FONTS BAPTISMAUX DE BERGICOURT
Le tout repose sur un socle carré sans ornement. Le style de ce petit monument nous ptiraît accuser le xiti*' siècle.
Le portail principal, en arc surbaissé, surmonté d'une accolade, est du même style que celui de Poix et dénote la même inspiration. II en reproduit les ornements et les motifs dans deux gorges bordées de moulures prismatiques que I-murtourne le larmier de la façade. De petits personnages occupent l'angle qu'il orme en se redressant pour épouser le tracé de l'arc surbaissé qu'il couronne, eurs tetes sont cassées, et l’on distingue juste assez celui de droite pour voir qu'il porte un livre de la main gauche. Il est vêtu d'une robe serrée par une ceinture et les pans d un manteau recouvrent ses genoux.
Dans la contre-courbe de l'accolade qui surmonte le tout, on reconnaît à droite un ecclesiastique à genoux, les mains jointes devant un pupitre sur lequel est ouvert un livre. Il venère sans doute le saint évêque placé sur la pointe de l’accolade et
qui, vêtu d'une dalmatique et d'une chape, tient sa crosse de la main gauche tandis que de la droite il porte sa tête mitrée. Ce ne peut être S. Lucien, patron de l'église, car ce martyr, d'ailleurs céphalophore, n’était que prêtre.
Un ange à genoux, les ailes à demi éployées, ayant à la main un cierge, l'ait pendant à l'ecclésiastique que nous avons décrit plus haut.
Vn écusson, assez, fruste aujourd'hui, occupe le triangle formé par les deux branches de l'accolade au-dessous de S. Lucien. D'après M. Gabriel Rembault, qui l'a dessiné en iSSy, il représente des armoiries d'argent à trois fasces de gueules frettées d'or. Ce sont celles de la famille de Riencourt qui posséda la seigneurie de Bergicourt du milieu du xiii' siècle à la Révolution. Notre confrère, .VL de GuyencoLirt. croit que ce blason est en particulier celui d'Antoine de Riencourt.
AGNIÈRES
Le pouillé de i3oi atteste l'existence d’une cure à Agnières dès cette date, mais elle était plus ancienne encore puisque l’église du pays, bâtie au fond de la vallée, nous présente un chœur et une abside qui paraissent remonter au début du xiH*^ siècle. Une nef basse, dont les murs décèlent par l'alliance de la brique et de la pierre disposées en damier ainsi que par son berceau brisé appuyé sur des poutres et poinçons une reconstruction du xvi' siècle, lui fait suite et le relie au clocher composé d'une grosse tour en moellon, lianquée à chaque angle de deux contreforts placés dans le prolongement de ses parois et divisée en trois étages accusés au dehors par un léger retrait du parement extérieur beaucoup plus accentué sur les contreforts.
Le chœur ne comprend qu'une seule travée, éclairée de chaque côté par une fenêtre en simple lancette. Un doubleau en tiers point très saillant, doublé, à arêtes abattues, le sépare de l'abside et retombe sur un groupe de trois colonnes rondes engagées d'un tiers et auquel s'ajoutent les colonnes posées de biais qui supportent les extrémités des ogives de la voûte. Celles-ci ont pour prohl une plate-bande et un tore en amande.
Les chapiteaux de ce groupe de colonnes, d'un galbe élégant, sont ornés de belles leuilles côtelées dont la pointe se recourbe en boule sous l'angle du tailloir carré. Lue autre petite feuille garnit leur intersection au point où elles se divisent. Le prolil du tailloir est composé d'une plate-bande et d'une doucine. La sculpture est encore voisine de celle du xiR’ siècle.
L abside a cinq pans percés d'une fenêtre en lancette dont l'ébrasement est lisse à l'intérieur; et sa voûte est supportée par six branches d’ogives en forme de tore cylindrique accosté de deux gorges et retombant dans les angles sur des corbeaux sculptés de feuilles d'une heureuse facture. Des contreforts à retraites en talus placés sur les angles extérieurs des murs font équilibre à la pression des ogives.
Cette petite abside, où l'on retrouve le type assez commun des édifices de meme importance dans cette région, possède ce cachet de bon goût et de simplicité que les architectes du xiii' siècle savaient donner à la moindre de leurs œuvres. Ils en avaient garni les fenêtres de vitraux oû les sujets habituels ont été, faute de place, représentés avec moins de développement que d'ordinaire, témoin l'arbre de ,lessé qui ne comporte dans sa hauteur que six personnages, mais sans nuire à la composition. La rareté des vitraux de cette époque parvenus jusqu'à nous donnent a ceux d'.àgnières un grand prix. .\L l'abbé Normand, curé de Saintc-Segrée, et
membre titulaire non résidant de la Société, en a donné dans le tome xix de nos Mémoires in-8” une excellente description que nous ne saurions mieux faire que de reproduire. Elle sera plus agréable à suivre sur notre planche que sur les mauvaises lithographies dont la publication fut accompagnée.
N'’ i. — FENÊTRE DU 'LEVANT
« Cette fenêtre se composait autrefois de dix panneaux posés parallèlement ; malheureusement quatre n'existent plus. Il y a plusieurs années un vol fut commis: le voleur brisa le bas de la fenêtre pour pénétrer dans l’église, et le lendemain on trouva les dalles du sanctuaire couvertes de débris. Si un amateur des beaux-arts se fût trouvé là, peut-être, avec du temps, de la patience et surtout de l'intelligence, aurait-il pu rassembler tous ces morceaux disparates, les remettre en place et redonner aux sujets qu'ils représentaient leur physionomie primitive. Ces précieux débris devinrent la propriété du premier venu, et ne tardèrent pas à disparaître. Quelque temps avant cette perte irréparable, un archéologue avilit tracé, sur son cahier de notes, la description de cette verrière, ce qui facilitera beaucoup, plus tard, les travaux de restauration.
« Les scènes reproduites sur cette fenêtre sont toutes empruntées à rAncien 'festament.
« T^anncaii. (Création d’Adam.) — On voit un jardin planté d'arbres feuillés. Dieu, la tête ornée d’un nimbe crucifère, lève la tète et se penche. A ses pieds est un homme nu, étendu sur la terre ; il est à demi levé et tient les bras étendus sur sa poitrine, c'est Adam, au moment où l'Eternel le tire du néant et souffle sur lui la vie.
« 2^ Panneau. {Défense de manger du fruit.) — Un arbre, au feuillage abondant, se dresse et laisse voir un serpent qui s'enroule autour de son tronc. L'Eternel, debout et nimbé, lève une main vers cet arbre, et, de l'autre, retient les plis de son manteau. C est le moment où il dit à Adam : « De ligno aiitem scientiœ boni et mali ne comedas. In quocumque cnim die comederis ex eo, morte morieris. d Adam, debout et nu, se lient en face de son Dieu, les bras étendus, et semble lui dire qu'il sera fidèle à ses ordres. •
" 3^ ‘Danneaii. [Formation de la femme.) — Adam est couché sur un tertre verdoyant et plongé dans le sommeil : Immisit ergo Dominus Deus soqmrem in Adam. Dieu, la tête nimbée, est debout ; il prend la main d'iêvc, qu'on aperçoit à moitié sortie de la côte d Adam ; elle est nue et une longue chevelure retombe sur ses épaules : Clinique obdormisset, tulit unam de cosîis ejus.
ce 4^ ‘Panneau. (cAdam et Eve après la désobéissance.) — L'Eternel, la tête nimbée, apparaît dans les nuages ; il indique, de la main, l’arbre de la science du bien et du mal s élevant entre nos premiers parents, et laissant voir, à travers son feuillage, le fruit défendu. On sent ici qu’Adam est coupable ; il rougit de paraître devant son Dieu ; aussi, cette lois, son corps est couvert, et de son front pend une sorte de voile qui retombe en plis flottants. L'FAernel lui reproche sa désobéissance, et notre premier père tend les mains vers lui comme pour lui demander pardon et implorer sa miséricorde ; Eve, assise sur un monticule, d'une main voile sa nudité et de 1 autre s arrache les cheveux en signe de douleur.
« 5'^ Eanneau. (La sentence après le péché.) — LTvternel, le front orné du nimbe crucifère, retient d'une main sa robe, et de l’autre montre la terre à Adam lui
disant: « /// laboribus comede'. ex terra cunctis diebus vilæ tuœ». L'infortuné écoute cette cruelle sentence debout, dans une attitude suppliante; il. tient, dans les mains, une bêche, triste symbole du travail, et l'enfonce en terre avec le pied. On ne pouvait rendre d'une manière plus piquante ces paroles : « lu rudore viiltus tiii vescens pane ». L'arbre de la science du bien et du mal est encore là, et, à côté, on voit notre mère Lve assise sur une nu)tte de terre, les cheveux pendants et élevant la main vers son Créateur, pour demander grâce, car elle aussi ^•icnt d entendre la sentence qui la frappe.
« 6^ 'Panneau. {Adam chassé du Paradis /errcx/rei. — Dieu, la tète entourée du nimbe crucilére, est debout : à ses pieds, est 1 arbre fatal qu il montre a Adam, lequel s'éloigne du jardin de délices, couvert d'un vêtement, en punition de son péché, et portant, sur l'épaule, celte bêche qui l'aidera à déchirer le sein de la terre pour en tirer du fruit.
« Les quatre panneaux sui\'anl-' n'existent plus. \ oici les sujets qui y étaient représentés :
« !'>' Panneau. — Tout porte à croire que dans le premier panneau devait hgurer la scène du déluge, on n'en a pas pris le dessin primitivement.
i>‘‘ Panneau. ‘Dieu commande à Abraham d'immoler son fils.) — L Lternel est là. et, à côté. Abraham a\'ec sa hache sur répaiilc.
« .)'■ Panneau. — l/innocent Isaac tient à la main une botte de paille destinée à allumer le bûcher. Tout auprès on aperçoit un bélier dont les cornes sont engagées dans un buisson.
« Panneau. \Dieu se montre dans les nuages.. — .Vbraham se tient à coté du bûcher sur lequel est étendu son cher Laac. L'iTernel, content de l'obéissance sublime de son lidèle serviteur, lève la main et lui dit : <<■ Abraham. Abraham »; le saint Patriarche de répondre : ^(Zddsum ". et il abaisse son bras prêt à frapper.