‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 82 sur 109 · I.'ÉGLISK · texte numérisé non relu

I.'ÉGLISK

Peu remarquable si on la considère au point de vue de la beauté architecturale, l'église de Camps-en-Amiénois présente pourtant un réel intérêt archéologique, dû principalement aux vestiges des xii', xiii', xiv' et xvi“ siècles qu'elle a conservés.

Dans .son état actuel, elle se compose d'une nef avec collatéraux, d'un transept dont les bras (i) dépassent un peu les bas-côtés, et d'un chœur rectangulaire. Un petit clocher en charpente recouverte d'ardoises, s'élève au-dessus de la croisée {2) du transept.

l.a taçade occidentale de la nef où s'ouvre le portail, se compose d'une muraille unie, surmontée d'un pignon triangulaire terminé par un campenard moderne.

Un contrefort, pourvu de larmiers, se dresse de chaque côté de l’entrée principale (3). Celle-ci est en tiers-point ; ses deux voussures pqu profondes sont décorées

(1) Le bras septentrional est plus long que celui qui lui est opposé.

(2) Ce clocher octogonal est entouré à sa base d’une sorte de balcon revêtu de plomb.

(3) Contre l’un de ces contreforts est appliquée la pierre tombale de ; Marie Agnès de Belloy-Vaudricourt, morte à 58 ans, le 27 Juin 1810 ; et sur l’autre, celle de Louis Carpentier, curé de Camps-en-Araiénois, né à Ribeaucourt en 1742, décédé en 1816.

de simples moulures énergiquement profilées, filles encadrent un tympan sur lequel se dessine un ornement tréflé. Dans son lobe supérieur apparaît une main bénissante, dissimulée aujourd’hui derrière un petit bas-relief du xvb siècle, ajouté après coup, et représentant un groupe de quatre apôtres ou docteurs dont bun semble expliquer le texte d'un livre placé devant lui (i). Les moulures des voussures reposent sur les chapiteaux ornés de feuilles d’eau des quatre colonnettes disposées en deux groupes de chaque côté de la porte, contre les ébrasements. L'ouverture

de la baie est rectangulaire, mais deux corbeaux ornés de feuillages et placés dans

les angles supérieurs soutiennent son linteau.

Ce portail paraît dater du xin' siècle et la rosace qui se déploie au-dessus semble remonter à la même époque, fille est aussi bordée de moulures. Quant à son remplage, il a été restauré, ou même entièrement refait de nos jours.

Extérieurement le collatéral de la nef, du côté du midi, s’élève sur un soubassement couronné d’un talon ; ce bas-côté est ajouré par trois fenêtres en tiers-point qui correspondent aux trois travées de la nef. La corniche est constituée par une assise en saillie formant cavet. Au-dessus s’étend une toiture en appentis qui vient s’appuyer contre la partie haute de la nef, construction moderne éclairée par des œils-de-bœuf dont nous aurons l’occasion de reparler.

La façade du transept méridional ne fait qu’une légère saillie sur l'alignement

du collatéral de la nef. C’est une muraille unie surmontée d’un pignon triangulaire

le tout sans ornements, car les deux contreforts qui l’étayent ne possèdent que des glacis presque insensibles.

Cette partie de l’édifice remonte vraisemblablement au xib siècle (2). En effet, sa façade est percée d’une fenêtre en plein cintre, avec angle extérieur rabattu. Elle est longue et étroite comme la plupart de celles de la même époque. Lht talus se déploie à sa base ; malgré son étroitesse, une sorte de rétrécissement de pierre vient encore diminuer sa largeur. Dans la façade orientale du transept se trouve une fenêtre en tiers-point, aujourd’hui bouchée, où l’on voit un remplage du xvi' siècle. Enfin cette baie est en partie obstruée par une tourelle cylindrique, disposée dans l’angle du transept et du chœur. Elle renferme un escalier tournant en grès qui conduit au clocher.

Le chœur est éclairé, de part et d'autre, par deux fenêtres en tiers-point qui correspondent à ses deux travées (3). Elles sont pourvues de remplages à deux baies redentées dans le haut et soutenant un trèfle dans la lancette. Cette décoration, qui paraît dater du début du xiv' siècle, est dépourvue de moulures.

L’abside rectiligne est soutenue par deux contreforts posés obliquement. Elle était éclairée jadis par une belle fenêtre en tiers-point, surmontée d'un larmier formant une archivolte à retours horizontaux. Cette baie est décorée d’un riche remplage du xvb siècle aujourd'hui aveuglé. .4u-dcssus s élève un pignon uni.

Le bras septentrional du transept fut rallongé et pourvu d'une nouvelle façade, à l’époque où l'on exécuta la fenêtre et les contreforts de l'abside. Ce transept est ajouré latéralement du côté de l'est par une baie à meneaux, exécutée au xvi' siècle, et, au nord, par une fenêtre principale pourvue d'un remplage de la même époque. Un larmier lui sert d’archivolte Une autre moulure semblable piasse au-dessus, et se prolonge latéralement de manière à contourner les contreforts voisins.

On s'explique difficilement la disposition intérieure de la nef de Camps-en-

(i) Peut-être le bas-relief complet, représentait-il Jésus parmi les docteurs.

(il Tout le monument est construit en piirres.

tji La deuxième travée du chœur forme le sanctuaire.

Amiénois dans son état primitif. Actuellement elle est divisée en trois travées, communiquant de part et d'autre avec les collatéraux, par trois arcades en tiers-point sans la moindre moulure qui puisse fixer leur date Ces arceaux reposent sur de courtes cidonnes cylindriques privées de chapiteaux (i). Seules, les bases des supports semblent dénoter le xvh siecle. Les bas-côtés qui accompagnent la nef paraissent’ être de la même époque. Les arcades auraient-elles donc été percées dans la muraille du vaisseau primitif, pour le faire communiquer avec des collatéraux postérieurement ajoutés f Cette hypothèse paraît assez vraisemblable, surtout lorsque l'on considère dans la nef, au-dessus des dites arcades, les traces des petites fenêtres cintrées et irrégulièrement espacées qui à l'origine éclairaient la construction. Celles-ci paraissent dater du xih siècle et furent probablement bouchées lorsqu'on établit devant elles les toitures des collatéraux qui les rendaient inutiles en les obstruant. Les arceaux du x\i siècle auraient donc été pratiqués dans des murailles du xn' siècle reprises en sous-œuvre.

Un peu plus haut que les petites fenêtres cintrées qui viennent d'être signalées devait se développer naguère une couverture à charpente apparente. De nos jours, les murs de la nef furent surchargés d’un étage, éclairé par les œils-de-bœuf mentionnés ci-dessus.

C'est aussi récemment 'que fut établie la voûte ogivale recouverte d'un enduit, avec arêtes simulées en bois, qui s étend à présent sur tout le c'aisseau {2).

On accède de la nef dans la croi.sée du transept, au-dessous du clocher, par un arc en tiers-point a deux voussures, ce qui le fait ressembler aux arcades de 1 église de Berteaucourt-les-Dames et lui assigne la même date. Les angles des voussures ont été chanfrainés.

La croisée du transept est pourvue d'une voûte ogivale dont les arêtes reposent du côté de la nef, sur deux colonnettes à chapiteaux feuillages et, du côté du chœur, sur des culs-de-lampe. La clef de cette voûte paraît dater du xiv" siècle et ne porte pas d'ornement.

Le bras méridional du transept est éclairé par la fenêtre en plein cintre signalée en décrivant l'extérieur de l’église (3).

Un autel, adossé contre la paroi orientale, y bouche une baie du xvf siècle. La voûte est en pierres et ses ogives viennent se perdre dans les angles, sauf l'extrémité de l’une d'elles qui s’appuie sur une colonnette à chapiteau simplement mouluié, placée contre le pignon. A la clef ligure un quatre-feuilles du xiv" siècle.

Bien que plus vaste que le précédent et remanié au xvi” siècle, le bras nord du transept ressemble beaucoup à celui qui lui est opposé. Cependant, on n'y remarque pas l'unique colonnette indiquée de l’autre côté et ses fenêtres en tiers-point sont pourvues de remplages flamboyants. La voûte de pierre doit nécessairement être contemporaine de l'agrandissement de cette partie de l'édifice.

Près de l'arcade qui de cet endroit mène dans le bas-côté septentrional de la nef, on lit deux inscriptions ainsi conçues :

1“ M' Nicolas de la

VOIE DBEE (sic) ET CLERCQ. DE CE LIEU l632 l633 1634 ET i635 (4).

(l) T.’ornement.'ition des arCcides et des colonnes semble ne pas avoir été exécutée. Peut-être les aread“s devaient-elles être pourvues de moulures se perdant dans le fut des colonnes selon le goût du .\vi" siècle.

(21 Des voûtes semblables recouvrent les bas-côtés.

(3) A l’intérieur, un talus s'étend aussi devant cette fenêtre, dont les bords sont chanfrainés.

(4) Une série de dates a été ajoutée après cette dernière, par de mauvais plaisants croyons-nous.

— SqS —

2” Ycy gist An

DRÉ ROCQ.UE P^‘’‘=

ET CURÉ DE Camps EN AmIENNOIS dé CÉDÉ LE 20 DE JUIL LET 1723 PRIEZ Dl e:u pour son ame

Le chœur de Camps-cn-Amiéiiois est voûté en pierre et fut éclairé par des fenêtres en tiers-point au début du xiv* siècle (i). Toutefois celle du chevet, aujourd'hui bouchée, semble être de deux cents ans postérieure.

Cette partie de rédilice est de forme rectani^ulaire et divisée en deux travées. Dans la dernière est disposé le sanctuaire.

I.es ogives de sa voûte s'appuient dans les angles formés par le mur de l'abside sur des colonnettcs à chapiteaux feuillages. L'autre extrémité de ces nervures (2) est soutenue par des culs-de-îampc où spnt sculptés deux des animaux évangéliques, munis de phylactères. Ceux-ci servent aussi d'appui aux ogives du chœur qui vont aboutir d'autre part, près de la croisée du transept, à deux culs-dc-lampes similaires où l'on voit les deux autres animaux du tétramorphe. Nous attribuons ces images à la lin du XIV® siècle.

Sur la clef de voûte du chœur est sculpté un Agmts Z)e/, tandis que celle du sanctuaire ne porte qu'une rosace.

Le mobilier de l'église de Camps est peu remarquable. On y trouve seulement à signaler le retable en bois de l'autel principal, grand bas-relief du xviii® siècle, représentant le Père Lternel supporté par des Amours et, aux extrémités du meme autel, des statues de saint .Tean-Baptiste et de saint Nicolas qui datent du xvp siècle (3).

Camps-cn-Amiénois (4) lut jadis le siège d’un prieuré placé sous le patronage de saint .Ican-Baptiste et dépendant de l'abbaye bénédictine du l'réport (5).

La présentation à la cure de la paroisse appartenait alternativement à l'abbé de ce monastère et au commandeur de Saint-Maulvis.

L'église est dédiée sous le vocable de saint-Nicolas. Llle faisait partie, sous l'ancien régime, du doyenné de l^icquigny (6).

(i) Toutes les fenêtres du chœur ont été décrites, en parlant de l’extérieur de l'église.

(2} Le profil des nervures à biseaux du sanctuaire et du chœur de l'église de Camps, rappelle celui des ogives de plusieurs des chapelles qui longent la nef de la cathédrale d’Amiens. Ce profil n’est pourtant pas le même pour le sanctuaire et pour le chœur.

(p Une inscription placée au haut du maître-autel, apprend que l'édifice a été décoré en 1761, par les soins de l'abbé Deiomel, curé du lieu. (V. Roger, Bibliothèque historique et monumentale, p. 166).

(4) Dans le pays on prononce ce nom a Calaminois i>.

(5) Il avait été donné, à cette abbave, par Raoul d’Airaines, en l’an 1:36, à la condition de faire desservir le prieuré par un religieux du Tréport. A l'époque où écrivait le Père Daire (Hist. du Doyenné de Picquigny, pub. par J. Garnier) à qui nous empruntons ce renseignement, le prieuré était entre les mains du clergé séculier.

(6) *V. Darsy : “ Bénéfices de l’Église d’Amiens ” et le pouillé de la Bibliothèque des Antiquaires de Picardie.

LALEU

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