CHŒUR DE L'ÉGLISE
Sur le versant d’une colline qui domine la vallée du Saint-Landon, se dresse l'église de Riencourt.
Ce sanctuaire, comme presque tous ceux du canton de Molliens-Vidame, fut bâti au xvi' siècle, mais on choisit pour l'édifier un terrain dont la pente rapide dut compliquer beaucoup l'entreprise.
Du clocher fqi et de la nef de cette église, nous ne dirons rien. Ces constructions sont complètement dépourvues d'intérêt et elles ont été remaniées ou refaites à différentes époques.
11 n’en est pas de même du chœur, bien digne au contraire, d’un examen minutieux.
Construite toute en pierres, cette partie du monument s'élève sur un soubassement (5) dont les diverses assises se conforment à la pente du sol.
Elle est éclairée au midi par trois fenêtres en tiers-point. Toutes sont ornées de moulures prismatiques. Deux d'entre elles sont tripartites et leurs remplages se terminent, dans la lancette, par des compartiments gracieux, mais la troisième, tout près du sanctuaire, est divisée seulement en deux par un meneau au-dessus duquel s'épanouit une rosace. Cette baie est un peu moins élevée que les précédentes.
(1) Le diamètre de la tourelle méridionale est plus grand que celui de la seconde.
(2) V. Goze, MS, loc. cit., art. Airaines. Dom Grenier a conservé une copie de la charte de fondation de ce prieuré.
(3) Ce prieuré avait été fondé en 1126, par Richard, seigneur d'Airaines. V. Goze, loc. cil.
(4) Le dessous du clocher était autrefois recouvert d’une voûte d'ogives détruite, mais dont on voit encore les
retombées soutenues par des colonnettes à chapiteaux ornés de rais-de-cœur. Une pierre de ce clocher porte la date de 1574 qui parait être celle de la construction de l’église. ^
(5' Surmonté d'un talon.
Le sanctuaire est aussi éclairé par trois fenêtres qui occupent ses pans coupés. Elles sont semblables aux plus grandes baies décrites ci-dessus, excepté la troisième, située au fond de 1 abside, qui est divisée en deux parties, comme une autre du même genre que l'on vient de signaler.
Rie.n'court. — Chœur de l’Église.
Au nord, le chœur de Riencourt ne possède qu'une seule fenêtre pareille et opposée à la plus petite de celles qui occupent le côté correspiondant. La place des deux qui manquent était occupée primitivement par une vaste arcade en tiers-point dont on reconnaît encore les vestiges. Elle donnait sans doute accès de l'église dans une chapelle seigneuriale aujourd’hui détruite, mais dont on aperçoit encore les traces extérieurement. Des contreforts rectangulaires, terminés en forme de bahuts, s'élèvent dans les espaces qui séparent les fenêtres. Depuis que l'arc de la chapelle seigneuriale a été rebouché et que celle-ci fut supprimée, un pilier butant semblable aux autres fut construit sur son emplacement (i).
Les contreforts du sanctuaire diffèrent de ceux que l'on vient de décrire. En effet, à partir du niveau inférieur des fenêtres, ils deviennent triangulaires pour revenir à la forme rectangulaire un peu plus haut.
(i) Il est vraisemblable que cette chapelle fut détruite assez anciennement.
Un larmier disposé sous les baies fait tout le tour de la construction en contournant ces contreforts, mais sur la face extérieure de ceux qui soutiennent le sanctuaire, ce larmier se relève pour dessiner une accolade dont la pointe soutient un socle destiné primitivement à supporter une statue adossée contre l'arête saillante de l’arc-boutant qui, à cette hauteur, prend l'aspect d'un éperon.
L'un de ces socles est orné d'un ange tenant entre ses bras un écusson vide. Le suivant présente une tète humaine entre deux touffes de feuillages. Le troisième et le quatrième reproduisent le motif du premier, mais l'écusson de la lamille de Riencourt est encore reconnaissable sur un d’entre eux. Des dais semblables à des clochetons ornés de crosses végétales, sont placés au-ciessus des socles, prêts à .surmonter les statues absentes.
Les fenêtres du chœur et du sanctuaire sont aussi sommées d'un larmier qui leur sert d’archivoltes et contourne les contreforts. C'est au-dessus que les piliers butants du sanctuaire redeviennent rectangulaires.
Enfin une corniche constituée par une assise en saillie htrmant cavet couronne tout le monument. Celui-ci fut soigneusement restauré en 1S62, comme le rappelle une date gravée à cette époque.
Intérieurement, le chœur est séparé de la nef par un arc triomphal en tiers-point mouluré sur ses bords. Ce chœur est recouvert par une voûte de pierre dont les nervures très saillantes retombent entre les fenêtres sur des cuis-de-lampc, ornés de feuillages et d'animaux chimériques (i).
On remarque l'écussson de la famille de Riencourt à l'une des clefs. Les autres sont décorées de rosaces et sur celle du sanctuaire est sculptée l’image du soleil.
Près de l'autel, du côté de l’épitre, se trouve une jolie piscine. Elle est surmontée d'un arc en accolade, terminé par un épi et garnie de crochets formés par de larges feuilles. Cette accolade est comprise entre deux contreforts pourvus de pinacles à crochets et le tout s'enlève sur un fond où sont simulés des panneaux capricieusement sculptés.
Tous les vitraux qui garnissent les fenêtres sont modernes. Sur l’iin d'eux figure un ange soutenant un écusson écartelé aux armes des familles d’.-Vudenfort, Tierslin, de Joyeuse et de Riencourt (2).
A l'endroit où s'ouvrait jadis la chapelle seigneuriale se dresse aujourd’hui un encadrement (3) appliqué contre la muraille et servant à protéger deux des pierres tombales qui se trouvaient autrefois dans le pavage de l'église (4). L'une est celle de Marguerite de Riencourt, fille de Hugues et de .Marie de Lamet et épouse de Jehan d’Audenfort. L’autre est celle de leur fille -Marguerite d’Audenfort, épouse de Charles Tierslin de Brosse, seigneur de Saveuse et, en deuxièmes noces, de , Charles de Joyeuse, seigneur d'Espaux (5).
(1) Le chœur comprend deux travées.
(2) d'Audenfort : écartelé aux i et 4, d’argent à trois molettes de sable posées 2 et i, aux 2 et 3, d’hermine à trois tours de gueuk'S posées 2 et 1. (Ce dernier quartier figure seul sur le vitrail de Riencourt).
Tierslin ou Tiekcelin : d'argent à deux tierces d'azur passées en sautoir et accompagnées de quatre merlettes de sable.
Joyeuse; Paie d’or et d’azur de six pièces, au chef de gueules chargé Je trois hydres dor.
Riencourt : d'argent à trois fasces de gueules frettées dor.
(3) M. Herbaut, architecte amiénois, dessina ce monument qui fut exécc.té par les frères Duthoit. iGoze: MS.i.
I4) Les débris d’une autre pierre tombale, gisent dans le cimetière.
(5) Le monument conçu dans le goût du xvP siècle est divisé en trois compartiments. Deux encadrent les pierres tombales et le troisième contient une note explicative, gravée sur pierre, qui nous fournit les détail.s relatés ci-dessus Trois écussons ; r/ers//». Riencourt et Audenfort, décorent ce cénotaphe; ils ont été peints par Cauchemont, d'Amiens (Goze : MS.).
I^J première est gravée au trait sur pierre de liais. On v reconnait encore limage de Alaigueiite de Riencourt, vêtue dune longue robe retenue par une cordelière. Sa tête est couverte d’une coiffe. Elle est placée sous une arcade de style Renaissance au sommet de laquelle était un écusson. Tout le champ de la pierre tombale est semé de larmes alternant avec les lettres M et R, initiales de la délunte. Sui le bord de la dalle on peut lire cette inscription, tracée en lettres gothiques :
(Tj) eift Clttinc êt)nrçtiicrittc ôc || ïRiciiroiirt cir cou vivat fciiii’ îic tWrffîix îrfiaii ô'jTiiîiniifort cljcvanïrr 6c for6rc 6i[ (| cciffiiciic bc Harâvin’icr,
l'nqirc tfcfgnfjTn || fc viip jour bc AJnrc (-fj . pricj ©icii pour feue ninc. (sic).
Ea seconde tombe est en calcaire carbonifère de Relgique, avec inscrustations en maibre blanc poui représenter la figure et les mains jointes de Marguerite d'Audenfort (i). Les ornements qui recouvrent cette pierre étaient d'une grande richesse, mais elle a beaucoup souffert et aujourd’hui les détails’ en sont tout à fait indistincts, quoiqu’elle date seulement du milieu du xvii' siècle.
« Primitivement, écrit le docteur Goze, cette tombe était placée dans la nef « de l’église, devant l’entrée du chœur et était l’objet de la vénération des popu- « lations environnantes qui venaient y prier en faisant brûler des chandelles ».
Marguerite d’Audenfort, Madame d’Espaux comme on l'appelait (2), passait en effet pour c‘tre morte en odeur de sainteté, car elle était d’une grande charité et utilisait les connaissances médicales qu'elle avait acquises, en soignant les pauvres malades. Cette dame mourut en 1644. Lorsqu’à furent violées les sépultures de la famille de Riencourt (3), on retrouva le corps de la dame d’Espaux parfaitement conservé; il reposait, dans un cercueil de plomb qui se terminait en forme de trèfle, de manière à abriter les épaules et la tête de la défunte.
L'église de Riencourt ne possède aucun objet mobilier digne de fixer l’attention. Elle est dédiée sous le vocable des saints Gervais et Protais. Avant la Révolution elle dépendait du doyenné de Picquigny et son patron était le prieur de Saint- Pierre-à-Gouy (4).