I.A CHAPELLE DES TEMPLIERS
Les Templiers possédaient à lécoreaux, aujourd'hui dépendance de la commune de h rettecuisse, une maison dont I existence est relatée par les pièces de leur procès et le livre vert des archives de saint Jean de Jérusalem ; le dernier précepteur qui la dirigeait s’appelait Pierre de Saint-Just. Au mois de Janvier i3ii, malgré une captivité préventive de plus de trois ans, il comparut devant ses juges, portant encore sa barbe et le manteau de l'ordre (ah Cette maison dépendait dans les premiers temps de la Commanderie du Temple de MonHières, canton d'tJisemont, et était située au nord de Frcsnoy-Andainvillc, près du chemin conduisant de ce village à Frettecuisse.
En i3y3 elle rapportait en fermages, cens et dîmes jb li\’res parisis, mais devait au seigneur de Helleperche 7 sols, à l'abbé du Tréport 6 muids et 8 setiers de grains, a la dame de Dreux trois setiers d'avoine. Iflle comptait aJo journaux de terre environ, et le bois du Croq d'une quarantaine de journaux sur le chemin d'(Jiscmont.
La chapelle de la maison était au xv'-‘ siècle dédiée à sainte Alargucrite, et chargée de trois messes la semaine, vêpres aux samedis et fêtes annuelles et grand messes aux dites têtes ; la maison était habitée par le censier d'après une visite prieuralc de iqga. En 1/83, la maison a^•ait disparu et l'on voyait comme aujourd'hui dans le jardin verger, un bâtiment construit en pierres blanches et tombant en ruines : c'était la chapelle où il ne restait alors qu'une mauvaise cloche
(1) Bibliographie. Rappdrt sur l'église écroulée de Saint-.Maiilvis par l’abbé Jourdain. BnUciin de U Sociclè des Aiihqimires de Piciirdie, T. II, p. 202 et suiv. Maniiier : Les Ctunmanderies du grand prieuré de France.
(2) Trudon des Ormes ; Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. T. XXXIl, p. igo.
en bronze (i). Suivant l'inventaire de rKvèché d'Amiens, f” 119, cette chapelle avait clé fondée en juin i334. par fjilles de Kivière, seigneur de Rivière et de Freltecuisse, fondation confirmée par son lils Raoul ; elle fui unie a\'ec scs biens, le 9 juin 1G46, à la fabrique de l'église de N.-D. du (diatel d'Abbeville (2) où depuis celte réunion le service divin fut assuré par un membre de l'Ordre de saint Jean.
'' Quelques personnes âgées se souvenaient encore, il y a peu d'années, écrivait en 1849 birnest Prarond. d'avoir vu célébrer la messe à Notre-Dame du Cibatel, par un chevalier de Malle. Il officiait avec le cérémonial pariiculier à son Ordre Une épée ceignait ses habits sacerdotaux, l'un de scs pieds était botté et éperonné, deux pistolets reposaient devant lui sur l'aulel, il les prenait et les élevait vers le ciel pendant la Préface. Ce vêtement mi partie guerrier, mi partie relig’icux, ces armes, ces gestes, exprimaient symboliquement la double vie du chevalier de Malte constamment prêt à quitter la prière pour le combat ». Tout nous porte à croire que le chevalier qui sert de prétexte à cette digression était celui dont les manuscrits Sitl'ait relatent ainsi la mort: le samedi 17 juin 1780 décéda en sa maison sise grande rue Notre-Dame, frère Philippe Antoine Ueféburc de la Poterie, chapelain conventuel de l'Ordre de saint Jean de Jérusalem, commandeur de Reims, âgé de 75 ans, ses funérailles se firent à Notre-Dame du Chatel sa paroisse et il fut inhumé à Saint-Vulfran (3).
Malgré son délaissement, la chapelle de sainte Marguerite, simple mais gracieuse construction de la période gothique, subsiste seule encore au milieu d'une pâture.
bdlc forme un parallélogramme de i5 mètres de long sur 7 mètres 3o de large environ et elle est divisée en 2 travées, Tune pour la nef à l'occident, l'autre pour le chœur. Cette dernière possédait une voûte dont on ne retrouve plus que les arrachements. Le che\’et plat était éclairé par une assez grande fenêtre amortie en arc brisé comme les deux lancettes simples à ébrasements peu évasés qui étaient percées dans les murs latéraux. Une jolie petite piscine abriiée sous une arcade géminée en plein cintre, retombant sans doute sur une colonnette centrale maintenant détruite, s’avançait jusque sous le pied droit de la fenêtre du côté de l'épitre.
La première travée avait 2 lancettes entièrement pareilles à celles du chœur, mais elle recevait aussi le jour d'une fenêtre plus large pratiquée dans la façade au-dessus du portail. Ce dernier qui paraît n'avoir jamais été surmonté d'un tympan se compose d'une baie encadrée de trois colonnettes en retraite, de chaque côté, recevant les retombées des trois voussures. Les chapiteaux décorés de feuilles d'eau sont bien endommagés, ainsi que les moulures des archivoltes, mais l'ensemble comme celui de tout l'édilice présentait un aspect harmonieux.
SENARPONT