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L’ÉGLISE DE S" ANTOINE

Au moyen-agc et jusqu'à la Révolution, deux églises s'élevaient à Conty (i). Une seule subsiste aujourd'hui, celle de Antoine, que nous entreprenons de décrire et dont nous esquisserons d'abord l’histoire, aussi brièvement que possible.

Selon I. A. Catonnet qui, en 1827, écrivait une notice encore manuscrite sur Conty, où il exerçait la profession de géomètre (2), l’église de Antoine aurait

(1) L’église de S' Martin, située hors le bourg de Contj-, et celle de S' Antoine. Ces deux églises étaient paroissiales. (Voir; Hist. civile, ecclésiastique et littéraire du Doicnnè de Conty, par M. l'abbé Dairo, publiée li’après le manuscrit autographe, par M. f. Garnier. Amiens, Lemer, 1865.} — G. Rembault ajoute que Conty fût le siège d'un doyenné dès le xiU siècle. Sa fondation aurait été contemporaine de celle du prieuré de S' Antoine, et avant la Révolution la dignité de doyen fût souvent coufondue avec celle de prieur.

Selon le même auteur, l’église de S' Antoine de Conty ressortissait de Clermont (Oise). (Voir; Eglise, château et seigneurie de Conty j par M. A. G. Rembault, dans le recueil intitulé : Eglises, Châteaux, Beffrois et liotels-dc-Ville les plus remarquables de la Picardie et de l'Artois, Amiens, A. Caron. i8.|q).

(2) Isidore Abraham Catonnet était originaire de Montdidier (Voir : Hist. de la ville de Montdidier, par Victor de Beauvillé, 2'' éd., t. l'-'L p. 578). .G. Rembault, qui a connu l'ouvrage du modeste géomètre, — V. loc. cit., — le juge avec sévérité. Pour notre part, nous avons souvent profité des renseignements qu'il fournit. Une copie du manuserjt de 1. A. Catonnet est conservée dans la bibliothèque de la Société des Antiquaires de Picardie.

été fondée en 11 10, sur un terrain relevant du prieuré de Pierre de Frémonticrs. Ce nouveau sanctuaire était attenant à une autre église dédiée à Maurice et dépendant d'un prieuré qui portait le même vocable (i). Gabriel Rembault déclare que cette fondation n'aurait eu lieu qu'en 1141 (2).

A cette dernière date, le père Dairc ne mentionne que la donation faite par Henri, archidiacre de Beauvais, à l’abbaye de Quentin de la même ville, du

prieuré et de la présentation à la cure de Antoine. — L’église existait donc déjà à cette époque. -—Elle fut agrandie et richement dotée, en 1229, par Jean, seigneur de Conty qui, du consentement* de sa temme et de ses enfants (3), confirma alors les legs faits par scs ancêtres et autres fidèles, en y ajoutant de nouvelles libéralités (qf Nous ferons observer au sujet des chartes délivrées en 1229 par Jean de Conty, que le mot canonici (5) y désigne seulement les chanoines réguliers, résidant au prieuré, car l’église de Antoine ne fût jamais le siège

d'un chapitre.

Le monument qui est parvenu jusqu'à nous, est une construction de la

première moitié du xvu' siècle (6). Mais avant d'entreprendre la description de cette église, nous rapporterons encore quelques faits concernant son histoire.

Saint-Antoine de Conty fût pillé une première fois par les Huguenots, en

1573, et une deuxième fois, le 26 octobre iSSq, par les Ligueurs, aussi peu respectueux des choses saintes que leurs adversaires. Pendant ce pillage un soldat déchargea son pistolet contre le Saint Sacrement. Le duc de Mayenne, alors cantonné à Paillart, ayant connu ce fait, ordonna la mort du coupable, qui fût pendu à un arbre du cimetière de l’église de S^ Martin (7). Ce détail peut faire supposer que le sacrilège aurait été commis dans cette dernière église.

Enfin, en i636, les Espagnols envahirent Conty. L'église de Si^ Antoine dût, à cette occasion soutenir une sorte de siège, et l'on admet généralement que les traces de balles dont sont criblées les pierres du clocher, principalement dans les environs des meurtrières de l'escalier, datent de cette époque. Aussi, après tant de désastres, la fabrique n'avait-elle, pour seules ressources, à la veille de la Révolution, que les aumônes des fidèles (8).

Il) Catünnct appuie son dire sur l’autorité d’une Histoire Je l‘icarJie, par Dalichamps, auteur qui nous est inconnu.

(2) Loc. cit.. p. »3.

(3} Dairc. Loc. cit., p. 15. Les religieux résidant au prieuré de Conty étaient tenus, par le donateur, d'assister cha([ue année aux synodes ordinaires et de continuer à rendre obéis>ance à l'Lglise d’Amiens.

I4) G. Re.nbault. Loc. cit., p. 34 et p.issim. L’iyglise, ou plutôt le prieuré de Conty, possédait la moitié de la terre voisine de Fleury, des diines sur Rogy et Courcelles-sous-Thoix, des biens à Plachy, à Belleuse, à Luziéres, etc. La quatrième partie des offrandes et oblations <iui lui étaient faites, appartenait au chapitre de Picquigny. — Le patron de S' Ant<iinc de Contv, était l’abbé de S' Quentin, de Beauvais. Le prieur touchait les diines, dont une portion revint pourtant à l'abbaye de S‘ Fuscien, à partir de uyS.

{51 Catonnet donne le texte latin de ces chartes d'après le Cartulairc de Clermont (Oise).

(h) Toutefois, la base de ia ttiur du clocher paraît dater du .xiv'^ siècle.

(7) V. le M. S. de I. A. Catonnet.

(8) G. Rembault, /oc. cit. — Les auteurs ont parfois désigné S' Maurice, comme patron de l’église de Conty (V. Géographie Ju Jèparteuicnt Je ia Somme, par Pringuez. Amiens, Caron et Lambert, S. D.) — On a vu, plus haut, qu’un prieuré, sous l'invocation de ce saint, aurait donné naissance à l'église, où le culte du soldat martyr est toujours très en honneur. Toutefois, ce sanctuaire parait être véritablement sous le vocable de S‘ Antoine ; mais le bourg, selon G. Rembault, [loc. cit., p. 18) reconnaît S‘ Maurice pour son patron. Tel pourtant n'est pas l'avis de M. le doyen actuel de Conty, qui attribue à S' Maurice le vocable de son église. T.’crreur viendrait de la vogue qu’eurent autrefois les pèlerinages à la chapelle et h la source de S' Antoine. La popularité du patron d’une cha])ello secondaire finit par lui faire supplanter le véritable titulaire de l'église.

Le monument est entièrement construit en pierres de bonne qualité, comme elles le sont généralement dans les environs, à Lœuilly, à Croissy et à Conty même, et l’appareil de la maçonnerie est très régulier.

Conty. — Plan de l’Église.

L'édifice s'élève sur un plan presque rectangulaire (i). Il se compose d'une nef de deux travées avec has-côtés, d'un transept qui n’excède pas la largeur des collatéraux, comme à Saint-Germain d'Amiens, et d’un chœur de trois travées aussi avec collatéraux.

Le sanctuaire comprend toute la troisième travée du chœur ; l'abside est rectiligne. A droite du sanctuaire, du côté de l'épitre et dans le prolongement du collatéral, s’élève la tour du clocher (2). Du côté opposé, la dernière travée du bas-côté a été convertie en sacristie. Par conséquent les collatéraux du chœur ne dépassent point l'alignement de la marche du sanctuaire.

Une tradition locale prétend que l’église de Conty est bâtie sur pilotis.

Est-ce la reproduction d’une légende qui a cours à Amiens, relativement à la cathédrale, ou ce fait est-il véritable ? La présence sous le monument, de la célèbre source de St Antoine dont nous aurons occasion de reparler, donne quelque vraisemblance à la croyance admise ; d’autre part, l’architecte Firmin Lombard, d’Amiens, qui édifia les halles du bourg, non loin de l’église, a constaté, à son grand regret, qu’il lui fallait construire sur un terrain mouvant (3).

(i) Cependant, à l’angle N.-E. de l'église, la muraille forme un biais d'où il résulte que la sacristie, située en cet endroit, à l'extrémité du bas-côté Nord, n’a point une forme absolument régulière. On distingue encore les traces d'une porte qui, du dehors, donnait accès dans cette sacristie.

(21 Le clocher communique avec le collatéral.

(3) V. G. Rembault, ioc. cit. p. 97. La position de l’église, édifiée dans une vallée, peut faire croire ù l’emploi de pilotis pour sa fondation. — Toutefois, le monument étant assez rapproché des coteaux qui bordent la rive droite de la rivière de Poix, on a pu aussi rencontrer la craie à peu de profondeur sous le sol. La fontaine de S’ Antoine paraît être une infiltration [movenant de ce banc crayeux. (Note de M. Piusard.)

Dimensions de l’église, prises à l’intérieur, d’axe en axe des colonnes : Nef ; largeur, 7”35 ; Bas-côté du

On a

lu.

début et

le

paraît un

peu

précédemment, que l'église de (>on,iv tut sans doute édifiée entre le milieu du xv!" siècle. Pourtant, la partie inférieure du clocher

d'un monument antérieur. Tout le reste de l'édifice date du temps qui précéda immédiatement la Renaissance. Cependant, il existe une certaine disparate entre Farchitecture de la nef (i) et celle beaucoup plus riche du chœur.

CoKTY. — Ancien portail de l'Église.

l.a façade, dans laquelle s'ouvre actuellement le portail principal, est une ceuvre de M. Deleforterie, d'Amiens. Cet architecte s'est inspiré de plusieurs détails qui lui étaient fournis par l'église même, pour tacher de mettre la nouvelle construction en harmonie avec le reste du monument. I.cs travaux furent exécutés vers 1S69; comme nous l'avons dit, ils venaient remplacer une taçade beaucoup plus ancienne.

Sud : largeur, .^"90 ; Bas-côté du Nord ; largeur, 5'”2ti. Longueur coiumunc pour ks trois : io"’i5. — Les deuxtravées de la nef sont diversement ouvertes. — Transept : largeur du X.ird au Sud, 17"'45 ; longueur 6'"i:l0. Chœur et bas-côtés, même largeur que pour la nef. La longueur du chœur jusqu'au fond du sanctuaire est do i5“75. Celle de chacun de sc.s bas-côtés de io"'75. Les travées du chœur sont d’une égale largeur. La longueur totale de l'éelise c-st de 32"‘7o. Hauteur des voûtes <le la nef, du transept et du clueur, i5“*5o ; des bas-côtés, 8 mètres. Ces mesures ont été relevées sur un plan obligeamment communiqué par M. Deleforterie, architecte à Amiens.

Il' Comme nous le dirons plus loin, cette nef a été très remaniée tant à l'intérieur qu’-à l’extérieur.

Celle-ci était d'une grande simplicité, mais d'un style mâle et sévère (i). Trois pignons la surmontaient. Ils correspondaient à la nef et à ses collatéraux, mais par une bizarrerie inexpliquable le pignon central ne formait pas un triangle tout à fait isocèle (2).

Vers le milieu, s'ouvrait un porche en tiers-poini, supporte par des colonnes engagées. Au-dessus on voyait une baie*, garnie d'un remplage. Le tout, si l'on en juge d’après les dessins, devait être l’œuvre du xiV siècle (3).

Une autre fenêtre apparaissait à gauche. Elle était ornée d’un remplage du XVI® siècle et correspondait au collatéral du Nord. Trois grands contreforts soutenaient cette partie de l’édifice.

A droite de l'entrée principale, s’élevait la trésorerie (4), maintenant détruite, et dont le souvenir excite encore les regrets des archéologues. Ce petit bâtiment était en partie suspendu en porte-â-faux sur un encorbellement. Son intérieur voûté d'arrêles renfermait une statue de Christophe, que nous retrouverons dans l'église (5). A gauche de la même entrée, la fontaine de Antoine, dont les eaux, suivant la crovance populaire, olfrent un puissant secours pour combattre les maladies des animaux, s'écoule toujours avec lenteur (6).

Cette fontaine prend sa source, sous l’église même, à la hauteur du transept,

près de l'autel de Antoine. L'eau circule d’abord sous un tunnel, qui vient aboutir au pied de la façade de l'église, dans un bassin disposé au fond

d’une fosse de trois à quatre mètres de profondeur, dont les parois sont maçonnées en pierres de taille. Un escalier, de vingt-deux marches, permet d'y descendre. L'eau s’échappe ensuite par une ouverture latérale, tourne autour de

l'église qu'elle longe au Nord, dans un canal souterrain, situé sous les dépendances de l'ancien prieuré, puis s'écoule dans des propriétés particulières pour aller, plus loin, alimenter un lavoir public.

Peut-être devrions-nous ici rappeler l'existence et la fin déplorable de ToiueltL\ une superbe truite qui, d’après la légende, vivait paisiblement vers la fin du siècle dernier, dans cette source limpide, en compagnie de ses compagnes nymphiqiies^ selon l'expression du bon Catonnet ; mais G. Rembault, a retracé

mieux que nous ne pourrions le faire, le drame qui trancha les jours de cette

triste victime d'une soldatesque affamée.

Quoiqu'il en soit, on voyait jadis l'image d'un poisson sculpté sur la façade de la trésorerie, tournée vers la fontaine. C’était, dit-on, un souvenir de la pauvre Toinette. Depuis, diverses tentatives fùrent faites pour élever des truites

dans la source de Antoine, mais toujours sans succès (7).

Si l'on examine, à l'extérieur, le côté méridional de l’église de Conty, on

(1) Dusevel ; Notice sur les églises d'Airaincs et de Conty. Ml-iii. de la Société des Ant. de France, t. XVII.

(2) V. Goze, Manuscrits à la Bibliothèque communale d’Amiens. Pour e.xprimer l'irrégularité de ce pignon.

Goze sous le dessin qu’il en a fait a écrit le mot a sic ».

13} Ce portail parait avoir eu quelque analogie avec celui de l’ancienne église des Cordeliers d’Amiens. Il n’était point tout à fait dans l'axe de la nef. (V. Garnier, Mémoires sur les Monuments religieux et historiques du depurtement de la Somme, etc. Amiens, Duval et Herment, 1839).

(4) Contre la façade du collatéral du Midi.

(3) Rembault, loc. cit. p. 15.

(6) De nombreux pèlerins visitent toujours la fontaine miraculeuse de S' Antoine. Le lundi de la Pentecôte, particulièrement en voit un grand corcours. Ils emportent de l’eau de la source, pour s'en servir contre les épizooties.

(7) Le rôle que la légende assigne à Toinette conviendrait plutôt à une carpe qu’à une truite. Mais la carpe n’existe point à Conty, et l’on affirme qu’il n’est pas très rare de voir des truites dans le bassin de la fontaine, où du reste elles ne séjournent plus.

remarque une notable différence entre rarchitecturc du chœur et celle de la nef. Cette partie doit être la plus ancienne, bien que s'écartant peu de 1 âge de 1 autre dont elle sc distingue surtout par l'absence d'arcs-boutants. La restauration en fut entreprise lors de la reconstruction du portail (i) ; mais elle resta inachevée. Deux baies en tiers-points éclairent le collatéral. Elles sont garnies de remplages fort élégants, qui se reproduisent uniformément à toutes les fenêtres de ! édifice, dans sa partie inférieure.

Un contrefort, avec clocheton à crochets, s'élève entre les deux fenêtres, et une corniche, non encore dégrossie, règne tout le long du bas-coté. L ornementation extérieure de la nef est conforme à celle du collatéral, mais les remplages des fenêtres v sont variés (2).

La croisée sud du transept, dont la partie supérieure émerge au-dessus du bas-côté, était éclairée jadis par une seule fenêtre sur chacune de ses faces. Ces baies ont été bouchées, pour assurer la solidité de la construction, mais leurs remplages délicats devaient être du plus gracieux effet. Ihie corniche sculptée et représentant un bâton noueux (3), entouré d'une banderolle enroulée en spirale, décorait naguère cette partie de l'édifice.

A l'extrémité du transept méridional s'ouvre un portail secondaire (4). Il est compris entre deux contreforts rectangulaires mutilés, mais pourtant surmontés encore de capricieuses gargouilles et de clochetons ornés de crosses 's’égétales. Des séries d'arcatures ogivales, genre de décoration assez fréquemment usité dans la région picarde, semblent dessiner des panneaux sur les parois de ces piliers-

butants. Le portail n'est point exactement percé dans l’axe du transept. 11 est divisé en deux parties par un trumeau à moulures prismatiques. — Chacune de ces portes est cintrée en anse de panier, avec accompagnement des mêmes

moulures. — Au-dessus, un tvmpan ajouré se subdivise en deux arcs en tiers-point ornés de fort jolies nervures lancéolées. La voussure, peu profonde, est aussi décorée de moulures prismatiques. Un élégant feston à redans contourne la partie intérieure de l'archivolte, que garnissent au-dessus des crosses de feuillages. Cette archivolte se terminait jadis par un épi aujourd’hui brisé. L ensemble qui vient d'être décrit fait une légère saillie sur un fond orné d arcatures. Plus haut, s’ouvre une ^■aste fenêtre, à moulures prismatiques, subdi^■isée en deux arcs en tiers-point sans ornements. Un pignon {5i tout uni termine la façade.

A droite et à gauche du porche sont placés quatre Saints sous des dais d'une

grande richesse. Il y en a deux de chaque côté. Ces statues représentent, en avant, des personnages recouverts de longs vêtements du xvP siècle, et coiffés de toques ; celui de droite, laisse voir le bas de sa jambe nue. Ils tiennent des phylactères. (dn a crû reconnaître en eux d’anciens seigneurs de Conty, bienfaiteurs de l'église. Cette opinion nous paraît erronnée et nous voyons seulement ici des Saints inconnus (6).

Il' A kl mêin.i epoquo le sol fut abaissé de plus d'un métré le de la façade méridionale de l’église, de manière à dégager entièrement le soubassement mouluré qui entoure le monument et se trouvait complètement enterré de ce cétté.

12 La partie supérieure de cette nef, est une construction moderne. A l’origine sa hauteur u'e-xcédait pas celle des collatérau.s.

131 On ne voit plus C[u'une faible portion de ce motif ornemental très souvent employé en Picardie au xvk siècle.

.g II était naguère enlaidi par un auvent.

151 Les angles dièdres du tran.sept sont pourvus de deux demi-colonnes cylindriques, une de chaque côté. Crtle disposition est tout l'i f.ait exceptionnelle.

(bi La tête de l'un deu.'; a été refaite.

Au second plan, on remarque S* Sébastien, cuirassé et casqué. 11 tient des flèches à la main et s'appuie sur un arc aujourd'hui brisé. Ce martyr n'est ainsi représenté que très exceptionnellement, aussi cette statue offre-t-elle un réel intérêt iconographique. Vis-à-vis, se trouve la représentation de St Adrien, en costume de guerre et bien caractérisé par l'enclume qu'il porte à la main et par le lion couché à ses pieds. — G. Rembault nous apprend que ces quatre figures ont été restaurées en 1844.

Le collatéral méridional du chœur, est aussi éclairé par deux fenêtres

Ogivales, surmontées d'archivoltes, qui ne se distinguent pas de celles précédemment décrites. Mais elles sont séparées par un contrefort orné de gargouilles à sa partie supérieure, comme ceux du portail du Sud. Un arc-boutant, d'un jet très hardi, prend naissance latéralement sur ce contrefort et va étayer la façade du transept (i). Le contrefort lui-même (2) a été

CoNTY. — Le clocher de l’Ég^lise vu de la place.

renforcé au moyen d'un massif, disposé perpendiculairement à son axe, de l'aiure côté de l’arc-boutant afin d'en contrebalancer la poussée. Le plan de ce contrefort forme donc un angle droit, au sommet duquel s élève un clocheton orné de crochets. Deux clochetons semblables sont disposés aux extrémités des côtés de l'angle et tous trois ont été réunis par une galerie évidée. — Cette disposition originale fait songer au couronnement des piliers-butanls de plusieurs églises normandes des xv® et xvf siècles.

Une jolie galerie, gracieusement ajourée, court le long du collatéral au-dessus de la corniche, réduite ici à une simple moulure.

(Il Cet arc-bi.'Utant produit un effet assez bizarre, car il n’exisle pas de l’autre côté du transept, où pourtant on a retrouvé l’amorce d’un similaire. (V. Goze, Manuscrits, toc. ciï.)

(2) Le contrefort change de forme vers son sommet et prend celle d’un éperon.

Nous sommes arrivés au clocher, qui est peut-être la partie la plus lemaïquable de 1 église de Conty. Ou peut attribuer au xiv^' siècle, la base de cette belle tour quadrangulaire, cantonnée de contreforts. Des moulures horizontales, en forme de larmiers, semblent extérieurement la diviser en plusieurs étages, mais cela ne correspond pas aux deux réduits superposés qu'elle dût renfermer jadis. Aujourd'hui, leurs voûtes n’existent plus et l'on ne voit que les retombées des nervures fi). La tour est éclairée par des baies rectangulaires. L’escaher, qui donne accès au beffroi, est en pierre. U s’élève en spirale dans une cage carrée qui, extérieurement, fait saillie, à l’est, jusqu'aux deux tiers de la hauteur totale de la tour (2). Des pinacles, à crochets, surmontent les contreforts, et, sur chaque face du beffroi, sont percées deux ouïes ogivales

géminées, surmontées d’archivoltes, avec crosses végétales et épis. Des remplages, d une grande délicatesse, ornaient autrefois ces fenêtres. Un seul subsiste encore, à l'Orient, et fait regretter les autres. La tour est surmontée d’une corniche et, cà ses quatres angles, des amphibies, — pour parler comme le géomètre Catonnet, — des gargouilles monstrueuses, se projettent hardiment dans l’espace. Une galerie de pieric entourait autrefois le clocher, à la base de la pyramide de charpente, recouverte d ardoises qui le couronne. On a remplacé provisoirement cette galerie, par une misérable rampe en bois (3j. Une statue du x\'['' siècle, représentant St Antoine, est adossée, sous un joli dais, à l'angle Sud-Est du clocher. Le

pieux solitaire, est en costume monacal ; il semble lire dans le livre qu’il tient de la main gauche ; dans sa droite, on remarque encore les débris d’un tau et d un chapelet ; son fidèle compagnon l’accompagne. Tous deux marchent sur des flammes.

L église se termine carrément. L’abside est percée d'une seule grande fenêtre

ogivale, garnie d un très beau remplage et comprise entre deux contreforts sans ornements. Une gargouille a été disposée juste au-dessus de la pointe de cette fenêtre, ce qui est assez rare. Une galerie, remplacée aujourd’hui par une

maçonnerie en briques d un fâcheux effet, régnait jadis au-dessus de la corniche de ce côté de l'édifice.

Il est nécessaire, pour examiner la partie septentrionale de l’église, de pénétrer dans une propriété particulière, dépendant naguère du prieuré de Antoine. De ce côté, des remplages très variés embellissent les fenêtres du collatéral du chœur. Elles sont séparées par des contreforts enrichis de pinacles et de clochetons

(i) Le premier formait le rez-de-chaussée. L'autre était à l’étage.

(2} Des traces nombreuses de balles, déjà signalées, sont encore très visibles près des meurtrières de cette cage d’escalier.

(3) tour de Conty masure 27 mètres depuis le sol, jusqu'au-dessus de la corniche. — Le coq se trouve environ à 40“ 30 de hauteur. (Renseignements fournis par un plan en élévation communiqué par M. Deleforterie, architecte.)

Par arrêt du Parlement de Paris en date du 8 août 1690, confirmé le 13 février 1692, les marguillers habitans et communauté de S‘ Antoine de Conty sont tenus de faire descendre les deux costés Je la balustrade qui restent au haut du clocher et qui sont en péril éminent 'sic), comme il est rapporté par le rapport de Croqiioison, architecte, du 20 septembre 1688. — Cet arrêt oblige encore les susdits à faire réparer la nef, le clocher, les chapelles collatérales etc. Mais le prieur de Conty est tenu d’entretenir le chœur et cancelle, de fournir le pain, vin, luminaire, ornements et livres aux quatre grandes fêtes annuelles, jusqu’à concurrence du tiers des dixmes et revenus temporels du prieuré.

L’ouverture de la terre da chœur (pour les inhumations) ne peut être faite sans la permission du prieur et celle de la terre de la nef ne peut s’accomplir sans l’autorisation des marguillers et de quatre notables habitants qui auront fait fonction de marguiller.

(V. Arrests notables du Parlement rendus en faveur des ctire^ primitifs, etc. A Paris, chez Guillaume Sangrain, etc. s. d. — Bibliothèque de M. Pinsarci.)

à crochets, dont plusieurs ont etc détruits. Trois gargouilles contribuaient autrefois à l'ornementation de chacun de ces contreforts, qui servent aussi de points d’appui à de légers arcs-boutants destinés à soutenir la voûte du chœur. Celui-ci est éclairé par trois fenêtres, à meneaux flamboyants et à moulures prismatiques, l’ne corniche, très simple, fait le tour de cette partie de l'édifice. Autrefois, une galerie sculptée à jour, remplacée maintenant par un parapet de briques, devait compléter cet ensemble. Près du transept Nord, on remarque la même disposition que du côté opposé, dans l'agencement du contrefort et du dernier arc-boutant. La façade de ce transept présente une jolie fenêtre, de même style que celles précédemment décrites. Cette baie n'est point dans l'axe de la

construction. Au-dessu.s, règne un talus, puis une belle rosace, inscrite dans un arc en tiers-point, épanouit scs pétales nouvellement restaurés. Le pignon s’élève ensuite; il est sans décoration, mais, vraisemblablement, il devait naguère être orné de deux clochetons placés à sa base. Cette façade est accompagnée, d un côté, par un contrefort avec pinacle, de l'autre, par la partie supérieure d'un piiierbutant, couronné comme il vient d'être dit, mais qui, au lieu de descendre jusqu'au sol, le long de l'édifice, vient s'appuyer, sur l'extrémité du pignon, d'une sorte d'édicule fortement en saillie sur le nu du mur. Là, se trouve une vaste niche, formant chapelle, dont l'ogive, composée de deux arcs diliérents, s'adosse en partie contre le transept, en partie contre le collatéral de la nef.

Cette adjonction ne paraît pas sensiblement postérieure à la construction de l'église. — Entre les jambages de cette niche. 011 aperçoit par une ouverture

rectangulaire, l'eau de la fontaine de Antoine, qui de ce côté, coule au pied des murailles de l'église.

Après cette chapelle, se développe le bas-côté septentrional de la nef,

semblable à celui qui lui est opposé.

Si l'on pénétre dans l'église par le portail principal, on est d'abord

frappé par l'aspect assez imposant qu'elle présente ; mais bientôt, en analysant

les détails de l'architecture, on est tenté de critiquer sa lourdeur, due en particulier au galbe ingrat de ses piliers construits sur un plan ondulé (i), et

aux disgracieuses archivoltes qui surmontent les arcades de la nef et du

chœur (2).

Les piliers reposent sur de hautes bases ornées de prismes, assez fréquemment employées au xvi* siècle. Leur fût est formé d'un faisceau de grosses moulures rondes, alternativement creuses et saillantes.

La nef et ses collatéraux comptent deux travées d'inégales largeurs. Les moulures prismatiques de leurs arcades en tiers-point se perdent dans le fût des piliers. Ceux-ci, après avoir dépassé l'endroit où se courbent les arceaux, se

noient aux deux tiers dans la maçonnerie et montent ainsi jusqu'à la naissance des voûtes, interrompus seulement pour une grosse moulure qui les contourne et règne tout autour de l'église, sous les fenêtres de la partie supérieure (3).

Lrimitivement, le chœur, ses collatéraux, la croisée du transept, et son bras

.'i; On rencontre des piliers semblables, dont le plan serait une circonférence ondulée (si Ton veut passer

cette expression) à la cathédrale de Beauvais, à S' \’ulfran d'Abbeville et dans le canton de Cunty même, à Frémnntiers.

(2) Ces archivoltes n’existent pas dans le transept.

(31 Cette partie du monument est moderne.

méridional, possédaient seuls des voûtes. Le reste du monument était recouvert d une toiture sommaire qui, de 1 intérieur, laissait voir « les chevrons, les lattes, les tuiles et les ardoises » (i). En 1822, cette portion lût plafonnée et on y ajouta des arêtiers en bois pour simuler une voûte d'ogives.

Enfin, la nef centrale fut récemment exhaussée et recouverte d’une voûte avec pendentifs et nervures. Celles-ci viennent retomber au-dessus des piliers sur de lourds bourrelets feuillages qui jouent le rôle de chapiteaux.

Partout où les voûtes sont anciennes, les nervures sont très saillantes et leuis nombreux pendentifs fort richement sculptés d'ornements délicats dans le style de la Renaissance. Plusieurs d'entre eux offrent des personnages assez difficiles a reconnaître, sous 1 épais badigeon qui les recouvre. Pourtant, un pendentif au-dessus du maître-autel, offre la représentation d'un ange ; un autre, à la cioisée du transept, montre la Vierge, debout sur un croissant (2}.

Comme dans la nef, les nervures des voûtes du chœur s’amortissent, au-dessus des piliers, sur un bourrelet garni de feuillages formant chapiteau. Ces ornements sont plus gracieux que ceux décrits ci-dessus à cause de leurs moindres proportions.

Les voûtes des bas-côtés du chœur ne donnent point lieu à des remarques particulières. Nous signalerons seulement un écusson, aux armes de Bourbon- Conty (3), placé sur une de leurs clefs, près de la chapelle de Catherine. Cet écusson semble prouver que la partie de l'église, où il se trouve, fut décorée postérieurement à i55i, époque où la seigneurie de Conty passa à la Maison de Bourbon.

Dans les angles du transept, aux deux extrémités, les piliers n'existent point. La, les nervures des voûtes se groupent en masses compactes d’un bel effet, et viennent reposer directement sur la grosse moulure qui règne autour de 1 église. De petits monstres sont sculptés sous chacun de ces faisceaux (4).

Il nous reste à décrire les sculptures, les tombeaux et quelques objets intéressants conservés dans l’église de Conty.

Nous signalerons d’abord un Christophe, statue plus grande que nature, placée intérieurement, près du portail principal. C’est une sculpture en pierre datant du xvi® siècle. Elle est d’une exécution assez médiocre et contribuait jadis à la décoration de la trésorerie d'où elle fut rapportée dans l'église. Le Saint, est représenté dans son attitude habituelle : il traverse un fleuve, en portant 1 Enfant Jésus sur ses épaules, et en s'appuyant sur un long bâton (5).

Si 1 on continue à remonter le collatéral du Midi, on remarque bientôt à gauche, adossée contre un pilier du transept à l'entrée du chœur, une chapelle dédiée à la Vierge. G. Rembault, nous apprend que cet autel provient de

(1) V. le M. S. de Catonnet.

(2) G. Rembault a reconnu, dans d’autres pendentifs, les images de la Trinité, de S‘ Maurice, etc. On distingue aussi le Christ en croix d l’un de ceux du chœur.

{3) <' De France, à la bordure de gueules, au bâton péri en bande de meme n. — Ici, le bâton a été omis.

Un fragment de vitrail ancien conservé dans l’église de Cont\', porte la date de 1546. C’est un débris de quelques cenlimètres carrés, serti dans l’une des verrières du chœur. On voit encore aux fenêtres de l’église divers fragments de vitraux et notamment des dais, des anges tenant les instruments de la Passion, d’autres adorant le Père éternel, etc.

(4) Le carrelage, en marbre, de l’église, ne mérite pas d'étre signalé.

(5) Ce soutien présente la particularité, qu’il est composé d’une série de cvlindres de pierre, sculptés et enfilés sur une verge de fer. I! est moderne ainsi que le bras du Saint, et la tête de l’Enfant Jésus.

l'ancienne église d'Ailly-sur-Noye et qu’antéricurement il appartenait à 1 église du Saint-Sépulcre de Montdidier, à qui il avait été donné par un maiguillier, M. Caron, seigneur du Petit-iMailly. Cette œuvre date de lôyS, elle est en bois et très surchargée de sculptures maintenant empâtées sous des badigeons léitérés, de plus, on l’a exhaussé au moyen d’un entablement moderne assez disgracieux. On y remarque latéralement les statuettes d un pape et de Louis placées dans des niches. Cet autel porte aussi quatre écussons recouverts de couleurs arbitraires, mais qui présentent, entre autres, les blasons des familles montdidériennes Caron et Cavé. Un troisième écu semble parti des armes de la famille Cauvcl (i).

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Si l’on avance de quelques pas dans le collatéral du chœur, on remarque bientôt un petit tableau accroché à la muraille. Cette jolie grisaille, du xviu' siècle, représente le Christ imploré par la Vierge et .lean. Plus loin, près d'une chapelle dédiée à Nicolas (2}, qui s'adosse au clocher et termine le bascôté méridional, l’attention est attirée par une piscine dont l’encadrement appartient au style de la Renaissance le mieux caractérisé. On a eu la singulière idée de sceller, au fond de la niche que forme cette piscine, une plaque de marbre noir où on lit 1 inscription suivante, gravée en lettres d’or :

Ar le Chanoine Pipant Ancien Curé Doyen de Conty

Se recommande humblement Aux prières de la paroisse pour laquelle il a fondé à perpétuité et des messes dans l’église et des secours aux pauvres 10 Juin 1875 J. M. J.

Dans le bas-côté opposé, près du grand portail, un fragment de picire tombale, d'un haut intérêt, est conserve sans les soins qu'il mérite.

(1) Voici la désignation rétablie des quatre écussons.

1” D'azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux croissants, et cTi pointe, d une étoile soutenue d’un croissant, le tout d'or, ciui est Caron.

2” De gueules, a trois étoiles d'argent, posées 2 et i. qui est Cavé. — L’écu est losangé et entouré dune cordelière.

De . A la fasce de . chargée d'un croissant de . et accompagnée en chef de deux étoiles

de . et en pointe, d’une coquille de . . qui serait Petit d'après Goze (M. S. Loe . cit.\. Mais la

famille Cauvel de Beauvillé, dont le blason est accolé à celui-ci, dans la désignation qui va suivre, attribue d'autres armes à la famille Petit. (Renseignement de M. F. de Beauvillé.)

4'’ Parti, au 1, comme ci-dessus ; au 2, d’azur A trois gourdes d'argent, qui est Cauvcl.

(2) Sur le coffre de l’autel, sont les initiales de S‘ Eloi.

Ce fragment fut découvert en creusant les fondations de la nouvelle façade de 1 église, sur 1 emplacement de 1 ancienne trésorerie : c'est un marbre noir de Belgique où se trouve, sculptée en relief et de grandeur naturelle, la représentation d un jeune homme couché. Sa figure est imberbe et sa coiffure symétrique. Il ne porte point la tonsure, ce qui peut laisser supposer que cette tombe recouvrait un laïque. La tête du personnage repose sur un coussin ; les épaules et les bras

CoNTV. — Pierre tombale.

sont nus. La main droite s'appuie sur la poitrine et la gauche vers la ceinture. Le reste du corps est recouvert d'un linceul dont les bords flottants dessinent des plis qui forment, tout au tour du cadavre, une sorte de feston assez semblable aux découpures des ailes d'une chauve-souris. .Malheureusement, la pierre a été brisée à la hauteur des genoux du personnage et cette seconde portion n'a point été retrouvé.

Au-dessus de la tête du défunt, se déploie une arcade trilobée, dont les

retombces reposent sur des chapiteaux simplement moulurés, soutenus chacun par une crosse végétale formant console. Sur cette arcade, vers les extrémités s élèvent deux tourelles percées de trois meurtrières et surmontées de toits coniques

terminés par des globes. Au milieu, on distingue une lanterne ajourée

d'un quatre feuilles entre deux meurtrières; une toiture, en forme de cône sommé d'une calotte, lui fait une sorte dô dôme; dans les intervalles, existent deux membres d'architecture, comparables à des pignons dont la pointe serait amortie par des croix posées sur des globes. Quelle sépulture a recouvert ce tombeau ?... L'absence de toute inscription, le silence des traditions locales,

rendront probablement toujours cette question insoluble, mais la sculpture

remarquable de ce monument en fait un objet du plus grand intérêt que 1 on regrette de voir abandonné dans le coin d une église, où il est exposé, par la force des choses, à subir les outrages des eniants qui en font tout naturellement leur marche-pied. Jusqu'à présent, pourtant, sa conservation est satisfaisante, et nous croyons pouvoir l'attribuer à la lin du xih siècle ou à la première moitié du xni" siècle. Ln ellét, les ornements qui couronnent l'arcade trilobée, présentent de l'analogie avec les dais placés au-dessus de plusieurs saints personnages, au

grand portail de la Cathédrale d’Amiens. Or, ces sculptures sont précisément de l'époque que nous avons déterminée en dernier lieu

Un seul petit monument funèbre a été encastré dans la muraille du collatéral septentrional de la nef. C'est un bas-relief du xvt^ siècle qui représente, sans grand mérite artistique, la Cène, Jésus lavant les pieds de ses disciples, et le

donateur a^'ec sa femme, tous deux accompagnés de leurs saints pations. Ces

dilférents groupes sont encadrés par la même arcade fieuronnée, soutenue par

deux petites colonnes, dont l’iine est surmontée d une figurine à demi brisée, représentant Catherine. Au-dessous un ange soutenait un écu.

Plus loin, contre la muraille du transept, on voit la statuette de Barbe, placée sur un socle soutenu par un ange qui tient aussi un écusson vide, et celle de Ste Catherine, debout dans une niche richement décorée dans le goût de la Renaissance. Ces deux sculptures sont du xvf siècle.

Enfin voici, toujours contre la meme paroi, un second tombeau encadré comme celui dont on a lu plus haut la description. Mais ici, la \ ierge apparaît, assise sous un baldaquin, entre un chanoine reconnaissable a 1 aumusse qu'il porte sur le bras, et une dame, en costume du xvi" siècle. Ces deux personnages sont agenouillés et accompagnés de leurs saints patrons. Au-dessous, on lit cette inscription, en caractères gothiques ;

gifent tDnrg^te ij^i-ouy en eo vivat feme î)c bc

CoOnoMt Coiirgoic: et marefint bc fa Joife bc jefia bc

Cüfmont leur fif; rclTiffieiiy bc fa66c^'c bc J>aiiiet Æiucuti!) et eiicc bc ccaïuu prie; 0.'cu go eufy.

Un ange, tenant un blason elfacé, est sculpté sous 1 inscription.

A une faible hauteur, au-dessus de ce petit monument, se trouve un grand socle supportant maintenant une statue moderne. De nombreuses sculptures enrichissent ce support, où l'on voit aussi deux anges qui soutiennent un écusson recouvert d'un badigeon uniforme.

Un tableau, signalé par tous les auteurs qui ont décrit l’église de Conty, a

ete accroche, trop haut pour qu'on puisse bien le distinguer, contre la paroi septentrionale du transept. C’est une peinture du xviP siècle, qui a subi de barbares restaurations. Vu son état lamentable, ce tableau vaut à peine l'honneur d être cité. 11 représente le triomphe du Christ, sujet souvent traité par les peintres flamands.

Contre le pilier de la croisée du chœur, à l’entrée du sanctuaire, existe, disposée symétriquement à l'autel de la Vierge que nous avons décrit plus haut, la chapelle de St Antoine, but du célèbre pélérinage dont on a déjà fait mention.

Le rétable de cet autel est en bols sculpté et accuse le style du xviii' siècle. On y remarque deux bas-rehefs : l'un, représente St Antoine au désert, et l’autre, St Maurice, en perruque et en armure de style Louis XV. Dans la niche centrale, est placée une médiocre statue du Saint, titulaire de la chapelle. Son utile compagnon l’accompagne et porte une clochette suspendue à l’oreille, fait assez rare dans l'iconographie de St Antoine.

Pour installer 1 autel que nous voyons aujourd’hui, on dut en faire di.sparaître

un autre, probablement contemporain de la construction de l’église, si l’on en

juge par un très délicat et élégant clocheton de pierre qui est resté accroché contre le pilier de la croisée, comme pour faire regretter aux générations actuelles ce qui a été détruit.

Nous ne voulons pas omettre de signaler encore, une vulgaire pompe de jardin, placée près de 1 autel de S* Antoine, pour faire monter dans l’église,

1 eau de la fontaine vénérée qui s écoule à quekjues mètres, sous le dallage, et aussi, à l’extrémité du collatéral du Nord, contre la sacristie, un autel dédié à Ste Catherine.

Le chœur est garni d’assez belles stalles sculptées au début du xvm' siècle. Le sanctuaire est fermé par une jolie grille en fer forgé, datant de l’époque de

Louis XV. Cette partie de l’édifice est revêtue de très belles boiseries exécutées

sous le règne précédent. Le maître-autel, de même style que les lambris, est aussi en bois. On remarque, sur le coffre, un beau buste en bas-relief de la Vierge, vue de profil. Deux autres bas-reliefs, où l’on voit les Evangélistes, ornent le rétable.

De chaque côté de 1 autel, sont placées des statues de grandeur naturelle,

sculptées sur bois et peintes en blanc : l’une représente la Vierge, portant l’Enfant Jésus, et 1 autre S‘ Joseph. — G. lîembault nous apprend qu’elles proviennent de 1 église des Carmes d’Amiens, et qu’elles sont dîtes au ciseau de Cressent. Ce célèbre artiste amiénois serait aussi l'auteur des statues de St® Thérèse et de St Jean de la Croix, qui se dressent actuellement à l’entrée du sanctuaire.

Pourtant Catonnet ne partage pas cet avis (i).

Nous ne pousserons pas plus loin la description de l’église de Conty ; aussi croyons-nous avoir fidèlement signalé tout ce qu’elle présente d’intéressant. Certes, on aurait pu prolonger cette notice, en indiquant notamment les nombreuses améliorations dont l’édifice a profité depuis un demi-siècle et parmi lesquelles il faut mettre en première ligne l’installation de vitraux coloriés. Toutefois, nous devons avouer que souvent les donateurs de ces verrières ont été inspirés dans

leur choix, plus par leur zèle que par le bon goût. Il serait possible ici,

comme dans tant d’autres sanctuaires picards, de faire plusieurs critiques du même genre ; n’est-il point préférable de s’abstenir ?

(i) G. Rembault ne signale qu’une cloche à l’t-glise de Conty. — 1! en donne l'inscription [loc. cit., p. 22). Depuis, une deuxième cloche est venue compléter la sonnerie; la première avait été fondue par les Cartenet père et fils.

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