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ANCIENNE EGLISE DES CORDELIERS

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ment des troupes françaises. Le duc d'Lnghien qui avait le commandement général de ces troupes, dut donc faire dans nos murs un séjour assez prolongé, alin d attendre et de réunir ses soldats. Durant ce séjour, un religieux de l'ordre de Lrémontré, con^■ers et portier de 1 abbaye de Saint-Jean, le frère Norbert, put approcher du prince. La piété bien connue de ce religieux et sa dévotion toute particulière envers la sainte Vierge, lui rendaient facile l’accès des personnes de qualité, il dit au jeune général qu’il avait appris par révélation qu'une éclatante victoire était réservée a 1 armée Irançaise pourvu qu'avant d'engager la bataille

Son Altesse se mit a genoux et priât iVIarie de favoriser nos troupes de son intercession auprès de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; le moine ajouta que pour marque de la vérité de ses paroles, le prince an jour du combat se souviendrait du frère Norbert et aurait la pensée de faire faire une belle image de la sainte Vierge, sous le titre de Notre-Dame de la Victoire.

Les choses se passèrent ainsi que le religieux l'avait prédit : le i8 mai 1648, le duc d Lnghien mettait en déroute l'armée espagnole devant Rocroy et inaugurait sa carrière militaire et le règne de Louis XI\’ par un éclatant triomphe. Le prince fut fidèle à acquitter la dette de reconnaissance qu'il avait contractée envers

Marie. L œuvre de Blasset est le monument qui atteste encore aujourd’hui la pieuse gratitude en meme temps que la gloire militaire du grand Condé.

Cette statue, nous dit Pagès, était adossée au pilier faisant face à la chaire du prédicateur dans la nef de 1 église de l'abbaye de Saint-Jean. Sur son socle étaient sculptées les armes des Condé, ainsi que celles des Maillé-Brezé, famille à laquelle appartenait 1 épouse de 1 illustre \'ainqueur de Rocroy. Lors de la suppression des

monastères, au début de la Révolution, l'œuvre de Blasset subit le sort qui

atteignit alors tant d objets servant à la décoration des églises ; elle fut enlevée de sa place primitive, mais, par un heureux hasard, elle échappa au vandalisme, et passa entre les mains d un grand ami des monuments historiques. M. Bruno Vasseur, entrepreneur de couvertures, au zèle et au désintéressement de qui est due la conservation de notre magnifique cathédrale, qui serait très probablement tombée en ruines, si elle n avait été entretenue par ce généreux citoyen durant la tourmente révolutionnaire (1).

La statue de la Vierge de Rocroy servit pendant longtemps d'ornement à la cour de Bruno Vasseur qui demeurait rue des Trois-Cailloux. C’est de là que Al. 1 abbé Léraillé, curé-doyen de Saint-Remi, l'enleva en 1882 après en avoir fait 1 acquisition a son propriétaire. Le curé fit transporter dans son église l’image sculptée par Blasset. Le 22 juillet 1882, le Conseil de fabrique de la paroisse

(i) Ln horaraage délicat et justement mérite a été rendu à la mémoire de Bruno Vasseur par M. Jules Bérm. archiviste-paléographe, dans une revue artistique très estimée, Moniimciiis (t. 11, pp. i36-i3q),

dirigée par M. Ch. Normand. L’auteur de l'article rappelle que B. Vasseur appartenait à une famille dont les membres avaient été de père en fils chargés de l’entretien des toitures do la cathédrale d'.-Vniiens durant tout le cours du xviu‘ siècle. Quand le Chapitre fut supprimé et cessa par conséquent de pouvoir consacrer aux réparations du monument la somme de 15 <à iS.oon francs (ju’il prélevait chaque année sur ses revenus pour cet usage, Vasseur voyant que de graves avaries se produisaient sur plusieurs parties des combles et que 1 eau tombait sur les voûtes, animé d’un désintéressement bien louable, entreprit de garnir on tuiles les nombreuses lacunes causées par l’injure du temps. Pendant cinq années consécutives, il entretint à ses frais les toits de la cathédrale, et fit les avances nécessaires pour la soustraire à une ruine certaine, dans un m<iment où elle était laissée dans un complet abandon. Bruno Vasseur termina ses jours d'une façon tragique, le 25 août t8i6, par une chûle dont la cause n'a pas été bien expliquée : il tomba du haut de l’une des tours de Notre-Dame d'Amiens sur le sol de la rue. vis-à-vis le portail Saint-Christophe. La municipalité a fait en 1854 élever un monument au cimetière de la Madeleine, sur la trop modeste tombe du zélé conservateur de notre basilique.

acceptait avec reconnaissance l'offre que M. Léraillé lui faisait de cette œuvre d'art et consentait en échange l'abandon d'une autre statue de la Vierge qui provenait du couvent des Cordeliers.

Dès son arrivée à Saint-Remi, la Vierge de Blasset fut placée au-dessus de l'autel qui occupait le fond du bas-côté. Cet autel ne tarda pas à être renouvelé et la chapelle de la sainte Vierge reçut une décoration qui excita alors dans

Amiens l'admiration générale. Conçue dans le style gothique flamboyant, mais

malheureusement datant d'une époque où, à peine affranchis des traditions

classiques, les artistes n'avaient encore que des notions très incomplètes sur la manière de reproduire fidèlement le style du moyen-âge, l'ornementation de la chapelle de Saint-Remi était loin de satisfaire les archéologues, qui y remarquaient de nombreuses incorrections. Toutefois, l'ensemble était gracieux, et les dorures, semées à profusion, lui donnaient un grand air de magnilicence.

Deux bas-reliefs en marbre blanc, séparés au centre par une Annonciation,

sculptée en bois au xvi*^ siècle, décoraient la devanture du coffre de l'autel, dont les angles portaient les statuettes des quatre évangélistes avec socles et dais

gothiques. Les bas-reliefs de marbre provenaient de l'abbaye de Corbie ; l'un représente la Cène, l'autre, l'Adoration des .Mages ; des inscriptions relatent le nom du donateur, Claude de Caurrie, prévôt de l'église de Corbie, et la date du

présent, iSyq. Claude de Caurrie est figuré agenouillé sur un prie-dieu, près de la

(.rèche, dans le bas-relief de l'Adoration des .Mages. L'intérêt qu'offrent ces sculptures nous fait espérer qu'elles trouveront place dans la décoration de la nouvelle église, et leur mérite artistique nous a fait penser qu'elles étaient dignes d'être

reproduites dans ce recueil.

Le retable de l'autel était formé par une sorte de portique, occupant tout le fond du bas-côté. On s'était efforcé de donner à ce décor architectural les caractères du gothique flamboyant. Au centre, une large baie ogivale, agrandissement de 1 ancienne fenêtre, permettait au regard de pénétrer dans un édicule polygonal,

éclairé par le haut au moyen de ce système qui consiste à dissimuler le lanterneau

par lequel pénètre la lumière, système que les architectes qualifient du nom de jour céleste. Cet effet théâtral est sévèrement réprouvé par tous les hommes de goût (i). La Vierge de Blasset se dressait au centre de cette rotonde et la blancheur du marbre se détachait sur le fond polychrome des parois, 'fous les ornements sculptés de la chapelle étaient l'œuvre des frères Duthoit. On s'était servi pour taire le degré de l'autel, d'une ancienne tombe en pierre de liais, dont la gravure

était très usée. Près de cet autel avait été placé, dans ces dernières années, un

grand bas-reliel en chêne sculpté représentant un cœur enflammé au milieu d'une gloire : cette œuvre paraissant dater du xvîiP siècle n'était pas dépourvue de mérite.

La bénédiction solennelle de la chapelle ainsi décorée se fit en grande pompe le 8 décembre 1835, jour de la fctc de l'Immaculée-Conception. Dans ces dernières années, .M. l'abbé Debaumont, curé-doyen de Saint-Remi, fit appliquer contre la muraille de la chapelle, près de l'autel, du côté de l'épître, une inscription gravée

m) ff Ce moyen d’introduire- la lumière ne peut, dit Léon Vaudoyer, ju^e bien compétent sur la matière, ronvenir dans les monuments. T/architecture posse-dc assez de ressources en elle-même pour ne pas s'écarter de la sévérité et, pour ainsi dire, de la bonne foi cjui lui convient. » Etudex d'architecture en France, Magasin Pittoresque, t. Wlll, p. 301. — Une disposition analogue à celle de la chapelle de Saint-Remi, calquée elle-même sur l’autel de la Vierge à Saint-Sulpice de Paris, a encore été employée à .Amiens dans la chapelle absidale de l’église Saint-Jacques.

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sur une plaque de marbre et rappelant l’origine de Y ex-voto du grand Gondé (i).

La partie qui subsiste encore de la vieille église des Cordeliers renferme un monument d'une médiocre importance, mais qui néanmoins mérite d'attirer pendant quelques instants l'attention du visiteur. Au bas de la nef collatérale, non loin de la porte d'entrée, dans un endroit rendu fort obscur par la saillie de la tribune des orgues, une niche creusée dans la muraille abrite un groupe de figures en pierre peinte, représentant le Christ mis au tombeau. Le corps inanimé de Jésus repose sur les genoux de Marie assise entre deux saintes femmes : Fun des bras du Sauveur est replié sur sa poitrine, l'autre tombe presque perpendiculairement, avec la raideur cadavérique ; toute l'anatomie est bien traitée. L’expression douloureuse du visage de la Vierge et des deux saintes femmes qui l'accompagnent est rendue avec beaucoup de vérité. L'une des pieuses compagnes de Marie lève vers le ciel ses mains jointes avec un geste de désespoir très naturel. Ce groupe n'est qu'une partie d'un ensemble plus considérable de statues qui décorait jadis le tombeau de Jehan de Canteleu, seigneur d'Orbendas, de Naves et de Séronville. décédé le 32 janvier i538, et enterré devant ce sépulcre.

Non loin de là se trouvait adossée contre la muraille, entre les deux premières fenêtres de l'église, une statue colossale de saint Christophe, qui a depuis longtemps disparu. Le socle portant les armes de la famille de Saveuse, rappelait sans doute le donateur de cette image.

La tribune et le buffet d'orgues qui remplissent la première travée voisine du portail, n'ont rien de remarquable, mais l'instrument est de haute valeur au point de vue musical ; il a été fort habilement restauré et augmenté il y a une vingtaine d'années par M. Deldine, facteur à Amiens.

Les fonts baptismaux, la chaire, les confessionnaux, les tableaux du Chemin de la Croix, ne présentent aucun intérêt ; il en était de même des deux petits autels placés obliquement à droite et à gauche de l'entrée du chœur et dédiés Fun à saint Joseph, l'autre au Sacré-Cœur.

En 1834, des boiseries sans caractère avaient été appliquées sur les murailles de la nef principale et du bas-côté : en plus d'un endroit elles recouvraient des peintures, des sculptures et des inscriptions intéressantes que la démolition a rendu au jour dans la partie qui vient de disparaître et qui ont été relevées avec soin par M. Lobert de Guyencourt.

Le trésor de l'église Saint-Remi est assez riche en ornements sacerdotaux et en vases sacrés, mais le seul objet qui puisse offrir de l'intérêt aux archéologues

est un buste d'évêque en cuivre argenté, renfermant une relique du saint patron

de la paroisse, et aussi des reliques de saint Firmin, premier évêque d'Amiens (2).

(j) Nous croyons, avant de terminer ce que nous avions à dire c<inccrnant la Vierge de Rocruy. devoir mentionner un fait i|ui sc rattache a l'histoire de cette œuvre d'art. Kn 1853, lorsciue la Société des Antiquaires de Picardie obtint du gouvernement impérial l’autorisation de faire une loterie destinée à couvrir les frais de constructir>n d'un musée à Amiens, elle choisit, pour former le lot principal, une reproduction en

argent de Notre-Dame de la Victoire. I.a réduction de la statue fut opérée dans des proportions très

convenables par les frères Duthoit. La fonte et la ciselure furent faites dans les titeliers de M. Turqiiet. fondeur à Paris; cet objet d’art représentait une valeur de inooo francs. La statue reposait sur un lingot d’or de 90000 francs (pii lui servait de socle et complétait la somme de 100000 francs, valeur assignée au

lot principal de la loterie. Nous ignorons ce qu’est devenue la statue d'argent qui, lors du tirage du 4 juin

1854, était échue par la voie du sort à M. Pinot, graveur sur bois à Courbevoie.

•2) « La relique de saint Remv est une phalange de sa main, de cette main qui baptisait la France. »

— Kxtrait du discours adressé le 5 octobre 188.5 Jacquenct, évècjue d'Amiens, lors de la première

visite du prélat à l'église Saint-Remy, par M. l’abbé Debeaumont, curé de la paroisse. — Notice historique.... par le président de Roc[uemnnt, p. 6.

Ce reliquaire parait dater des premières années du xvii' siècle ; il provient de l'abbaye de Lerins à laquelle il avait été oll’ert par un abbé du Mont-('.assin, et a primitivement contenu des reliques de saint Aigulpiic, abbé et martyr, ainsi que le constate une inscription gravée sur le socle. Il a été donné à l'église Saint-Remi, postérieurement à 1870. par M. le vicomte Joseph de Rainneville.

Les humbles enfants de Saint-François se montrèrent toujours accueillants pour la classe pauvre et pour les ouvriers : chaque semaine ils distribuaient à la porte de leur couvent d'abondantes aumônes, et ils étaient heureux d’ouvrir les portes de leur église pour la célébration des fêtes corporatives, jours auxquels les gens de métier aimaient à appeler sur leurs travaux, par l'intercession d'un patron particulier, les bénédictions du Ciel. M. le Président de Roquemont (i) donne la nomenclature des fêtes patronales qui se célébraient aux Cordeliers : nous y renverrons le lecteur, en faisant remarquer toutefois que plusieurs corporations, pour divers motifs, changèrent, dans le cours des âges, l'endroit où ils faisaient dire leur messe festivalc, ce qui amène une certaine confusion dans les listes, d'ailleurs si intéressantes, du lieu des solennités corp(matives.

Des confréries pieuses avaient leur siège aux Cordeliers : la plus importante était celle du Cordon de saint François qui se réunissait chaque troisième dimanche du mois pour entendre un sermon, suivi d'une procession (2). Plus tard, quand l'église conventuelle fut transformée en paroisse, on y restaura d'anciennes confréries qui existaient avant la Révolution dans l'église Saint-Remi : M. de Roquemont mentionne les confréries du Saint-Sacrement (rétablie le i" octobre 1801); de la Croix et du Sacré-Cœur (3). De nos jours, une association de prières établie en l’église Saint-Remi en faveur des âmes du Purgatoire a été élevée au titre d'Archiconfrérie de Notre-Dame du Sull’rage par un bref du Pape en date du 22 mars iSSq.

Saint-Remi paraît avoir été la première église du diocèse d'Amiens où se sont faits publiquement les exercices du mois de Marie, qui y furent inaugurés en 1817 et ont lieu aujourd'hui dans presque toutes les paroisses (4).

Au début de la Révolution, ce fut dans l'église des Cordeliers que, le 3o mars 1789, les trois ordres du Bailliage d'Amiens se réunirent pour nommer des députés aux lAats-Généraux. Le 22 septembre de l'année suivante on célébra dans la même église un service solennel pour le repos de l'àme des quatre cents citoyens qui venaient d'être tués à Nancy au cours d'une sédition ; le P. Mazerolles. docteur en théologie, ancien provincial des (îordeliers, prononça une oraison funèbre dans le style du temps.

La disposition du vaisseau de l'église Saint-Remy prêtait peu au déploiement des cérémonies religieuses : il y eut pourtant plusieurs fois des solennités extraordinaires qui attirèrent un grand concours de fidèles. Dusevel cite notamment les offices pontificaux célébrés par les archevêques d'Aix et d'Avignon, Messeigneurs de Bausset-Roquefort et Morel de Mons, durant le séjour que ces prélats firent à Amiens au mois d'avril 1828.

(1) Notice historique sur l'église Saiut-Remi, p. i«. — Cf. Goze. Histoire des Rues d'Aiitiens, t. IV,

(2) Cnrblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens, t. IV. p. .-(Qo.

(3) Notice historique . . p. i8.

(4) Corbtet, Hagiographie . t. IV. p. 490.

— igS —

Il ne nous reste plus qu’à rappeler un douloureux souvenir ; nous céderons pour ce faire la parole à M. de Roquemont :

« Dès le début de l'occupation de la ville par les Allemands, au commencement de décembre 1870, le général ennemi s'emparait, malgré les protestations de 1 évêque d Amiens, Mgr Roudinet, de l'église Saint-Remi pour y célébrer, à l’usage des soldats prussiens, les cérémonies du culte luthérien. Le clergé et les lidcles se virent par suite privés de leur église pendant huit mois. Ils reçurent à la chapelle de la Providence une généreuse hospitalité. C’est dans cette chapelle qu'a eu lieu le service funèbre d'un illustre entant de la paroisse, le commandant Fernand de 1 rOLissures, tombé glorieusement à Loigny, en combattant sous l'étendard du Sacré-Cœur.

Le samedi 22 juillet 1871, les troupes allemandes ayant complètement évacué la ville, la paroisse a pu rentrer en possession de son église. Cette prise de possession a été précédée des cérémonies prescrites pour lever l'interdit que Monseigneur avait du porter contre le temple catholique, devenu l'asile attitré de 1 hérésie. Cette cérémonie a consisté dans l'aspersion de l'église au dehors et à 1 intérieur et dans le chant de prières appropriées à la circonstance. L’abbé hallières (1), délégué par l'évéque, l'a terminée par des paroles vibrantes de foi et de patriotisme {-2). »

Edmond SOYEZ

(i) Aujourd’hui évêque de Saint-Brieuc.

(3) Notice historique . pp. 28-29.

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CANTON DE POIX

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