I.E TOMBEAU
Toute l'histoire de la petite commune de Saint-Germain-sur-Bresle se résume dans un seul fait, la mort de saint Germain d'F’cosse.
Fils d'un prince écossais nommé Audin et de sa femme Aquila, convertis au christianisme par saint Germain d'Auxerre, Germain, qui avait reçu de ce saint, son propre nom, dans l'espérance qu'il deviendrait un jour un autre lui-même, renonça à tous les avantages de sa naissance pour s'enrôler dans la milice sacerdotale. Appelé par un message céleste à venir annoncer Jésus-Christ dans les Gaules, il aborda en
France, signalant son passage en guérissant les malades, détruisant les monstres,
renversant les idoles, convertissant les payens, puis il se rendit à Trêves, à Rome, en Espagne, pour y continuer sa sainte mission. Revenu une seconde fois en Gaule,
en l'an 4S0, pour y évangéliser les populations, comme il prêchait sur les bords
de la Bresle les fidèles rassemblés près d'un oratoire consacré à la Vierge (1), il fut rencontré par un seigneur du pays, Hubolt, grand fauteur de la religion qu'il attaquait, et qui lui trancha la tête.
Le lendemain matin une jeune fille qui avait coutume de faire ses prières à cet oratoire, retrouva le corps décapité du martvr gisant sur le sol, exposé à la voracité des bêtes féroces et des oiseaux de proie, nul n'ayant osé lui donner la sépulture par crainte de vengeance d'Hubolt. Elle entendit ces paroles sortir de ses lèvres inanimées : « Viens ici ma Elle et n’appréhende rien de mes froides dépouilles, prends « ma tête souillée de sang et réunis-la cà mon corps. Au nom du Dieu que nous » aimons tous deux, va trouver le prince Senard qui fut mon ami, il demeure non <i loin d'ici, à l'endroit qu'on appelle de son nom Senarpont. Apprends-lui que « j'ai été mis à mort par un tyran impie et prie-le d'ensevelir mon corps au lieu où « il le trouvera. »
(i) Popiilisque atîlaentib'jfî undique. .. insistebat verbo divinae düctrinae, vellitus populi miiltitiidine. Bollandistes Acta Sanctorum 2 Mail p. 268.
Le prince Senard, prévenu s'empressa d'accourir avec des clercs pour procéder aux funérailles, mais il ne trouva plus le corps au lieu où il avait été mariyrisé. Des anges l'avaient transporté plus loin. Senard l'enveloppa d'aromates et 1 ensevelit dans un beau sarcophage, à l'endroit où il l'avait rencontre. Plus lard il érigea une église sur ce tombeau où s'accomplirent divers miracles. Ce fut l’origine du village de Saint-(jermain-sur-Brcsle (ii.
La chapelle qu'avait bâtie vSenard devint le but d’un pèlerinage très fréquenté des riverains de la Bresle. Ce sanctuaire fut desservi par des bénédictins de 1 abbaye de Saint-Kuscien-au-Bois peu de temps après sa fondation. Lorsque Hnguerran de Bo\’es, en iio5, releva les ruines de cette abbaye, il y réunit le prieuré de Saint-Germainsur-Bresle, déjà veuf depuis longtemps de ses reliques.
\'crs 882 en effet, deux religieux de Senarpont craignant de voir violer par les Normands la sépulture du saint, partirent la nuit des bords de la Bresle, emp(mtant avec eux ces saintes reliques. Arrivés dans le Vermandois, chargés de ce pieux dépôt, devant une petite chapelle dédiée à sainte Anne, au dehors de l’enceinte du château de Ribemont, la porte s'en ouvrit miraculeusement pour leur donner asile. Quand le lendemain ils voulurent le reprendre pour continuer leur route, leurs forces ne suffirent pas à le relever. Le seigneur de Ribemont et sa femme, instruits de ce prodige, recueillirent avec reconnaissance le précieux trésor que le ciel leur accordait et fondèrent pour l'abriter dans leur château, une église en son honneur, desser^■ie par un collège de chanoines, pour y célébrer nuit et jour l'office divin. Cette église devint à son tour le but d'un pèlerinage célèbre où l'on ^■enait implorer la guérison des infirmités et surtout de la lièvre (2).
Les reliques de saint Germain l'Hcossais furent, en i65(), violées et dispersées par les soldats de d'Lrlach ; recueillies par le curé de Ribemont, elles furent, sauf quelques ossements, donnés à Jean Cauchy curé de la paroisse de Saint-Germain d'Amiens, à la paix des Pyrénées, réintégrées dans l'église de IGbcmont, en i655.
Le culte de saint Germain l’Hcossais en Picardie n'est célébré aujourd hui qu'à Ribemont, à Amiens, à Senarpont, à Saint-Cfermain-sur-BresIe et dans les quelques églises de Normandie qui lui sont consacrées. Le jour de sa fête, en mémoire de Senard, le clergé de Sainl-Germain-sur-Brcsle se rendait processionnellement avec les reliques du saint au devant des habitants de Senarpont qu'il ramenait dans son église et l’officiant, au moment de l'offrande, prononçait ces paroles : « S'il y a ici quelque habitant de Senarpont, quel que soit son âge, son sexe et sa condition, qu’il approche le premier, quand même le seigneur du lieu y serait présent (J). «
L’église de Saint-(jermain-sur-Breslc, qui n’a rien de remarquable, ne doit pas remonter au-delà du xvP siècle. Klle est construite en silex ou cailloux, .suivant l’usage du pays. (4).
Les fidèles de l’époque franke avaient voulu reposer autour des restes de l’apôtre qui les avait convertis. Aussi, le cimetière qui entoure l'église est-il rempli de cercueils de pierres et de fosses de craie qui rendent des vases mérovingiens. Le cercueil antique du saint subsiste encore sous l'autel de l'église. Son couvercle en dc^s d âne est percé latéralement de deux trous par lesquels les pèlerins passaient les bras et prenaient de la terre qu'ils appliquaient sur le corps des malades atteints de la fièvre. Au-desMis, une large pierre exhaussée sur six piliers offre, entre deux anges aux
(i l Corblet. H.igio.çraphic' du dtocôse d’Amiens, T. II, p. 488 et siiiv,
{2) Ciirblot, ibiiL — Ch. üoiiKirt. lissai historique sur la ville de Ribemont et son canton i86g, p 23.
(3) Corblet, ibiJ, p, 509.
(4) Dusevel et Scribe. Description historique et pittoresque du département de la Somme.
angles supérieurs, l'effigie du saint pontife couché sur le dos. Germain, nimbé, mitre, crossé, revêtu des insignes épiscopaux, foule sous scs pieds, une hydre ou dragon
l'.Gi.isK DK Sai.\t-Gkr.\i,un-scr-Bresle. — Lc tombeau avant sa restauration.
dont il avait délivré les populations du \’imeu, miracle que représentait une verrière de 1 église Saint-Germain, d'Amiens, conservée aujourd'hui au musée de Picardie. Cette tombe, qui suivant une expression de l'abbé Cochet, mériterait, vu l'excellence de sa sculpture, d être renfermée sous verre, est une œuvre remarquable du xiiP siècle.
Vers les dernières années de notre siècle, ses parties mutilées ont été relaites ainsi que son encadrement qu'on avait supprimé pour le raccourcir et 1 accomoder aux dimensions de l'autel. Pour éviter de nouveaux actes de ^■andalisme, on 1 a isolé et placé sous une chapelle voûtée et fermée, couronnée par un autel en pierre, auquel on accède par un escalier de 1 5 marches ; du côté opposé a cet escalier existe un amhon ou tribune pour le célébrant, qui remplace une chaire de mauvais st)'le qu on a supprimée. 11 est regrettable qu'alors, l'imagination par trop vagabonde de 1 inspecteuradjoint des monuments histttriques du département ait crti devoir embellit cet autel de certains détails très peu contemporains du sujet principal.
On conserve également dans l’église une porte d armoire sur laquelle une peinture représente le Saint arrachant le dragon du fond de son antre pour le précipiter dans un puits.
BEAUCAMPS-LE-JEUNE, GUÉMICOURT, LINCHEUX
LKS CHATEAUX
Comme Montmarquet, Orival, Morvillers Saint-Saturnin, Beaucamps-lc-Vieux et
Gucmicourt, ainsi que l'indique ‘ la carte de Robert de Vaugondy, publiée en 177S, Beaucampsle-Jeunc était autrefois en Normandie et dépendait du comté d'Aumale de l'élection de Neufchâtcl et du diocèse et de la généralité de Rouen. Lors de la création des départements en 1790 et de la rectification des limites entre ces nouvelles circonscriptions, il fut rattaché au district d'Amiens, dans la Somme. Comme son nom 1 indique, sa création est postérieure à celle de Beaucampsle-Vieux fondé vers io32 par une colonie de douze cents Bretons, piisonniers de guerre du duc de Normandie, Robertle-Diablc, transplantée par scs ordres aux extrémités de son duché pour y défricher les bois qui y existaient.
Au xir siècle, arrière fief de Beaucamps-lc-Vicux et devenu plus tard seigneurie relevant
CriATEAU DE HeAUCAM!>S-LE-JeUNE.
PICAI^DIE HISTORIQUE ET MOHUMENTAI.E
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du comté d'Aumale, Beaucamps-le-Jcune fut successivement possédé par des seigneurs qui en -portaient le nom, puis par les maisons de Bretizel, de Pisseleu, de Runes, d Estrades et de Sanson de Frières.
Le château actuel de Beaucamps édifié en briques au xvp siècle, sur l'emplacement d un manoir du xii' siècle, fut commencé en iSdy, probablement par les ordres d'Anne de Pisseleu, duchesse d'Etampes. Continué et achevé par la famille de Runes, il appartient aujourd hui aux héritiers de Al. Desmazis, ancien membre du Conseil général de la Somme. Sa porte d'entrée, voûtée en ogive, est flanquée de deux tours. Il renferme une magnifique salle à manger et un immense salon communiquant à une pciiie chapelle placée dans une tour d'angle (i).
Le château de Guémicourt, qui n est éloigné que de quelques kilomètres de celui de Beaucamps, appartient comme ce dernier au xvi' siècle. Il se compose de deux bâtiments reliés par une tour hexagonale en pierres et briques dans laquelle se trouve un escalier tout en briques, d'une construction hardie et originale. Sa porte d entrée est surmontée de deux écussons appartenant à la famille d'Arondel qui posséda ce domaine jusqu'en 1741, époque à laquelle il fut acheté par le
(l) Notice liistoriquc sur Beaucamps-le-Jcune par M. P. L. I.imichiii. Reims 1897.
Marquis d'Estrades, seigneur de Beaucamps-le-Jeune. La tour du château de Guémi-
ClIATEAL' DE LiXCIIEUX.
court ofïre une grande analogie avec celle du Logis du roi, à Amiens, dont on semble s'être inspiré. A l'intérieur, dans la salle à manger, on remarque encore des poutres
en chêne sculpté, dont deux sont soutenues par des écussons dont Tun porte, en caractères gothiques, les lettres I. H. S. et l'autre un chapelet (i).
Mais l^eaucamps-le-.Ieune, Guémicourt et meme le joli castel moderne de Brocourt ne nous font pas oublier que le canton d'Hornov a malheureusement perdu la perle de ses châteaux par la destruction, dans les premières années de ce siècle, de celui de IJnchcux. Ce bel édifice de l'art de la lèenaissance dont la façade était décorée d arabesques, de médaillons et de bustes sculptés avec goût et élégance n'existe plus que dans un dessin du Voyage pittoresque en Picardie du Baron I aylor et scs derniers médaillons ornent aujourd'hui une maison bourgeoise d'Amiens justifiant ainsi une fois de plus la triste vérité de l'adage Tempus cdax.homo cdacior.
VILLERS-CAMPSART
Î/ÉGLISB
V illkrs-Cami’saut distant de six kilomèti'c^s d Hornoy. appai'tenait depuis 1400 à la famille de J.a Rivière qui portait : d'arpciü au lion de sable a la bordure de gueules, par suite du mariage d Kdouard de La Rivière avec Marie Tigier, fille de Braye Tigier. qui en était aupara\’ant seigneur. Ldmond de La Ri\’ière, Jean L’', Jean II, baron de Chépy, Adrien de La Ri^■ière. Robert de Grouches, son gendre par son mariage avec Anne de La Rivière, unique héritière de Viilers, Robert de (frouches, Pierre de (ji'ouches, sa lille Marie-h rançoise de Grouches, mariée à François des Kssarts, marquis de Lignières, tué a GancLc, et Claude-Alarie des Kssarts. leur fille unique, morte sans avoir contracté d alliance, possédèrent successivement cette seigneurie de 1400 a 1700. (>ampsart, aujourd hui annexe de VÜIers, a\'ait eu scs seigneurs particuliers qui en portaient le nom.
L église de Villers-Campsart, en lorme de croix latine, dédiée à Notre-Dame, passe pour avoir été construite en 1 5o6 par Jean de La Rivière, premier du nom.
A droite en entrant se trouve une chapelle dédiée à la Vierge, en face, à gauche la sacristie, jadis chapelle seigneuriale, renferme une cheminée qui date de la construction de 1 édifice et un autel en pierre consacré à sainte Marie Madeleine.
L image en bois de cette sainte, placée sur la muraille, représente la pécheresse repentante, en pleurs, couchée sur la terre, la tête appuyée sur sa main droite et tenant de la gauche un livre ; elle est au milieu d'un paysage ligurant la lorêt et 1 ancien chateau d'Arguel, bâti comme un nid d'aigle au sommet du mont d Arguel, lorteressc célèbre dans les annales des guerres de Picardie, totalement détruite en 1402 et aujourd'hui remplacée par un Calvaire. Sur un philactère qui se déroule au-dessus de la Madeleine se lit cette inscription consolante des écritures :
Vous qui pêche^, ne î'ous désespére-{ pas.
De chaque côté de cette figure principale, mais de dimensions beaucoup moindres, l'artiste a représenté : à gauche, Jean de la Rivière, à droite Marie de
(i) Renseignements commuiiiqués par M. P. L. Limiehin, membre de la Sücu'ic Jes Auliquiiircs de Picardie.
Bcnscradc, sa femme agenouillés avec leurs livres d'heures posés sur un prie-Dieu recoLiveri d'une housse brodée de leurs armoiries. .lean : d'argent au lion de sable à l’orle de gueules, Marie : d'or, trois pals de gueules, écartelé de...
Efjlire de \~il[erj'-('umpj'nrl- Parte en hoir J'ftdptè
Les portes en bois de chêne bronzé de cette sacristie, ajourées en forme de grilles, couvertes d'élégantes sculptures de la Renaissance sont surmontées d'un tympan avec archivolte très richement ornée et couronnée d'une tète d'ange. Comme l’indiquent la mitre et les deux écussons, au-dessus de cette tète, elles proviennent de rancienne abbaye de Saint-Pierre de Selincourt, nommée aussi Sainte-Larme en
raison de la relique qu elle possédait d une larme du Christ qu'avait rapportée aptes la prise de Constantinople, Bernard seigneur de Moreuil ; l'écusson de gauche en porte les armes : les ciels de Saint-Pierre en sautoir cantonnées de quatre larmes. Celui de droite est chargé d'un chevron. Ce sont sans doute les armoiries de l'abbé sous lequel fut exécuté ce beau travail.
de Cunipj-d/'f .yiùrtu.v
Les fenetres, en ogive, de \'illers-Campsart conservent encore la plupart de leurs verrières. On y distingue la Vierge, Joseph et l'enfant Jésus ; dans le fond, la ville de Jérusalem où il venait de prêcher au milieu des docteurs ; le Christ en croix accompagné de la Vierge et de la Madeleine, nimbées et agenouillées les mains jointes. Le peintre verrier a revêtu ces deux personnages de riches vêtements foui res d hermine, au bas un ange sonne la trompette du Jugement dernier.
Une grande dalle tumulaire reproduit l'effigie au trait de François de La Rivière seigneur de Frières, troisième lils de Jean 11 et de Marie de Ronchcrolles-Hugueville.’ hJle porte une longue inscription en quarante-sept vers français rappelant les services militaires de ce capitaine, le plus marquant des membres de la famille, plus connu sous le nom de capitaine Chépy. Gentilhomme de la chambre du roi, capitaine de cent chevau-légers, puis à la recommandation de M. do Brissac qui le demanda, /e congnaissant fort digue de cette charge, mestre de camp; il combattit longtemps sous ce maréchal dans les guerres du Piémont et trouva la mort à l'assaut de Coni le 25 juin 1557. ’
AUMATRE