‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 58 sur 109 · DOMMARTIN · texte numérisé non relu

DOMMARTIN

L'kglise de Dommartin, comme son homonyme du Pas-de-Calais, était un monument de la seconde moitié du xn“ siècle et un spécimen intéressant de la très remarquable école d’architecture qui florissait alors en Picardie. Le nef de l'église, basse et sans caractère, ne datait que du xvii' ou xviii' siècle ; le chœur, au contraire, avait des proportions élevées, une ordonnance élégante, une ornementation riche et soignée.

Le plan était un rectangle barlong, divisé en deux travées carrées couvertes de voûtes d'ogives. Les contreforts, larges et peu saillants, avaient été souvent réparés ; les fenêtres, petites et tracées en plein cintre, semblent avoir été dépourvues de toute ornementation. Peut-être étaient-elles aussi remaniées. La corniche se composait d'une tablette portée sur des modillons. Le toit était aigu ; il avait probablement été surélevé à la lin de l’époque gothique. A 1 intérieur, les arcs ogives, ayant pour profil un tore anguleux entre deux boudins, et les arcs doubleaux, ornés de boudins sur leurs angles, retombaient sur des groupes de trois colonnes appuyées à un dosseret. Les chapiteaux et les bases étaient normaux aux arcs ; les colonnes qui portaient les ogives avaient des fûts de deux pièces séparées par une bague dont le profil était un tore anguleux entre deux gorges et deux baguettes. De pareilles colonnes annelées existaient dans le chœur, si malheureusement démoli, de l’église de Blandecques, près Saint-Omer, et dans ceux des églises de Louvercy, Oger et Cuis (Marne). Dans un monument bâti au loin par des architectes français, la cathédrale de Nicosie (Chypre, 1209-122S), on observe des

faisceaux de colonnes

SL’mhlabies. Celles qui reçoivent les ogives sont annelées, tandis que celles des doubleaux sont dépourvues de bagues. Les chapiteaux de Dommartin étaient formés de deux rangs de feuilles d’acanthe ou d'artichaut recourbées en volutes et rappelant ceux de l'abbatiale du même nom ou de la cathédrale de Senlis. Les tailloirs avaient également le prolil de ceux de Dommartin-en-Ponthieu : baguette, cavet, onglet et bandeau. Les bases attiques avaient des griffes et leur socle était élevé sur un stylobate biseauté.

Une crédence d'un type rare et intéressant existait dans ce chœur d'église : les crédences du xib' siècle sont peu communes ; celle-ci était analogue comme dispositions générales, à celle de la Chapelle de la Vierge dans 1 abbatiale de Montiérender. Elle se composait de deux niches de plan rectangulaire amorties en cintre surbaissé et retombant sur une grosse et courte colonne isolée posée sur la tablette de la crédence. La colonne fivait un chapiteau composé de quatre grandes feuilles lisses dont les pointes remontaient en petites volutes sous les angles. C'est le type de beaucoup de chapiteaux de Dommartin-en-Ponthieu. Ce chapiteau n'avait pas de tailloir et cette particularité, jointe au tracé des arcs et au profil de base que semble indiquer le dessin, tendrait à faire croire que la crédence avait été remaniée à la fin de l'époque gothique, mais sa tablette était bien du xiP siècle : elle avait deux biseaux superposés, le premier porté sur des modillons simulés qui interrompaient le second. Ce dessin est à rapprocher de celui des corniches de Vlontrelet, d'Hangest-sur- Somme, de Beaugies et de 'Ehourotte, dans l'Oise, et

Dommartin. — Ancienne église. — Crédence.

de la cathédrale de Noyon. Cette tablette avait été coupée et l'une des deux niches avait été prolongée jusqu'au sol.

Les églises citées comme points de comparaison sauf celles un peu plus récentes de Thibie, de Louvercy et de Nicosie ont des dates voisines de 1160 ou 1170, et cette liste pourrait facilement être triplée sans sortir de la Picardie, mais il est un monument qui ressemble plus que tout autre a celui qui vient d être décrit, c’est le chœur de l'église de Belloy, près Péronne : le plan, les proportions, les supports, la corniche, la sculpture et les profils de ces deux édifices présentent une identité complète.

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