‹ La Picardie historique et monumentaleChapitre 88 sur 109 · JOUR DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

JOUR DE L'ÉGLISE

Saint-Maulvis s'appelait primitivement Saint-.Menelé iMeneleus, Menelaus). Comment le nom de ce saint abbé de Menât, prés Clermont-en-Auvergne, mort en 720, a-t-il été donné a la localité qui nous occupe et s'est-il comme en d'autres lieux transformé en celui de Mauvais ou MauL'is ? c'est ce qu'il est dilîicile d'expliquer.

A la Révolution, depuis plus de cinq siècles, la terre de Saint-Maulvis appartenait encore a 1 ordre de 1 Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, qui y avait établi un chef-lieu de baillie et de commanderie, ayant toute justice et seigneurie haute, moyenne et basse, s exerçant sur vingt-deux villages des environs, désignés à l'article 3 des Coutumes locales de iSoy. Suivant celte coutume, les religieux, comme seigneurs, avaient le privilège de pourvoir ces villages de Karoîleiirs et de joueurs d’instruments, tant pour servir à Dieu et à l'éplise comme pour faire danser et recréer les jeunes gens et aultres les jours de /estes et patrons que l’on dit ducasses.

Les traditions du pays veulent que les Hospitaliers aient succédé aux Templiers qui possédaient le domaine avant eux, et auraient bâti l'église et l'énorme clocher qui 1 accompagne, dans les premières années du xin'" siècle. Les Hospitaliers héritèrent en effet des grands biens que cet ordre fameux possédait en France, du consentement du roi Philippe-le-Bel, des prélats et du Pape Clément après le procès qui, en i3i2, l'avait aboli, mais la découverte d'une tombe en pierre de Senlis portant cette inscription mutilée : Hic jacet frater Joannes demande.... hospitalis hierosolimitani de sancto menelao cujus anima, requiescat in p>ace, est venu singulièrement contredire celte tradition. Sa forme et les caractères de l'inscription, certainement antérieurs de près d'un siècle à l'année i3i2, indiquaient la sépulture d un che^'alier de Saint-Jean. File semblerait prouver que l'ordre était déjà possesseur de Saint-Maulvis du temps où existaient encore les Templiers.

Qlio! qu'il en soit, l'église du xui' siècle, avec ses trois nefs, ses colonnes massives composées d'un fût principal cantonné de quatre colonnettes plus petites, recevant les retombées des voûtes, ruinée par le temps, s'écroula subitement au mois de septembre iSqâ, ne laissant debout que la tour ou clocher que reproduit notre planche. Dilférentes causes avaient présidé à cette destruction. La première aurait été un violent incendie allumé par le feu du ciel en l'an idoo, fait que prouveraient assez les amas de cendres et de charbons découverts sttr tous les points du sol intérieur de l'église, puis en 1776 une restauration inintelligente et incomplète, au cours de laquelle on imagina de dégrossir les colonnes de la surface de leur contour endommagé et calciné par le feu et pour leur rendre la lorce que cette maladroite amputation leur avait enlevée, de les entourer d'un retètement de pierres blanches qui ne tarda pas à se déchirer.

Le clocher était d'une date postérieure, de la tin du xvi‘ siècle. Sur son flanc oriental sont accusés des cordons de vttùtes et des naissances d'arcades qui démontrent que, déjà à cette époque on songeait sans doute à la construction dune nouvelle église à la place et sur le plan de celle du xni' siècle. La cuve baptismale, morceau gracieusement sculpté, de la lin du xtv' siècle et le bénitier, beaucoup plus moderne en bois sculpté, reposant sur un ange à mi corps, déroulant entre ses mains un

phylactère, proviennent du mobilier de l'ancienne église dont la ruine fut pour notre pays une perte vraiment regrettable au point de vue archéologique et historique (i).

J'.Vnu/r/ij-- Be/ntipr

ECOREAUX

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