‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 72 sur 109 · LA COLLÉGIALE SAINT--MARTIN · texte numérisé non relu

LA COLLÉGIALE SAINT--MARTIN

En 1066 le vidante Eustache et ses frères, .Jean et Hubert, ' fondèrent dans la chapelle du chateau un chapitre de <S chanoines dont ils réservaient au seigneur de Picquigny le droit de choisir les titulaires, et qui au xviiP siècle comprenait un doyenné, dignité créée en 1283 par le vidante .lean, une trésorerie fondée en décembre t3o3 par le même seigneur. En sus des 8 prébendes capitulaires. 4 prébendes vicariales et i3 chapelles en augmentaient alors l'importance (4).

Les termes de la charte rédigée en 106G pour constater rétablissement du chapitre semblent indiquer que l'édifice ainsi élevé à la dignité de collégiale venait d etre construit « clerki deputarentur in ecclesia beati Maiiini que in castra Pinconii fundata est (5) ». Bien que l'importance du château et cette nouvelle affectation même nous donnent a penser qu'il eût des proportions plus grandes que celles de la plupart des chapelles dépendant des forteresses ; cependant le peu d'élévation et d étendue des transepts parvenus jusqu'à nous démontre qu'il était loin d'avoir les dimensions de 1 église actuelle. C’est au cours des siècles suivants que les libéralités des seigneurs auront permis au chapitre d'étendre ses constructions jusqu au pied de la muraille de la cour intérieure du donjon, disposition peu stratégique, et qui n était sans doute pas entrée dans les prévisions originaires des constructeurs du château.

L église, orientée de 1 est a I ouest, a la forme d'une croix latine. Elle se compose d une nef avec deux bas côtés de cinq travées qui ne furent jamais voûtés ainsi que le prouve I absence de tout contrefort, d'un transept simple, d'un chœur, d une travée et d une abside à quatre pans terminée par un angle.

Elle mesure a 1 intérieur 40 mètres de long sur i5 mètres de large dans la nef. Elle est construite en moellons du pays, probablement extraits des carrières de Beaumez, comme les matériaux de la cathédrale d'Amiens et de nombreuses

(j) Darsy, loc. cit., p. 84.

<2) Darsy. îoc. cit., pp. 87 et 88.

(,5) Darsy, loc., p. 144.

(4) Darsy. Bénéfices de l'église d'.Vmiens, [Mèm. de la SoeüU dus Antiquaires de Picardie, t. I, p. 407 et notes). (5J Galha clinstiana. t. X, Instrum. col. 2go A.

f^ihrlle.

autres églises.^ L'appareil, moyen, ofifre peu de régularité; il repose sur un soubasement en grés de différentes hauteurs.

La nef est évidemment du siècle. Sa façade principale ne conserve plus

de la construcuon primitive que l'étage intermédiaire où l'on remarque au-dessus ü portail un grand oculus, aveuglé depuis lors. L'appareil du pignon qui le sui monte indique une réfection, et des traces non équivoques de reprise décèlent les modiltcations apportées à l'étage inférieur lorsqu'on v fit le portail d'un dessin SI sec qui 1 enlaidit actuellement. Deux larmiers séparent les trois étages de cette pauvre façade.

La net est fort elevee. Llle possède encore ses fenêtres hautes, simples haies a.ssez larges, amorties en arc brisé, dont l'encadrement est formé d'un tore et d'un uscau. es muis latéraux sont couronnés d'une corniche composée d'une tablette creusee d une gorge et portée elle-même sur une autre moulure en forme de -or-e tapissee de crochets irrégulièrement espacés et plus serrés au nord qu'au midi "

Cet ensemble présente une grande ressemblance avec la nef de Guerbignv dans 1 ari-ondissement de Montdidier. ' ’

Des deux collatéraux non voûtés, mais couverts de toits en appentis, celui du nord seul est contemporain de la nef; il a gardé des fenêtres semblables à celles e cette derniere. Une affreuse porte y a été accolée au xvii- siècle dans un empàtcment en saillie. ^

A 1 intérieur les arcades de la dernière travée orientale de la nef sont murées, et on remarque dans le bas-côté gauche, à la même hauteur, des étranglements dus a des pilastres de maçonnerie établis dans le même but de consolidation que le remplissage des arcades. L’arête d’une arcade établissant entre le transept gauche et^ le bms-cote une communication de la largeur de celui-ci se voit encore au-dessus

arc ont e e a été doublée et prouve qu au xiib siècle toute cette partie était comi.fctement dégagée. Les modifications fâcheuses qu'elle a subies peuvent avoir ete faites au xvh siècle et depuis cette époque pour lui donner plus de résistance a cause de la proximité du clocher (i), ou même pour contrebalancer la poussée de a voûte jetea au xvi' siècle sur cette dernière travée, voûte qui a nécessité addition sur les faces des anciens piliers regardant l’intérieur de la nef de grosses colonnes rondes a bases prismatiques. Cette voûte est soutenue par des doubleaux,

es ogives, des bernes et des tiercerons présentant le profil prismatique cher à cette période. ‘

Des piheis ciuciformes et des arcs en tiers-point supportant les murs latéraux de la nef et les archivoltes doublées et bordées de tores, retombent sur des colonnes engagées dans les faces des piliers ainsi que sur des colonnettes logées dans leurs angles rentrants. Un socle carré, commun aux piliers et aux colonnettes, et un soc e partiel! ler aux giosses colonnes, tous deux de même hauteur, portent les bases uniformes de tout le groupe, formées de deux tores très aplatis et séparés par une scotie. ^

Les colonnes, colonnettes et piliers ont aussi une astragale et une abaque communes. Les chapiteaux,^ toûs pareils, ont une corbeille ornée de deux rangs de teuilles d eau, à extrémités recourbées formant crochets.

Les fenêtres pourvues d’ébrasements fort larges et de talus très inclinés pour

(i| Si l'on en croit üoze, (MS. sur le canton de Picquigoy, édités dans le C^iimet historique d'.\rfois et de ôr" P- 9'’) Boutiennent le clocher du coté des chapelles auraient été refaits en

du toÜsV'i d" fl confinnée par le millésime 1700 inscrit sur la voûte du bras gauche

U transept, dont la construction aurait terminé ces remaniements.

faciliter la chute Je la lumière, sont percées au-desssus de la pointe des arcades.

l-inlin la nef est couverte d'un berceau en charpente reposant sur une sablière, des entraits et des poinçons alternant avec des blochets ornés les uns de tètes, les autres d'armoiries parmi lesquelles (ioze ne reconnaissait déjà plus que 1 écusson d'Ailly. Le berceau a dû être surélevé, car il ne pouvait masquer originaii ement, comme il le fait de nos jours, le bas de la baie occidentale du clocher (i).

Les transepts datent de l'époque romane. Non voûtés originairement, ils sont très bas. Celui du nord a conservé dans son mur de pignon, deux fenêtres en plein cintre qui, vu leur position respective, n ont pas dû coexister. C-eliti du sud conserve également dans son mur latéral, a l ouest, les traces de deux fcnè^IC^l en plein cintre percées successivement. Tune pour remplacer l'autre, puisqu’elles enjambent l'une sur l'autre; il a de plus sa corniche à modillons composés d'une billette dans une gorge. Une fenêtre beaucoup plus grande a été percée au xvd siècle dans le mur du bout, et le haut de cette baie dépasse la voûte actuelle, ce qui concorde avec la présence, constatée par (ioze (21 dans les combles, de partie d’un berceau plus ancien pour en placer la construction vers 1 année dont le millésime est sculpté sur la voûte du transept nord. Il est vrai que celle-ci est un peu moins riche et ne possède point les clefs de voûte ornées d écussons du bras stid. I-e luxe de ce dernier s expliquerait assez bien, si, comme le dit Goze, il servait de chapelle castrale. De nombreuses restaurations nous mettent en défiance contre l'authenticité des armoiries qui y figurent; fioze déclarait déjà ne plus V voir que celles de Picquigny.

Au-dessus de la croisée centrale se dresse la tour du clocher, dont le premiei étage doit avoir été édifié en même temps que la nef dont elle a la largeui. Sur la face méridionale qui domine le rempart, et au-dessus de la pointe d un arc de décharge, deux archères de 1 m. 20 de haut sur i5 centim. de large offrent à l'intérieur des ébrasements d'une grande largeur (1 m. 42 sur 1 m. Soi, facilitant la surveillance de la campagne aux guetteurs qui se tenaient dans une chambre occupant cette hauteur.

L'étage supérieur est ajouré sur chaque face d une baie élégante, amortie en arc brisé et divisée en deux par un meneau qui se ramifie vers le haut. La baie qui regarde l'est est remplie jusqu au niveau des impostes d une maçonnerie couronnée d'un gros larmier sous lequel une arcaltirc gothique décore les compartiments foimés par les meneaux.

La face nord a une double baie. Les archivoltes Je ces baies sont supportées par des démons ; à leur retombée sur le trumeau qui les sépare se trouve en relief un écusson d’Ailly penché, surmonté d'un casque, visière baissée, et d'une inscription gothique que nous n avons pu déchiffrer a cause de 1 éloignement (3j.

Deux larmiers ceignent le clocher ; 1 un passe au-dessous de 1 appui des baies, 1 autie court à la hauteur de leurs impostes et s y relève pour les couronner d une accolade dont la pointe s’épanouit en Ifeuron perdu dans la corniche et dont les lampants portent des crochets de feuillages.

Deux contreforts placés dans le prolongement des laces du clocher soutiennent chacune de celles-ci. A peu près au niveau du dernier étage un retrait a permis d'y appliquer des pinacles d'ornementation.

Il) Manuscrits sur le canton de Picquigny, publiés dans le Cabinet historique d'Artois et de Puardie, .\' année, p. qy.

■ 2) /-glises. Châteaux et BelJrois. notice sur Picquigny. p. I9.

131 üoze. Eglises, Châteaux et Bejfrois, p. ig.

I.a croisée centrale a une voûte semblable à celle de la dernière travée de la nef.

Le chœur, construit au xvi^ siècle, plus large que la nef, ne comprend qu'une seule travée voûtée et autrefois éclairée, au moins du côté nord, par une immense fenêtre aujourd'hui aveuglée.

L abside, de la même époque que le chœur, a quatre pans, éclairés chacun par une fenêtre sans meneaux ; elle est voûtée et appartient à un type que l'on I encontre encore assez souvent dans nos contrées, d’églises terminées par un angle au lieu d une face plane, comme par exemj.'le Saint-Pierre de Montdidier.

Le faîte de 1 abside était, au moment de la Révolution, dominé par une cioix ornée de heurs de lis que les officiers municipaux firent démonter le 2 frimaire an II (i).

Des verres multicolores jettent seuls une lumière bizarre dans l'abside, mais Goze vit encore à la fenêtre de gauche un vitrail sur lequel étaient représentés « au-dessous d un crucifix deux personnages à genoux; celui en avant est, dit-il i Antoine dAilly, cou\*ert de son manteau, que décore l'échiquier de ses armes. Derrière lui est Marguerite de Melun, son épouse, au-dessous sont leurs écussons ».

I n petit escalier, très étroit à son entrée, descend par 33 marches jusqu'à un souterrain ^oûté en moellon et ayant 3 m. oû de haut sur 3 m. 5o de large et 25 m. de long. Il paraît avoir abouti à un passage ou escalier rejoignant l'intérieur de la cour du donjon ou se reliant aux souterrains du château. La partie occi“ dentale de la ^■oûtc est supportée par des doubleaux à arêtes largement abattues, l n embranchement suit une direction oblique sur une longueur que des éboulements empêchent de constater.

II existe un autre souterrain sous le transept droit. Ce caveau peu profond, est divisé en deux compartiments par une rangée de trois piliers carrés, dont les arêtes sont abattues, qui supporte la retombée d'une voûte. Sa construction n'offre rien de curieux par elle-même ; destiné à la sépulture des seigneurs de Picquignv autrefois déposés. ])araît-il, dans des cercueils de chêne, brisés lors de la Révolution, il contient encore, pêle-mêle, le long de ses murs les ossements jetés sur le sol lors de cette profanation. Sauf une inscription sans grand intérêt, rapportée par M. Darsy, nous n avons ^ remarqué sur les murs que quelques noms au crayon indiquant sans doute la place occupée par le seigneur qu’elle désignait.

L entrée de 1 escalier menant au caveau est fermée par une dalle funéraire et sur laquelle on distingue encore une gravure au irait assez fruste représentant deux personnages étendus à côté fun de l'autre sous une arcature gothique. Elle paraît dater du xni“ siècle.

L église devait en renfermer beaucoup d'autres, dignes par leur richesse de 1 importance des seigneurs dont elles recouvraient les restes.

Dans une phrase ambiguë, De Court (i) parle d'un des premiers sires de Picquigny, « inhumé dans l'église de Pequigni où on le voit couché, élevé de terre et représenté d'une seule pierre, en chevalier armé à l’antique »; mais i* est impossible de savoir s'il considère cette pierre tombale comme celle d'Eustache ou celle d’Arnoul.

'Il Dars)-, /oc.cit., p. i.jô. Keg. aux délib municip. HB 3.

(21 MS. Canton de Picquignv, /or. cit.

(3) chronologiques qui peuvenf servir <7 l'Histoire ecclésiastique et civile île la ville d'Amiens,

2° partie, p. 8ü2. Bibliothùque communale d'.Vmiens, Ms. n® 803.

F.îi tous cas on ne retrouve plus que la partie supérieure d une dalle gravée, placée près de l'orgue, et dont les traits à moitié effacés ne permettent guère de distinguer qu'un costume féminin, sans qu'il soit possible d en déchiffrer la légende. Cette dalle est coupée transversalement par une autre tout aussi endommagée. Dans Tallée centrale, on en remarque une d’un âge beaucoup plus récent.

Enfin. l'on voit actuellement encastrés dans le soubassement qui porte le tableau placé derrière l'autel principal, une plaque de marbre, que Goze (i) dit avoir fait partie du tombeau d'un duc de Chauines autrefois placé dans le transept droit, où elle aurait accompagné la représentation en plomb doré des illustres personnages dont elle consacre la mémoire; Goze ajoute que ce plomb fut livré a la fonte en 1793 avec les cercueils de meme métal qu'on retira des caveaux (2). E inscription est ainsi conçue.

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