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PLAN DE L'ÉGLISE DE POIX

heureux dans le larmier inférieur du monument, qui se redresse pour épouser leur contour et former comme une cinquième archivolte dont le dos porte une sérié de crochets de feuillages, et dont la gorge renferme aussi une guirlande semblable aux autres, quoique un peu plus grosse. Tandis que le haut de son arc brisé affleure une moulure analogue à celles déjà examinées et traversant la façade dans toute sa largeur, deux branches, toujours pourvues de la même ornementation, s’en séparent pour aller former au-delà de ce cordon une pointe d'accolade très élevée qui après un rétrécissement se termine en fleuron.

A partir du larmier inférieur le mur de la façade est tapissé de deux arcatures. Leurs compartiments superposés se prolongeaient en accolades au-dessus du cordon mis à cet endroit pour limiter la décoration qui accompagnait le portail. L'architecte a eu tort d arrêter là l'essor de son imagination et de laisser la façade

complètement nue jusqu'à la corniche qui la traverse et la sépare du pignon dont

les lampants présentent a de trop grands intervalles des animaux en guise de crochets (i).

Enfln une croix antéflxe est placée au sommet.

Deux contreforts situés sur le prolongement exact des murs de la nef se dressent des deux côtés de la façade. Dans chacun d'eux est creusée une niche de même composition que celle du trumeau, mais couronnée d'une pyramide en pierre, à jour, aux arêtes ornées de crochets. Seule la niche de gauche abrite encore la

statue d'un évêque martyr portant entre les mains sa tète mitrée (2),

Dans une direction perpendiculaire à ces deux contreforts, deux autres soutiennent le mur de façade et lui auraient sans doute assuré une stabilité suffisante

si en vue d inhumations I on n avait eu 1 imprudence de pratiquer à son pied des

atfouillements qui 1 ébranlèrent (3). Dès 1608 il devint nécessaire de le réparer.

Au commencement du xviiP siècle une partie de la voûte qui touchait le pignon tomba, et le reste de ce compartiment se fendit « jusqu'à l'intersection des premières ogives ». Un expert déclara nécessaire d'ancrer le portail en dehors d'un pilier à

I autre (4) et propf)sa même une modification dont l'elfét désastreux devait causer

une certaine répugnance au.x paroissiens. Le maître-maçon s’en rend compte, car il en paile timidement : « Sutvans mon avis, dit-il, si les messieur de la Fabbrique et abitans consente, c'est de desmollir la pointe du pignon jusque a la auteur de la bordure de la couverture.... et y faire un tois de couverture rabatu. » Heureusement ses clients n y consentirent point et se refusèrent même probablement à

11) Une partie de ces sculptures a été refaite lors de la restauration du pignon en 1843. 1. Les feuilles frisée.s, chimères et croi.v: dont sont ornées plusieurs des pierres qui doivent être placées au.x rampans du pignon principal, le goût et la valeur avec lesquels tout annonce que la restauration du portail aura lieu méritent de justes éloges à l’entrepreneur. .. (Lettre de Dusevel du 14 août 1843. Arch. de la Somme, série f. liasse d^^s monum. historiques) « Ses branches sont terminées à leur extrémité par quatre crochets qui en font une croix recroisettéc comme celle qui figure sur l’écusson des Tyrrel <> (Goze, hc. cit. p. 18).

12) 1) apres M. l’abbé Armand, ce martyr serait S. Denis, ancien titulaire de l’église, et cette statue aurait occupé autrefois Je maitre-autel.

13) ■' f-es fondations des piliers butants et du portail sont peu profondes, elles sont assises sur le craon sans pilotis; on a fait inhumer en face du portail, on a creusé les fosses jusque sous la fondation tlu pilier qui supporte l’arcade en ogive, on a enlevé rcmpàtement et une partie des fondations qui sont faites en moellons non essemillés et petits... » (Rapport de M. Lion en 1842. Arch. de la Somme. Série T. Liasse des monum. historiques).

(4) Le « devis des ouvrages quy sont à faire au portaille et pignon et à la vouste de l’esglise » n'est pas date, mais en marge une note d'une écriture plus récente nous apprend que « cecy a été fait du tems de M. Corbeau », agent du comte de Noaüles, à une époque contemporaine de Guillaume Salet, prieur commendataire. (Cette pièce n est pas encore cotée, le classement des archives départementales n'étant pas encore fait pour les fonds auxquels elle appartient.)

l'ciablissement d'un chaînage de fer exlérieur, car le 3 juin 1728, apres visite des lieux, l'évèque d'Amiens ordonna qu'il serait mis un bandage de fer au-dessous de la voûte de la nef proche le pignon d'icelle pour en maintenir la maçonnerie qui menaçait ruine (i).

\’ers 1755 les voûtes des transepts et de la partie voisine de la nef menacent ruine, il en tombe des pierres, et les curé et marguilliers de St-Denis s'adressent derechef à l'autorité, qui, après une visite, prescrit les réparations indispensables tant à ces voûtes qu'au clocher (2).

Vers 1840 l'état de la façade de l'église donnait encore de graves inquiétudes {3} ; deux grandes lézardes se montraient encore, une autre alîéctait le contrefort de droite dont le décollement entraînait le mur qu'il aurait dû soutenir -4).

On procéda à une restauration urgente qui eut l'inconvénient de laisser sous forme de pierres d'attente seulement épannelées des lacunes regrettables dans la sculpture (5).

L'ordonnance de notre façade se retrouve à peu près identique à l'église de Frémontiers et avec quelques modifications à celle de Fretlemolle. 11 n'est pas jusqu'au portail de Bergicourt qui. dans des dimensions moindres, ne reproduise le genre d'ornementation que l'on y remarque. Cette similitude atteste que ces édifices ont été construits en même temps et sans doute par le même architecte.

Pénétrons maintenant dans l'intérieur.

La nef est partagée en trois travées par des piles engagées formées uniquement de la réunion en demi-cercle des nervures qui soutiennent la voûte. Suivant une mode assez répandue en ce temps elles descendent sans rencontrer de chapiteaux jusqu'aux bases prismatiques auxquelles succède à en\’ir()n 1 m. du sol une plinthe octogonale.

Douze écussons peints des Oéquy. effacés en 1793, ornaient seuls les murs complètement nus jusqu'au niveau du larmier en talus ondulé qui tait le tour de

(11 Invontairc cité p. 262.

(21 Arch. d«.qiart. Série tt, pièces de la fabri<iue de St-Denis de Poix.

13) l'n dessin de M. Décrépi reproduit dans les Eglises, Ch^itcaiix . donne l'état de la façade avant

la restauration.

(4) Voir ; demande du Cnnseil municipal en rapport de M. Lombard en juin 1S40, rapp<trt de

M. I.ion. architecte, envoyé par h- ministre en 1842 pour examiner les travaux à faire. Son projet, approuvé pai- la commission des monuments historitpies, évalue la dépense à 30225 fr. (.\rch, de la Somme. Série T. J.iasse des monum. hist , n"' 166 et s. ,

151 I.e i.| août 1843 Dusevel écrit ; u Le tiers à peu près de ce portail est refait et lorsque le temps aura imprimé aux pierres la teinte g^i^âtre de la partie conservée il sera difficile de s'apercevoir cju'il a été rcslauré. » Le 3 août 1844 il écrit encore qu'il reste à exécuter des sculptures et à rcji>intoyei' tout au ciment 'Liasse des monum. hist.j.

l'église, abritant dans une gorge profonde un magnifique cordon de feuillages très touillé qui sort à chaque travée de la gueule d’un monstre pour disparaître dans celle d'un autre.

Dans la troisième travée à droite s'ouvre une porte communiquant avec le clocher. Sa voussure, composée de moulures prismatiques, est couronnée d'un larmier analogue à ceux déjà décrits et envoyant egalement deux branches en contrecourbure perdre une pointe élégante dans le cordon de feuillages, non sans avoir grâce à un ressaut permis à l'artiste de loger entre elles un petit personnage dont la partie supérieure depuis la ceinture a été refaite en i883 sous la direction de M. 1 abbé Armand ; il a les pieds posés sur un léger cul-de-lampe et la tète sous une coquille. Au-dessous, des anges malheureusement mutilés, soutiennent un écu penché, sur le champ duquel une cordelière disposée en forme de trèlîe renferme dans scs deux lobes intérieurs les lettres I V. .\'l. Palustre y montre les initiales

de .lehan \'alon, qui aurait été l'architecte de l’église. Le même écusson est en eli'ei reproduit encore sur deux des clefs pendantes de la voûte et à côté de l'une d’elles le savant archéologue a lu sur la voûte elle-même l'inscription suivante tracée en lettres brunes : K ILHAN. VALON. F. {li.

L induence de la Renaissance s'accuse ici franchement dans les fruits et rubans

qui remplissent la gorge du larmier, dans le cul-de-lampe qui porte le personnage

et dans le motif qui remplit la pointi'. de l'accolade.

Au-dessus dti grand larmier général et confondant leur talus avec le sien

s ouvrent jusqu’à la voûte des fenêtres larges de 2 m. 35. Divisées en deux dans la hauteur jusqu à l’imposte par des traverses sculptées d'un ruban enroulé sur un bâton perlé, elles le sont aussi en quatre panneaux dans leur largeur par des meneaux qui se ramifient pour garnir leur partie supérieure de remplages flamboyants, identiques dans la première et la troisième travée, mais dilférents de ceux de la deuxième variés eux-mêmes. Pour la beauté du coup d'œil les jambages des meneaux se répètent contre les piédroits encadrant ainsi les jours d’un réseau complet (2(.

L ébrasement intérieur est orné de deux colonnettes sans chapiteaux, séparées par une gorge, se rejoignant au sommet de l'archivolte, et dont les bases, placées au niveau de celles des colonnettes qui décorent les meneaux, reposent sur des socles également prismatiques descendant jusqu'au talus. Seule la troisième travée est aveuglée du côté droit par le clocher.

Les restaurations maladroites ne sont pas l'apanage exclusif de notre siècle ; le précédent, dans son superbe dédain pour l'art gothique alors qualifié de barbare, mérita lui-même fréquemment à juste titre cette épithète en portant sur les reliques du passé une main inopportune.

Joly de Pissy dépouilla de leurs trèfles plusieurs fenêtres de notre église ; remercions-le de sa modération relative ; beaucoup de ses confrères plus autorisés ont chargé leur mémoire de plus graves méfaits (3).

Les importantes réparations exécutées dans le cours du xviiP siècle à la nef de

(i) Léon Palustre La Renaissance en France, U' livraison : Picardie, Paris. Quantin, 1879, in-f«. p. •^o et notez. — L interprétation de .M. Palustre concorde avec une tradition du pays qui veut que l'architecte se soit représenté en cet endroit.

(3) En nov. 1854 une subvention de 1000 fr. est affectée à la restauration de la croisée du sud contrr le pignon du grand portail (Arch. de la Somme, Série T, Liasse des raonum. hist.)

(.8) Ces réparations auraient été faites à lu suite d'un arrêt du Parlement des 5 mai et 3 sept. 1783 (Delgove, loc. cit. p. 521).

i*oi\ occasionnèrent des dépenses assez lourdes pour susciter un procès entre le prieur et les habitants, désireux de se rejeter mutuellement le paiement des 28:^8' auxquelles elles montaieiit. On eut toulelois la saj;esse de ne pas plaider et. sur une consultation de cinq avocats qui lui ditn* nerent tort, le prieur acquiesça par esprit de conciliation à la demande de ses adversaires ( 1 ). Il est trop téméraire d'apprécier un litige sans posséder toutes les pièces du débat pour critiquer leur décision ; les arbitres eurent sans doute de bonnes raisons pour soustraire les habitants de Poix à l'usage qui mettait à la charge des paroissiens reniretien de la nef de leur église ; cependant à ces derniers, prétendant pour échapper à cette règle être dans une situation exceptionnelle, le prieur semble répondre à bon droit que la meilleure preuve du caractère paroissial de St-Denis résulte de ce qu'elle est le chef-lieu du doyenné.

La répétition au dehors de l'ornementation des fenêtres donne à rextérieur de la nef une grande légèreté tandis que ses contreforts rassurent l'œil sur sa solidité.

La croisée centrale, de même dimension que les travées de la nef, communique avec celle-ci comme avec les transepts par quatre arcades brisées, peu aigücs. dont les piliers sont formés des moulures prolongées de leurs archivoltes qui, réunies à celle des nervures de la voûte, constituent des groupes élancés.

Les bras du transept ne c(unprennent qu'une seule travée carrée (2), munie sur ses angles extérieurs de contreforts semblables aux autres, mais posés de biais pour résister aux poussées des „ar,^

voûtes dans les deux sens. Les murs qui en forment les bouts se terminent au-dessus de la corniche générale qui les

coupe par des pignon> aigu.-' dont les rampants sont ornés de crochets tort espacés. Les extrémités du transept sont éclairées chacune par une immense fenêtre de la même hauteur que celles de la nef et décorée comme elles, mais plus large (3) ;

iii liivriitiiirr. p. iiz.

2 IlsDiu de ili- l'p>t a Itniost, le bras ni Td est large de 6 ra. 48, le bras sud de bm, 3S.

Ui 1.1' i) avril 1835 M.i'.sf’inil. ari.'hiti-‘<;ie, ch.argi- do travaux stuis la direction de Vii')llet-Leduc, dresse un di'vis : K'^slaiiraliim i-n partie île li.-ux fenêtres l’-clairant les transepts nord et sud en pierre

baiK- myat. pmir fuiinmiir<-',, i.iillc. di'lits ut i.iiiits, Ijandaiie. muiitagu. rav.ilement et joints, fei reineiits.

vitr.uix en verre vert, cIkuiuc 1500= 301H1 l'r. i.Vrch. de la SDriune, Série T, Liasse des iii'inuin. hist.'.

aussi son meneau central a-t-il une épaisseur beaucoup plus considérable qui a permis d’y appliquer de biais un pinacle.

Les murs du transept vers i'est sont percés de fenêtres, mais la chapelle seigneuriale empêche celle du bras gauche de descendre aussi bas. En conséquence 1 architecte n a pas cru devoir la diviser dans sa hauteur, et ses meneaux s'élançant d un seul jet jusqu’au sommet s'épanouissent simplement au niveau des impostes

en ramifications dès lors plus gracieuses que les remplages des fenêtres de la nef.

Au-dessous du larmier, des autels modernes (i) doivent occuper la place d'autels élevés dès l’époque où l'on construisit l'édifice, ainsi que nous le montrent de charmantes piscines creusées dans le mur, véritables chefs-d'œuvre de sculpture. Leur cuvette s'ouvre dans une niche en anse de panier dont l'encadrement, semblable à celui de la porte du clocher, comporte entre deux pinacles tout un système

(IJ L'autel de S. Nicolas a été acheté en 1858 ou 1859. L'autel de la Vierge a été élevé en 1865 et décoré l’année suivante (Reg. aux délibératiun.s de la fabrique déposé chez M. le curé de Poix).

d’archivoltes retombant sur des bases prismatiques et dégorgés remplies de guirlandes de feuillages délicatement évidés, le tout surmonté d’une accolade brisée terminée par un fleuron, se dressant sur un fond tapissé d'arcatures des plus sveltes.

Dans lecuinçon resté libre entre les branches de l'accolade et l'archivolte d'où clics se détachent un ciseau de maître a taillé de ravissantes statuettes. Dans le bras droit, c'est S. Michel terrassant le démon sous lequel se déroule un phylactère où se lit la devise de l'archange : Q^iis ut Deus. Malheureusement elle avait été endommagée (i) et l'un des apprentis de M. Duthoit eut la présomption peu justiliéc de la refaire sans l'aveu de cet artiste qui lui en témoigna, paraît-il, son légitime mécontemeni. .\u contraire son état de conservation parfaite nous permet d'admirer dans toute sa pureté l'Assomption de la piscine de gauche. Le style tout entier de celle-ci est encore gothique et pourtant la \'iergc joint au charme pieux de 1 imagerie médiévale la perfection que le siècle suivant va donner aux formes corporelles, bille nous apparaît la tète légèrement penchée, les yeux modestement baissés, mais sans voile; scs longs cheveux flottent sur ses épaules en boucles ondulées, les plis du vêtement, très naturels, ont perdu toute trace de leur rigidité antérieure : le mouvement ascensionnel de Marie, qui s'élève sur un nuage, est indiqué par une légère inflexion de la jambe droite où l'on ne .soupçonne nullement cet écart désordonné que lui feront faire les peintres et les sculpteurs du xviP et surtout du xviii' siècle.

Le mouvement général de cette scène évoque le souvenir de l'Assomption de .Murillo. Des anges accompagnent la mère du Christ mais ne la portent pas ; deux d entre eux, volant à ses pieds, se contentent de la vénérer à genoux et les main> jointes, deux autres tiennent au-dessus de sa tète la couronne qu'elle va bientôt recevoir des mains de son Fils.

Pendant ce temps deux autres anges à geiKJUx sur l'extrados des branches de 1 accolade, les ailes déployées, jouent l'un du violon, l’autre de la guitare, alternant de la manière la plus heureuse avec les crochets de feuillage placés plus haut.

Suivant M. l'abbé Delgove, il y avait aussi « un autel accolé à chacun des « deux piliers qui f{)rment l'entrée du chœur ; celui à droite était dédié à S. Hubert, l’autre devint en 1727 l'autel du H(}sairc.

bm tous cas le bras droit du transept était une chapelle consacrée à S. Nicolas dont 1 etflgie se trouve sur le pendentif central de sa voûte. On y pénètre directement du dehors par une petite porte dont le couronnement, semblable à celui de la porte du clocher sur la nef, a emprunté franchement à la Renaissance la chimère et la salamandre assi< sur les extrémités de la moulure ainsi que les personnages placés dans la cavité de la conirecourbe. .Malgré leurs ailes éployées, leur attitude et leur nudité, le tambour sur lequel s'appuie le seul des deux encore reconnaissable, les classent plutôt dans la catégorie des amours chers à la réaction artistique païenne que dans celle des anges.

l^jLirtant la dévotion à leur chef ne se refroidissait pas ; c'est S. Michel en ellet qui occupe le triangle laissé libre entre les branches de l’accolade et l’arc surbaissé. Nous lavons déjà rencontré sur la piscine avoisinante et nous le retrouverons deux fois encore sur les pendentifs de la voûte. Ici. ce n’est plus avec sa lance mais de son épée qu il abat son adversaire ; autant que ce groupe mutilé permet de l'apprécier, il est inspiré par les nouvelles tendances de l’époque, comme le motif sculpté au-dessus de la tète de l’archange.

O. Lr dL■vi^ de Miis^enot en 1855 déjà cité purte ; Restuur.itinn de 2 piscines en pierre et sculpture, 450 tr. ; iiKiis M. Decrept, ccjnseiller d’arrundissement, m’a affirmé que l'on n'avait pas touché à l'Assomption.

Le chœur n'a qu'une travée, de la même dimension que celles de la nef (i). Ses fenêtres sont pareilles aux fenêtres est du transept. Sous celle de gauche une arcade de 2 m. de large s'ouvre sur l'ancienne chapelle castrale. Elle donnait toute facilité aux seigneurs pour suivre les offices du prieuré fondé par la munilicence de leurs ancêtres.

Cette chapelle, originairement munie d'un toit en pavillon, ayant à l'est, à côté d’une fenêtre, une porte dont l'anse de panier imitait sans doute celles des autres portes de l'édifice et par où les châtelains y accédaient directement, ne devait point contraster avec le caractère svelte de l'ensemble comme l'affreux bâtiment à couverture plate qui l'a remplacée.

11 est à croire qu'après la mort de M'"'" de Richelieu elle ne servit guère à Idiilippe de Noailles retenu loin de Poix par les charges qui lui étaient confiées, car en 1758 son entrée vers le château avait été bouchée et condamnée du consentement des seigneurs (21, la grande arcade remplie, et l'on n'y avait laissé qu'une petite porte ; elle servait déjà de sacristie, mais peu éclairée, très humide surtout en raison du mauvais 'état de la couverture, elle avait un besoin urgent de réparations. Le comte de Noailles en ayant fait le 12 mai la cession au prieuré, le prieur exécuta les travaux nécessaires, et sa destination nouvelle devint définitive jusqu'à sa démolition en 1840. Pour la remplacer, en 1837 on perça dans le mur qui lui faisait face une porte exécutée sur le modèle de celle du clocher et l'on éleva derrière une sacristie en briques qui déshonore ce côté du monument i3).

L'abside n'a que 5 m. 60 de long. Ses murs ont des fenêtres proportionnées â leurs dimensions restreintes, et divisées en deux seulement dans la largeur par un meneau qui s'épanouit à son sommet en deux branches pour donner naissance â un remplage d'une gracieuse simplicité (4).

Le deuxième pan de droite de l'abside possédait autrefois une piscine dont ses vestiges attestent la similitude avec celles du transept. Elle devait même les surpasser par l'importance de sa décoration, car on aperçoit sur le talus de la fenêtre deux petits culs-de-lampe qui terminaient les pinacles de la piscine après qu'ils avaient traversé le larmier. Cette ornementation faisant saillie sur le mur a dû être rasée pour permettre d'y appliquer soit le retable soutenu par des colonnes torses que (joze vit encore au maître-autel, soit la boiserie lourde et rigide d'aspect (5) dont les débris (6) ont été employés â faire un tambour au petit portail du transept méridional. Et voilà les ridicules appendices pour l'installation desquels le faux goût des xviL et xviiL siècles a déshonoré tant d'églises, saccagé tant de jolis motifs qu'il était incapable d'apprécier ! Afin de se procurer l'argent nécessaire â cette profanation h's marguilliers, le curé et les notables vendirent en 1789 « quatre gros « et anciens chandeliers de cuivre jaune qui étaient placés dans le sanctuaire, deux « de chaque côté en devant sur les marchepieds de l'autel » (7).

ij Le 28 murs 1855, le Conseil de fabriq^ie décida de reporter les deu.': marches du chœur en arriére parce eju 'elles avançaient trop dans la nef ; c'est en e.xécution de cette délibération qu’on les a placées où elles se voient maintenant (Registre au-v délib.)

(2) Inv. pp. 24 et 28b.

(3) Registre de la fabrique. Délibér. du m mai 1857.

(4; En i8bu on a complètement restauré le chœur et spécialement ses fenêtres auxquelles un a placé des vitraux neufs (Registre aux délibér.)

(5J Ce lambris fut payé à Sulliaux et Gair.bert, menuisiers, en 1742, 820' [Inv. pp. 270 et 2115).

(bl Elle a été enlevée en exécution d’une délibération du Conseil de fabrique du lu mai 1857 (Registre aux délibér.).

(7) Ils étaient !■ la pluspart déshonorés parce C[u'ils mancjuoient des principales parties qui en faisoient jadis l’ornement . ils n'étoient non plus d'aucune décoration, mais «le l'aveu de presque tous les paroissiens ils

Ce n'étaiî pas la seule ceuvre de dinanderie que l'on remarquait dans le chœur; on V voyait encore des colonnes établies sans doute suivant l'usage du xv' siècle pour supporter les courtines qui entouraient à cette époque l'autel comme pour augmenter le mvstère du sacrifice divin en le dérobant aux yeux des assistants. Les comptes de la fabrique nous apprennent en etfet que chaque année à Pâques on démontait ces « pilliers de cuivre » pour housser l'église et on les rajustait à la fin de cette opération qui coûtait deux livres (i).

Un aigle servant de lutrin n'échappa pas plus que l'antique agencement de l'autel au vandalisme de ce temps et rejoignit les colonnes chez le fondeur en lySo.

L'église ne possède plus de vitraux anciens (2), mais elle a conservé dans toute son étendue la belle voûte qui suffirait à lui assurer une place d'honneur parmi nos monuments remarquables. Les nervures qui supportent ses multiples compartiments, doubleaux, ogives, formerets, liernes et tiercerons, présentant des deux côtés de leur vive arête une guirlande légèrement jetée, étendent au-dessus des fidèles un réseau d’une incomparable richesse.

Llles viennent retomber par groupe de sept entre les fenêtres sur un seul

point oû le contrefort extérieur reçoit leur poussée. A chacune de leurs intersections une clef de voûte laisse tomber un pendentif (3j de i m. à i m. 35 de saillie fqi

sculpté et peint (5) sur tout son pourt(^ur. Le haut des clefs olï're tout contre la voûte une espèce de couronne de feuillage conventionnel abritant les sujets qui occupent les pendentifs et ceux-ci se terminent par des culs-de-lampe assez saillants, de dessins variés.

Dans l'abside, le chœur et la croisée centrale, la couronne des pendentifs,

placés au centre des voûtes de chaque travée a beaucoup plus d'importance : elle se ctmipose d'un disque de i m. 10 de diamètre ajouré d'un réseau d'ornements rayonnants bordé d'une cordelette (6t.

Des numéros inscrits sur le plan de l'église donné à la page 2o5 permettront

cnpri-luiient de voir l'autel. Les marf^uilliers de St-Denis. M. Le Tcllier. lors curé, et queUiues notables ri;présentoient en 17,^9 tjue rien ne décoreroit mieux le cliœur ([u’une bniserie tout autour et qu'en tant

moins de ee i|u il en coutrrnit ou einployeroit le produit desdits chandeliers . •» On en tira à Amiens 500'

([UC Ion remit au.x menuisiers en acuinpte sur les 820' formant le prix du lambris au.v termes du marché passé avec eux. iliiv. p. 205^

iiî Ln 1700 la même opération est réunie dans le compt*' au nettoyage d'autres objets if» i2oj ; •< .\ux femmes qui on cscuré les pilliers de cuivre, chandelliers, bassinets, et rhomme qui démonte, remonte <i lesdits pilliers et houssé l'église le .samedv de Pasque.'j'. »

(2' Ils avaient dû au moins en grande partie disparaitre :ivant la Révolution, l.'lnvcntaire (pp. 245,272. 2/.^’ 285, 285, 289J lucntionm; en effet des réparations importantes aux vitraux et des fournitures de panneaux entiers en 1O42, 1752. 1744, 175H. 1765. Les vitraux actuels de la nef et des transepts ont été placés en 1864, ceux du chœur en [86u {Registre aux délibér.i.

(51 L'abbé Delgove (p. 450) dit (jue ces pendentifs furent donnés par .Antoine de Cré<iuv ainsi que Ic.^ autres sculptures de l'église. M. l'abbé Armand, ancien vicaire de Poi.x. a pu étudier de prés les pendentifs en profitant de.s échafaudages dr<-ssés en i88j pour gratter l'église. Non- lui devons des renseignements d autant plus pn-cieux que 1 éloignement nous rendait souvent difficile et parfois impossible l'examen de la voûte. II a bien voulu nous communic[üer avec une parfaite obligeance le résultat <lc son travail et nous tenons à l'en remcrcier-

-[I l.cs principaux pendentifs ont i m. b5 de haut au-dessous de l'intrados de la voûte et 1 m. ,35 à l'artir de la couronne {[ui les surmonte. Les petits pendentifs ont en ini)yenne qo c. de saillie au-dessous de li iir couronne. Ils tiennent dans la voûte par une queue «i’aronde que l'on a emmanchée dans une pièce de la voûte en les tournant d’un t|uart de cercle.

•51 Dans le chœur et le transept les couleurs sont fines et l’or véritable. Dans la nef, au contraire, la peinture est grossière et on l'a remplacé par du jaune de chrome.

Ibj Ces dis<[ues ont tous été restaurés à l’aide d'un moulage pris sur un fragment représentant le quart d’un distpie qui restait à l'un des pendentifs du transept gauche.

de retrouver immédiatement la place occupée par chacun des pendentifs que nous allons décrire.

N" ■ • — l^ar un symbolisme facile à comprendre, le dernierj pendentif au fond du sanctuaire représente la Sainte-Trinité dans sa gloire inaccessible. Fdle est en eÜet le terme de toute la religion dont les mystères les plus importants et les principaux personnages vont occuper les autres pendentifs du chœur.

Dieu le Père à gauche et Dieu le Fils à droite sont assis sur le même siège, vêtus d une robe unique dont le pli retombe entre eux deux, et tiennent droit sur leurs genoux, le premier de la main droite, le deuxième de la main gauche, un livre ouvert sur lequel on lit :

TRINITAS CTA UNUS DEUS EST.

Un amateur du pays, ignorant de la paléographie perdit son latin, en présence des lettres scia. L’abréviation du texte le dérouta au point qu’il n'y vit plus

que de l'hcbreu et qu’il se livra à de savantes dissertations sur le sens du mot

sémitique sela qu il croyait y lire. Entre les tètes des deux premières personnes divines quelle ombrage de ses ailes déployées et au même niveau, une colombe, ligure du Saint-lèsprit, voltige immédiatement au-dessus du livre dont la Trinité tout entière s’approprie ainsi la légende.

Après avoir alfirmé de la sorte l’unité de Dieu, l'artiste a voulu distinguer le Père du Fils en plaçant sur la tête du Père ornée d'une longue barbe blanche, une couronne royale fleurdelisée et en lui mettant dans la main gauche le globe crucifère du monde. Dieu le F’ils a la barbe moins longue, l'épaule droite et les bras nus laissant apercevoir les stigmates de sa Passion ; il bénit de la main droite. Les pieds du Père et du Fils reposent sur une ceinture d'anges se touchant par

leurs ailes.

^''2. — Le deuxième pendentif nous otfre de la Sainte-'Urinité une représentation destinée a rappeler le mystère de la Rédemption. Dieu le Père portant sur la tête une tiare dont la première couronne présente des fleurons alternativement formés d un trèfle et d une fleur de lis, est assis vêtu d’une longue robe. Des deux mains il tient chacun des bras de la croix qui se dresse entre ses genoux et sur laquelle est attaché par 3 clous le Christ ensanglanté d'un grand réalisme, l.a croix n’a ni suppedanenm ni tüiiliis. Le Saint-Esprit, sous la fitrme d'une colombe, descend les ailes déployées au-dessus de la tête de N. -S. Cette représentation fréquente à cette époque se voit à Fiplcssier et sur les vitraux de Roye.

Le cul-de-lampe est décoré d'un écusson aux armes de Créquy écartelées de Soissons-Moreuil.

N° 3. — Fm avant, sur la clef de voûte des tiercerons précédents, est sculpté hori- ;'ontalemcnt S. .Michel vêtu d une robe, les ailes déployées, et terrassant de la main droite avec un long glaive à lame flamboyante Lucifer qui refusait de s’incliner devant la révélation de l'Homme-Dieu. De la main gauche l’archange porte un écu coupé au chet d azur à un soleil d’or avec pointe de sable à un cœur de carnation.

Les quatre pendentifs qui forment cercle autour de la Trinité rappelant la Rédemption représentent les quatre évangélistes, qui l'ont racontée, assis, le bras droit allongé, déroulant une banderole dont l’autre extrémité est tenue de la main gauche appuyée sur le genou et sur laquelle est inscrit leur nom. Le geste est ample.

4- — Marc avec son lion ailé, les pattes de devant appuyées sur les

genoux de l'évangéliste déployant ses ailes mystiques et portant entre les dents l'écritoire.

N” 5. — ■ S. Mathieu à qui un homme ailé agenouillé présente une écriloire à

laquelle est attachée une plume. Sur l'autre face, l'homme tient l'écritoire de la main

droite et appuie la main gauche sur le genou du saint. L'écritoire du saint pend à sa ceinture.

N" 6. — S. I.uc, imberbe, avec son taureau.

7- — dean, imberbe, avec son aigle qui tient dans son bec l'écritoire.

N'’ 8. — L'ordre des mystères appelle sur ce pendentif l'Incarnation; elle y ligure en un gnntpe de la X'ierge assise tenant sur le bras gauche l'Lnfant-Jésus. Ce

dernier est nu, il tend la main droite vers une grappe de raisin noir que sa mère lui présente de la main gauche. La Sa:nte-\'ierge porte une couronne et lient 1 h.nfant-.Iésus sur le bras droit. Sur l'autre face l'Knfant-.lésus tient des deux mains une colombe par les ailes.

9- — Avant l'Incarnation le précurseur du Christ, S. .lean-Baptiste, l'épaule et le bras droit nus ainsi que la jambe gauche, ayant une tunique de poil de

chameau et un manteau relevé sur l'épaule droite, montre de la main droite 1 Agneau divin portant la croix et couché sur le livre mystique fermé qu'il tient

dans la main gauche. Au bas de ses jambes un écu au champ d'a;<ur avec un

entrelac d or dont les circonvolutions en forme de quatrefeuilles renferment : celle du haut une Ifamme d'or, celles de gauche et de droite les lettres 1 V. Dans le centre du nœud on a inscrit un cœur de carnation.

N" lo. — De nouveau S. Michel, mais cette fois couvert d’une armure de fer du xvn* siècle que déborde une tunique, les ailes déployées, terrasse une hydre ; il a le bras droit levé, brandit une épée au-dessus du démon qui, sous la forme d un dragon turieux. se cramponne désespérément aux jambes de son vainqueur ; il mord avec rage l'écu sur lequel est posée la main gauche, tiet écu présente les mêmes armoiries que celui du n® 9. Sur l'autre face l'archange a sous sa cuirasse une cotte de mailles ; la main gauche est posée sur un écu portant un cæuv.

Sur le cui-de-lampc un écusson aux armes de Blanchefort écartelées de Soissons-Moreuil.

II - — A sa droite un pendentif représente .S. Paul portant une épée et un livre avec ces mots : « Sanctc Pôle ».

— A gauche S. Pierre tenant d'une main ses clefs et de rauire un livre sur les pages duquel on lit : «■ Saiiele Pehw ara pro nobis ».

— -"^tir le pendentif S. André se reconnaît à la croix en sautoir qu’il porte de la main droite ; de la main gauche il tient un livre ouvert sur les feuillets duquel se lisent les mots ; « Saiicie André, orn pro nobis ».

Dans chacune des lunettes de l’abside, à la pointe des formerets, se trouve tin petit personnage accroupi : au fond, David jouant de la harpe ; à la fenêtre de gauche Moïse avec les tables de la loi ; à celle de droite une statuette que nous n avons pu discerner nettement et qui représente sans doute aussi un sujet de 1 Ancien lestament réduit comme les deux premiers aux proportions qui conviennent a leur rôle secondaire à côté des évangélistes placés sur les pendentifs entourant la 'l'rinité.

Sortis du chœur nous ne trouvons plus sur les clefs de la croisée centrale que des armoiries.

I- — Les deux faces du pendentif du milieu ont été réservées aux armes de b rance entourées du collier de Saint-Michel portées par deux anges d'une taille tort grande relativement à l'écu qu'ils tiennnent dans leurs mains.

N" 2. — Le créquicr sauvage rouge gueules s’étale sur le champ d'or d'un écu soutenu par des sauvages. De l'autre côté se voit un écu écartelé de Soissons- Moreuil et de Créquy.

N® 3. — A l'orient du pendentif on voit l'écu en losange parti de Soissons-Moreuil et de Bournel, à l'occident celui des Soissons-Moreuil soutenu par des lévriers.

N® 4. — A l'occident, un blason entouré du collier de St-Michel et écartelé au r' de Créquy, au 2 de Soissons-Moreuil, au 3 de la Tour d'Auvergne avec Boulogne sur le tout, au 4 de Craon. Notre confrère, M. de Guyencourt, explique ainsi ce blason qui était celui de Jean de Créquy : « Au i de Créquy, qui étaient ses propres armes ; au 2 de Soissons-Moreuil, à cause de sa mère Jossinc de Soissons ; au 3 de la Tour avec Boulogne sur le tout, à cause de sa grand-mère,

l.OLiisc de la Tour, femme de Jean de Créquy et hile de Bertrand de la Tour,

comte d’Auvergne et de Boulogne. »

La face orientale du pendentif présente un écu parti au 1 comme à l'tKcident et au 2 d’Assigné.

N® 5. — Ce pendentif porte d'un côté l’écu des Tyrrel, de l'autre celui des Créquy losange, parti de Créquy et de Soissons-Moreuil.

N”! — Dans le bras droit du transept, le pendentif central nous offre à l'orient S. Nicolas portant sa crosse de la main gauche, étendant la main droite sur le

baquet où sont les trois enfants traditionnels, à l'occident des anges soutenant un

écu d'argent freité de sable, sommé d'une crosse, armes de Charles d'Humières, évêque de Bayeux, grand aumônier de France, abbé de St-Riquier, de St-Barthélemy. de Noyon, St-Martin-aux-Bois et St-Quentin, de Beauvais. C'est par ce dernier titre qu'il avait des relations avec notre église, et il le possédait depuis i534, ce qui indiquerait que les pendentifs et sans doute le transept lui-même auraient été faits en même temps que le chœur.

N” 2. — Dans le personnage répété sur les deux côtés de ce pendentif M. l'abbé Armand reconnaît S. Barthélemy, apôtre, tenant de la main droite le couteau avec lequel il fut écorché vif et de la gauche un livre.

N” 3. — Sur ce pendentif, à l'ouest, S. Sébastien percé de flèches ; à l'orient un chevalier couvert d'une armure xv!*-' siècle, le visage imberbe, tenant un glaive de la main droite, la main gauche portant une petite enclume surmontée d'un marteau. Il a sur la tête une toque ornée d'une plume et les mains garanties par des gantelets de fer.

M. l'abbé Armand y voit S. Adrien de Nicomèdie, patron des gens d'armes, dont le culte était très répandu en Normandie. (Jn l'y rencontre à Cany et plus près de Poix à La Boissière. M. l'abbé Armand le retrouve à Folleville, sur le tombeau de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix.

N" 4. — Ici M. l'abbé Armand voit S. Denis, titulaire primitif de l'église, portant sur la main droite et y maintenant de la gauche sa tête imberbe et ayant toutes les apparences de la tête d'un mort ; sa crosse est appuyée sur le bras. L'autre face du pendentif répète le même sujet. Son cul-de-lampe porte dans des dimensions microscopiques l'écusson peint d'azur à la fasce d'argent chargée de trois tourteaux, accompagné de trois coquilles d'or de la famille de Collemont. Un de ses membres possède son tombeau précisément au-dessous de ce pendentif si l'inscription funéraire encastrée dans la muraille du transept a bien été placée à l'endroit de sa sépulture.

N® 5. — Sur ce pendentif M. l'abbé Armand remarque au sud S. Antoine vêtu d'un froc muni d'un capuchon et la tête couverte d'une large calotte. La main droite s'appuie sur un bâton et tient un chapelet, la gauche porte un livre ouvert et une

sonnette ; aux pieds du saint, des flammes, d où sort un pourceau finement sculpté.

Au nord S. Roch, la tète coflfée d'une toque, portant dans la main droite un bourdon et relevant de la franche un coin de son manteau. Son chien est assis à côté de lui un pain entre les dents. Un ange vole près du saint, lui touche le côté droit, allusion à la guérison miraculeuse dont il fut 1 objet en Italie.

X” I. — i^ans le bras gauche du transept les deux faces du pendentif central représentent l'Assomption qui ligure déjà sur la piscine, mais la Vierge est moins bien traitée, quoique le groupe soit exécuté sur les mêmes données a peu près,

2. — Sur les deux faces M. l'abbé Armand voit S. .facques le Majeur en costume de pèlerin. Il tient de la main droite le livre, de la main gauche un bâton. On aperçoit au-dessus de son épaule droite une gourde maintenue par une cordelière.

N" 3. — -M. Armand voit ici des deux côtés un apôtre tenant le livre et saisissant par la lame un glaive dont la garde forme une croix. M. (joze veut que ce soit S. Philippe, bien que ce saint ayant été crucifié dut être représenté avec une croix.

N* 4. — Vers le midi un personnage paraissant âgé. le visage ridé, tient de la main gauche une équerre, ce qui a porté .M. Bresseau à y voir .S. Joseph, mais son culte était encore trop peu répandu à cette époque pour que l'on ne doive pas, d'après .\1. .-\rmand. y reconnaître plutôt S. .iude, également pourvu d'une équerre par l'icrtnographie et dont la proximité de trois autres apôtres rend la présence plus vraisemblable. Toutefois M. Armand constate que la fête de S. Joseph instituée par Sixte IV figure pour la première fois dans le bréviaire amiénois de iSJq et en disparait seulement en i55o. Cette circonstance n'indique-t-elle pas une expansion du culte de ce saint au moment où notre église s'achevait ?

N" 5. — Ici M. Armand trouve S. Jean l'Kvangéliste. 11 ne porte pas le livre

des évangélistes, mais on le reconnaît facilement au calice d'où sort un serpent. Ce

personnage porte une barbe très courte et peu fournie. Bien qu'elle soit entière, cette clef est moins haute que les autres, sans doute pour ne pas masquer 1 Assomption.

Dans la nef les pendentifs sont disposés sur trois lignes comme dans le chœur.

X° 1. " A l'ouest M. Armand trouve un personnage coifl'é du bonnet rouge de docteur ; un manteau de même couleur flotte sur ses épaules pardessus une tunique dorée très ample. Il tient dans la main droite un objet (globe ou amphore) dont la nature n'est pas bien définie, dans la main gauche un objet brisé que l'on ne saurait distinguer. A rf)ccident le même personnage est revêtu d'une longue robe rouge ornée de losanges noirs. De l'épaule gauche pend une besace ou une aumônière. Il tient de la main droite un objet brisé qui peut ressembler à un trait de foudre. Serait-ce S. Urbain que l'on invoquait contre les ravages du tonnerre ?

N" 2. — A l'orient un homme nu est lié sur un siège avec les fers aux pieds,

les mains passées dans les bras du siège ; à droite et à gauche deux bourreaux lui

enfoncent des tringles de fer dans les épaules à coups de marteau. M. Armand veut y voir S. Quentin, patron de l’abbaye dont dépendait le prieuré. A l'occident un évêque mitré tenant dans la main droite une église ; c'est l'insigne de tous les fondateurs, mais il est difficile d'identifler celui-ci ; en tous cas nous ne croyons pas fondée l'opinion émise par M. Bresseau d'après laquelle cet évêque serait S. Firmin le Confesseur, fondateur de presque toutes les églises du diocèse. La petite église qu'il porte n'a jamais été le symbole d'une assemblée de fidèles, mais elle représente un monument élevé par la générosité (Ht les soins de celui qu’elle accompagne, et si le saint pontife a établi beaucf)up de chrétientés dans notre diocèse, il n'a guère eu le loisir d'éle^■er beaucoup de temples.

Vers 1 ouest il faut sans doute reconnaître S. Antoine dans le vieillard à longue barbe vêtu d une robe gris souris avec capuchon qui tient un livre des deux mains. En outre, il a un chapelet à gauche et une sonnette à droite. A côté de lui on voit un petit cochon. Cet ermite occupe déjà un pendentif du bras droit du transept. A 1 est se trouve, d'après M. Armand, .lob nu, accroupi sur son fumier, tenant le tesson avec lequel il gratte ses ulcères.

4- ' occident un personnage imberbe aux longs cheveux, sans doute une

temme, couronne tleurdelisée en tête, tient un livre de la main gauche et de la droite une longue épée. C est probablement Ste. Catherine. A ses genoux, à droite^ est sculpté un personnage dont on n'aperçoit que la tête et qui a les yeux clos, et a gauche se voit une roue brisée. A l'orient une femme portant dans le bras dioit une tour et a gauche une palme a une coillure assez semblable à celle de la statue de Ste. Barbe de la même époque placée sur l'autel du transept gauche. (Sest la même sainte, d'après M. Armand.

I ouest un personnage iS. Charlemagne?) barbu, couronne en tête, ayant autour du cou un collier qui tombe assez bas, lient de la main droite une épée la pointe en haut, de la main gauche le globe crucifère. A l'est M. Armand \oit S. Louis dans un personnage qui a la couronne royale et qui tient de la main gauche les trois clous de la Passion, de la main droite la couronne d'épines.

Ve pendenlit est placé au centre de la nef. Les armoiries de Créquy en occupent les deux faces, a I orient sur un écu ordinaire porté par des hommes sauvages nus-tête et entouré du collier de 1 ordre de S. .Michel. A l’occident des anges tiennent un écu losangé parti de Créquy et d'.Assigné. .M. Armand remarque que Marie d'Assigné est la mère du cardinal.

7- — Des deux côtés, une femme porte un phylactère. M. .\rmand ['identifie avec Ste. Restitude honorée à Arcy-Ste-Restitude, terre appartenant aux Soissons- Moreuil.

8. — A l'orient un personnage assis tient les bras étendus. 11 est vêtu d’un manteau rouge agrafé sur le devant et qui, avant de retomber sur les genoux, laisse entrevoir la poitrine nue. A l'occident un personnage, dont la barbe et les cheveux sont blancs, ayant la couronne royale, vêtu d un manteau retenu par un iermail, lève la main droite pour bénir et de la main gauche tient le globe crucifère.

Ne seraient-ils pas le Christ et le Père Éternel ?

N’’ 9. Al orient S. Jean-Baptiste, ayant une chevelure abondante, montre de la main droite un agneau couché sur un livre qu'il porte de la main gauche. Répété à l'occident il tient l'agneau sous le bras.

N° 10. — A 1 occident deux anges portent un écu en losange parti de Créquy et d Assigné, famille de la mère du célèbre cardinal de Créquy. A l'orient un ange seul tient devant lui l'écu des Créquy.

N"* II. — Vers le sud-ouest un évêque tient sa crosse dans le bras gauche et porte dans les mains sa tète mitrée. Ce doit être S. Denis, patron de l'Eglise. Au nord-est on reconnaît Ste. Véronique au linge blanc qu'elle déploie des deu.x mains et sur lequel est imprimée la face de l'Homme-Dieu.

N° 12.— A l’occident un personnage vêtu de rouge, coiffé d'un large chapeau relevé par devant, a dans la main gauche un li^Te et, levant le bras droit, tient le

bourdon traditionnel ainsi que l’aumônière. C’est probablement S. Jacques. A l’orient

M. Armand voit S. Fiacre revêtu du costume monastique, longue robe, froc avec capuchon. De la main droite il lient sa bêche et de la main gauche un livre.

N° i3. — A l'occident S. Pierre nu-tête tient une clef de la main droite et un

livre de la main gauche, A l'orient un personnage barbu, S. Paul, nu-tête également, tient de la main droite la garde d'une énorme épée la pointe en bas. Il a un livre fermé sous le bras gauche.

14. Vers le nord S. Martin, vêtu en cavalier du xv]' siècle, une toque à

plume sur la tête, coupe son manteau pour en donner la moitié à un pauvre. Vers

le midi doit-on le retrouver dans un évêque bénissant de la main droite et tenant sa crosse de la main gauche :

N“ i5. — \’ers le nord-ouest est sculpté un évêque mitre tenant une crosse de la main gauche et de la main droite un peigne ou une carde qui nous désigne S. Biaise, dont cet outil fut l'instrument de supplice, ce qui le ht proclamer patron des peigneurs. Les ouvriers de cette industrie étaient nombreux dans la contrée.

Au sud-est un saint imberbe, le corps vêtu d'une tunique longue et ample, est agenouillé dans l'attitude de la prière. Au-dessus de lui un ange aux ailes éployées, vêtu de blanc, soutient une bandcrolle assez semblable à une étole. C’est sans doute S. Vincent, diacre et martyr, d'autant plus qu'un fragment mutilé semble révéler la présence du corbeau qui protégea le corps du martvr. Son culte est très

ancien à Poix ; d'ailleurs notre église renferme encore une autre statue de lui.

N" 16. — A l'occident un personnage assis caresse de la main droite un chien qui appuie les deux pattes sur scs genoux pour le lécher, de la main gauche il tient un livre fermé. C'est probablement S. Hubert. A l’orient se voit un personnage richement vêtu qui, d’après M. l'abbé Armand, serait S. Médard, parce qu’au bas à droite on remarque près de lui un petit cheval d'un beau travail.

N" 17. — Des deux côtés un ange tient devant lui à deux mains un écu échancré sur le champ duquel les enroulements d'un cordon terminé par deux boutVettes dessinent un trèhe dont le lobe supérieur renferme un cœur surmonté d'un soleil et les deux lobes inférieurs les lettres I Ce sont les initiales de ,lehan Valon. Son nom était inscrit en entier sur la portion de la voûte voisine du pendentif où M. Palustre a pu fort heureusement le relever avant que le dernier grattage le lit disparaître.

Nous n'aurons plus pour terminer l'examen de la décoration de l'édihce qu'à jeter un coup d'ïcil sur les rares statues qui v subsistent encore. Lu dehors d'œuvres médiocres du xy\‘ siècle, comme un £ccc Hoino^ une \’iergc assise avec l'Cnfant-Jésus tenant entre les mains une colombe et un St-Vincent qui peut appartenir au xvip siècle, ainsi qu’une mauvaise X'ierge debout, présentant une grappe de raisin à son divin Fils qui tient une colombe par les ailes, une Ste-Catherine de la même époque, une seule image est digne de lixer l'attention ; c'est une petite Ste-Barbe tenant de la main droite un livre ouvert dans lequel elle lit et de la gauche une palme ; elle est adossée à une tour crénelée avec mâchicoulis, dont la porte, d’une proportion énorme, est couverte d'un toit aigu terminé par un lleuron. La figure de la sainte est d'une grande finesse. Le mouvement légèrement tourmenté du corps, son costume, sa coilfurc, une espèce de bonnet collant avec oreillères rondes, le style de la tour, tout annonce la lin de l’art gothique.

On a replacé sur l'autel, dont Ste-Barbe orne l’un des angles, quelques panneaux provenant sans doute d'un retable du xvP siècle et qui appartenaient avant la Kévolution à l'église Notre-Dame. Les retouches considérables que leur état de ruine devait exiger ont enlevé leur véritable caractère aux têtes des personnages qui y ligurent. (ies panneaux représentent le portement de Croix, la Sainte-Vierge et S. .lean avec les saintes femmes au pied de la Croix, la mise au tombeau et la Résurrec-

îion. Pour compléter cet ensemble MM. Duthoit ont fait deux autres groupes ; TAnnonciation et la Nativité. Pnfin une caisse déposée dans l'église renferme un joli . morceau de sculpture en pierre de 71 c. de haut sur 5o c. de large, et de 12 c. de relief, représentant le baptême^ de N. -S. Jésus est dans l'eau jusqu'aux genoux ne portant qu'un linge autour des reins. Au-dessus de sa tête le Père Kternel paraît dans une gloire entourée de rayons et le Saint-Esprit en descend sous la forme d'une colombe. A gauche un ange tient la robe du Sauveur pendant que S. Jean-Baptiste, agenouillé au bord du lîeuve, verse de l'eau sur sa tête. Malheureusement ce groupe est mutilé.

Un Christ accroché au pilier nordouest de la croisée centrale, et dont la tête ne manque pas d'une certaine expression, peut être attribué à la même époque.

En fait de peinture on ne voit qu'un seul tableau pendu contre le mur aveugle de la travée à laquelle est accolé le clocher. Cette toile assez remarquable provient, dit M. Gozc. de la galerie Aguado ; elle est due au pinceau du peintre espagnol Fernandès et représente le mariage de la Sainte- Vierge.

M. Goze signalait encore un autre tableau représentant Jésus-Christ et la Chananéenne.

Il paraît qu'avant 1793 M'”* Ar-, mande de Lusignan avait fait poser au-dessus de l'entrée de la chapelle seigneuriale une inscription peinte, pour rappeler l'histoire des bienfaits des seigneurs de Poix à qui le prieuré devait son existence. Le texte nous en a été conservé par les registres de la fabrique et imprimé par M. l'abbé Delgove.

Cette inscription mobile n'était pas la seule qu'on rencontrât dans l'église. En etlet. à droite de la nef, le mur de la deuxième travée porte en capitales de la lin du xvp siècle les mentions suivantes :

L'an i552

Lk premier second et dixhvictiesme de ivinc

FvT en danger TRES GRAND POIX PAR EAVE PRENDRE FIN.

Une autre inscription est séparée en deux par la porte du clocher :

L’an 1491 Le 14 iovr d'apvriL

Fvt poix par Fev mis a esceiL.

Ces deux inscriptions avaient disparu par suite du grattage des murs en i883, mais on en avait pris un relevé exact d'après lequel elles ont été fidèlement reproduites.

Knfin, à cdté de l'arcade donnant dans la chapelle seigneuriale le mur du chœur porte cette in.scription :

1340 Fvt

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