‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 47 sur 109 · BLANGY-SOUS-POIX · texte numérisé non relu

BLANGY-SOUS-POIX

A 2 kilomètres en aval du chef-lieu de canton, dans la charmante vallée où la rivière de Poix serpente au milieu de prairies entrecoupées de rideaux de verdure, une rangée de maisons s'allonge sous les grands arbres ; c'est le village de Blangy. A son extrémité une montée assez roide conduit sur le flanc du coteau jusqu'à une clairière où l'œil est charmé de voir apparaître tout-à-coup la vieille église du pays.

Rien de plus pittoresque que ce petit édifice se détachant avec sa svelte tourelle sur le feuillage sombre du gentil bouquet qui l'encadre.

Ne cherchez point ici la majesté d'un site grandiose, c'est plutôt un de ces paysages qui tentaient le pinceau de nos vieux miniaturistes ; mais il semble que, dans la paix profonde de ce coin solitaire, l'humble monument échappe aux vicissitudes de ce monde (ij et conserve une perpétuelle jeunesse.

Kdiflé à l'époque romane, il a été remanié plusieurs fois au xvP siècle, mais sans que l'on ait beaucoup gâté son aspect archaïque. Les fenêtres de la nef ont été modifiées, mais elle a gardé à l'occident son portail en plein cintre.

Le chœur est intact ; il reçoit la lumière par d'étroites ouvertures en plein cintre dont l'angle extérieur a été abattu.

On a de plus respecté la partie la plus intéressante de sa tour. Sa base a seulement été empâtée par un blindage de 75 c. d'épaisseur, et le couronnement a reçu une flèche en ardoises. Passant du carré à l'octogone au moyen de trompes couvertes de petits toits rectangulaires, elle offre dans sa partie supérieure un lanterneau qui porte bien le cachet de l’architecture romane. S'élevant au-dessus d'une moulure chargée d'un rang de billettes, il est ajouré sur chaque face de baies géminées fort étroites séparées par de petites colonnes trapues qui supportent avec celles garnissant leurs pieds droits des tympans unis qui remplissent tout l'imposte.

Le tracé maladroit des bases attiques, l'exécution grossière des chapiteaux, la lourdeur de leur galbe disparaissent dans l'effet heureux de l'ensemble que surmonte en guise de corniche une tablette biseautée placée à 10 mètres 25 du sol.

Derrière la tour un pignon à gradins accuse au-dehors la séparation de la net d'avec le chœur, dont le chevet est lui-même surmonté d'un pignon semblable. Ni la net ni le chœur n'étaient voûtés.

M. Lnlart (2), au savant travail de qui nous empruntons les éléments de cette description, attribue le clocher au premier quart du xn'-' siècle et admet que le reste de l’église peut être de quelques années plus récent.

Le P. Daire (3) dit avoir vu dans l'église une ancienne piscine et un crucifix du même temps couvert d'un tablier. Il entend sans doute par là un pcriionium, mais le peu d'exactitude dont cet auteur fait preuve ordinairement ne permet guère d'avancer que la forme qu'il lui attribue doive faire remonter nécessairement le crucifix à une époque contemporaine de la construction de l'église.

Dédiée à S. Alédard, l'église de Blangy était soumise au patronage de l'évêque.

{1) Le P. Daire fait camper Charles le Téraéraire à Blangy le ii septembre 1472, mais il a sans doute confondu notre Blangy avec Blangy-sur-Brosle. ainsi que le mimtre Titinéraire suivi par le duc.

(21 Architecture religieuse à l'époque rowane liaus lu région Picetrde (Mém. gr. in-.j"de la Société des Antiquaires de Picardie, t. I, 1895, p. 87).

(3) Histoire civile, ecclesiastique et littéraire Ju doienne de Poix (Bibt. il'Araiens, ms. n* 507, p. 7).

FAMECHON

Un peu plus loin que Blangy. toujours en suivant le cours de la Poix, se trouve Famechon célèbre par le souvenir de son vieux château.

Il n’en subsiste plus que des ruines méconnaissables. Conformément aux habitudes stratégiques qui ont déterminé la position des châteaux de Picquigny et de Poix, on avait eu soin de l'établir sur un petit promontoire effilé terminant le plateau qui sépare la vallée où coule la rivière des Evoissons de celle où serpente la Poix. Il les commandait ainsi toutes les deux précisément au point où cette dernière prend une largeur qu'elle conserve jusqu'à Conty.

Fne situation aussi avantageuse réclamait des défenses importantes. Si nous en croyons un article de .M. Bresseati, inséré dans les Archives de Picardie, il attribue à cette forteresse une double enceinte et dix-sept tours, sans nous indiquer toutefois sur quels documents il s'appuie.

Le même auteur ne craint pas de faire jouer à Famechon un rôle important dans la campagne d’Edouard 111 en idqb. Il tire tout un récit d'une tentative infructueuse qu'aurait faite le monarque anglais pour s’en emparer, d’une inscription en vers français trouvée, dit-il, dans le château. Si cette inscription a existé, ce n est assurément pas a\'ec le texte rapporté par .M. Bresseati, qui trahit suffisamment une époque moderne. Ou il faudrait, en lui attribuant une date récente, y voir „ l’écho de traditions antérieures. N’e possédant

aucun moyen de les contrôler, nous ne nous arrêterons pas à les discuter ici.

.4u bout de la pente qui descend des ruines, s’élève une église du xvb siècle simple et gracieuse, composée d’une seule nef sans voûte, mais dont les deux petits portails en anse de panier, surmontés d’une accolade et d’un fleuron, rappellent bien le style élégant de l'église de Poix.

BERGICOURT

La corniche et la dernière fenêtre du chœur, du côté de l'épitre, sont les seuls éléments qui permettent de taire remonter à lepoque romane la construction leghse de Bergicourt. Le plein cintre et le modeste chanfrein arrêté à lo c

cel n'offœnt d'autre intérêt que

celui de deceler 1 âge du sanctuaire. ^

La nef, legerement plus large, contient encore des fonts baptismaux que leur ancienneté, a détaut de valeur artistique, recommande à l'attention. Une cuve hemisphetique, rappelant avec son pied central court et fort épais la forme d'un calice, est surmontée d une tablette carrée dont la tranche est moulurée de deux baguettes superposées. Les coins de la tablette s'appuient chacun sur une colonnette a chapiteau sculpte de quatre feuilles d'eau et à bases attiques dont le tore inférieur est remplace par un empâtement carré qui est couvert d'une espèce de moulure ormant feston au milieu de ses faces et griffe sur ses angles, moulure que notre dessin ne permet guère de distinguer.

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