I.KGLISK
d Aumàtre ne peut assurément être classée au nombre des édifices Picardie remarquables par leur importance architecturale et artistique; il nous a paru néanmoins qu'elle mérite une place dans ce recueil, parce que les monuments jadis élevés par nos pères dans les campagnes tendent de plus en plus à disparaître. Des causes diverses amènent leur mutilation partielle et même leur destruction totale. Le temps, d’abord, exerce sur eux l'action qu'il étend sur toute œuvre humaine et à laquelle rien des choses de ce monde ne peut être soustrait ; mais trop souvent les archéologues ont à gémir sur le renversement de constructions qui auraient pu braver longtemps encore les outrages des ans, et dont la ruine n'a d autre cause qu'un caprice, un engouement pour la nouveauté. Ces asiles de la prière élevés autrefois par d humbles artistes qui mctiaient au service de la religion un talent souvent original et non dépourvu de cachet, sont remplacés par des constructions ou prétentieuses ou sans caractère, copiées les unes sur les autres, conçues d'après un plan banal, dont l'architecte agrandit ou rapetisse les proportiems, suivant le plus ou le moins d'importance du budget de la fabrique qui a fait la commande.
Si la petite église, dont le lecteur a sous les yeux une ^■ue extérieure et une vue intérieure qui ne sont point dépourvues de charme pittoresque, est destinée à céder bientôt sa place à une bâtisse moderne, le souvenir de ce modeste sanctuaire picard sera du moins conservé ici pour ceux qu'intéressent les choses du passé.
L historique de l'église d'Aumâtre n'est ni long ni compliqué. Cet éditice est une des cent cinquante églises du diocèse d'Amiens qui sont placées sous l'invocation de la Sainte \ierge. Quelques ctymologistes ont cru pouvoir s'appuyer sur ce fait pour faire dériver le nom du pays, Aunià[rt\ d'une prière à Marie, o Maler\ Celte opinion est erronée ; cette localité s'appelait Ulnias/runi ou Hulinastniui au xiC siècle. On trouve aussi sur d’anciens titres le nom du village écrit Onialre^ Oiiinastrcs ( \ ).
Le prieuré de Alareuil présentait primitivement à la cure ; plus tard, quand une décision épiscopale du lo avril 1704, eût uni le prieuré de Mareuil au Séminaire d Amiens, ce fut le supérieur de cet établissement qui devint présentateur.
D après 1 O/xfo de 1S9S, la paroisse d'Aumâtre compte 492 habitants.
L église qui nous occupe se composait autrefois d'une nef centrale, llanquée à droite et à gauche d'un bas-côté fort étroit ; l'un de ces collatéraux, celui du nord, a été détruit, il n'en reste plus que les fondations. La façade est percée d'une porte en ogive, encadrée par deux voussures à boudins reposant sur les chapiteaux de quatre colonnettes avec bases ; une archivolte amortie par des têtes mutilées encadre le tout.
.Au-dessus du portail s'ouvre une fenêtre en tiers-point, divisée en deux lancettes et ajourée dans son sommet ; le pignon se termine en pointe assez aiguë ; deux contreforts très saillants, avec larmiers à differentes hauteurs, soutiennent le mur de la façade.
L ÉGLISE religieux de la
(1) Corbict. Hiigiographie ; Darsy, Bâu-ficcs Je l'Eglise J' A mieus.
I/é^lise est terminée carrément par une abside rectiligne.
A l'intérieur, la nef se compose de quatre travées ; les arcades ouvrant sur le bas-côté méridional, le seul qui subsiste, sont en ogives peu accentuées. Une grande baie, fort simple, dessine l'ouverture. Klle est bordée par un cave. A 1 intérieur de chacune de ces baies, qui ont une forte épaisseur, deux colonneites cvlindriques.
a chapiteaux sculptés, reçoivent une seconde ogive, inscrite dans la première, et par conséquent de moindre ouverture.
Kntre les arcades, dans la partie supérieure du mur de la nef, sont percées de petites fenêtres en ogives un peu allongées, régnant avec la grande fenêtre du portail.
La voûte ogi\’ale, en charpente plafonnée est soutenue par des entraits et des poinçons apparents.
Ln escalier, contenu dans une tourelle polygonale conduit au clocher, et prend naissance d'une façon assez bizarre dans la chapelle qui simule le transept.
L ensemble de la construction de tout 1 édifice est en pierre, mais fortement réparé avec la brique. Au nord, on distingue encore très bien les arceaux du bas-côté supprimé.
L ensemble du style architectural de l’église d'Aumàtre accuse le xiiL siècle.
Ldmond soyez.
SAINT-MAULVIS