S'EST LIVRE POUR NOS PECHEZ
11 est accompagné d'un charmant bras de lumière en fer forgé et doré, très délicatement travaillé. (îe cul de lampe sur lequel s'élève aujourd’hui un grand crucifix moderne, servait jadis de support à VEcee Homo cité plus haut et qui. offert en 1671 par (ilaude Decourt, donateur des fonts baptismaux, avait été exécuté par Lecomte « habile sculpteur assez connu par différents ouvrages de sa façon que l’on voit dans les maisons royallcs » (7), et restauré par
II) Mss, de l’açès, édit. Douchet. t. I. p. 96.
(21 Arch. de la ville d’Amiens. AA. 6 ireg, Fi, fol. mo.
Arch. de la fabr. .S.-Uerniain, compte de i$67-68. fol. oi-
14) Mss. de Pa.çès, l'•dit. Doiirhet. t. 1. p. o<i.
15) (iiiérard. p. 638.
(61 Déliber, de la fabr. du 2 aoùi iduj. — Ari'h. de la fabr. de .S.-(ierm.. cote 112. 1. 2 ; compte do 16(53-04.
171 Mss. de Pagéh. édit. Douchet, i. 1, p. 96,
Crcssenl en ir)94 (i); il avait sans doute été ahimé lorsqu'il avait été changé de place 1 année précédente. Il tut détruit à la Révolution ; le rcctieil des curiosités de I abbaye de Saint-Jean contient le dessin d’un modèle en cire de cet Ecce Homo que cette abbaye possédait dans son cabinet ; il suftit pour se rendre compte de ce que devait être cette sculpture (2).
Le compte de la fabrique de 1 587-88 (3) parle d'un « moulinet pour servir à la bougie. » G était sans doute une bougie lilée comme on en voyait souvent à cette époque dans les églises ; il y avait quelque chose d'analogue à la cathédrale d'Amiens.
Les archives de la paroisse conservent encore un dessin exécuté par Nicolas Blasset, sculpteur à Amiens, pour un lutrin de potin ortért à l’église par Gilie Letellier, avec le traité passé le 3 juillet i638 par ce dernier avec François Robart, maître sculpteur-fondeur à Abbeville, pour l'exécution dudit lutrin, qui devait avoir environ huit pieds de haut, moyennant la somme de 600 I. (4). Bien que Robart se soit engagé à satisfaire à la commande pour le jour de Noël suivant, à la mort du donateur, arrivée en 1641, rien n’était encore fait (5), et ce n’est qu'à la poursuite de la fabrique que le lutrin fut enfin terminé en 1646 (6).
Les comptes de la fabrique nous révèlent aussi l’existence, à partir de i655. d'une crèche que 1 on suspendait dans le chœur pendant le temps de Noël (7), comme il en existait alors dans beaucoup d’églises de Picardie.
En 1693, on fit mettre des bancs neufs et uniformes dans la nef (8) ; pour ce tra\ail, Ounetifgermain, menuisier, reçut 122 1., et Pinchon, maître menuisier, 253 1. {9). i)n voit aussi par le compte de 1701-02 que 3 1. furent payées à Jacques Jérosme, menuisier, pour avoir fait un confessionnal. Par la modicité du prix, il faut supposer que ce meuble dut être de la dernière simplicité fio).
Nous avons encore quelques indications sur deux statues qui jadis décoraient 1 église . lune de saint Roch, fut raccommodée en 1668 par le sieur Bigan, maître sculpteur, et repeinte par Louis Andrieu, maître peintre, qui peignit aussi la civièie sur laquelle on la portait (ii); en 1737, une image de saint Glaude fut placée dans la chapelle Saint-André par Jacques Tilloloy, maçon, qui, pour ce, reçut 54 s. en deux fois (12).
La première paitie de 1 église devait être terminée depuis bien peu de temps qu'on y plaçait déjà des orgues : dès le 27 février 1455/56, Hue de Lesmes, écuyer, marguillier de Saint-Germain, passa à Rouen un traité avec Gaultier de
fl) Arcli. de la fabr. S. -Germain, compte de 1694-95.
(2) lïibl. dAmiens. mss. 400. tome I, fnl. 89. — Nous ne pouvons que renvoyer à ce que dit de cette sculpture, notre colU-Knie .M. R. Guerlin, dans sa note sur François Cressent {Rcuiiioii des Sociciès des Beaux-Arts, 16® session 1892, p. 305).
(3) Arch. de la fabr. S. Germain, compte de 1587-88, fr.l. 462.
14) Ibid., cote 117, l'e liasse.
(5) Ibid., invent, de 1641, cote Q.
{6) IbiJ., compte de 1646-47, fol. 261, v”. — Ce dessin a été publié dans Nicolas Blasscl, arclntecte amlenois, etc., par Louis Dutlioit, A. Bazot et .K. Janvier (Amiens, 1873 in-8”l pL XL.
I,) I. Paiez a la femme quy a aconiodez le berseau tpiy se pose la veille de Noël dan.s le cœur, XX s. » (Arch. de la fabr. S. Germain, compte de 1655-56). - „ A Jeanne du Mesniel, 20 sols, pour avoir décoré et argenté le berceau qui se pend dans le chœur à la fétc de Xoél. „ Ibid., compte de 1675-74.
l8| Délibération de la fabrique du 2 août 1695. (Arch. de la fabr. S. Germain, cote 112, 1. 2).
(9) Arch. de la fabr. S. Germain, compte de 1694-95.
(10) Ibid., compte de 1701-02.
fij) Ibid., compte de 1668-69.
(12) Ibid., cote 141, 23" liasse.
Alarcys, facteur d'orgue dans ladite ville, pour la conlection d' <i unes {^rosses orgues » qui devaient être pareilles à celles de l'église Saint-Jacques de Kouen, et livrées pour la Toussaint ou la Noël suivantes ; pour lequel ouvrage ledit de Marcys délivra quittance de 222 écus d'or, le 12 août i 558 (r. C'était une somme très considérable, et cet orgue devait être très complet pour l'époque. Il y avait sur le buffet, comme on le faisait souvent alors, des personnages jouant des instruments de musique, qui, en iSSy furent raccommodés par Jean Soierz, caiellier {2). Il y avait aussi un rossignol, jeu très apprécié dans les orgues à cette époque, et qui fut refait en 1.170 par M. Jean Fermant, organiste, pour la somme de 6 s. (3i. Quelques années auparavant, en i565, le même Jean Fermant avait lait à l'orgue un tra\-ail assez important, pour lequel il avait reçu la somme de 70 1., après examen fait par M'' Fovette, maître des enfants de chœur de la cathédrale, AF Sauvaige, organiste à Saint-AIartin, et autres chantres et organistes de la ville (41. Fn nouveau travail qui coûta 66 1. fut exécuté en idqi par frère Antoine Joly, prêtre, cordelier et facteur d'orgues (5) ; en 1612 encore, réparation portant
principalement sur la soufflerie et le clavier, par Jean Duval, <')rganiste de la
paroisse, et qui fut payée au moyen d'une quête à domicile qui avait produit 74 1- (6).
(Fest en 1634 que l'orgue fut muni d'un pédalier par .Michel Alorel, facteur, pour le prix de 44 I. 3 s. (7). Ce travail, ou du moins son paiement, dura tort longtemps : en 1673, les six marguilliers qui portèrent la nouvelle chasse de saint Germain, donnèrent 10 fr. pour v contribuer (8) ; ce n'est qu'en 1676 que
Alorel reçut son premier à compte de 200 1. ; il en reçut un second de la même somme en 1678, provenant du don d'Antoine Le Roy, plus 5() 1.; enfin
en 1682, il lui fut encore payé 48 s. 4 d. {9). De menus travaux turent encore
exécutés en 1709 par Joseph Tondu, organiste de l'église (10), et par Jean
Jacque en 1720 (iii.
Alalgré tous ces travaux, l’orgue ne se trouvait pas encore en bon état. Fn 1725, un facteur de Reims nommé Jean Bernard étant venu à Amiens pour travailler aux orgues de différentes églises, on traita avec lui pour 5(>o 1. .Après
deux visites faites en 1726 par trois organistes, Bondu, Ainfait et Alarc de Saint-
Alarc, organiste, maître de musique et de mathématiques, on reconnut dans le travail non seulement des imperfections, mais encore de véritables malversations, d'où procès contre ledit Bernard, dans lequel Charles Quielin, facteur d'orgues à .Amiens, et le sieur Rumot, organiste dans ladite ville, furent nommés experts, mais dont on ne connaît qu'imparfaitement l'issue (121. Nous n'en dirons
(ij Arc-h. de ia fabr. S. Germain, cote 114. 1™ liasse.
(a) IX Paie à Jehan Sfiicrz, caicllir-r, pour avoir racoutré les insirumcns des prrsonnaiges Cju'il sont dessus les orgues, Vlll s. •< Mthnoire pn-senlé par Pascjuicr Maingot. i.VrcIi. de la fabr. Saint-Germain, cote i^r.
liasse).
Arch.
de la fabr.
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1570, f,il. i.,.| v.
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iii)
Ibid.,
cote 141. 1
!'■ liasse.
Iw)
Ibid ,
cotes iiJ,
4' liasse
: 114, 2' liasse;
141, 15'' et ib'' liasses.
15'' et ib'' liasses.
pas davantage sur celte afiaire dont tous les details sont donnés dans leur entier par Guerard (t).
Knfin, le dernier travail fait à Porgue Saint-Germain avant la Révolution fut exécuté en 1762 pai le sieur Dallery, facteur, qui jouissait d'une assez grande réputation dans le pays. Il dut être considérable, vu les 3, 000 I. qu’il a coûtées, mais c est tout ce que nous en savons (2).
On trouve dans les archives de la paroisse des renseignements assez curieux sur les anciennes cloches; mais Guérard s'étant étendu fort longuement sur cette matière nous n en dirons que peu de mots. Dés i558, nous trouvons la mention une cloche dite cloche de « la me.sse de six heures » (3). En 1374, deux cloches dont lune pesait i,oob 1. et l'autre 400 1. 1/2, s'étant trouvées cassées, on les refondit a nouveau, en les augmentant de i,3oo 1. achetées à Nicolas Pommart marchand a Beauvais, au prix de 24 1. le cent, plus de 38i 1. achetées à .lean leudehert, marchand a ,-\miens ; jMessiot Guérin (4), fondeur, chargé de l'opération, tira de tout ce métal, après deux fontes, deux cloches, « assavoir la grosse, nommée nthoynette, pezaiu di.x-sept cens, trois carierons et demy, quattre lyvres ; item l'aultre nommee .lacquelayne, pezant douze cents, trois carierons, six lyvres, avec soixante lyvres de metail, quy ont esté baillyé audit Me.ssiot Guéryn, fondeur, pour tout le fraiz dudit meuail à fondre lesdictes deulx cloches. » (5). En i585, au moyen dune .souscription dans la paroisse, trois cloches furent fondues à nouveau par ■amoral ou Amoral de Ninville suivant un traité passé par-devant Nicolas Hoche et .lean .Maugrenier, notaires à Amiens, le 8 octobre 1584. Elles pe.saient avant la fonte : la plus grosse, 2,25o h, la seconde, 1,787 I. et la troisième, 1,262 h; un saumon d étain pesant i33 1. fut donné au fondeur pour ajouter audit métal. Le 28 novembre suivant, avant-veille de saint André, le métal fut jeté à hi fonte et, le lendemain de la fête, retirées. Après épreuves, elles furent reconnues bonnes et du son de la sol fa en plein ton, de l'avis de M' Couvrechef, maître cfes enfants de chœur de la cathédrale, et de .\1« Eovette, son prédécesseur ; lesquelles cloches pe.saient, la première, 2,412 h, la seconde, 1,687 1-, et la troisième 1,293 I. Le dimanche suivant, 10 décembre, eut lieu la bénédiction desdites cloches dont la plus grosse fut nommée Jeanne par sire .lean Dippre, maieur de la ville d'Amiens; la .seconde, Nicolle, par maître Nicolle de Nibat,' ancien maieur. et la dernière, Germaine, par honorable homme .Lacques de Louvencourt, bourgeois^ et marchand en ladite ville d'Amiens. Le pa.ssage du compte que 1 584-85 qui nous révèle tous ces détails, nous apprend aussi que Ninville reçut en descendant du clocher un coup à la tête « dont il eschappa bien qu'il ne fut tué » (6).
•Moins d'un an apres, on ne sait pour quelle cause, il fallut refondre à nouveau la grosse cloche. Ce fut .Melchior Guérin, sans doute celui que le compte de 1574-75 appelle^ .Messiot Guéryn, qui fut chargé de ce travail, lequel fut exécuté le 28 août i585, et, apres un premier examen fait par les sieurs Couvrechef et Fauvette, maître et ancien maître des enfants de chœur de la cathédrale, et un deuxieme par Alliamez, organiste, Scellier, musicien, et Denis Rebel,
(1) Guérard, p. 650.
(2) Arch. de la fabr. S. Germain, cote 112, 5® liasse.
(31 IbiJ., cDtc 141, i''* liasse.
(4) Voyez sur ce Guenn, Dubois. BiiU. de la Soc. des Ant. de Picardie, t. XIII, [88n, p. 257. 151 Arch. de la fabr. S. Germain, compte de 1574-75, fol- 224 v”.
(b) Ibid., compte de 1584-85, fol. 400 v®.
organiste de Saint-Leu, il fut reconnu qu'il y avait « quelque peu à dire qu'elle ne fut dudict ton. dont fut faicte déduction audit (iiicrin de la somme de quatre escus sur le marché faict avec liiv. » Bénite le dimanche i5 septembre, elle lui nommée Mciric par honorable homme Michel Lebel, paroissien de ladite église et bourgeois d'Amiens (i).
l'hi iGSq, la sonnerie de Saint-dermain fut enrichie de trois nouvelles cloches plus petites et formant carillon, payées au moyen d'une liste de souscription parmi les paroissiens, qui avait produit 914 1. 11 s., et d'autres dons. Pour les placer, il fallut faire faire par Adrien Pontrué. charpentier, un nouveau beffroi au-dessus de l'ancien, et qui fut fait pour pouvoir y placer cinq cloches. La première pesant 772 1. et nommée Marie, achetée à Jean le Roulx, le jeune, marchand à Amiens, pour le prix de 386 1. ; la seconde, nommée Marie-Madeleine, pesant 678 L, payée 390 1. 5 s. à Michel Decourt. La troisième fut ncmimée Catherine (2). If 11 i65S, les porteurs du dais à la procession du Saint-Sacrement complétèrent ce carillon d' <1 une cloche pesant 239 1., quy fait la huictiesme en ton. » i3). Lnlin en 1772, Jean-Baptiste Delarche, fondeur, lit la refonte et mise d'accord de quatre cloches (4).
L'église Saint-(jermain possédait jadis un trésor qui, assez peu important en 1437, époque du plus ancien in^■entaire que nous en possédions, s'était par la suite considérablement enrichi, principalement au moyen des dons faits chaque annnée par les porteurs du dais le jour du Saint-Sacrement, lesquels avaient l'habitude d'olfrir à l'église quelque riche présent en pièces d'orfèvrerie, vêtements sacerdotaux ou autres objets, et dont la plupart des comptes de la fabrique du xvn' siècle nous ont gardé la mention. Il y aurait à faire sur ce trésor, au moyen des inventaires qui en subsistent et d'autres renseignements tirés des archives de la labrique, un travail fort intéressant, mais que les limites imposées à cette notice ne nous permettent pas d'entreprendre ici. A ce trésor on pourrait joindre ce que 1 on sait de la belle collection de tapisseries qui servait à orner l'église aux jours de grandes fêtes (5).
De tout son ancien mobilier qui, nous venons de le voir, devait être assez somptueux et dont plusieurs pièces étaient de véritables objets d'art, l'église Saint- (jcrmain na conservé que bien peu de chose. Cependant quelques objets mobiliers et quelques monuments accessoires méritent de fixer notre attention.
Dans l'angle rentrant formé par le clocher, dans le bas-côté nord, on voit encore un Ecce Homo en pierre, haut d'environ i m., et paraissant remonter au x\-p siècle. Le Christ y est représenté presque nu, couronné d'épines, les pieds et les mains liés et une tète de mort à ses pieds.
hn continuant dans ce même bas-côté, sous la dernière fenêtre avant le transept, s'ouvre une petite chapelle ou plutôt une espèce de renfoncement amorti en arc surbaissé et couvert d'une triple voûte d'ogives extrêmement plate, dont les nervures retombent sur des culs de lampes feuillus, et dont les trois clefs sont sculptées : 1 une représentant le Père Ifternel. couronne en tête, le globe du monde dans la main et béni.ssant ; la seconde, un écu à un couteau posé en pal. accosté en chef, d un P à dextre et d'un L à senestre et, en pointe, de deux étoiles, l'une
(IJ Arch. de la fabr. S.-(îermain, compte de 1585-86, fol. 417 v®.
{2) Ibid., ct.tc 115. liasse, et compte de 1654-55.
(3) Ibid., compte de 1658-59.
(4) Ibid.. délibération> des 20 sept, et 3 oct. 1772 et 3 jaiiv. 1773. et cr>te
15) \ oyez Grize, Rut's d'Amtcus, III, 145, — Guérard. p. 6S3 à 720.
112, 5* liasse.
à dextre et l'autre à senestre, qui doivent être les armes parlantes de Pierre Lecoustellier, donateur du Sépulcre que nous allons décrire (i) ; la troisième, aussi d un écu à un L et un Al posés en pal à dextre et à un chat issant à senestre, probablement les armes de Marie Lecat, femme de Pierre Lecoustellier.
A la dernière travée de la chapelle, sous un arc surbaissé plus bas que la voûte et formant entre elle et lui un tympan dans lequel est sculptée une petite Notre-Dame de Initié, e.^t une Mise au Tombeau en pierre, portant la date de i5o6, et composée de huit personnages hauts chacun de i m. 3o en moyenne. Le Christ mort, à demi-nu, est étendu sur un linceul tenu au-dessus du tombeau par deux personnages barbus dont l'iin, coitlé d'un turban, porte sur la bordure de son vêtement l'inscription suivante :