‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 33 sur 109 · RL. FILI. DEL MISERERE. MEI. DEVS · texte numérisé non relu

RL. FILI. DEL MISERERE. MEI. DEVS

Par derrière, on voit la Vierge Marie éplorée, les mains jointes, la tête couverte d un voile, sur le galon duquel est écrite cette invocation si fréquente aux et xvr siècles :

(L MATER. D1:L AIEMENTO. MEI. AMEN. lESVS.

l.^Jle est sf)utenue d'un côté par un jeune homme (saint Jean) et par une

sainte lemme. Deux autres saintes femmes, dont l'une, beaucoup plus richement vêtue que les autres, est certainement Alarie-Madeleine, apportent des parfums.

(.e groupe, qui n est pas sans valeur artistique, est cependant bien inférieur à ce que I on laisait à Amiens à la même époque et n'est certainement pas d'un des premiers entailleurs de ce temps, de ceux, par exemple, qui ont sculpté les clôtures du chœur de la cathédrale. II est entièrement peint et doré. Cette chapelle et le sujet sculpté qu’elle renferme ont été donnés par Pierre Le Coustcllier, seigneur du Coupel, mort en i5i8, et demoiselle Marie Le Cat, son épouse,

décédée en i522. Cette dernière y fut enterrée ; Pierre Le Coustcllier eut sa sépulture dans le chœur près des degrés du maitre-autel. On voyait sur l'épitaphe de ce dernier, dont le texte ne nous a malheureusement pas été conservé, un écu à ses armes, lesquelles n'avaient aucun rapport avec celles qui sont sculptées à une des clets de voûtes de la chapelle : elles étaient ici à la fasce accompagnée de deux heurs posées en chef et de deux étoiles en pointe (2i.

Dans la travée voisine, au transept, a été aussi pratiquée une petite chapelle

analogue a la précédente et couverte comme elle de trois croisées d'ogives

extrêmement surbaissées et retombant sur des culs de lampe feuillus. Elle renfermait jadis un groupe sculpté représentant la Mort de la Vierge, accompagnée des apôtres, et au-dessus de lare d'ouverture était sculpté le martyre de saint Hippolyte (3). On lavait embellie par la suite, sans doute vers la lin du règne de Louis XI\' « d'une belle corniche de bois et de deux pilastres cannelés d'ordre corinthien, composé d un marbre leint de ver campan, peint et doré par M. Muset, peintre et doreur de cette ville, très habile dans l'imitation de toutes sortes de marbres » (4).

Lors des dernières restaurations, on a transporté dans cette chapelle une peinture murale qui se trouvait jadis dans la première travée du bas-côté nord du chœur, sous

(1) Nous verrons que les armes gravées sur l'épitaphe dudit Lecoustellier étaient toutes différentes.

(2) Mss. de Pagès, l'dit. Douchet, T, qy.

(31 Ibici. — lîibl. d’.Vmiens, mss. Machart, VU. 466.

(4I Mss. de Pagès, édit. Douchet, 1, qy.

1 appui de ia fenêtre: elle fut alors restaurée par M. Désiré Le leHier, peintre a Amiens, l'dic porte la date de i3iS4 et représente l'iiistoire de saint Nicolas, en quatre sujets accompagnés chacun d'une léi^ende explicative en caractères gothiques, malheureusement souvent complètement ell'acés.

1" Dans le premier sujet, on voit un individu écrasé jiar un chariot a deux roues, attelé d'un cheval monté d'un homme; saint Nicolas, d'un côté, deux hommes de rature taisant des gestes d'étonnement.

Au-dessous on lit cette inscription :

(Toininriif iiiig juif .. fiiv î>cvia rt fiiv b .

. qiiv IV tint rt ronipif

2" Le second sujet représente un fait bien connu de la légende de saint Nicolas : une affreuse famine régnait dans le pays, des navires chargés de Iroment

vinrent à passer par le port ; le saint en lit décharger la quantité nécessaire pour

soulager le peuple, et quand les navires arri\'êrent à destination il se trouva qu il n en manquait pas une mesure. Le peintre a figuré les bateaux arrivant et saint Nicolas accompagné de son clerc sur le rivage, avec légende :

(Toincnt gvabr fauuiir cfroit nu pnle: ou i c-s’/o;'/] îiNfofntù ou nrcivciTiit plufiniru nnviiTtî ffinrgire ôc Cfr. §>, lîNfofnn pria fre uinriiiifre bc fniffer.... quntitr....

Ofe lie biiiiinurvoiu bc fn mcfuiT qu'if bevoit vrbiT c J^feyn 'dn'e].

On raconte aussi que saint Nicolas se rendant au concile de Nicéc apaisa une tempête dans laquelle des mariniers étaient en danger de périr. C'est ce que l'artiste a voulu exprimer dans le troisième sujet par un bateau menacé

par les flots et dans lequel des mariniers, aux vêtements drapés à l'antique, font des gestes désespérés.

Au-dessous on ne peut plus y lire que ces mots :

... iiiniinicfi' cfrmit ni bnnscr bVftvc . J). îOifofno

. fn capeffe.

4" Lnfin, le quatrième sujet nous montre la consécration épiscopale de saint Nicolas ; trois évêques sont autour de lui, dont deux lui posent la mitre sur la

tète. .Malheureusement l'inscription est presque entièrement eflacée :

Coiiinu Ji. llîicofne fut fnrrc rvef .

Toute cette peinture est d'ailleurs assez médiocre.

Lntre les deux fenêtres du croisillon nord, sur le pilier qui sépare les deux travées, on a placé une fort jolie statue en pierre de sainte Catherine du commencement du xvy siècle, haute d'environ i m.. repeinte et redorée à neuf lors des

dciiiières restaurations de 1 église, l'dle porte un riche costume avec une couronne d orfèvrerie sur la tète, tenant d une main un livre ouvert et de l'autre une longue épée nue, dont elle appuie la pointe sur le philosophe Porphyre qu'elle foule aux pieds, à coté delle est une roue. \is-à-vis, à l’autre croisillon, on a placé une

statue en piene de saint Nicolas, à peu près de la même époque, peut être un

peu plus ancienne, de même hauteur, et également fort belle, quoique un peu plus raide. Le saint évêque de Myre est représenté in ponîificalibus^ avec la cuve traditionnelle et les trois enfants à ses pieds. Comme la précédente, cette statue a été récemment peinte et dorée à neuf.

(-.-CS deux tort remarquables statues peuvent compter parmi les meilleurs objets d art de la période féconde de la fin du xv” siècle et du commencement du xviC

Il ne I entre pas dans le cadre de cette notice d'étudier les anciens usages liturgiques ou autres particuliers a la paroisse, et que 1 on peut relever dans les titres de la fabrique. Il nous a paru seulement intéressant, pour terminer, de voir

d après les comptes de la fabrique, qui mentionnent chaque année l’achat d'un

pigeon blanc et d oublies pour jeter du haut des voûtes de l’église le jour de la l’entccote, à quelle époque a cessé cet usage si populaire en France au Moyen-Age. Le dernier compte où figure le pigeon est celui de 1641-42; quant aux oublies on a encoie continué a en acheter pendant quelques années, jusqu'en 1669-70, auquel compte elles cessent d’être mentionnées.

Georges DURAND.

Collierine XVI'Sièele

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