‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 80 sur 109 · CANTON DE MOLLIENS-VIDAME · texte numérisé non relu

CANTON DE MOLLIENS-VIDAME

NOTICl-:S l'AR R. i)K CUYENCOURT

AIRAINES

L'KGLISIÎ KOI’RK-DAMK K'I’ I,G PRIEURI-'

O II, suffisait qu une localité soit la plus riante d'un canton ppur en devenir nécessairement le chef-lieu, cet avantage appartiendrait sans conteste à Airaines (i).

Le bourg dont nous entreprenons de décrire les monuments jouit en effet d'une situation remarquablement avantageuse. Placée sur les lianes de collines dominant des prairies traversées par divers ruisseaux et par une limpide rivière dont le nom meme est celui de la commune qu'elle arrose (2), la petite ville, couionnée d ombrages, fait songer aux pittoresques cités que les vieux maîtres aimaient a représenter dans les lointains de leurs suaves peintures.

Noue intention n est pas d'écrire l'histoire d’Airaines. Pourtant qu'il nous soit peimis d évoquer le souvenir des antiques murailles qui l'entouraient jadis, car audessus se protilaient les principaux édifices que nous allons étudier ; en particulier les plus vénérables d'entre eux: le l’rieuré et son église dédiée à Notre-Dame (3).

Déjà ce dernier monument a été décrit un grand nombre de fois ; nous nous bornerons donc à résumer ici les travaux de nos savants devanciers.

(1) Airaines, Canton de Molhens-Vidamc, Arrondissement d'Amiens.

(2) Avant de se jeter dans la Somme, à Lons;pré-les-Corps-Saints, l’Airaines prend le nom de a l’Ieeette b.

(3) L’eglise du prieuré d'Airaines est en réalité suus le voc.abIe de l.a Nativité de Notre-Dame. (Communication de M. l’abbé Marchand, curé d’Airaines ■.

Le Prieuré hénédictin de Notre-Dame d'Airaines dépendait de 1 abbaye parisienne de Saint-Marlin-des-Champs, de l'ordre de Climy. Il fut fondé au début du XII' siècle par Iftienne comte d'Aumale, et par sa femme Havisc de .Mortcmer. Son église parait remonter au deuxième quart du même siècle, selon AI. C. Lnlait, à qui nous empruntons la plupart des renseignements qui vont suivre (i).

I.'cdilice est construit sur le plan d'une croix latine et se compose dune nef de quatre travées accompagnée de collatéraux, d'un transept et d'un chœur rectangulaire. Il est entièrement bâti en pierres. Située dans une position pittoresque, sur la déclivité orientale d'un coteau d'où la vue domine une grande partie des environs, l’église est construite en sous-sol du côté de I occident (a), tandis qu a 1 est, son chœur s'élève sur un remblai. L'architecte a ainsi évité les frais qu'auraient occasionnes des soubassements considérables, pour corriger la pente du terrain et obtenir une aire parfaitement horizontale ; mais il résulte de cette disposition que la taçade du monument paraît quelque peu enterrée (3).

Cette façade se compose actuellement d'une muraille peu élevée, au-dessus de laquelle se dresse un énorme pignon sommé dune croix modeine (q).

Au centre, dans une partie qui fait une légère saillie sur le nu du mur, s ouvre le portail. Il est en plein cintre et sa voussure est formée par trois grosses moulures toriques qui, semblables à des colonnettes dépourvues de chapiteaux, se prolongent le long des piédroits jusqu'aux hases attiques munies de griffes sur lesquelles elle,s reposent. Une archivolte règne au dessus et, un peu plus haut, un bandeau compose de deux moulures en forme de cables s'allonge horizontalement dans toute la largeur de la façade de l'avant-corps, en passant sous une fenêtre en plein cintre. Celle-ci est bordée d'un tore, d'une gorge où sont espacés des bourgeons, d un leger leston, puis d'un second tore accompagné d'une gorge où 1 on remarque des étoiles à quatre rayons. Une archivolte, composée d'une série de petites crosses végétales, couionne cette fenêtre (5). Dans le prolongement des retours horizontaux de cette archivolte, mais en dehors du massif saillant, — qui s'arrête un peu au-dessus de la fenêtre, — s'allongent, à droite et à gauche, deux bandeaux ornés de dents de scie. Une corniche, soutenue par dix-huit modillons à billettes, traverse ensuite toute la largeui du pignon. Peut-être cette corniche faisait-elle jadis le tour de 1 édifice avant que ses toits primitifs aient été remplacés par une toiture unique. Celle-ci a motive de chaque côté de la fenêtre centrale la construction des deux adjonctions en maçonnerie, qui donnent au pignon de l'église son aspect actuel (6). Une tete d animal.

(1) V. Mommvnts Je l'archilectiire romane et de tr.msilkm dans l.i région pirarde, etc., par C. t.nlart. Le ly (loze pense cfue N.-!). d’Airain-'s date du début du mi'' sièclo. V. MS. loc. < it.

(2) N..US r.-prodL.isi.ns dans les lignes (p.: précèdent lopinion de M. ICnlart. ukus perscnncllcment nous sommes portés à croire .jae N.-l). fut construite au niveau du sol, ou au moins qu'elle fut assez peu enterrée du coté de rOuest. Les remblais et les ébouleraents du sol l'ont envahie postérieurement. Nous ne voulons, pour preuve de ces amoncellements plus récents que la construction de l'édifice, que la decouverte dun oculus par eux obstrue et dont il sera parlé postérieurement. Cet oculus est situé dans la façade et personne ne semble avoir soupçonne son existence avant qu’on eut dél.layé cette partie du monument, en 1862.

(3) Au cours des siècles les détritus do toutes natures se sont accumulés contre la façade de N.-l). C’est ce qui e.xpüque le nombre variable de marches que les auteurs indiquent fi l'escalier donnant accès dans l’église. Ces mêmes terreaux obstruaient l'œil-dc-bœuf ([iii fut dégagé à 1 extremite du collateral du noid.

(41 Dusevel dit que ce pignon a plus de treize mètres de hauteur. Scs rampants, remis a neuf, semblent presque toucher le sol. (Mém. de la Société des Antiquaires de France, T. XVil.l

(51 Toute la sculpture du portail de X.-l). d'Airaines a été restaurée en :868-bg par M. Firmin, d'Amiens. Un porche en charpente exista devant ce portail jusqu’au moment de la restauration de l’edificc. (V. Goze, loc. cit.)

(6) Originairement la nef de N.-D. était recouverte d’un toit a deux pentes et les collatéraux étaient surmontes d’appentis. L’unique toiture actuelle, abritant tout le monument, semble dater du -WU' siècle.

PICARDIE HISTORIOUE ET -AlO.N UA'IE NTALK

— 3Si —

suppoitant un tronçon de colonne, surmonte la corniche (i) ; enfin, à l'extrémité du pignon s ouvre une baie rectangulaire de création récente. Pour compléter autant que po.ss.ble la description de cette façade, nous signalerons encore à gauche du spectateui, un petit oculus (2) ménagé à peu de hauteur au dessus du sol et servant a ecIairer le bas-côté septentrional de l'église.

“'latéral est percé de quatre fenêtres très remaniées (,). A 1 origine, toutes devaient être en plein cintre; actuellement, trois d'entre e les sont arquees en anse de pâmer et la quatnème, après avoir été sensiblement caigie, fut divisee par un meneau, de manière à former deux baies trilobées à leui sommet. Cette modification semble dater du xvi' siècle.

Le versant de la vaste toiture (4I qui recouvre toute l'église est ajouré, du côté que nous examinons, par deux lucarnes correspondant à deux des fenêtres supéneures de la nef. Avant la construction de ce toit, la partie haute du vaisseau principal était apparente au dessus des couvertures en appentis des collatéraux et les fenêtres visibles aiqourdhui de rintérieur de la nef seulement, se trouvaient absolument dégagées (5).

Le bras méridional du transept ne date que du xiiP siècle (6). Il est vraisemblablement un peu plus important que la construction primitive qu'il a remplacée Des contreforts le soutiennent et il est éclairé au sud et à l’est par des fenêtres en tieis-point, garnies de remplages d’une belle simplicité.

L’abside est une réfection peu ancienne (7). Elle est rectiligne. Une fenêtre en tiers-point 1 éclairé vers l’est et deux baies cintrées y sont percées latéralement.

n accédé dans 1 intérieur de l'église par un escalier de douze marches (8) car selon une remarque déjà faite, le dallage de la partie occidentale de l’édifice est plus bas d environ 3“5o que le sol avoisinant.

Les quatre travées de la nef sont recouvertes de voûtes d’ogives qui, avec celles du chœur de Lucheux, passent pour être les plus vieilles de l'ancien diocèse d Amiens (9), tandis que le collatéral du nord possède des voûtes d'arêles, unique exemple de ce genre de construction dans la région picarde (10).

coloiln::::’::!''^ Sa.„t=.Vi.rge sur cette

(2) Cet oculus fut découvert eu .862 lorsque l'on abaissa le niveau du sol devant la façade de réalise (V. Oose).

assci larEes'reura^nr'u <!“<= ‘rois fenêtres. Elles sont en plein cintre et

(il" Un net'f .‘'f ° >-=“r5 dimensions sont devenues irrégulières par suite de renianiinents.

succéL aucv..s 1" •“recouvert d'ardoises, qui sont venues remplacer des essiles, a

L Cf/ 1 P, P'-'rr'illen'ent sur la croisée du transept, selon II. Enlart

projectiles et a^sT^ ' ont signalé sur ses murailles les marques qu'y ont laissées des

projectiles et aussi des traces d incendie.

nef éSe’irinvHÎr' oonstruction, les fenêtres de la

avaient été bouch ' ‘ ‘‘“■'"o"' Pos de lumière à cause du toit qui les cachaient, elles

vi'ltes It le probm !e ‘‘o"'» do scie contonrnait ces fenêtres en manière d'archi-

baie On voit encore d “ ‘î ® ’’ ‘‘“"‘■'“'“rts peu saillants, disposés entre cl.aque

baie On voit encore des vestiges de cette décoration, sous le toit du collatéral, du coté du prieuré

trio a ' , reproduire la disposition ancienne du monument. - Le bras septen-

pl „ ci rS im r O" distingue encore nue fenêtrê

en plein cintre destinée a eclairer cette partie de l’ég-lise.

(;) V. Enlart, /oc. cit.

(8) Cinq sont extérieures et sept intérieures.

Franci'" «”P‘o-ro"du du .vr.- Congrès archéologique de

(.0) Les voûtes ogivales du bas-coté du raidi ont été refaites au .xvf(?) siècle. Elles sont plus élevées que les voûtes priniitnes, qui de'\ aient etre semblables à celles du collatéral du nord.

La croisée du transept et le chœur devaient posséder à l'origine des voûtes d'ogives, détruites p.ar

l.a nef communique avec ses bas-côtés par quatre arcades en tiers-point. Islles sont soutenues par des pilastres (i) contre lesquels s appuient, dans la nef et au transept, de grosses colonnes correspondant aux doubleaux des voûtes et des colonnes plus minces, destinées à en recevoir les ogives (2I. Les tailloirs qui couronnent les pilastres sont ornés de simples moulures ; quant aux chapiteaux de toutes les colonnes ils sont, soit godronnés, soit pourvus de larges feuilles (3).

De part et d’autre de la nef, les arcades de la quatrième travée sont maintenant bouchées fqi. Nous estimons, avec M. Idnlart, qu’il fut lait ainsi pour mieux butei les arcs de la croisée du transept et nous ne pouN'ons nous associer a 1 tipinion de M. Is. Regniei (f\ d’après laquelle ces arcades furent condamnées pour permettre d’installer devant elles, les stalles des religieux du prieuré. En ctiet, ceux-ci étaient seulement au nombre de cinq, en comptant le prieur qui le plus souvent résidait a Paris, et ils officiaient non dans la nef (6) mais dans le chœur à eux réservé, avant 1 annexion d'un bras du transept à leur habitation.

Entre les deux arcades aveuglées on a placé, en 1S76, un autel de style loman dessiné par le D’’ Goze ; là s’accomplissent les cérémonies du culte qui, chaque dimanche, sont encore célébrées par le vicaire d’Airaines.

Les arcs de la croisée du transept sont plus bas que les doubleaux de la nef. Ils reposent sur des faisceaux de colonnes ornées de chapiteaux à larges feuilles. En cette partie de l’édifice, la voûte d'ogives n’existe plus ; elle a été remplacée par un plafond, mais on remarque encore un de ses tas de charge (7).

Primitivement le chœur et les bras du transept devaient former trois chapelles rectangulaires, voûtées et de moindre hauteur que la nef. Aujourd hui, comme nous le disions ci-dessus, la partie septentrionale du transept est comprise dans les dépendances de l’ancien prieuré (8) et le chœur est une construction relativement récente, sans caractère et recouverte d’un plafond. On y remarque un autel en bois, entouré de lambris sculptés en 1708. Son retable est une peinture de la fin du xvii' siècle, représentant le martyre de sainte Ursule et de ses compagnes. Ce tableau médiocre et très détérioré est pourtant fort intéressant, grâce aux anachronismes dont il fourmille. La Sainte notamment y est représentée en robe décolletée et dans tous les atours d’une dame de la cour de Louis XIV.

Le bras méridional du transept fut construit au xiii' siècle et les ogives

l’effondrement du clocher nu xvi' siècle, selon M. Enlart ; en 1422. pur l’action de la foudre et du canon, selon M. Diisevel.

Los bas-cotès comptent quatre travées comme la nef, mais des murs perpendiculaires à leur a\o et contre lesquels sont applitlués des autels, ont isolé la quatrième vers le chœur : au nord, pour l'.inne.xer au prieuré ; au sud, pour en faire une sacristie communiquant avec le transept. Ces modifications ont du être exécutées au XVI' siècle. Tous les doubleaux de la nef sont en tiers-point, et les ogives des voûtes de sa prouiière travée sont renforcées par des liernes. On doit remarquer aux clefs des voûtes d'arétes du collatéral du nord, de petites rosaces simplement tracées au compas. Elles constituent, dit M. Enlart, une décoration fort rare. Les clefs de la voûte centrale sont aussi pourvues de rosaces varices.

(1) Les bases de plusieurs des pilastres ainsi que le pourtour de l'église sont garnis de banciuetles en maçonnerie.

(2) V. C. Eniart, /or. cit.

(3) Les bases sont munies de griffes.

{4) Comme il est dit ci-dessus, une sacristie est disposée actuellement derricre lune des arcades bouchées, du côté du midi, et derrière l'autre, au nord, se trouve un celHcr dépendant de la ferme qui a remplacé le prieuré.

(5) V. L. Regnier, /oc. rit.

(6) La nef seulement était affectée aux offices paroissiaux. Tout au plus y aurait-il eu là le banc des raarguilliers.

(7) V. Enlart, /oc. cit.

(8) Il renfermait une chapelle dédiée à la Nativité. (V. Goze, loc . cit). Une porte, récemment murée, faisait communiquer avec l’église cette chapelle, vendue en même temps que le prieuré auquel elle avait été annexée, et devenue ainsi propriété particulière.

NOTRE DAJVIE D AUBAINES do Tford et Font.r Stiptôrmnu.x- .

de sa voûte sont supportées, dans les angles, par des culs-de-lampe (i). Un remarquable autel de la même époque se trouve toujours appliqué contre la paroi oiientale de cette chapelle. Il est en pierre. Trois colonnes prismatiques, à bases attiques pourvues de grifies, et surmontées de chapiteaux peu ouvragés, soutiennent sa table dont la tranche a été simplement moulurée, Une ancienne pierre tombale sert de marche à cet autel.

Nous nous trouvons ici dans l’oratoire autrefois dédié à saint Jean-Baptiste. C était la chapelle seigneuriale des sires d’Airaines (2). Ils y avaient leurs sépultures, depuis longtemps violées lorsque la Révolution en renouvela la tentative.

Quelques-unes des pierres tumulaires qui les recouvraient subsistent encore. Deux d’entre elles ont été relevées en iSgfl, aux frais de la Société française d’Archéologie, sous la direction de M. Jules de Valois, membre de la Société des Antiquaires de Picardie. Mlles sont actuellement appliquées contre les murs de la chapelle.

D aptes une tradition locale, qu aucune pireuve ne vient appiuyer, l’une de ces pieiies aurait recouvert le corps de dame Catherine d'Airaines; cette tombe est trop cflacée pour que nous puissions en tenter la description. L’autre protégeait, dit-on, la dépouille mortelle de messire Henri d'Airaines. Le portrait de ce chevalier est gravé sur la dalle. Il est revêtu de la cotte de mailles et couché sur un fond

piarseme de roses. Son visage est celui d'un adolescent, et ses cheveux sont bouclés. Près de ses mains jointes apparait la garde d’une grande épée. Un écu, chargé de

trois fasces encore teintées de rouge, protège ses jambes et les mêmes armoiries

reparaissent sur chacune de ses épaules (3).

Lne légende en beaux caractères du xiib siècle longeait autrefois le bord de la pierre; on n'en distingue plus avec certitude que les mots: Miles, Salve et Rector.

Au dessus de la tète du personnage se développe une arcade trilobée, surmontée de clochetons -et de tourelles (4).

Parmi les autres objets remarquables que possède Notre-Dame d’Airaines, il laut citer en premier lieu sa célèbre cu\'e baptismale. C'est une auge rectangulaire en pierie, plus large au sommet qu a la base, où l'on administrait le baptême par immersion. M. Knlart 1 attribue au xb siècle. Un cable orne sa bordure et des colonnettes sont disposées à ses angles. Sur les deux grandes faces du baptistère, on remarque trois hommes, vus jusqu'aux genoux ou accroupis et se donnant le bras. D un côté, un dragon semble parler à borcille d un de ces personnages. Les petites faces sont décorées chacune de deux ligures humaines semblables. Ces sculptures sont extrêmement barbares et leur interprétation a exercé jusqu'à ce jour la sagacité des aichéologues sans résultat tout-à-fait satisfaisant. On examinera encore avec intérêt un joli bénitier de cuivre en forme de seau, dont les moulures dénotent le xvb siècle{5) et surtout un petit groupe en bois peint et doré que l’on a placé sur l'autel du

fl) r.a clef de voûte est ornée d'iioe rosace.

(2) Il ne faut pas confondre les sires d’Airaines, qui possédaient lu châtellenie du lieu, avec leurs suzerains, les comtes de Ponthicu, qui avaient aussi un château à Airaincs,

(3) sires d Airaines, de la deu.xièiue famille de ce nom issue de Catherine d’Airaines et de Marc de Hongrie (?), portaici t ; d argent à trois fasces de gueules, de méine que les de Croy, leurs collatéraux {?).

(4) La chapelle de saint Jean-Baptiste conserve encore trois socles, fixés dans le mur, au dessus de l'autel, plus une piscine consistant en une simple niche en tiers-point. — Un socle de statue est aussi encastré dans la muraille, à I extremitc du transept du sud, il représente un ange supportant un écusson. — La description de la pierre tombale qu on vient de lire, nous amène tout naturcllenient à signaler celle de Charles Avet, ancien curé de N.-I). d’Airaines, décédé le ,50 juin 177.1, dans sa 09° anné. Cette dalle est comprise dans le carrelage du collatéral du nord. Plusieurs autres curés reposent sous le pavage de cette église.

(5) Il porte cette inscription gothique; « .Maistre Estienne Bénédictin à nostre Dame Dnraincs ma donné lan mil V'-' et .wji. »

collatéral du nord. Cette sculpture du xvi' siècle représente un roi, revêtu des vêlements que les artistes de l'époque attribuaient volontiers aux souverains orientaux. 11 est assis sur un trône et semble s'entretenir avec un homme debout près de lui et coiffé du chapeau juif. On a voulu reconaître dans ces deux personnages, Joseph et Pharaon. Nous trouvons encore à signaler une statuette de saint Antoine, représenté suivant la coutume picarde, ainsi qu'une remarquable clôture en bois, toute sculptée de feuillages et de serviettes de l'époque de la Renaissance. Elle était destinée primitivement à fermer la chapelle des seigneurs d'Airaines. Cette clôture aujourd'hui négligée est vouée fatalement à une prompte destruction.

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Notre-Dame possédait autrefois deux cloches ; actuellement elle n'en a plus qu'une qui fut fondue en 1832.

Il nous est arrivé déjà, au cours de celle notice, de dire quelques mots de riiistoirc de l'édliice qui nous occupe ; nous allons compléter, autant que possible, CCS renseignements :

Avant la Dévolution, Notre-Dame servait d'église paroissiale à tout le quartier d'Airaines que l'on appelle encore « l'abbaye », à cause de sa proximité de l'ancien prieuré. Par décret en date du U prairial an XII, cette paroisse fut réunie à celle de Saint-Denis, et Notre-Dame dc\'int un simple oratoire public (i). Le prieur était jadis le collateur à la cure, mais le curé n'avait que l'usage de la nef et des bas-côtés de l'église. Le reste était réservé aux religieux et aussi au châtelain du lieu (2).

Avant de terminer cette notice nous tenons à remercier Al. l'abbé Marchand, curé d'Airaines et membre de la Société des Antiquaires de Picardie, qui a bien voulu nous communiquer les renseignements nombreux recueillis par lui au sujet

(1} La partie de l'église, engagée dans le prieuré, fut vendue révolutionnaireraent en même temps que lui, en 1792.

(2) Un passage souterrain dont la porte se trouvait à l'extrémité du collatéral du midi, ù droite en entrant dan.s l'église, la mettait en communication avec le château des comtes de Ponthieu. Ce souterrain est aujourd'hui inaccessible. La jouissance de la chapelle seigneuriale appartenait au châtelain d'Airaines.

du monument historique dont nous venons de tenter la deseription. Nous avons en effet abondamment puisé à cette source précieuse si obligeamment mise à notre disposition.

11 nous paraît utile de joindre à la description de l'église de Notre-Dame, quelques lignes relatives aux bâtiments du Prieuré adjacent (i).

A1RAINF.S. — Plan du Prieuré.

Nous ne rappellerons point les noms de ses fondateurs, ni la date de sa fondation (2). Nous dirons seulement que l’abhé de Saint-Martin-des-Champs en était le collateur. Cinq religieux, en comptant le prieur, y demeuraient d'ordinaire (3). Souvent même ce dernier résidait à Paris et se faisait remplacer par un sous-prieur. Enfin vint la sécularisation et Notre-Dame d'Airaines fut comprise au nombre des bénéfices du curé de Saint-lioch de Paris.

Construit sur un terrain dont la contenance était de peu inférieure â un demi hectare, 1 immeuble fut vendu, comme bien national, le 27 janvier 1792, pour le prix de 25oo'. Devenu propriété particulière, il a été converti en ferme.

L ancienne habitation des religieux existe encore. C'est un vaste bâtiment en pierres, situé dans le prolongement du bras septentrional du transept de l’église (4). Ses façades sont orientées vers le levant et le couchant. Elles furent très probablement édifiées vers le premier tiers du xvi' siècle (5).

Du côté qui legarde 1 orient la construction s'élève sur un soubassement surmonté d un talon. Au milieu s’ouvre une petite porte cintrée en anse de panier, moulurée et suimontée dune archivolte saillante. Une fenêtre rectangulaire se trouve de

(1) On l’appelle vulgairement « l’Abbaye ».

(2) On a lu plus haut ces noms et cette date. - Thibaut dTIeilly, évtquo d'.Vmiens, confirma les donations faites au prieure d'eVirames, par une charte datée de la veille des kalendes de février [i8o (Communication de M Pabbé Marchand).

(3) Nous nous conformons invariablement aux notes qui nous sont fournies par .M. l’abbé Marchand

^ (4) Ce bras et une travée du bas-côté nord de l’église sont compris, — comme il a déjà été dit, — dans les batiments du prieuré et furent adjiig-és dans la vente de 1792. Ils font donc actuellement partie d'iine propriété particulière. ^

(5) V. C. Enlart, loc. cit. — De nombreux signes de tacherons sont apparents sur ses pierres. Voir la notice que M. Pinsard leur a consacrée. (Bull, de la Société des Antiquaires de Picardie, T. XVI, p. 20 et suiv)

Un. larmier parcourt la façade à la hauteur de 1 étage et au-dessus sont percées deux fenêtres pareilles et correspondantes à celles qui viennent d être décrites. Une corniche moulurée apparaît à la naissance du toit.

Au nord, la muraille de l’habitation prieurale est surmontée d'un pignon à degrés. Ce mur est ajouré par une seule fenêtre rectangulaire, au-dessus de laquelle

Prieuré dAiraines. — Cage de l’escalier.

s’étend un larmier qui se coude à angles droits et retombe latéralement pour encadrer la partie supérieure de la baie comme ferait une archivolte.

La seconde façade s’élève sur une cour. Lille est semblable à celle qui lui est opposée, mais sa conserwuion est moins satisfaisante.

1. intérieur des batiments, aujourd hui consacré à des usages agricoles, n'a conservé que peu de traces d'une ancienne opulence. On y remarque pourtant encore quatre belles et vastes cheminées en pierre (i).

Les solives apparentes des plafonds ont leurs angles moulurés et çà et là, on aperçoit quelques vieilles ferrures qui intéressent les connaisseurs. De plus, cette ruine a conservé un escalier remarquable. Il est construit en vis et il n’y entre que du bois.

Sur les panneaux qui le lambrissent tout entier, se déploient de délicates serviettes.

Nous ne prolongerons pas davantage la description de cet édifice et nous n avons pas à nous occuper des granges ni des étables qui l’ont envahi depuis qu il est devenu le centre d’une exploitation agricole. Nous ajouterons seulement qu autrefois son jardin en terrasse était soutenu par de hautes murailles et que le tout exigeait un dispendieux entretien, cause perpétuelle des légitimes préoccupations du prieur (2).

Si les revenus de celui-ci étaient minimes, il jouissait, par contre, de plusieurs pi érogatives, qui toutetois étaient souvient aussi la source de certains frais.

Le prieur de Notre-Dame était notamment le présentateur à la cure de Quesnoysur-.4irajnes, mais de ce chef, à lui incombait la charge d’entretenir le chœur de 1 église de ce village, conjointement avec le curé. S’il faut en croire le dire de messire N. Cardon, auteur de mémoires qui sont en quelque sorte les annales de la paroisse de Quesnoy dont il fut le pasteur pendant une assez longue période du xvin' siècle, le prieur d’Airaines se montrait en général fort peu zélé pour remplir

(ij 11 faut remarquer les contre-cœurs de ces cheminées qui sont construits en tuiles, car en cet endroit la pierre se serait calcinée. — Les cheminées sont de trois types différents.

{2) D’apres la déclaration de M'^' Jacques de la Hruisse, prieur commandataire, le total des revenus de ce prieuré, en 1728, s'élevait à 1730’ 1^^ et 6” (Note de M. l'abbé Marchand).

ses obligations et à diverses époques rédifice fut presque réduit à l'état de ruine faute d'entretien.

Le prieur d'Airaincs était aussi tenu de célébrer à Qucsnoy, ou de laire célébrer par un délégué, une grand’messe à l'occasion de la fête de saint Michel, patron du lieu. Ce même jour le curé devait ort'rir à dîner à l'officiant.

Il serait oiseux de pousser plus loin des investigations qui risqueraient de nous écarter par trop de notre sujet, et nous négligerons de redire les procès nombreux et interminables qui parfois divisèrent le prieur d'Airaincs et le curé ou les habitants de Quesnoy, procès dont M, l’abbé Charlier, membre de la Société des Antiquaires de Picardie, s'est fait le savant historien. C'est à son ouvrage encore manuscrit que nous empruntons la plupart des renseignements qui précèdent.

Notre-Dame ü‘.-Virai.n'es. — Joseph et Pharaon.

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