HANGEST-SUR-SOMME
Vir L..\r,F, considérable encore aujourd’hui, Hangest eut au moyen âge une certaine importance. D’après M. Georges Durand li) il paraît avoir appaitenu originairement aux sires de Picquigny qui le tenaient de l’évêque d’Amiens, puis il passa à la famille d'Auxy dans la seconde moitié du xiii' siècle. On le trouve en la possession de la famille de Croy-Rœux au milieu du xv" siècle. Cent ans plus tard, par suite d'un mariage, la famille de Boulainville lui succède et à la Révolution il était entre les mains des Tillette de Mautort.
11 existait à Hangest un château confié aux xii' et xnfi siècles par les sires de Picquigny à des châtelains dont quelques-uns nous sont connus. « La situation d’Hangest sur un promontoire qui domine les vallées de la Somme et du Saint- Landon était d’ailleurs un emplacement tout trouvé pour un château. 11 en reste encore quelques débris informes, dit M. Durand, et son emplacement est^ très facile à reconnaître au milieu du pâté de maisons devant l’église et formé par
les rues d’Airaines, de l’Eglise, de la Porte et ruelle des Morts. 11 y a quelques
années, en construisant l’école des filles, on en a encore retrouvé des substructions assez considérables, des souterrains. Il a dû d'ailleurs disparaître d assez bonne
heure. »
Le seul monument qui subsiste de nos jours est l'église dont le beau clocher attire de loin l'attention. Ce que nous avons dit de l'importance d’Hangest dès une époque reculée suffirait à indiquer qu’il possédait une paroisse fort ancienne. M. Durand a retrouvé le nom de son curé en 117S. Robert souscrivit comme témoin une charte de Thierry, évêque d'Amiens, confirmant la possession de
certains biens à l’abbaye du Gard (2). En 1216 un successeur de Robert, nommé Adam, figure dans une autre charte de l’évêque Evrard, intéressant le même monastère.
L'attribution, par M. Enlart, au dernier quart du xiP siècle, du clocher qu'il a si bien décrit dans les Mémoires de notre société (3) ne souffre donc aucune difficulté. Nous ne saurions mieux faire que d’emprunter à cet auteur son étude sur cette partie de l’église dont le plan général comprend une nef de cinq travées avec bas-côtés, un transept et une abside à trois pans. Seul le clocher présente de l’intérêt.
(1) Notice historique sur Hungest-sur-Somme . par M. Georges Durand, archiviste du département de la Somme, dans l'.-Vnnuaire officiel du département de la Somme pour 1 année 1897.
(2) Rotcrîus presbiter de Hangest. .-Vrchives de la Somme. Fds du Gard, n* 2 original, et cartul. du Gard, T. I. f. 3.
(3) Loc. cit., p. 131.
PICARDlh HISTORIQUE ET MONUMENTALE
— Syi —
Place a 1 angle nord-ouest de la façade et du bas-côté gauche dont il surmonte la première travée, ce clocher mesure 20 mètres de hauteur et forme un carré de 4 m. sur 4 m. 10 dans œuvre. Il est construit en craie taillée excepté dans ses assises inférieures qui sont en grés.
Son étage supérieur ajouré de quatre haies cintrées dont les trois archivoltes en retraite, bordées de moulures toriques, retombent .sur les chapiteaux à crochets des elegantes colonnettes qui en tapissent les pieds droits, remonte évidemment a lepoque romane. Bien que la moitié des chapiteaux ait été retaillée aux xiv' et XV' siècles en bouquets de feuillages dans le style du temps, la gorge ornée de billettes, que l’on remarque sur la corniche à l'est détermine M. Enlart à lui donner la date que nous avons indiquée plus haut.
C est donc avec étonnement que l'on reconnaît l’empreinte du xvi' siècle meme sur le parement des étages qui supportent ce lanternon vénérable. Un examen approfondi de la tour donne bientôt le mot de cet énigme. Son noyau intérieur est reste debout, comme le prouve la forme des deux petites portes en plein cintre ainsi que d’une archère fortement ébrasée au dedans et portée sur deux superpositions de trois corbeaux biseautés qui s’ouvre dans la partie basse du clocher au nord, mais le parement extérieur, sans doute rongé par les intempéries, aura ete refait avec une grande habileté par un architecte économe, de même que les contreforts ouest et la tourelle d’escalier.
Cet artiste aura restauré également deux côtés de la corniche et les gargouilles qui en occupent les angles avant de réédilier la flèche qui donne à l’ensemble un SI grand cachet d'élégance.
Sur la face extérieure des contreforts placés au nord-ouest on remarque des niches vides, surmontées de jolis dais sculptés du xvi’ siècle. On en voit encore une autre sur la tourelle d’escalier au milieu d’arcatures gothiques qui tapissent les deux étages inférieurs.
A côté du clocher le portail de la nef s’ouvre dans une façade sans caractère. Un arc montant de fond et dont la voussure retombant directement jusqu’au socle est ornée d’une série d’amours et de rinceaux, interrompue par une niche, encadre un tympan nu percé d’un grand oculus et au-dessous une baie amortie en arc surbaissé à l’archivolte ornée de rinceaux méplats sur sa tranche antérieure. Le larmier qui pourtourne les contreforts situés à droite et à gauche de la porte, se relève pour former une moulure couronnant tout l’ensemble et selancer jusqu au larmier supérieur en une accolade qui s’y termine par un fleuron servant de cul-de-lampe à une niche évidée dans le pignon.
On remarque dans toute cette ornementation un curieux mélange du style gothique à son déclin avec le style Renaissance. Ce dernier s’affirme nettement sur les moulures du larmier et de son accolade, sur le bandeau de l’arc fermant la baie et dans les culs-de-lampe des niches, tandis qu’il est à peine annoncé par deux petits enfants nus au milieu des feuillages encore gothiques de la moulure bordant larete inférieure du grand arc, et révélé par des flammes au-dessus des dais entièrement gothiques des niches qui interrompent cette moulure.
La nef communique avec les bas-côtés par des arcs en tiers point. Leurs
archivoltes, bordées d un simple chanfrein, retombent sur des piliers tous carrés
autrefois, comme en témoignent ceux de la dernière travée, mais dont on a rendu autres presque ronds en abattant leurs arêtes. Le bas-côté gauche, qui paraît
etre du xvn siecle, possède au dehors un petit portail latéral s’ouvrant sous une
accolade dont le rampant est orné de griffons, de choux frisés et de pampres.
Une vierge y figurait qui a aujourd'hui disparu (f). Le has-côté droit, couvert en appentis, large de 2 m. 5o seulement, remonte peut-être à l'époque romane; il communique par une arcade en plein cintre avec une espèce de transept (2) au delà duquel se trouve l'abside (3) où de belles boiseries du xviu" siècle font un singulier contraste avec la laide nudité des murs auxquels elles sont adossées.
Ces boiseries, identiques des deux côtés du chœur, sont divisées en quatre
panneaux par des pilastres avec chapiteaux corinthiens, aux faces sculptées de rocailles. La partie supérieure de chaque panneau renferme des faisceaux d'attributs du culte suspendus à de gracieux rubans. Dans le second panneau ces attributs sont remplacés par un écusson sur lequel un bas-relief délicat représente l'agonie du Christ au jardin des Oliviers. Terminée du côté de la nef par un amortissement en consoles, la boiserie aboutit au fond de l'abside à un autel assez riche dont la caisse porte un médaillon occupé par l'.Vdoration des bergers. Sur la porte du tabernacle on voit le repas de Notre-Seigneur avec les disciples d'Emmaüs (4).
Au-dessus du tabernacle ligure une gloire dorée, destinée à l'exposition du Saint-Sacrement, dont le fond est orné d'une petite glace qui avait un certain prix lorsqu'on l'y plaça.
Si l'on en croit une tradition dont Goze se fait l'écho ces boiseries proviendraient de l’abbaye du Gard. La Révolution en aurait dépouillé les religieux et on les aurait plus tard données à la paroisse d'Hangest, mais nous n'avons rien trouvé qui conf rme cette assertion ; elle semble plutôt contredite par certaines indications des registres de la fabrique (5).
Au milieu du chœur un magnifique lutrin de chêne à trois pieds et surmonté d’une petite statue de sainte .Marguerite porte la date de 1712 gravée sur le
r.utrin d’Hanf^est.
(1) Goze la signale encore. iXotes, Cabinet historique J' Artois et de Picardie, année, p. ”6).
(2) Onze (MS.) dit que sur l’entrait de la charpente de l’ab.side an Ht la date de ]6oi.
(3) M. le curé d’Han^^est a exploré nag:uère, sous le transept nord, un caveau de 3 m. 8.| de long sur 2 m. 60 de large et i m. 50 de haut, voûté en plein cintre. Il contient une tombe fermée a laide de pierres où se trouvaient plusieurs cadavres.
(4) Cette sculpture et les ornements qui l’encadrent dénotent le même faire que les panneaux du lambris.
(5) Outre la similitude des sculptures de l'autel et des boiseries, il faut remarquer d'autre part que l'autel est en partie peint en marbre et les registres de la fabrique (Registre n° 3) antérieurs à la Révolution nous parlent dun raccommodage de l’autel en dorure et en marbre « comme il estoit auparavant « ; ils nous disent également que le lambris du sanctuaire a été peint en 1765. Si nous le vovons aujourd'hui débarrassé des couches de peinture qui lempataient, nous le devons au zèle intelligent de M. Sellier-Cordelier qui le fit nettoyer ainsi que le lutrin, il y a environ di.x ans. Dès lors, il est bien probable que l’autel et les boiseries, dont il est question dans ce document, formaient un ensemble d’origine commune et que ce sont les mômes que nous avons encore aujourd hui sous les yeux, Il en résulte que la tradition qui en attrHjuc la propriété originaire à l'abbaye du Gard doit être erronée, roiitefois, d après Goze, ce monastère aurait possédé un chandelier de cuivre d'un beau travail, portant ses armoiries et qui sc trouvait aussi dans l'église d’Hangest. [Cabinet historique d'Artois et de Picardie, x'' année, p. 80].