FA CHAPELLE DE SAINT LAMBERT
Dans un bouquet de beaux arbres, à peu de distance du village, s’élève sut 1 un des cotés du cimetière de Sentelie la chapelle de Saint-Lambert.
Cet édifice, entièrement construit en pierres, (i) est évidemment la création d un habile architecte du xvf siècle, car malgré ses dimensions restreintes et la simplicité des procédés qui y sont employés, la justesse des proportions et la beauté de 1 appareil font de ce monument une œuvre de choix.
La chapelle se compose d une nef et d'une abside à trois pans.
Le portail ne comporte aucune ornementation. C’est une baie cintrée en anse de panier, ouverte dans une muraille unie. Un larmier qui règne tout autour de 1 oratoire en passant sous les fenêtres, contourne cette porte en manière d'archivolte. Les deux contreforts qui la fianquent viennent seuls rompre la monotonie de cet ensemble, tout en soutenant un pignon, lui-même dépourvu d'ornements, mais muni à sa base d’un second larmier et terminé par un campenard dont l'unique ouïe est aujouid hui privée de sa cloche. Aux angles de cette façade sont construits deux auties contreforts posés obliquement et dotés, comme tous ceux de féditice, d’un second larmier placé un peu plus haut que le premier, mais disposé seulement sur la face antérieure des piliers butants.
La chapelle s’élève sur un soubassement orné d'un simple talon.
Au-dessus de l'entrée principale est fixée l'inscription mortuaire d'un ancien curé de la paroisse de Sentelie, l'abbé Bocclardi, mort le 14 juillet i83o.
Dans chacun des intervalles qui s’étendent entre les fenêtres de la nef (,2) se
(1) Des restaurations en briques y ont été faites. D'après le docteur Goze (M. S. ïoc. cit.)^ la chapelle de Saint-Lambert mesurerait 20“ de longueur, 7"’ de largeur et lo'" de hauteur, mais l'auteur déclare que ces mesures sont approximatives.
I2) Entre les fenêtres de 1 abside les contreforts sont légèrement en forme d’éperons
dresse un contrefort rectangulaire contourné par le monument en passant sous les fenêtres comme il a butants sont terminés par un glacis d’où émerge recouverte par une surface cintrée formant toiture, est orné parfois d'une naïve sculpture représentant
larmier (i) qui longe tout le été dit ci-dessus. Ces piliers une partie droite ou bahut, Le petit pignon ainsi encadré une face humaine.
Semtelie. — Chapelle de Saint-Lambert.
Une corniche moulurée couronne tout l'édifice. (2)
Les fenêtres en tiers-point sont surmontées d'archivoltes dont le profil est semblable à celui du larmier; ces baies sont divisées en trois parties par des meneaux et encadrées de jolies moulures. Leurs remplages flamboyants se divisent dans la lancette en compartiments variés mais généralement de bon goût, sauf pour les deux premières de la nef de part et d'autre de 1 édiflee, où l'architecte (3) s est livré à des combinaisons plus étranges qu'élégantes, signes certains de la décadence d’un art.
Sous la fenêtre centrale de l'abside on a placé quelques inscriptions funéraires.
(t) Ce larmier se contourne pour former une archivolte au-dessus de la première porte latérale, située près du portail du côté de l’évangile. Du même côté mais plus près de l’abside se trouve une deu.vivme porte simplement ornée «If moulures.
(2) Un toit en ardoises le recouvre entièrement.
(3) Est-ce l’architecte primitif de la chapelle qui a conçu cette ornementation bizarre ?
Elles indiquent que non loin de là reposent trois anciens pasteurs de la paroisse (i) ;
Charles François Delaplanche, mort le lo avril 1753 ;
Joseph Beinard leinisien, né a Souplicourt, curé de Sentelie, de 1753 à 1767, vicaire général de l’évêque de Tulle, mort à Amiens le 12 ventôse an xu, à 77 ans et demi ;
Enfin, François Noël Brailly, né à Doullens, curé à partir de 1767, décédé le S décembre 1S09 (2).
L’intérieur de la chapelle forme un beau vaisseau éclairé par les fenêtres décrites ci-dessus (3). La nef est divisé au moyen d’une clôture de bois, en deux
Sentelie. — Fenêtre de la chapelle.
(1) Nous citerons pour mémoire un curé de Sentelie, Jacques Bloucquel, maître du Puy d’Amiens en 1522. Jouant sur son nom, comme il était d'usage à son époque, il avait adopté ce vers pour refrain palinodiaî :
« Digne bouclier de valleur et deffence •».
Son tableau était accroché contre l’un des piliers de la cathédrale d'Amiens, près des fonts baptismaux. Jacques Bloucquel était commis-garde de la Trésorerie de Notre-Dame d’Amiens. 11 portait : « Ecartelé, aux i B et 4 dazur au chevron d’or accompagné de trois besans de même. 2 en chef, i en pointe, aux 2 et 3 de
B gueules à trois lions d’or posés 2 et i, à l’orle de fleurs de lys de même, qui est d’ippre. » {Epitaphicr de la
Bibliothèque des Antiquaires de Picardie.)
En 1686, Jean Dincourt, curé de Sentelie, prenait le titre de chapelain de Saint Lambert. (V. dans les églises châteaux, beÿrois et hôtels-dc-ville les plus remarquables de Picardie et d'Artois, etc, la notice intitulée ; Château, terre, et seigneurie de Thoix, par G. Rembault, p. 14, note au sujet de l’inscription d’une cloche de l’é^^lise d’Olîoy (Oise).
(2) On remarque encore les traces d’une litre funèbre entourant l’oratoire. Nous devons aussi signaler sur le
flanc nord de 1 édifice, près du portail principal, une unique gargouille représentant un chien.
(3) La chapelle de Sentelie compte onze fenêtres : trois sont absidales, quatre éclairent le chœur (deux de
chaque côté), et quatre la nef (il y en a pareillement deux de chaque côté).
parties à peu près égales : la première est réservée aux fidèles, l'autre sert de
chœur. L'autel est placé dans l'abside.
l'n larmier, pareil à celui que nous avons signalé à l'extérieur de l'édifice, en fait aussi le tour intérieurement. Il passe de même immédiatement sous les lenètres, mais de chaque côté de la nef, entre la deuxième et la troisième baie en
comptant depuis le portail, ce larmier se relève de manière à dessiner sur le mur une arcade en tiers-point. Près de func d'elles, contre la clôture du chœur du côté de l'épître, une piscine moulurée a été ménagée dans l'épaisseur de la muraille, ce qui semble prouver que primitivement la chapelle possédait deux
autels : l'un situé dans le sanctuaire, l’autre à proximité de celte piscine, à l'endroit où se dresse la clôture actuelle.
Une sablière en bois sculpté, sur laquelle vient s’appuyer la charpente du
toit, fait tout le tour du monument ; cette sablière se compose de deux parties placées en retrait l'une sous l'autre. La première est décorée d'une série de cintres surbaissés qui enserrent entre leurs extrémités une grosse moulure horizontale, semée de petites rosaces. Deux rangs de dents de scie opposées forment l'ornementation de la seconde.
Dix blochets ornés alternativement de têtes d'hommes ou de femmes diversement coiffées, divisent cette sablière à intervalles réguliers.
Toute la chapelle est recouverte d’une voûte en forme de carène, aujourd'hui plafonnée, mais peut-être lambrissée autrefois. lœs entrais et les poinçons sont apparents.
Aucun des meubles qui garnissent l'oratoire de Sentelie n’est particulièrement remarquable. Nous citerons cependant une statue de Y Ecce Homo où le Christ est représenté assis et une figure de saint Antoine, coiffé d'une barrette qui lui protège les oreilles et accompagné de son compagnon favori. Ils marchent tous deux sur des dammes.
L'objet le plus curieux que renferme la chapelle de Saint-Lambert est certainement un tronc destiné à recevoir les aumônes des fidèles. C'est une portion de poutre d'environ un mètre de hauteur, posée debout sur le sol en manière de borne ; une sorte d'armure composée de lames de fer réunies par de gros clous, la blinde entièrement et lui donne un aspect des plus singuliers.
Le monument que nous venons de décrire est le but d'un pèlerinage encore assez fréquenté le dimanche qui vient après le 17 septembre et pendant la neuvaine suivante (i). Les infirmes s'y rendent tout particulièrement et jadis des trophées de béquilles étaient suspendus comme ex-voto près de l'autel {2). Lorsque ce pèlerinage était plus florissant, une sorte de foire modeste se formait autour du sanctuaire. Là s'organisaient des jeux variés ; on s'y livràit au plaisir de la danse, on faisait la cuisine en plein air, enfin pendant la nuit, la chapelle elle-même servait dit-on de dortoir à la foule des pèlerins, usage abusif que les curés des environs eurent beaucoup de peine à faire disparaître, selon le témoignage du docteur Goze. (3) Aujourd’hui, les boutiques sont rares et les réjouissances presque nulles aux abords de foratoire de Sentelie. Quelle est l'origine de ce pèlerinage ? Cela demeure mystérieux. Goze déclare que toutes les archives de la chapelle ont péri par suite de la négligence de la personne qui en était
11) Un grand nombre de grafbtes recouvrent extérieurement les murs de la chapelle. Ce sont des noms de pèlerins dont les plus anciens remontent seulement vers le milieu du xvii* siècle. i2i Quelques béquilles sont encore suspendues prés de la clôture du chœur.
(3) Dans ses M. S., le docieur Goze a rayé les détails que nous reproduisons ici.
dépositaire et le père Daire ne semble pas s'être occupé d'élucider cette question. Nous sa\ons seulement qu en 1866 une relique du saint vénéré en ce lieu fut offerte par l'évêque de Liège et que sa translation s'accomplit le 2.8 septembre (i). L'époque même de la tondation de l'oratoire est problématique. L'abbé Corblet l’attribue a Pierre Duriez, personnage tout-à-fait inconnu qui aurait vécu au xv' siècle. Le docteur Goze dit d'autre part et sans rien ajouter, que Pierre Duriez fut simplement le donateui d une des verrières de 1 abside, ce qui parait plus vraisemblable. Un portrait de femme, peint sur ce vitrail, existait encore lorsque Goze visita le monument ; cette figure passait alors pour repré.senter l’épouse de Pierre Duriez ; elle a disparu aujourd'hui.
^ Comme dernier détail nous ajouterons que l’oratoire de Saint-Lambert dut VI aisemblablement suivre la destinée de la paroisse de Sentelie. Or celle-ci, après avoir fait partie du doyenné de Poix, appartenait depuis longtemps à celui de Grandvilliers quand éclata la Révolution (2).
THOIX