit lesditcs deux maisons, sans payer de droits ( i).

Les travaux d'agrandissement n'curcnt pas lieu tout de suite. Il faut remarquer que les lettres patentes sont datées du mois de lévrier 1470-71. Or c'était le 3i janvier précédent que la ville d'Amiens, abandonnée à Charles le Téméraire par le traité de Péronne (1468), s'était volontairement rendue au Hoi entre les mains du comte de Dammartin ; quelques jours après, le duc de Bourgogne était sous les murs de la ville, « laquelle il greva moult de canons, serpentines et culcvrines, qui list getter en ladite ville, rompre les maisons et /es églises, et y fu environ X sepmaines, que les trêves furent prinses et fermées entre le Hoy et luy jusques au IIII" jour de juillet oudit an mil IIIT' 1-XXI. » (2) Nous n'avons pas à nous étendre ici sur ce siège célèbre qui, heureusement pour les Amiénois, demeura sans résultat. Hetenons-en seulement que les églises eurent à eh souffrir, et que les marguillicrs de Saint-Germain durent sans doute momentanément ajourner leurs projets de construction pour réparer des ruines. D'ailleurs, depuis ce moment, les habitants d’Amiens vécurent dans des transes continuelles et sur un perpétuel qui-vive. Ils avaient sans cesse à la pensée l’exemple de la ville de Dinant, et ils tremblaient de retomber entre les mains de Tirascible et cruel duc de Bourgogne. Les menaces de celui-ci ne manquaient pas; et le Roi était supplié de ne lui jamais remettre la ville, ainsi que le bruit parfois en courait (1^1. On ne songeait guère alf)rs à entreprendre des constructions. Aussi la nouvelle de la mort du Téméraire fut-elle accueillie à Amiens par un soupir de satisfaction que les procès-verbaux des séances de l'échevinage, d’ordinaire si réservés à l'endroit des princes, n'essayèrent même pas de dissimuler. « .Messeigneurs ont ordonné quQ^ pour les bonnes nouveles qu'ils ont oyes de la mort du duc de Bourgogne, ils mettront seulement du guet de nuit assis III ou IV hommes sur les portes, pour le soulagement du peuple de ladicte ville (4). »

Tes craintes évanouies, les marguillicrs de Saint-GeriTiain reprennent leurs projets de travaux, et pas plus tard que le 14 avril suivant, ils présentent une requête à l'échevinage demandant l'exemption de tout ou partie des droits d'amortissement dus à la ville pour les deux maisons destinées à l'agrandissement de l'église, lesquels droits furent réduits à 60 s. de cens par délibération de l'échevinage du 22 avril (5). binlin, par acte du r''' avril 147S, l'échevinage autorisa l'adjonction des deux maisons à l'église, movennant 40 s. de cens foncier sur une maison appartenant à .lean Teroux, chaussetier, sise à Amiens, rue des Vergeaux (5j.

Te commencement des travaux dut suivre de près, car, quelques jours plus tard, les marguilliers adressèrent à l’échevinage une nouvelle requête à l'elfel d’avoir

« les matôres d'une tour commenchiée à démolir en la vielle fortresse estant auprès de la porte Tonguemaisière , pour lesdites matères estre emploiées en aucuns ouvrages qu'ils avoient intention de en briel faire faire pour la décoration de

ladite église. Mesdicts seigneurs sur ce. eu advis, ont ordonné que les matères de ladite tour et d'une autre tour estant assez prez de ladite porte seront pour

(1) Arch. de la fabr. Saint-Germain, cr)te 5, g* liasse.

01 Kchevin. du 23 avril 1471. Arch. de la ville d’.Vmiens, BB 11, fol. 5.

(3) Arch. de la ville d’Amiens, BB. 11.

(4) Kchevin. du 20 janv. Arch. de la V. d’Amiens, BB. 12. fol. 77.

(5) ■•iclu'v. d<'S 14 --t 22 avril 1477. Arch. do la V. d’Am, BB. 12. fol. gi. 92.

(0) .\rch. de la fabr. Saint-(icrmain, cote 3, lo"' liasse. — Échev. du avril 1.178, Arch. de la ville

d'Amiens. BB. 13. fol. g.

emploie!' ès ouvrages de ladicie ville, et qu'on délaiera ancoires de les abairc, pour double (|uc on ne desrobe lesdites matércs fi). » (Jn s'explique dilficilcment le refus opposé par l'échevinage à la demande des marguilliers de Saint-Germain. C'était le moment où, sur l'ordre de Louis XI, la nouvelle enceinte de la ville venant d'être terminée, on démolissait l'ancienne, et. pour plusieurs autres églises, comme Saini- Firmin-en-Castillon, Saint-Jacques, rHôtcl-Dieu, les Jacobins, etc., l'échevinage n'avait jamais refusé de matériaux provenant des démolitions. Ce n'a pas été sans difficultés que la ville se décida à sacrilicr son ancienne enceinte, et, dans ce travail, pour lequel il fallut des ordres formels du Roi, elle mit la plus grande lenteur, cherchant tous les moyens de gagner du temps, principalement pour les portes. Peut-être est-ce pour cette raison que l'échevinage voulut ajourner la démolition des susdites tours qui avoisinaient la porte de Longuemaisières, une de celles qui précisément lui tenaient le plus au cœur ; ou bien est-ce parce que, comme .M. Guérard le suppose, l'échevinage et la fabrique n'avaient pu s'entendre sur la question des droits d'amortissement ? C'est ce qui est bien difficile à savoir d'une façon certaine.

Suivant Dusevcl(2), ces travaux auraient été exécutés par Robert Lemoustardier, maçon à Amiens. Ce renseignement répété par Goze (3) et Mgr. Dehaisnes (4), nous ne 1 avons trouvé nulle part, et comme Dusevel ne nous dit pas où il l'a puisé, il faut le considérer comme non avenu, jusqu'à plus ample information. Guérard, d'ailleurs n'en parle pas.

Ce travail d'agrandissement n'était pas encore terminé, que, le 28 septembre iqSt), les marguilliers demandaient à ^éche^•inage et en obtenaient l'autorisation de construire quatre loges entre les piliers « du nœuf ouvrage de machonnerie qui se taisoil en icelle église, respondant sur le rue que on dist St-Germain », visà-vis l'hôtel (( de la Brisecane », pour les mettre en location (5) ; et un an après, ie 3o octobre 1487, les marguilliers baillaient à cens à François Lequien, maréchal à Amiens, « certaine portion de terrain estant entre les cinq piliers du nœuf ouvrage d'icelle église, au devant de la maison de le Brizecane, à prendre depuis 1 anchien ouvrage de ladicte église, jusques à une petite maison appartenant à Pierre Desforges, cordier, faisant le coing d'une petite ruelle qui maisne derrière le canchel de ladicie église ; icelle portion de terre, qui est terre amortye à ladicie église, contenant cincquante-cincq piez de long, ou environ,... Ledict preneur, ses hoirs et ayans cause, seront tenus de entretenir lesdicts édiffices en bon et souffissant estât, sans les démolir, meismes ne pourront picquer ne eulx loger (hoyer ?) dedans la muraille d'icelle église, ne y faire dommages, ne faire autres ne plus haulx édiffices que ceulx qui y sont à présent, et qui puissent empescher les ^•e^rières cl veues de ladicte église (6). »

.Ainsi donc les échoppes que nos contemporains ont encore vues étaient aussi anciennes que les murs auxquels elles s'appuyaient. Mais le texte que nous venons de citer est inliniment plus précieux en ce qu'il nous permet, comme nous le verrons,

(1) JCchcvin. du Ji avril 1.178. — Arch. du la v. d'Ainieiis, HH. 1.^, fol. ii, v".

(2) La tniiu- IV'. aniivc 1858, p. 76.

(3) Uistüirc lies Rues dWiiiiens^ t. IV, p. 137.

4} Dehaisnes, L'art a à la fiu du Moyen-Age, p. jd. — Revue de l'Art Chrétien, 1889

et 1890.

15) Eciicvin. du 28 sept. i.|86. — Arch. de la v. d'Amiens. BB 15, fol. 53. v".

(6) Arch. de la fabr. St-Germain, cote jj, i'^'^ linsï^o.

de dctemiiiier exactement la portion de l’édifice qui fut élevée de 1478 à 1487.

Ce 11‘est cependant que le 9 juillet iSef) que l'église fut dédiée par Nicolas de Lagrené, évêque d'Hébron, sutl'ragant d'Amiens (i).

Plusieurs titres des archives de la fabrique nous apprennent que, dans le courant du xvC siècle, des travaux durent être exécutés à Saint Germain ou à ses dépendances. Ainsi, par acte notarié du 28 mai i537, Claire Dupont, veuve de Nicolas Delattre, avait fait donation à la fabrique d'une maison sise sur l’eau de Merderon et tenant par derrière au presbytère et au cimetière de Saint-Germain. La dessaisine en eut lieu par acte du 26 mai i^qo, et la saisine aux marguilliers, le 4 septembre 1541 (2). L'autre partie indivise de ladite maison fut donnée à la fabrique par acte du 6 octobre i545 par Marie Delattre, veuve Huchon Lccaron, s(eur et héritière dudit Nicolas Delattre, à la charge de la laisser jouir de la totalité et de payer les cens et rentes durant sa vie, l'acte de donation ajoutant ces mots : « Lt aussy, durant sadicte vie, consent que lesdicts manegliers d'icelle église vreullent appliquer à l'iisaige d'icelle église telle portion de derrière d’icclle maison, que faire le puissent, et qu'ilz facent telles éditiiees qu'ilz verront bons estre à l'iitillité de ladicte église; meismes accorde que les manegliers et paroissiens puissent aller, passer et venir et leurs ouvriers, pour porter matières et ce qu'il sera requis et toutes fois que bon leur semblera, par l'allée d'icelle maison ayant entrée sur la rue de Merderon (3). »

Pendant le courant de iSSy, AL' Nicolas de Haillon, maçon, reçut en quatre paiements, dont subsistent les quittances, la somme de 55 1. t. (4). L'année suivante, Antoine Cardon, maître charpentier, délivre aussi une quittance de lô 1. t. pour travaux de son métier {5i. (Pesi sans doute le même qu’Antoine (iardon, charpentier à Cottenchy, qu’en i58i nous verrons travailler au clocher. On sait que c'est un Louis (h)rdon, aussi charpentier à Cottenchy, qui, après l'incendie de 1527, fournit les plans de la dèche actuelle de la cathédrale d'Amiens. Or nous ne connaissons ce personnage que par des documents de seconde main (r)), et il ne serait pas impossible qu'on ait mal lu sur les registres de la fabrique de la cathédrale, qui, malheureusement, n'existent plus. Cordon pour Cardon, et que Louis et Antoine, tous deux de Cottenchy, aient eu entre eux des liens de parenté. En i 559, trois pièces se rapportent encore à des travaux de maçonnerie ; une quittance du 12 novembre, de 29 1., i3 s., 4 d., pour fournitures faites par Jean Martel, chaufournier (7), une autre de la même date, de 29 1. i5 s., pour huit milliers cinq cents de briques, par Jacques Lostellier, briqueticr (8); enfin un mémoire présenté le 5 février 1559-Go par Antoine Hesse, plombier, s'élevant à i5 1,, 1 s., 3 d.. pour diverses fournitures, et entre autres « xii 1. de ploncq, pour faire les patrons des mâchons (9) ».

l-'n 1577, Jean Descaubry, maçon, reçoit 4 L, pour avoir raccommodé deux arcs boutants tenant au clocher, « lesquels esioient rompus 110). » Aujourd'hui, il

II) Itihlioth. de ht v. d‘Am., ni^s. 516. fol. 120.

ijj .Xrch. do la fabr- ÿt-(»crmain, r<jtc- i|, 2' liasse.

I3) Ari'li. do la fahr. St-Ourniain, coti' i.), 3'' liasse.

i.|l .Xrcli. de la fabr. St-tierniain, cote i.^!, U'' liasse.

(()| nibliothêciiie d’.Vmiens, mss. 510. fol. 8, v". et 5(13, fol. .103.

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