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ÉGLISE DE SAINT-DENIS

L EGLISE de Saint-Denis d’Airaincs, aujourd'hui simple paroisse de i" classe, mais jadis siège d'un doyenné supprimé après la Révolution (i ), est un monument qui appartient au XVI" siècle (2). Son plan comprend un chœur avec abside à trois pans, un transept et

(i) L’église d’.Xiraines, dédiée à Saint Denis l’.-Vréopagite. réunit, depuis 1802, la paroisse de Notre-Dame et celle de Saint-Riquier de Dourier-lés-Airaines alors supprimées. L’ne partie de l'ancien doyenné d‘.\iraines avait servi en 1693, à former le doyenné d'Uornoy. Le prieur de Notre-Dame d’.liraines était le collateur de la cure de Saint-Denis. Cette paroisse existait déjà en 1180, car à cette date, la veille des kalendes de février, Erhiiiius presbiter S'- Dionisii souscrivit une charte de Thibaut d’Heilly, évêque d’.Vniiens, charte relative aux birns du prieuré de Notre-Dame (Curamunication de M. l'abbé Marchand;.

(2| M. Machy (Notice encvclographique sur Airaincs], le croit du xv® siècle, mais il pense que la nef est plus moderne que le chœur, ce qui est' exact. L'éditice nous parait de même époque que les églises voisines^ de Quesnoy, de Warlus, de Riencourt, etc., avec lesquelles il a des caractères communs.

une nef accompagnée de collatéraux (,). Le portail principal s'ouvre sous le clocher tour cantonnée de contreforts et sommée d’un bell'roi en charpente recouverte d ardoises, qui s'élève en avant-corps à l'extrémité occidentale de la nef. Cette entrée peu remarquable, forme une sorte de porche construit en briques et en pierres et semble accuser le xvm- siècle (2), La tour elle-même, ainsi que l'extérieur des collateraux, furent profondément modifiés à la même époque et perdirent la plus grande partie de leur caractère ; depuis, les transformations ne se sont guère ralenties (’l).

A l'extrimité de chaque bas-cÔté, s’ouvre une porte secondaire, cintrée en anse de panier et bordée de nombreuses moulures. Ces entrées (4) sont pratiquées dans des murailles unies, surmontées de pignons; une petite rosaetî percée en 1832 décore celui du nord. ’

Nous ne nous attarderons pas à examiner l'extérieur des collatéraux ; les façades des bras du transept seront aussi négligées, mais il faut noter la disposition singulière des toitures d'ardoises qui recouvrent ceux-ci. Ces toitures sont disposées en baîières entre deux pignons (5) construits latéralement. Celui qui est exposé à l'ouest est un culas simplement revêtu d'ardoises, mais le second orienté vers l'est, est en pierres et ses rampants sont ornés de crosses végétales.

Le chœur s'élève sur un soubassement muni d'un talon à sa partie supérieure Entre chacune de ses fenêtres en tiers-point, se dresse un contrefort 16) contourné par le larmier qui longe toute cette partie de l’édifice en passant sous les fenêtres et aussi par celui qui se courbe en archivoltes 'au-dessus des mêmes baies (7}, La corniche se compose d’un groupe de moulures dont l'une des gorges abrite de petites rosaces placées de distance en distance.

A I intérieur de 1 eglise, la net et les bas-côtés ne peuvent fixer longtemps l’attention.

Cet ensemble compte trois travées dont les arcs en tiers-point reposent sur de courts piliers octogonaux très remaniés. Les voûtes sont revêtues d’un enduit ; Autrefois, elles étaient pourvues d'entraits et de poinçons, qui ont été supprimés (8).

Les deux piliers qui soutiennent la croisée du transept, du côté de la nef, sont aussi de forme octogonale et se dressent sur de hautes bases. Ils semblent dater de la fin du XVI' siecle et supportent un grand arc doubleau en tiers-point, muni de moulures agrémentées de place en place dans une gorge du côté de la nef, d'ornements semblables a des cabochons. Des socles et des dais de style Renaissance fort richement sculptés

^ (d L'eglise a 38 ni. de loneriieur sur 12 ni. de largeur, selon M. l'abbé Marchand, curé d'Airaines, et son aae S infléchit légèrement gauche.

(2) Cette adjonction en briques aurait été construite pour consolider le clocher. Tout le reste de l’église est bâti uniquement en pierres. Dans l'ornement en fer forgé qui garnit l’œil-de-bœuf pratiqué dans l’imposte en menuiserie du porche, se lit la date de 1747.

(3) Sous le chaperon d un contrefort du chœur, au midi, on lit la date de 1719 entre les initiales J. et B. — On a prétendu que Samt-Dcnis d'Airaines avait appartenu au.x templiers ; nous croyons cet avis erroné, car rien ne le confirme.

(4) Tes moulures de la porte du collatéral du nord sont modernes.

(5) Lu disposition dos toitures. - toutes en ardoises, - - de l'église de Saint-Denis d'Airaitios est assez remarquable. Indépendamment du beffroi du clocher, la nef et ses collatéraux comptent chacun un toit distinct ; la croisée et les bras dn transept ont aussi chacun le leur ; enfin le chœur a sa toiture particulière. Ces sept couvertures sont de diverses hauteurs, ce qui donne à leur ensemble un aspect assez pittoresque. La toiture du chœur, dont le comble est le plus elevé, vient buter contre le pignon de pierre qui surmonte l'arc triomplial. Les rampants de ce pi<rnon sont ornés d'animaux fantastiques formant crochets. 11 est terminé par un très bel épi de pierre, délicatement sculpté A jour dans le goût de la Renaissance, mais malheureusement brisé en quelques endroits.

(6) Au midi, quelques-uns de ces contreforts sunt surmontés de chaperons en forme de toitures arrondies.

(7) Sur la partie antérieure de chaque contrefort se trouve un larmier intermédiaire. — Une petite porte emtree en anse de panier et aujourd’hui murée, s’ouvrait -jadis dans la paroi septentrionale du chœur

(8) V. Goze, (MS. loc. cit.)

sont appliqués contre ces piliers {i}. On y remarque quelques petits personnages, souvent dans des attitudes assez licencieuses.

Les bras du transept forment la continuation des bas-côtés. Chacun est éclairé par deux fenêtres ornées de remplages flamboyants. L'une est percée à l'extrémité des bras, et l'autre latéralement vers l'est (2).

Tout le transept est recouvert de voûtes en pierres, construites au xvu' siècle (3) ; leurs nervures viennent aboutir à des clefs sculptées (4I.

L'arc triomphal qui donne accès dans le chœur est bordé de moulures prismatiques, régnant jusqu'aux bases des piliers engagés disposes des deux côtés de cette entrée (5). «

Le chœur est la partie la plus remarquable de toute l'église de Saint-Denis. H compte trois travées et il est éclairé par neuf fenêtres (6) bordées d'élégantes moulures prismatiques et garnies de très riches remplages flamboyants. Dans cette partie de l'édilice, les nervures des voûtes (7) sont pourvues de pendentifs variés. Contre l'arc triomphal notamment, un petit personnage dansant soutient la retombée des moulures. Plus loin, en remontant vers le sanctuaire, un pendentif est entouré par huit saints, difficiles à déterminer ; le suivant présente, d'un côté l'écti de France, et de l'autre, des armoiries que l'éloignement ne permet guère de distinguer, mais qui pourraient être celles du bourg d’Airaines (S). Celui qui vient après montre encore huit saints personnages et l'avant-dernier représente un édicule à deux faces, conçu dans le style de la Renaissance classique et abritant deux Bienheureux. Enfin le dernier, situé dans le sanctuaire au-dessus du grand autel, représente, croyons-nous, la Résurrection et le Noli me tangere.

Les moulures des voûtes descendent sans interruption le long des parois du chœur jusqu'au larmier qui en fait intérieurement le tour, en passant sous les fenêtres. De distance en distance ces nervures sont semées de bouquets de feuillage finement sculptés. Enfin, le pourtour du chœur et du sanctuaire, — où s'élève un somptueux autel moderne, — est orné de riches arcatures récemment exécutées dans le goût du xvi* siècle, mais sans grande pureté de style (qj.

De brillantes verrières embellissaient jadis l'église d'.Airaines. Deux des fenêtres du sanctuaire en conservent encore des portions notables, mais malheureusement bouleversées. Leur ensemble devait se rapporter à l'Enfance et à la Passion du Christ. On y distingue encore des fragments qui ont trait à une représentation de l'Annonciation et à celle de la Crèche ou plutôt de l'Adoration des Mages, car dans le paysage

(1) Un sncle a été refait dernièrement en iin style médiocre.

(2) Dans le bras septentrional, la fenêtre latérale a été bouchée pour faciliter l'installation d'une chapelle.

(31 Grdcc aux libéralités de François Demachy brasseur, pràce aussi à la générosité des habitants d'Airaines et au

zèle de Claude Le Rov, curé de Saint-Denis. Ces voûtes furent faites en 1669. (Voir la liste des bienfaiteurs de l'église, peinte contre l'édicule qui abrite scs fonts baptismaux). La voûte de la croisée du transept ne date pourtant que de 1670. Elle fut exécutée aux frais de la duchesse de Longueville, dame d'Airaines, et de F. Demachy, qui donna 50* pour sa construction. — Le curé Claude Le Roy fut enseveli dans le chœur de son église. (Communication de M. l’abbé Marchand, curé d'Airaines).

f.jl Des ogives et des liernes soutiennent les voûtes des bra> du transept ; il y a en plus des tiercerons à celle de la croisée.

(51 Les grands arcs qui séparent de la croisée les bras du transept, sont garnis de moulures qui. du côté de la nef, perdent dans le fût des piliers, et de l’autre coté, descendeiU jusqu’aux bases des piliers engagés placés A l'entrée du cliæur.

(6) Trois d'entre elles sont absidales. Les nervures des remplages, dessinaient autrefois des fleurs de lys dans les lancettes de plusieurs de ces fenêtres en tiers-point. Ces fleurs de lys furent mutilées pendant la Révolution.

(7) Les voûtes du chœur sont plus élevées ciue celles du transept.

(8. Le bourg d'Airaines porte: de gueules à 1 aigle d’or, à lorle de huit fleurs de lys de même.

'9) Le chœur de Saint-Denis était naguère revêtu de lambris de mauvais goût.

formant le fond de. la scène, on aperçoit la caravane de chameaux qui faisait cortège à ces rois. Ailleurs on voyait l'arrestation de .lésus au jardin des oliviers et le peintre s'y était complu à représenter saint Pierre coupant l’oreille d'un soldat. Celui-ci a laissé tomber la lanterne qu'il tenait à la main et qui roule sur le sol. Des légendes en caractères gothiques expliquaient tous ces sujets. Elles n'offrent plus aujourd’hui que des niots sans suite, parmi lesquels nous avons seulement relevé un nom propre, celui de Jehan Gallet, membre d'une famille notable d’Airaines. On voit aussi sur ces vitraux la date de i53i (i).

Nous avons encore à signaler une grille assez élégante servant de clôture au chœur. Cette ferronnerie accuse le style de la lin du xviii^ siècle (2). Aucune des statues conservées dans l'édifice n'est particulièrement intéressante. Notons toutefois un saint Antoine d'un type souvent décrit; il marche sur des flammes, escorté de son habituel compagnon. Une piscine qui, jadis devait présenter de jolies moulures et une archivolte en accolade, sommée d'un épi, est encore visible dans le bras méridional du mansept, près de l'autel érigé en cet endroit, mais ses sculptures ont été entièrement sapées et seule la silhouette de ses ornements n'a point disparu.

Enfin, une mise au tombeau naguère placée au fond du sanctuaire derrière le maître-autel (3j, a été rapportée près du portail, dans le bas-côté méridional de la nef. C est une œuvre en pierre, sculptée au xvP siècle et qui mérite quelque attention sans présenter toutefois des qualités exceptionnelles, On a disposé cette sculpture sous une arcade moderne, surchargée d'ornements du plus mauvais goût. Vis-à-vis, les fonts baptismaux se trouvent sous un édicule semblable, sur lequel sont notés plusieuis des faits concernant 1 histoire du monument. Cette source de renseignements nous a été fort utile.

Dès le milieu du xvii“ siècle, Saint-Denis d’Airaines possédait trois cloches qui furent alois refondues grâce aux soins de François Testu, curé du lieu. Aujourd’hui cette église en compte cinq. Quatre d entre elles datent de iS3y, la cinquième, qui provient du sanctuaire supprimé de Douriez, fut refaite en i858 fq).

Une antique confrérie a son siège dans l’église de Saint-Denis. Elle reconnaît saint Roch pour patron. Quant à celle du rosaire, son origine remonte seulement à 1659, année où elle fut fondée par le curé Claude Le Roy, run des plus insignes bienfaiteurs de la paroisse. L'autel alTecté à cette pieuse association, avait toutefois été érigé dès iGSy. Il ne manquait pas d’un certain mérite artistique.

Comme dernier trait relatif a 1 histoire de Saint-Denis d'Airames, nous rappellerons que cette église devint la prison où furent retenus captifs les habitants de Longpré-lcs-Corps-Saints pris les armes à la main, le 28 décembre 1870, en défendant leurs foyers contre les envahisseurs d'Outre-Rhin.

(r) M. le curé d’Airaines conserve dans son presbytère un écusson peint sur verre, qui provient de l'église Saint-Denis. Il porte; d'or au loup passant de sable, accompagné de trois tourteau.v de gueules posés 2 et i. Ce sont les armes d'une famille de Chantelou, qui s’était alliée en Picardie à la maison de Sarcus. (V. Laniorlière).

(2) Cette grille, posée il y a peu d’années, fut achetée avec les fonds provenant d’une souscription organisée par les paroissiens de Saint-Denis. Avant la Révolution, une table de communion en fer fiirgé, servait de clôture au sanctuaire. Elle avait été donnée par la famille de Luynes (Communication de M. l’abbé .Marchand).

(3) Oii voit encore derrière le maitre-autel l’arcade, servant aujourd'hui d’entrée à la sacristie, qui abrita d'abord cette mise au tombeau. Plie est cintrée en anse de panier. Son archivolte en accolade est terminée par un épi. Des crosses végétales et deu.’c petits anges en décorent les branches.

(4) Les orgues d’Airaines proviennent, dit-on, du couvent des Jésuites d’Amiens, à qui elles auraient été achetées en 1769. (Communication de M. l’abbé MarchandE

LE CHATEAU

Deux châteaux dominaient autrefois le bourg d'Airaines. L'un a complètement disparu, et c’est du second, dont les ruines subsistent encore, que nous nous occuperons spécialement. Pourtant, il nous parait utile de dire au moins quelques mots de la première de ces forteresses. On l'appelait vulgairement « Le château de l’Abbaye », à cause de sa proximité de l'ancien prieuré, ou encore « Le château de Ponthiett », nom qu'il avait retenu de ses premiers possesseurs, les comtes de Ponthieu. L'édifice s’élevait au sommet d’une colline, à peu de distance vers l'ouest de l'église de Notre-Dame, au lieu-dit « Le fief Pignon » (i), sur un emplacement où les popiulations gallo-romaines ont laissé des vestiges de leur séjour. On y remarque encore une éminence elliptique considérable et ceinte de fossés très profonds (2).

Selon le D'' Machv, le fort se composait de deux parties distinctes réunies par un pont-levis. Fondé vers ii5g (3), il fut donné avant 1227, par Simon de Dommartin comte de Ponthieu, à Richard I,e Mareschal, l’un de ses feudataires sans doute. Racheté à cette dernière date par Jeanne de Ponthieu, reine de Castille, celle-ci en fit présent à son tour à Antéaume surnommé Pignon, mais le 3 novembre 1279, ce seigneur vendit son manoir à Edouard I", roi d’Angleterre et comte de Ponthieu du chef de sa femme. Depuis lors, ce château suivit la destinée du Comté (4). Peu de jours avant la bataille de Crécy, au mois d’aoùt 1346, il semble avoir abrité Edouard 111 qui se montra clément pour Airaines. En effet, le château était alors p»rivé de sa garnison française qui se retira nuitamment devant l’armée anglaise, après un simulacre de défense. 11 fut restauré en i358, mais au siècle suivant, en 1421, Jacques de Harcourt gouverneur du Crotoy, qui tenait le parti du roi de France contre Henri V d’.Angleterre, s’en rendit maître. Enfin, selon iMonstrelet, ce château succomba en 1422 (5) sous les efforts réunis des Anglo-Bourguignons commandés par Jean de Luxembourg et Jacques Le Bouteillier. A la suite de ce siège, la forteresse fut presque anéantie, non pourtant au point de ne pouvoir recevoir une garnison bourguignonne, mais elle se releva encore, car elle était occupée en 1482 par les soldats de Charles et ne disparut définitivement qu’en 1472, rasée par Charles Le Téméraire (6). Plus tard, son emplacement fut réuni au domaine de la couronne de France, et lorsque la Révolution éclata, il faisait partie de l'apanage du comte d’Artois, qui fut depuis le roi Charles X. Vendu alors à des particuliers, il appartenait en i852 au D'' .Machy, l’un des historiens d'.Airaines. Selon Goze, ce premier château possédait dans son enceinte un oratoire, connu sous le nom de « chapelle de Ponthieu ». I! communiquait aussi par un souterrain avec Notre-Dame, mais la chapelle seigneuriale, située dans cette église, appartenait au possesseur de l’autre forteresse.

(1) Le fief Pignon contenait six journaux de terre. ^V. de Lagorgue-Rosny ; Rcilierclici généalogiques, V’' Airaines). Les constructions du château occupaient un hectare et demi. iV. Machy; Soticc cncyclographiquc sur Airaines, br. in-8®, Amiens, Alf. Caron 1852).

(2) Y. Machy ; loc. cit.

(3) Communication de M. l'abbc Marchand, curé d'Airain.s.

(4) Ces détails sont extraits en majeure [uirtie des Recherches gcnéalog''ques, par de Lagorgue-Rnsny : V" Airaines. (5I V. Machv, loc. cit. — Ce château avait déjà été pris en 141g par Raoul d'Ailly. (V. Lamorlière, familles

illustres, art. Ailiyj.

(6) Comiaunication de M. l’abbé Marchand. — Vers 1422, le capitaine du château d’Airaines était Pierre Quieret, seigneur de Ramecourt, échanson du duc d’Orléans. 1 V. Gauvin Quieret, etc., par K. de Helleval, p. 77).

L liistorique du second château, souvent appelé « I,a châtellenie », est beaucoup moins facile à dresser, car au cours des siècles, cette forteresse devint, soit par droit d'héritage, soit de toute autre manière, la propriété d'un assez grand nombre de familles dont la succession manque souvent de clarté. Mlle fut soumise en outre à peu près aux mêmes vicissitudes que le château des comtes de Ponthieu.

La châtellenie appartenait à l’origine à une famille qui possédait aussi le domaine de Croy (i) et semble en avoir parfois porté le nom. Catherine, dame d’Airaines, dernière descendante d'une branche de cette primitive maison (2), ayant épousé vers 1178 ou 1180, un prince étranger, fils pré.sumé d’un roi de Hongrie (3), en aurait

eu deux fils. L’un serait l’auteur de l'illustre maison de Croy qui existe encore ;

l'autre fonda, pense-t-on, une nouvelle lignée de sires d’Airaines qui, grâce à une alliance subséquente, se fondit bientôt avec les de Croy proprement dits. Au début du xiv' siècle, la châtellenie, — après avoir appartenu un instant à quelques membres des familles de Brimeu, de Poix et de Soissons, — devint, par suite d’un

mariage, la propriété de Mathieu de Trie, maréchal de France (4). Après celui-ci

elle passa par succession aux de Rosny, aux d’Orgecin et aux d’Ailly, qui la vendirent aux de Bery en 1460.

Environ un sièqle plus tard, en i53i, la châtellenie appartenait aux d’Orléans-Longueville sans que l’on puisse expliquer comment la mutation s’opéra (5). Enfin elle devint en 1710 la propriété des ducs de Luynes à cause du mariage de Charles-Philippe d Albert, duc de Luynes et de Chevreuse, avec une princesse de Bourbon-Soissons, héritièie des Longueville. Le domaine d Airaines fut démembré par son légitime possesseur pendant le cours même de la Révolution.

On ignore à quelle époque fut fondée la forteresse qui est l'objet spécial de cette notice, mais, d après Monstrelet, elle aurait été entièrement détruite en 1422 (6). Reconstruite dix ans après, elle devint le centre d'où les partisans de Charles VII exercèrent maintes déprédations dans tout le voisinage. Charles Le Téméraire la saccagea en 1472. Enfin les ligueurs amiénois, commandés par le capitaine Lefort, la prirent au mois de janvier i58g et la rasèrent peu après. C’est environ trente ans plus tard que le connétable de Luynes entreprit, dit-on, de reconstruire la chatellenie (7).

(t) Actuellement : CroLiy, canton de Picquigny.

(2) Selon Lamorlière une autre branche de la même famille aurait produit Mathieu et Jean de Croy, qui furent maïeurs d’Amiens au xiii' siècle. V. Antiquitéz d’Amiens, L. II.

(3} Marc de Hongrie, dont il est ici question, aurait été le fils d’André III selon l’abbé Jumel (Monographie de Croy, Amiens i86g, p. 25), d'André II, selon de Rosny, /oc. dt., Croy, ou d'Etienne IV, selon Machy, ïoc. cit.

(4) Nous avons employé pour dresser cette succession de familles seigneuriales ayant possédé la châtellenie dAiiaines, les travaux* de de Lagorgiie-Rosny, V'* Airaines ; de Lamorlière, familles illustres, art. Ailly, et surtout les notes mises obligeamment à notre disposition par M. l’abbé ^larchand, curé d’Airaines, que nous remercions de nouveau. A certaines époques, quelques parties du domaine de la châtellenie furent distraites et appartinrent à des familles qui prirent aussi le nom d'Airaines, ce qui augmenta la confusion. D’après de Rosny, les de Longvillers, les Quierct, etc. furent dans ce cas. — Une famille d’Airaines, connue dans l'échevinage d'Amiens, portait les mêmes armes que les anciens sires d’Airaines (V. ci-dessus, page 383, note 3), qu'elle brisait d'une étoile à six pointes, en chef (V. Epitaphior MS. de la Bibliothèque des Antiquaires p. 72 r").

(5) En faisant de.s recherclies relatives aux Longueville, princes de Neuchâtel, M. Lardv. ministre de Suisse h Paris, a trouvé un acte dont la teneur est difficile concilier avec ce qu'on vient de lire. D'après ce document, Airaines serait venu directement dos Croy aux Longueville, par suite d'une transaction en date du ii avril 1566. La famille de Croy avait cédé aux Longueville la terre de Longny, dans le Perche. Ceux-ci en furent évincés par le roi. Ils eurent donc recours contre la partie cédante qui, à la suite de longs procès, abandonna à la date sus-dite à ses adversaires, la seigneurie d'Airaines, à titre de compensation, e Depuis cette époque, écrit M. Lardv, Airaines n’a cessé d appartenir aux Longueville, jusqu'à l'extinction de la famille, sauf un petit entr'acte en 1599. *

(6) Elle fut construite sur un fief, dit le fief Baudouin (V. de Rosny, Joc. cit.).

(y) Nous nous faisons ici l’écho d’une tradition locale, sans connaître l’autorité sur laquelle elle repose. En

Vf.

Les ruines se dressent au sommet d'une hutte artificielle, située sur la déclivité d’une colline, au sommet de laquelle est située la partie haute du bourg (i) d’Airaines. Ainsi dominée, la forteresse devait perdre beaucoup de sa valeur stratégique. Sa motte, de forme presque circulaire, ne présente point un très grand diamètre, mais elle était défendue par de profonds fossés. Seule, l'entrée principale du château a subsisté jusqu’à nos jours.

On y accède par un chemin bordé d'un petit mur maçonné. Ce chemin était interrompu jadis par un pont-levis.

La courtine au milieu de laquelle s’ouvre la porte est comprise entre deux tourelles octogonales à demi engagées et construites en pierres. Leur couronnement se compose d'une rangée de consoles dont les intervalles sont garnis de briques. Cette disposition donne, à distance, l'illusion des mâchicoulis des vieilles constructions féodales. Ces consoles supportent une corniche simplement moulurée sur laquelle s'appuient des combles pvramidaux, en charpente recouverte d'ardoises. Cinq plates-bandes de pierres enserrent les tourelles à différentes hauteurs; la dernière passe immédiatement sous les consoles. De plus, ces tourelles sont percées de quelques meurtrières et ajourées vers leur sommet, par une fenêtre rectangulaire. La porte est cintrée et ne présente aucun ornement. Au-dessus s’étend une grosse moulure horizontale, surmontée d’un cadre rectangulaire dont le champ est resté vide. De chaque côté de celui-ci, on remarque les ouvertures qui donnaient passage aux flèches du pontlevis. Une fenêtre se laisse deviner un peu plus haut.

Le reste des ruines ne présente que des débris informes (2) : caves effondrées et pans de murs envahis par les herbes folles. Nous nous abstiendrons de décrire plus longuement ces débris.

effet, la famille de Luynes posséda la seigneurie d'Airaines seulement en 1710, or le connétable mourut en 1621. On se demande donc à quel titre il aurait entrepris la reconstruction du château.

(1) 11 serait plus exact de dire: c/f /a t’/Z/c’, titre qui appartient légalement à Airaines.

(2) L’habitation proprement dite que l'on appelait « le donjon t>. était carrée et comptait deux étages et un grenier.

N OTR K- 1 ■) A M F. Ij' A I R 1 N ES .

Pi'irte de la clôture de la Chapelle Seigneuriale'

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