RUMIGNY
La rareté des monuments de l’architecture civile aux époques gothiques nous fait une loi de conserver avec soin la monographie de tous ceux qui sont parvenus jusqu'à nous.
A Rumigny, au coin de la route qui mène à Sains, se trouvait un petit manoir dont la maison d’habitation subsiste encore. L’emploi de la brique, le style de ses fenêtres et de son pignon accusent le xvf siècle.
Il est en façade sur la rue et conserve encore intact son pignon ouest à gradins dominé par une cheminée des plus curieuses dont le coffre, carré à sa sortie du
Klit, présente dans sa partie stiperieure une série d'arétes en dents de scie formée, sans doute, par des briques posées de biais.
I/intérieur est divisé en deux pièces de 5'" de largeur, mais d inégale longueur, munies de cheminées et éclairées chacune sur la rue par une splendide fenêtre à meneaux en croix placée assez haut au-dessus du sol des chambres pour que l'on ait cru nécessaire d'en faciliter l'accès par une marche de 38 c. de haut. L'ébrasement intérieur est large de i"* 5o.
L'encadreinent des haies est orné à l'extcrieur de moulures prismatiques redescendant sur des bases du même genre. Des cordons de sculpture ornementale variée décorent la gorge du milieu et le couronnement ainsi que le bord inférieur de l’appui. Enfin les fenêtres sont encore protégées par une grille de leur époque dont un barreau sur deux se termine par des fleurons, à la naissance desquels on remarque de petits écussons en fer découpé du plus gracieux effet.
La toiture déborde le mur de 3o c. environ ; elle est portée par des solives dont les extrémités forment console.
Les plalonds intérieurs sont tous à solives apparentes portées par de grosses poutres transversales.
Deux portes placées à côté l'une de l’autre donnaient de chacune des deux pièces sur un perron commun descendant à la cour au milieu de laquelle on voit encore le souba.ssement octogonal d'un vaste pigeonnier.
Nous n'avons pu recueillir aucun indice sur l'histoire de ce joli manoir, et il convient de rectifier ici l'erreur commise par nous dans le bulletin de la Société (i) en en attribuant la propriété aux moines de Saint-Fuscien avant la Révolution.
Les propriétaires actuels ne l'ont guère modifié heureusement et l'on n'a à déplorer que le percement d'une horrible fenêtre dans la façade dont elle diminue quelque peu la beauté.
Il) Tome XVII, 1891, n'^ 3, p. 521.