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DESCRIPTION

§ 1. Etat du Monastère a la fin du xviP siècle

On retrouvait à l’abbaye de Corbie l'ensemble des dispositions adoptées dans la plupart des monastères bénédictins, quand la situation des lieux le permettait. Ces dispositions étaient calquées sur le plan des grandes maisons romaines, sauf dans quelques détails modifiés pour répondre à une destination spéciale, pour former l'église, par exemple.

Autour d'un préau carré ou cour intérieure, circonscrit par un cloître, se groupaient les édifices réguliers.

L'église abbatiale, à Corbie, s'étendait de l’Est à l'Ouest, parallèlement à la galerie méridionale du cloître, avec lequel elle était en communication directe.

A l'Est du cloître, se trouvaient les dortoirs, les diverses salles d’étude ou de récréation pour les profès et les novices, le cabinet des archives, etc.

î.e chapitre et le réfectoire étaient accollés à la galerie septentrionale.

Contre celle de l'Ouest, s'adossaient des bâtiments d'intérêt secondaire : cuisine, office, salle des hôtes, infirmeries, bûchers, etc. Leur communication avec le cloître était restreinte ; ils faisaient face à la basse-cour, dont la porte s ouvrait entre le chevet de l'église Saint-Etienne et le portail de 1 église Saint-Jean.

L’entrée principale du monastère se trouvait placée entre le transept Sud de cette église et le collatéral Nord de la basilique de Saint-Pierre.

Pénétrons de ce côté, non toutefois sans nous être assuré les bonnes grâces du portier, dont la loge se trouve adossée aux contreforts de la basilique.

(1) Numi'ro 109 du catalogue. — Enlart, op. cil., p. 97-98, planclic IX, i, 2, 3, 4. Le lecteur trouvera dans l’ouvrage de M. Enlart une description fort intéressante de ce beau morceau de sculpture.

(2) Dessein (.sic) par D. Denis Plouvier, 7 janvier i6jS.

(31 Corkeia velus illustrala. Delineavil D. F. V. anno lôyy, dans la collection du Munasticon gallicunum.

Ep Plan général Je tons les bâtinienls du rc\-de-chanssèc de l'Ilopital militaire de Corbie. ri' devant abbaye de S. Pierre. — Plan de l'enclos des jardins, cour et maison de l'Hôpital militaire de Corbie, rv devant abbaye S. Pierre,

Cloître. Après nous avoir fait passer devant les portes de trois chambres destinées aux voyageurs indigents, et fouler remplacement d'une chapelle autrefois dédiée à saint Lucien, par 1 abbé Garnier, en 1291, il nous introduit dans le cloître, par une porte située a 1 angle Sud-Ouest du quadrilatère.

Devant nous s ouvre alors une galerie large de deux toises (3 mètres go centimètres) dont les quatre cotés se développent sur une longueur totale de quatre-vingt-cinq toises ou 166 mètres. Celte galerie est divisée en trente-quatre travées, toutes voûtées sur ogives (i). Chaque travée est séparée des voisines par de simples colonnes engagées dans les murs, et recevant sur un chapiteau la retombée des croisées d'ogives, des doubleaux et des formerets.

CoRBiE. — Ancien Cloître de l’Abbaye.

I.es faces donnant sur le préau sont percées de larges baies, en nombre égal aux travées. Ces baies se partagent dans le sens vertical en huit lancettes accouplées deux à deux. Leurs meneaux s'épanouissent et s'entrelacent dans un amortissement ogival, pour former sept roses quadrilohées et superposées en trois rangées, savoir : quatre petites dans la rangée inférieure, deux de moyenne grandeur au-dessus, et la septième plus large, insérée dans la pointe de l'arcade.

Entre les haies s'élèvent des contreforts carrés, décorés de moulures et couronnés de pyramides à crochets, contrebalançant la poussée des arcs doubleaux intérieurs, auxquels ils correspondent.

(i) Le enté Nord et le côté Sud comptaient chacun sept travées ; les côtés Est et Ouest, chacun huit, nombre auquel il faut ajouter les quatre travées d'angles.

Le regard, passant librement à travers ces baies, se repose avec plaisir sur les parterres en broderie qui ornent le préau.

L'ensemble du cloître ne date point d'une seule et même époque : les galeries du Nord et de 1 Est sont l'œuvre de Pierre Mouret, Xl.IX” abbé, qui les commença en 1267 ; le reste, auquel s'applique plus spécialement la description que nous avons essayée, et qui seul est visible sur le dessin inséré à la page 443, lut construit en idqo, sur l'ordre de Hugues IV de Vers, LUI* abbé.

Dans les anciennes abbayes, le cloître était le plus fréquenté de tous les lieux réguliers, soit comme promenoir, soit comme passage conduisant aux autres parties du couvent, soit même comme lieu de lecture et de méditation. Il était, en outre, allecté à la sépulture des religieux les plus illustres Rien d'étonnant, dès lors, à ce que sa décoration intérieure fut soignée. Les moines rivalisaient de zèle pour cette décoration. C'est ainsi que Jean de Pinchon, d'abord infirmier, puis official du monastère, garnit à ses frais, en 1407, les fenêtres du cloître, de verrières que D. Cocquelin signale à notre admiration. C'est ainsi encore que les murailles, faisant face à ces verrières, se couvrirent de sculptures et de bas-reliefs de marbre ou d'airain.

Signalons-en quelques-unes :

Voici tout d'abord, au fond de la galerie Sud, entre la porte de la basilique et celle du jardin de Saint-Adhélard, le sépulcre de Hugues IV de Vers, fondateur de cette partie de l’édifice, mort en i35i. Un bas-relief en pierre figure l’.Vssomption de la Vierge, en présence des douze apôtres, auxquels se mêlent deux moines, sans doute l'abbé Hugues et le religieux qui présida à l’érection du monument. Au-dessous apparaît le monument proprement dit, taillé dans une pierre commune. L'épitaphe est conçue en ces termes ;

Cerno sub tumulo ploraliis quatuor isto :

Vir pins cl fortis, paticusqiie, hostisque malignis,

Hugo qui dictus est de TV’r^ atque sccundus,

Abbas qui multuin fccil ficri bene claustrum.

Et ideo claustra jiinclus sicut rota plaustro.

Ecclesiam parit multis et nobilitarit Terris et rillis, uiiuc hic in pacc quiescit In uocte sancti decessit Eariholomœi L semel et uuo millenis C tribus annis.

Qjii transitis ibi Virtutum dicitc Régi:

« Pastor Suinine Deus, Tu qui potes oiiiuia soins,

Nosiro pastori concédas gaudia Cxli (i). »

Une autre tombe, voisine et dépourvue d'inscription, doit être attribuée, si nous en croyons Caulaincourt, à Jean V, d'Arcy, successeur de Hugues, décédé le 10 février 1465, en odeur de sainteté (2).

Non loin de là repose Adrien de Mareuil, ainsi que l'indique une plaque de

(i) A. de Caulaincourt, B. Cocquelin et le P. Daire reproduisent cette inscription avec quelques variantes. La G.7/(/.7 A'""« SC contente de dire : In claustra quod egregic pcrficerat, vili lapide ci epitaphio cnntcclus est. Le lecteur ratifiera cette appréciation, du moins quant d l’épitaphe.

1^2) D. Cocquelin croit au contraire que celte tombe appartient à Jean !"■, dit de Bouzancourt, 3.1'^ abbé (115S-11721. C'est une erreur évidente, puisque Jean de Bouzancourt mourut à Tusculum, en allant à Rome, où le Pape Alexandre III l’avait appelé pour lui faire revêtir la pourpre cardinalice et lui confier l’évêché de Prenestc.

marbre noir, présentant divers personnages gravés au trait, au-dessus de ces mots :

Cy Gist Noni.E et Religievse personne Dom Adrien de Marœvl, en son vivant Relig'evx pr’evr DE St Lavrent avx bois et Cellerier des Eaves DE geste Noble et Royalle Abbaye de Saint Pier”''

DE CORBIE, LEQ.VEL DÉCÉDA LE 26 lOUR DE SEP¬ TEMBRE 1650. Pries Diev povr son ame (i)..

Vient ensuite une interprétation de la vision d'Hzéchiel, sculptée par ordre et aux frais de Charles de Festard, dont elle marque la sépulture.

Mais rien n'indique quel est le personnage liguré à l'état de cadavre, un peu plus loin, sous deux bas-reliefs représentant la résurrection de Lazare et la résurrection du Christ.

Parcourons en entier, maintenant! la galerie occidentale, et, pour faire diversion aux graves pensées nées dans nos esprits de la contemplation des emblèmes funèbres qui, jusqu ici, ont attiré nos regards, jetons un coup d'œil ironique à la caricature grimaçante placée dans l'angle Nord-Üuest, près du réfectoire, au point où l'œuvre de Pierre Mouret se soude à celle de Hugues de Vers. Quel est donc le juriste grotesque que nous avons sous les yeux ? C'est le Cugniùres^ auquel les moines du xiv" siècle ne manquaient jamais d'adresser quelque quolibet. Pierre de Cugnières, avocat du roi, s'était montré l'adversaire le plus acharné de la juridiction temporelle de l'Fglise, dans l'assemblée des Grands du Royaume, tenue à Vincennes, au mois de décembre i33o, en présence de Philippe de Valois. Sa thèse ne prévalut point; mais le clergé lui en tint rancune, et sa statue, nous dit A. de Caulaincourt, fut placée par moquerie et dérision dans un coin quelconque de bon nombre de cathédrales ou de monastères (2';.

Près de là se dresse le monument funèbre élevé à la mémoire de Jean de Pinchon, infirmier et bienfaiteur insigne du couvent, mort en 1413 ou 1414

Puis celui de Claude de la Caurrie, remarquable par la représentation de la Cène de Noire-Scigncur, sculptée sur une plaque de marbre blanc, qui en fait l'ornementation (3).

Enfin, un peu plus loin, vers la porte du jardin, la tombe de Jean du Mont, prieur de Saint-Xicolas de Regny, surmontée du pressoir mystique, symbolisant le Sacrifice de la Croix (4).

'l'el était, à la fin du xmP siècle, le cloître, dont les derniers vestiges ne disparurent qu'après la Révolution. Mais dans le cours de cinq siècles, il eut à subir plus d'une mutilation. La plus regrettable fut celle que lui causèrent les deux sièges de l'année i636. Tour à tour, les garnisons françaises et espagnoles y établirent leurs

(1} La partie inférieure de ce marbre, contenant l'inscription toute entière, est aujourd'hui déposée au Musée do Picardie. Klle est cataloguée sous le n° ii, des objets d’antiquité.

(2) <( Ciijtis imago, in iptins Indihrium cl derisionem posita •csi in angnlis pliirinm ccclcsiamm catlicdralrum qnain etiam vidiinns in clanslro nostro juxla rcfcclorinm nastruni ». U. Caulaincourt. Chron. Carb. Abbatiat de Hugues IV.

(3) Cette plaque décore actuellement l’un dus autels de l'église Saint-Remv d’Amiens. Notre collègue,

M. Ld. Soyez, l'a signalée et fait reproduire dans l’une des planches de cet ouvrage (ci-dessus, p. 172). L’œuvre est datée de 1579 Claude de la Caurrie ne descendit pas avant 1584 dans la tombe qu'il s'était préparée.

Dom Claude de la Caurrie, grand-prévôt de l'abbayc, et son frère, Jaciiues de la Caurrie, seigneur dudit lieu et de Ville, furent les restaurateurs du collège de Corbie, qu’ils dotèrent de bien.s considérables et d’une chapelle dédiée à saint Claude, en 1582.

4) D. Cocquelin. § IX. Scpiiltura: insigniores.

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magasins ou leurs bivouacs. L'artillerie ne l'épargna point, et lorsque Dom Benoît Cocquelin fut appelé aux fonctions de grand-prieur, en 167a, il eut à reconstruire les voûtes et à rétablir les verrières. Ce travail fut achevé par Dom Louis Séroux, en 1678.

CoBRiE. — Ancien Rcfectcirc do l'Abbaye.

Réfectoire et Ch.^pitre. — Continuons notre inspection par la visite du réfectoire et du chapitre, côtoyant la partie septentrionale du cloître dont ils sont contemporains. Leur construction fut entreprise sous l'abbatiat de Pierre Mouret, en 12G7. .Mais le mauvais état des finances du monastère en fit ralentir les travaux, jusqu'au jour où la bonne administration de Jacques Ranson, nommé proviseur général, eut créé de plus abondantes ressources. L’inauguration du nouvel édifice eut lieu en 1275.

Le réfectoire et le chapitre forment une grande salle de vingt-cinq toises de longueur (47 mètres 5o centimètres), sur sept toises de largeur (i3 mètres 3o centimètres). Ce vaste parallélogramme se termine à chaque angle par une tourelle octogone ou carrée, munie d’escalier intérieur. Il reçoit le jour par xungt belles fenêtres à lancettes géminées, descendant presque au niveau du sol et s'élevant jusqu'à la hauteur des voûtes. Chacune de ces fenêtres, dominée par une rose à quatre lobes et un fronton triangulaire, est séparée de sa voisine par un contrefort orné de pinacles à crochets.

A l intérieur, ce local se divise longitudinalement en deux nefs juxtaposées, dont les voûtes formées par des arcs doubleaux et diagonaux, ornés à leur entrecroisement

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