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de rosaces, retombent sur une série de colonnes centrales (i). Une porte ménagée dans la première tra^'■ée au Sud-Ouest, donne accès dans la dépense et la cuisine. La deuxième travée communique avec la galerie occidentale, par un véritable portail à deux vantaux, tandis que, à 1 extrémité opposée, vers i'Lst, deux autres portes s ouvrent sur le cloître et les autres bâtiments réguliers.
CûKBiE. — Pierre tombale de Raoul de Ruve et de Micolas de Bertin.
Un mur de refend se dresse entre la septième et la huitième travée, pour séparer le réfectoire de la salle capitulaire.
Mais, tandis que celui-là était appelé à conserver sa primitive destination jusqu'au jour où il tomberait sous la pioche des démolisseurs, celle-ci devait subir diverses transformations.
(i) La môme disposition sc remarque dans le réfectoire du Mont-Saint-.Micbel, datant de 1215 à 1220.
Apres avoir servi l’espace d'un siècle aux assemblées j^énérales des religieux, la salle capitulaire fut convertie en chapelle en l’honneur de sainte Bathilde, vers 1377, lorsque Jean \’l, de la Gove, Lllh' abbé, eut édilié ailleurs un chapitre et un cabinet d'archives, comme nous le verrons bientôt, l’outefois, celte chapelle ne put cire terminée que sous Tabbatiat suivant. Raoul de Roye la décora de peintures remarquables et en ht la dédicace vers 1410. Il y choisit sa sépulture, et fut inhumé en 1418, sous une même pierre tombale avec Nicolas de Bertin, qu'il avait amené avec lui de Saint-Lucien de Beauvais, pour en faire le prévôt de notre couvent (i).
Cette dalle funèbre, découverte en juillet 1872, au fond d’une tranchée destinée à recevoir un tuyau de gaz. sur l'emplacement de l'abbaye, fut alors transportée dans l'église de Saint-Pierre, où les amis de l’Art ancien ont pu l'admirer jusqu’en ces derniers temps, auprès de celle de saint Paschasc Radbert, qui sera décrite plus loin. Mais un incident regrettable, survenu au cours de récents travaux de réparation, amena sa complète destruction. Nous sommes heureux de pouv(,)ir en assurer le souvenir, à l'aide du dessin ci-joint, extrait de la collection Duthoit.
Trois autres tombes se trouvaient sur le même rang que celle de Raoul de Roye, qui en occupait l'extrémité gauche. Celle de droite recouvrait la dépouille de Régnault de Bucy. Des deux médianes, l’une ne portait aucune inscription ; sur l'auirc étaient gixu’és ces mots : « Hic jacct Doininus Egidiiis de Monte S. Quintini » (2).
Ces quatre pierres tumulaire.s étaient encore en place à la lin du xvii“ siècle. Mais à cette époque, l'oratoire de sainte Bathilde avait été rendu à sa destination primitive de salle capitulaire.
Ainsi que le cloître, le réfectoire et le chapitre souffrirent beaucoup des ravages de la guerre, en i63’6. Le gouverneur de la ville les convertit en arsenal et en magasin de vivres. La paix faite, il fallut restaurer les colonnes, les voûtes et les vitraux (3), ce à quoi s'appliquèrent les grands-prieurs .lean-Baptistc Mouly, en 1662, et Sylvestre Persior, en i663.
Classes, Dortoirs et autres Batiments claustraux. — Une porte ménagée dans le pignon du chapitre nous fait pénétrer dans le batiment qui longe la galerie Lst du cloître.
Long de trente-cinq toises (Gô mètres 5o centimètres), large de trois toises et demie {6 mètres 70 centimètres), ce bâtiment compte treize ouvertures donnant sur le jardin. Il est en grande partie l'œuvre de Jean de la Gove (1377). Cet abbé y fixa le lieu des assemblées générales des religieux, quand il eut résolu de transformer l'ancien chapitre en oratoire, comme il a été dit précédemment. Il y réserva aussi le cabinet des archives et les classes des novices, etc.
Ces divers appartements, situés au rez-de-chaussée sont dominés par les dortoirs, qui n'offrent rien d'intéressant.
Franchissons donc, sans nous y arrêter, le vestibule qui contient l’escalier, et pénétrons dans le jardin, pour visiter divers bâtiments construits en hors d'œuvre à l'angle Nord-lést des lieux réguliers, sur l'emplacement de l'ancien logis abbatial.
\’üici tout d’abord la bibliothèque, salle carrée où les moines gardaient avec un soin jaloux leurs trésors d'érudition, mais sans pouvoir toujours les défendre contre la rapacité d'emprunteurs ou même de voleurs au nombre desquels Bonnetons signale son oncle Jacques Sirmond, Piihou, Faber, Masson. Brisson, président du
(1) Raoul de Haye, lils d'un i^rand-maitre des Arljalétriers de France, Frère d’un archevêque de Reims, avait été abbé de Saint-Lucien de Beauvais, avant de recevoir ta crosse abliatiale de Corbie.
(2) D. Coctiuelin. Reginis abhatia: Corbcicusis Compendium, g LX. SepnltnnY insigniorcs
(3) D. Cocquelin. XIV. Evcnlus insigniorcs. ^lonnsterii reparaiioncs.
Cour.
Parlement de Paris, de Thou, Rozc, notre concitoyen amiénois. André Duchesne, surtout, ainsi que Eléonore d'F.tampcs, évêque de Chartres (i).
Voici un peu plus loin, le tribunal de l’Officialité avec ses annexes, la prison
et la salle du BulFet OU greffe, construits par Jean de la Gove, vers i3So.
La grande cour, Area major, s'étend à l'Ouest de l'Officialité, et longe au Nord le réfectoire, dont elle nous permet d'admirer extérieurement la belle ordonnance. C est dans cette cour que se trouve le puits doré par les soins de Jacques Ranson, en iqtiq.
1 raversons-la dans toute sa longueur et engageons-nous dans un passage ménagé
entre les magasins à fourrage ou d'autres batiments du même genre. Nous voici maintenant à l'entrée du jardin de Saint-Etienne et de la basse-cour, où les églises de Saint-Etienne et de Saint-Jean vont solliciter notre attention.
Eglise Saint-Etienne. — Primitivement destinée à la psalmodie de l'office de la Sainte-Vierge, l'église de Saint-Pitienne ou Notre-Dame fut érigée en paroisse, par une bulle de Clément III, le 8 des Calendes de mai iiS8. iélle était déjà le siège d une communauté de prêtres bénéliciers ou chapelains, connus sous le nom de Caritablcs et dont l'institution remonte à l'an 1072 (2).
E édifice que nous allons décrire fut construit quelques années après l'incendie de II 52. L’anniversaire de sa dédicace se célébrait le 3 octobre (3).
Les matériaux de cette église proviennent des carrières de Vaux-sous-Corbie, qui appartenaient à l'abbaye. Le vaisseau a vingt-cinq toises de longueur. 11 se compose d une net terminée par une abside à pans coupés, et côtoyée par deux collatéraux qui s'arrêtent brusquement au niveau du sanctuaire pour former deux chapelles carrées, à droite et à gauche du chœur. P’n avant de celui-ci, un transept débordant de part et d'autre les nefs secondaires, donne à la construction l'aspect d une croix latine, au centre de laquelle s’élève une tour carrée, soutenue par quatre piliers cruciformes. La llèche se compose d’une pyramide octogone tronquée, que domine un dôme aussi à huit pans, couronné d'une lanterne à calotte sphérique et d’une croix placée en 1645.
La nef reçoit le jour de douze fenêtres disposées en clair-étage au-dessus des toitures des bas-côtés. Ces fenêtres sont reliées entre elles par un larmier à modillons qui se relève pour former archi^■olte au-dessus de leurs pleins-cintres.
La même disposition se retrouve aux huit fenêtres de la tour (deux sur chaque
(i) D. Bonnefons raconte le stratairéme employé par Duchesne pour s'approprier certains livres qu'il convoitait, Sous prétexte de choisir un endroit à l’abri du feu, de la foudre et des boulets pour les munitions de guerre, la reprise des hostilités en 1635, il se fait conduire par D. Adrien de Mareuil à la bibliothèque, oii il déclare vouloir s’établir. On y apporte cinq ou six grands tonneaux remplis de poudre et autres matières, qu'il vide clandestincmejit et remplace par les livres de son choix. Bientôt après, il fait répandre faussement le bruit de l'approche de l'ennemi. La consternation envahit la ville et le couvent, et notre rusé bibliophile profite du tumulte pour se retirer à Amiens avec ses tonneaux remplis du fruit de ses larcins. L’année 1636 eut été plus désastreuse encore pour la bibliothèque de Corbie, sans l’indu-strie de l'un des religieux. Louis XII 1 venait de re])rendre la ville aux F.spagnols. Au nombre des courtisans qui pénétrèrent dans la place fi la suite de l'tirmée française, figurait Eléonore d’Etampes, évêque de Chartres. Grand amateur de livres, connaissant rimpurlancc de la bibliothèque du couvent, il se la fit attribuer par Louis XllI, et s'empressa d’apposer le sceau royal sur les portes. Mais il omit de prendre la même précaution pour les fenêtres, dont l'une resta même ouverte. Mettant fi profit cette nég-ligence, les moines pénètrent la’ nuit, fi l’aide d’échelles, dans la bibliothèque, dérobent les volumes les plus précieux et les envoient fi Saint-Germaindes-Prés. Frustré dans son attente, ne trouvant plus les trésors littéraires qu'il désirait, Eléonore d'Etampes se retira sans rien enlever.
(2l Ce n’était alors, à proprement parler qu’une nuûtrisc d'écoliers pauvres qui, plus tard, furent promus au sacerdoce.
(31 Saint-Etii-nnc ne fut donc point citnsacré en même temps ([ue l'égli.se de Saint-Jean, sa voisine et sa contemporaine, dédiée le V'' juin 1171. par Milun, évêciuu do Thérouanne.
face), et à celles qui ajourent les pignons des transepts, dont les gables sont, en outre, percés d'une rose à quatre lobes.
Cette rose se voit égalentent au-dessus des fenêtres de l'abside.
Le bas-côté Nord est complètement aveugle (i), tandis que le bas-côté Sud. donnant sur le cimetière, reçoit le jour de quatre fenêtres, au milieu desquelles apparaît une porte basse. De ce même côté un véritable portail donne accès dans le transept (2).
CouHiE. — Église Saint-Étionno. d'après un dessin de 1753.
Le grand portail de la nef est orné de sculptures fort riches. Le tympan représente le couronnement de la ^■ierge par son Divin Fils, entouré de quelques anges, des quatre Kvangélistes symboliquement ligures par leurs attributs, et des douze apôtres ranges sur la première voussure. Au trumeau est adossée une belle statue de l'Assomption, à demi taillée dans l'épaisseur dudit trumeau et faisant corps avec lui (3).
A l'intérieur, la grande nef est divisée en trois travées par des piliers rectangulaires n'ayant pour chapiteau qu'un tailloir orné de simples moulures. Ces piliers s’arrêtent au niveau des hasses-nefs et portent des faisceaux de trois colonnes engagées, destinées à soutenir les hautes voûtes et les fermes des combles (4).
(1) Coniparez la vuo d'ensemble du Coi'bcia Vctiis... inino cjue nuus reproduisuns d après 1(‘ Monnslicou
gaîlicanum.
(2) I.e dessin de 1753 que nous donnons ici fait connaître la physionomie générale de l'édifice ; mais il est peu exact dans les détails.
131 Cette partie de l'édifice a été minutieusement décrite par M. Eiilart, dans ses Müir.tmciits religieux de l'Architecture romane .. pages 93 et suivantes.
(.jt M. Enlart [hc. rf/. ; affirme que la nef était voûtée d'ogives. Un doubleau central, dit-il, traversait la ch.-f de.s crttisées d'ogives de la voûte haute. Cjui était portée sur des faisceaux de trois colonnes adossées, l.es doubleaux intrrmédiaires avaient des supports en encorbellement, ajoute cet auteur. Au c<.>ntraire, plusieurs de nos collègues très compétents en pareille matière, pensent que l'église Saint-Etienne n'a jamais eu qu'une voûte en bois avec charpente apparente. Ils fondent leur opinion sur l'absence de vestig<-s dans la partie supérieure des murs, et surtout sur le défaut de contreforts assez puissants pour contrebalancer la poussée de voûtes massives.
La dernière travée abrite une tribune que supportent quatre croisées d'ogives réunissant leurs retombées sur un pilier central, rond, cantonné de quatre colonnettes destinées à soutenir les arcs-doubleaux.
Le fond et les côtés de la tribune reposent sur des faisceaux de colonnes engagées dans le trumeau du portail ou dans les murailles latérales. La face antérieure, formée de deux arcades en tiers-point, s'appuie sur un pilier carré, à pans coupés, et aussi cantonné de quatre colonnettes dont l'iine, placée en regard du maître-autel, offre, comme le trumeau du portail, une statue saillante, sculptée en partie dans l’épaisseur du fût.
Dans chacune des autres travées de la nef, des arcades en tiers-point, accolées deux à deux, établissent la communication avec les collatéraux dont le nombre des travées, correspondant à celui des arcades, est par conséquent double de celui des travées de la nef. Chaque arcade est surmontée d'une fenêtre à plein cintre ajourant le vaisseau principal au-dessus des toits latéraux .
Çà et la, les murs sont revêtus d'inscriptions tumulaires, dont les plus remarquables, adossées au côté gauche de la muraille du chœur, marquent la sépulture des seigneurs d'Heilly.
Comme le reste du couvent, cette église eut beaucoup à souffrir des guerres du xviC siècle. Lille servit de magasin à fourrage, vers tôSo.
Chapelle de Sainte-Colette. — C'est près de l'église de Saint-Ltienne que sainte Colette vécut en recluse, du 17 septembre 1402 au 2 août 1406. Le local de sa réclusion était accolé au Sud du sanctuaire, du côté de Llépître, et le regard de la pénitente volontaire pouvait librement plonger jusqu'à l'autel à travers une fenêtre grillée (i). La recliisen'e fut remplacée en 1623 par un oratoire dédié à la sainte. Passons, sans nous arrêter à cet édicule qui n'olfre du reste rien de remarquable.
Eglise de Saint-Jean-l’Evangkliste. — L'église de Saint-Jean n'est séparée de la chapelle de Sainte-Colette que par la porte cochère donnant accès dans la basse-cour du couvent.
Reconstruite dans le troisième quart du xii® siècle, elle fut consacrée le C*' juin 1173, à la prière de l'abbé Hugues de Péronne, par Alilon, évêque de Thérouanne.
Spécialement destinée à servir de paroisse aux domestiques de l’abbaye, elle fut quelque temps le refuge des chanoines de Fouilloy, chassés de leur collégiale par la guerre, en i358.
Son plan original reproduisait celui de l'église de Saint-Etienne, sur de moindres dimensions toutefois, puisqu’elle n'a que dix-huit toises de longueur, et que sa nef ne compte que deux travées au lieu de trois, avec quatre fenêtres sur chaque côté au lieu de six. Mais l'édifice est déshonoré par des constructions parasites qui en altèrent la symétrie. C'est ainsi, par exemple, que le croisillon Nord du transept, surchargé de deux étages, a été converti en boulangerie, avec magasins à farines et autres accessoires. D'autre part, son clocher a perdu un étage à la suite des sièges de J 636. 11 ne possède plus qu'un toit pyramidal, reposant sur un dé percé dans chaque face de deux fenêtres à plein-cintre.
L'intérieur ne nous intéressera que par ses nombreux monuments funèbres,
(i) Li‘ P. Scellicr a tmuvé au cuuvrnt des Clarisses de Bruiîc.s, et publié dans sa V/V Je sainte Colette des plans minutieusemeiil détaillés, de cette recluscrie. Mais une fausse interprétation des textes qu'il a consultés lui a fait placer cet édicule au Xurd du sanctuaire de Snint-I'-tiennc. Cette erreur, si elle n'était sit^nalée, rendrait inintelligible le travail du \’énéraljle auteur.
dont le principal est le cénotaphe marquant, au milieu du chœur, l’emplacement de la sépulture de saint Paschase Radbert.
Ce monument consiste en une pierre de forme elliptique, soutenue par quatre colonnetlcs, à trois pieds au-dessus du pavé. Le saint v est représenté en costume
de Bénédictin réformé, téie nue et rasée, portant la crosse abbatiale. Il est entouré de rinscriplion suivante : Locus sepultur.-t- SANCTf P.ASCHASt RaDBERTI, ABBA. CorB. MORTüI ANNO 85 1 (i), A la suite de cette légende, le sculpteur a gravé les armoiries de l'abbaye : d'nr à la crosse de gueules, dressée eu pal, accostée de deux clefs adossées de méuie, accouipaguée en pointe d'un corbeau de sable. et du millésime i655.
L'un des collatéraux contient une chapelle dédiée à Notre-Dame de Pitié. Klle sert de sépulture à plusieurs membes de la famille lùidel, sg'* de Y, Croix. Auberville, etc., qui tous ont occupé des sièges judiciaires au comté de Corbie. ^
LglISE ABBATIALE OU DE SaINT-PiERRE . -
L'église de Saint-.lean est dominée, au Sud, par les murailles du transept de l'église abbatiale, dédiée au l^rince des Apôtres; murailles inachevées, mais déjà branlantes et ruinées. Hàtons-nous de visiter cette partie de y, /„■ ./,■ /w.iWui.rr l'édifice avant qu'elle ne soit transformée ou
qu'elle ne tombe sous la pioche des démolisseurs, car, déjà, les architectes préparent les plans d’une nouvelle basilique, qui doit s’élever sur 1 emplacement de cet édifice.
Il date, dans son ensemble, de l'an i5üi, et fut l’œuvre de 1 abbé Pierre d Ostrel.
Ce prélat, dont Cocquelin nous vante la piété, dont Caulaincourt nous dépeint le caractère tenace et résolu, l'avait entrepris contre le gré de ses conseillers, avec l’intention d'en faire l'un des plus beaux et des plus vastes temples de b rance, affirment nos chroniqueurs. On peut s'en convaincre en jetant les yeux sur le plan que D. Plouvier nous a transmis. Lin sanctuaire circonscrit par sept arcades, d'où rayonneraient autant de chapelles absidales ; un chœur composé de cinq travées et séparé d'une nef d'égale longueur par un transept ; deux bas-côtés encadrant le tout et SC réunissant derrière le sanctuaire en façon de déambulatoire ; vingt chapelles latérales (en y comprenant celles qui devaient servir de sacristie], correspondant aux travées de la nef et du chœur ; un portail grandiose, flanqué de deux tours imposantes, tel était le rêve entrevu par nos moines.
(i) Le lücteur remarquera la discordance qui existe entre cette date et la dati; ri-ellc de la mort du saint (an 865I. Les Annales Bi-nèJiciines l'expli([uc'nt ainsi ; " Anna 8m, Raiibertns Corbeia' regnnen ahdtial. Ad Itunc ûinnini rcicniiorcs pleriqtte revoeanl obitnni Pasehasi Eadbcrti, abbatis Corbcicnsis. linc additn rationc. qnod ci hoc anno snceessit Odo ... yernm hi ciuciorcs Rctdberli obitnni conpnndnnl enm cihdicalionc régi nu nis, qnod hw, hoc cinno diniisit, /acta Corbeiensibus eligendi successoris pulestalc J>. — .1;;//. Bcned.. tome 111. page 13, n“ x.\x\'i, ann. 851.
Mais, frappé par la mort en i5o6, Pierre d'Ostrel ne put terminer l'œuvre qu'il avait piaqetée.
Aucun de ses successeurs jusqu au xviu*' siècle, n'osa la continuer, d'autant plus qu après lui 1 intrusion de commendataires usurpateurs, et tout particulièrement de 1 évêque François de Hahvin, absorba toutes les ressources du monastère, et mit son existence en péril (n.
I. œuvre de l^ierre d Osîrel appartient au style ogival tertiaire. Klle se compose des cinq travées du chœur avec ses collatéraux, son déambulatoire et les sept chapelles rayonnantes du chevet, groupées autour d'une abside romane à trois pans, construite après 1 incendie de iidy, et servant de sanctuaire. Ajoutons à cela deux chapelles dédiées a saint Benoît et à saint Adhélard, formant hors d'œuvre, et s'allongeant à droite et a gauche du chevet, sans y être reliées autrement que par de simples portes latérales, ouvertes dans les deux chapelles extrêmes du rond-point.
Le tout est couronné piar un clocher assis sur les maîtres piliers du transept à peine ébauché. Sa tour carrée abrite treize cloches « dont le doux accord et le ton élevé porte 1 ame à la piété (a). » Elle sert, en outre, de base à une tlèche pyramidale, arc-boutée de légers supports et terminée par trois coupoles superposées et de diamètres différents.
A^■ant iG36, si nous en croyons une gravure du temps, les fenêtres du chœ^ur, largement ouvertes, étaient divisées par des meneaux qui se dressaient perpendiculairement, avant d aller s épanouir dans l'ogive en accolade, ou qui se prohlaient horizontalement afin de partager la baie en trois étages. Mais à l'époque où notre description transporte le lecteur, ces meneaux ont complètement disparu. Faut-il voir dans leur destruction une nouvelle conséquence des sièges néfastes de l'année iG36 ?
Du cloître, on accède à l'intérieur de l'église par un beau portail construit sous 1 administration des grands-prieurs D. Cocquelin et D. Séroux, de 1G72 à 1678.
Signalons au passage, dans une chapelle voisine, les sépultures de plusieurs religieux, et en particulier celle de saint Adhélard, dont la statue en pierre occupe le centre d'un retable en bois, où sont sculptés avec art ses principales actions et ses principaux miracles (3).
(i) \ oyez Caulaincourt, ad ann. 1506-1509. .-Vbbatiat de Guillaume du Caurel. — Archiv. dép''^*. Fonds Corbie, .Vriti. i. liasse .|, n'” 5 à 9. — ]). Cocciuelin, de son côté, s’exprime ainsi : Kcclesiam aiiiplissiiimm cl mcignificciitissiiiiûiii
a II un 0 conccpcrat Peints irOstreU . sni inorlc preveutus. itiiito iÿo6, suis succcssoribits lunti operis uiolcm rcliquil cl
coniplciiiculiiiii . N cm a, i/emccps, uec et usas est ncc pot 11 il. Nec Ion go post temporc, proh dolor ! siicccssft moniislcrionnn rom mciulii. non in ornomcnlnm. non in constructioncm ecetesinrum, sed in bonorum spolicitioiu'm cl dircpîioncni
i^) Campiinilc idem abbas in media navi extruxenit prorera' eiUitndinis, tredecim ciimpanis munitnm. Quœ et (oui elevatione et dnici concenlii animos eiiidienlinm ad pietateni allieiunt 1). Cocquelin ;; .\1V. l'.ventns insigniores. Mo U aster i i re pa rat ion es.
(3) D. Bonnef< >ris. — D. Cocquelin 15 L\. Scpnltnrœ insigniores. La Ga/lia A’*"'", S. Paschase Radbert et S. Geraud affirment, au contraire, que S. -Vdliélard fut inhumé au centre de réi;!ise, entre le chœur et le sanctuaire. Mais la contradiction n est qu'apparente. Cela prouve seulement, comme l'affinne IL Bonnefons. que l’axe de 1 église primitive n'avait point été conservé dans la reconstruction faite en lOiZ, ou dans celle de :i37. Il ne s’agit ici, du re.ste, que d un cénotaphe, puisque les reliques du saint avaient été transférées dans une châsse précieu.se sur le maitrc-autel, le in octobre 1040, et que le monument primitif consistait en une simple pierre tombale re\'êtue de cette inscription, composée par S. Paschase Radbert :
« Hic Jaeet eximins meritis, venerabilis abbas Nosler .\dalardiis. dignns honore senex,
Regia prasapies. paradisi jure colonns.
Vir iharitate probns, moribiis atque fîde,
Oneni dam siih tiimnlo reeo/is, ht, qnisqne, viator.
Cerne qiiid es, qnid cris, mors quia enneta rapit.
Nam Domini post oetavas hic carne solutus Succcdentc die, aslra pelivit ovans. i».
Callia X'i'iit ; Caulaincourt ; Bonnefons.
Pierre Mouret repose un peu plus loin, dans la chapelle de Soyecourl. On y voit quaire statues en pieri'e représentant Oillcs de Soyecourl. mort en i^qi. et Agnès
de Cayeu, sa femme, morte en ; Jean de Soyccourt décédé le 3 octobre i3So, et N. de Varenne, son épouse, morte le 7 juillet 1 383 ; puis un petit arcosolium , au fond duquel est couché Albert de Bellefurière, lils de Ponthus et de Françoise de Soyccourt, tout jeune enfant, mort à 22 mois, le 25 février 1 5(S6 ; puis encore
une plaque d airain gravée, représentant un chevalier revêtu de son armure et agenouillé sur un prie-h)ieu armorié. Cette plaque, autour de laquelle s'échelonnent les blasons des familles de \arennc. Cayeu. Maillv, Mouy, llochebaron, du Bos, iMoreuil, Pisseleu, Mailly-Auchy, et Basse de la Hargerie. est destinée à perpétuer le souvenir de Maximilien de Soyecoun. mort le 14 avril i583, et inhumé en l'église des Jacobins de Compiegne (i).
ChâjjeJIo.- N .D, p7a (pue cu/ore .-J7!3.x2iTn/ie/i
de. S oye-couj'â' ^e-ni'd.àhomme, ard" cd>3.irtèrc. edu îTiorù on i583-
Le centre du pavé est occupé par la pierre tombale de Hue de la Houssoye, mort le i3 octobre i356, et de Pierrote d'Ayencourt, sa femme, qui trépassa deux ans plus tard.
Signalons encore, dans cette chapelle, la sépulture de Guillaume du Caurel, LX' abbé, décédé le 19 novembre iDaa, dans les plus tristes circonstances, victime des convoitises d'un commendataire éhonté (2). L'abbé est représenté dans un
II) \ oir au Bulletin des Antiquaires Je Picardie. turiH' XIV, pajjes 238 (.-t suivantes, um- clescriptii'n ptus vtenduc de ces mausoléés, extraite des Archives de la Somme, Fonds Corbie. Ann. liasse 18, n" i. Ce.s irxmuments furent transférés en i^sq dans la nouvedie étatise, à l'exception do VArcosütiuin c|u’on renouvela. Toutehus, le sculpti'ur s\d>^titiia à lefii,ttie de l’enfant celle de sa mère, dans l'attitude d’une d<iulourou.so méditation. C’est ce dernier état du monument t[ue nous reproduisons d'après le dessin de Duthoit.
|2i François i'’’ avait voulu obtenir son abdication, en faveur du cardinal de Bourbon. Pour mieux peser sur la décision de notre aljhé déjà malade, le comte do Saint-I’ol accourt à Corbie, s-ous prétexte de défendre la ville contre les troupes de Charles-Quint. C’était au moi.s d'octobre 1522. Aussiti’>t. le monastère e.st occupé. Le seiijneur d’Ileiily. par ordre du comte, fait consigner les religieux dans leurs cellules et place des sentinelles à leurs portes, afin de les (.'rapècher de se réunir pour nommer un supérieur, après la mort de Guillaume-, Puis, trouvant la mesure insuffisante, il fait disséminer et gardi.T à vue ses prisonniers en diverses maisons de la ville. Le moribond n est pas mi<'ux traité : ses appartements sont envahis ; des soldats, disons mieux, des ge(jliers entourent son lit. comptant les minutes qu il a encore à vivre, et aspirant après son dernier soupir. J.a mort vient le di'-livrer de touti'S ces vexations, le 59 novembre. Aussitôt, tous le.s mercenaires tpii l'entourent, délaissant le cadavre pour se. livrer au pillage, saccagent le monastère, et. pendant seize jours, s'abandonnent à r<irgic dans les lieu.x jusqu’alors sanctifiés par la prière.
bas-relief, en compagnie de la \’iergc-Mère, de saint Pierre, de saint Jean et de saint ( juillaume, ses patrons, avec l'inscription suivante placée au-dessous d'un écusson d’argent à la bande fuselée de gueules, de cinq pièces :
Cp gill mcvcrcnc) pcrc en 0icu, db). ib’inflnuinr 6ii Caiircf, nntif en goii
vivant n66f et comte be (Cor6ie qui trepafTa f’nn be grâce ,I5‘é‘é, fe .10 novem6. :)0rîc; Oieit qu'if veine avoir pitié et merefip be eon dme et be toue fee trepafle; (ii.
(nnq des sept chapelles du rond-point sont dédiées à saint Alaur. à sainte Hathilde, aux Corps-Saints, à saint I.éonard (c) et à saint Paschase Padbert. Les deux extrêmes ne contiennent point d'autel et servent de passage pour aller aux oratoires de
Saint-Benoit et de Saint-Adhélard.
La chapelle absidale des Corps-saints a une longueur double de ses voisines. Klie contient le trésor des reliques, trésor si riche qu'il a fait donner à notre abbaye le nom de Seconde Rome. Là, sont exposés à la vénération des fidèles, les jours de fête, plusieurs fragments de la Vraie-Croix et de la Couronne d'épines de X.-S. ; des morceaux de son suaire, de l'éponge avec laquelle il fut abreuvé de fiel au
calvaire ; des lambeaux du voile et de la ceinture de la Vierge ; des ossements des S. S. Apôtres, etc. ; tous rapportés de Constantinople par Robert de Clary, et réunis en un même reliquaire.
Là, aussi, figure une châsse précieuse entre toutes, enrichie de l'effigie de
(dharlemagne et d'une inlinité de pierreries. Llle contient une statue de la Sainte-
\'ierge, sculptée, dit-on, par le pape Léon 111. dans un fragment de la \'raie-(iroix, et oHérte au grand empereur d'Occident, qui aimait à s'en parer.
Là. encore, sont gardés divers objets sanctifiés par le Christ : fragments de la Crèche, de la colonne de la flagellation, du Saint-Sépulcre, terre ruugie du Sang Divin, etc.
Là, enfin, sont conservées une inlinité de reliques des saints, dont l'énumération nous retiendrait trop longtemps (3).
Nous ne pouvons pénétrer dans le sanctuaire, sans remarquer la singulière disposition des voûtes de son déambulatoire, appuyées d'une part sur les trois pans coupés de ce même sanctuaire, et de l'autre .sur les sept chapelles qui l'entourent.
Le Maître-Autel ne nous olfre rien de remarquable, sauf la châsse contenant les ossements de saint Adhélard.
Entre le chœur et le sanctuaire se dresse un candélabre de bronze à trois branches.
lùifin la puanteur envahit tout le enuvent. On daif^ne alors se souvenir que 1>- mort e.st toujours là, sj;isant parts si-pulture. Jean de Longueval, maitre-d'hôtel de Louis de H<iurbon. prenant chacun de.s moines en particulier, lui cstor(|Ui- le serinent de n’élire aucun autre abbé (jue son maître, et permet à la conuminauté de rentr.T au monastère pour faire i'inhumation de (iuillaumi'. — 1). Caulaincourt. Cliron. Curbdiv. .\bbatiat de tiuillaume du Caurel.
(1) Villers de Rousseville. Rc-ctieil Jes épitaphes et inscriptions itcs pcrsniincs illustres et autres qui se trouvent dans les églises des villes et villages de Picardie Ms. de la bibliolh. des Anticiuaircs de Picardie.
(2) jusqu’en 1683, la chapelle de Saint-Tahmard servit de .siège paroissial aux vassau.x, officiers et employés du Comté, C|ui étaient tenus d'v remplir leurs devoirs religieU-K. On a dit ailleurs que l’église Saint-jean était réservée aux serviteurs logés dans l’enceinte du monastère.
(3) On en trouve la monenclature dans les Mémoires des Antiquaires de Picardie, tome VllI. pages 501 et suivantes. L’in\'entaire des objets saisis et mis sous scellés à l'abbaye, le 16 janvier 17QI. par ordn- du district d’.Vniiens, consacre 99 numéros à la désignation des châsses et reliquaires. di>nt beaucoup ri-nfermaient plusieurs rerujues réunie.s. - Ai'chi\es d('-partementales. District d'Amiens, série 7, 8‘’ chapitre, liasse 21, pièce 8. — \'uir aussi Vl/istoire abrégée du trésor de Corbie. rééditée par Dusevel. (Amiens, Liuner ainé,
placé en avant de la tombe de Pierre d'Ostrel. Cette tombe est fermée d'une plaque aussi de bronze, portant rinscription suivante :
(TorCctciifiiî aiefl ^pcfruc ©ottrcfiiict oGCna €iiii 0uircnbiiir(t trayit «6 iu'6c scniin. fCi'ce incnfinj tuipra visciui revit nriffne tHyoïirrniuî triiifil'iim, nii nova jiirn bebit. Ctiiotibiniin prt fiunc trigiiita portio pniiiiiii Ciiiii tolibrm iiiiiiimitî con(îtt6ifitn fuit. cTimia euG mifl'c qaiiiffriitit; acyqiic profcffo uîb profciii aiiiiipta' îoirfftniis iinrliia oGit.
£Jiii fuit fiijiiij nb lîa-r fnGrira priiiinriiic niitGor 'Cnnto ferventes pro pntre fimbc preree CffiioGii botes siiG.jerti jiirn profeffi
:piflifU6 Çir cfcinoii cfirifmntiU' lEiivit ope J»acfif5 i/lc vacone, faftiia afpiTvit inniice Cftiffvai? fufficiU' ciniuiii? iirircGrai> (i).
Sur le nieme rang, du côté de l'Evangile apparaît l'elfigic de Bernard de Moreuil, gravée sur une dalle de pierre. Ce bienfaiteur du monastère est représenté en costume de chevalier, le bras gauche revêtu de son bouclier armorié, bien qu'il suit mort, vers 1 140, au couvent dont il avait embrassé la règle (2).
De l'autre côté sont deux sépultures d'abbés innommés, mais dont l'une doit être attribuée à Raoul h'', mort le 29 décembre 1253 (3), et l'autre à Jean de la Gove, mort le 4 novembre i3g4 (4).
Elles précèdent le monument funèbre où reposent Antoine de la Moite-Houdencourt, maréchal des camps et armées du roi, gouverneur de la ville et comté de Corbie (5l, ainsi que sa fille Catherine (6).
l'elle était l'abbaye de Corbie à la fin du xvii'-’ siècle.
Le lecteur se montrera indulgent pour la prolixe description qui en a été donnée. Mais il nous a semblé nécessaire de faire connaître la véritable physionomie conservée durant cinq cents ans par un couvent qui allait disparaître et faire place à l'œuvre de décadence impuissante, malgré son apparence grandiose, qu'il nous faut maintenant examiner.
§ II. Etat nu Monastère en 1791
La pliotographie a popularisé à Corbie, depuis dix ou quinze ans, une vue cavalière intitulée : Corbeia reuorala îllustrala.... auno Doiiùui i']45 (7).
C'est la reproduction d'un projet de reconstruction qui n'a jamais été complètement
(i) Gallia — Caulaincoiirt — Villcrs de Roussevillr; n'a pas correctement reproduit cette épitaphe.
(j) I). Cocquelin § JX. Scpiiitiinv insigniores.
(3) Si'pt'üliir in nicilio chori nos/ri, ante Aqiiilain ubi cantalur quoliJic epistûla. — Caulaincourt.
(.-f) Gallia — D. Cocquelin. — I). Caulaincourt.
(5) Di'cédé vers 1647.
(6) Villers de Rousseville, Epitapliier des églises de Picardie. — Loc. cit.
(7) D'après un dessin de Louis Kustache Châtigny.
exécuté. On peut s'en convaincre en comparant celte vue avec ce qui existe encore. La porte monumentale, par exemple, est reliée aux murailles voisines par des lignes courbes, tandis que, d'après le document qui nous occupe, elle devrait Jormer saillie par angles droits sur un bâtiment rectiligne. Les plans de l'HApital militaire qu'on eut le projet d'établir dans l'abbaye supprimée (i), et le proces-verbal des visites domiciliaires faites en 1791 (2) prouvent, du reste, péremptoirement qu’à cette époque, les cloitres du xiv^" siècle n'étaient pas entièrement démolis, et que le réfectoire du xiiL était encore intact à l'extérieur, contrairement à ce que ferait croire l'examen de la Corbeia roinrata illustrata (3).
D'après les plans cités plus haut, l'ancienne propriété des Bénédictins, à convertir en Hôpital militaire, comprenait l'enclos des jardins, d'une superiieie de « 36 journaux ou arpents et 3 verges ». Les bâtiments neufs et vieux et leurs accessoires couvraient en outre une superiieie de « 4 arpents So verges 1/4 », non compris l'église et son pourtour, attribués à la commune (4).
Eglise Saint-Pierre. — Nous avons dit qu'à la fin du xviL siècle, les moines pensaient à reconstruire leur église abbatiale. Après divers tâtonnements, les plans définitifs en avaient été arrêtés en l'année 1687. Mais ils ne furent mis à exécution que quinze ans plus tard.
De l'ancien édilice, on ne conserva que le chœur, le clocher et une partie du transept.
Il fallut, d'après un devis dressé le 7 février 1701, bâtir le sanctuaire et les sept arcades du rond-point, les cinq chapelles absidales, la grande nef, ses collatéraux prolongés en déambulatoire autour du chœur et du sanctuaire, le portail et ses tours (5).
La restauration fut d'abord menée très activement : des le 4 mars 1702, l'Intendant de la Province constatait que l'on avait dépensé lao.ooo livres (6). En juillet, les travaux à exécuter étaient estimés iSu. 148 livres qui devaient être prélevées sur les produits des bois de la manse conventuelle (7'}. Mais alors, les travaux commencèrent à se ralentir et il ne fallut pas moins de trente années pour achever le gros œuvre.
Enfin, surgit du sol un monument dont les contemporains admiraient la magnificence et les vastes proportions, à l'égal de. celles de nos plus belles cathédrales, bien que l'élégance et la pureté du style laissassent beaucoup à désirer.
(i) Nous reproduisons ici les principaux de ces plans. Il en existe des copies au bureau du Génie à Amiens.
12) Archives iicpariciuentalcs. District d' Amiens, série q. S' chapitre, liasse 21. pièce 8.
(jj II nous a semblé utile d'établir ce fait, maintenant surtout que les derniers témoins oculaires de l'ancien couvent ont disparu, afin de ne point laisser propa;4er une erreur tendant à attribuer au monastère un aspect qu'il n'a jamais eu, tout-à-fait différent de celui <[u'il offrait réellement, hjrs de sa destruction.
(4) L'acte de ^•<■ntc. daté du 5'-' jour complémentaire, an VI I19 septembre i;98) donne ces détails;
Ibàtiments neufs nu anciens, v compri.s les cours . 4 j. 77 v. i 4.
Jardin potager . \2 » — —
Terrain appelé le Thabor . — 5*^ v. —
Rosciuets plantés de charmilles . 7 j. — —
Vergers . 16 j. 72 v. —
Total fnon compris l'église et son pourtour, attribués à la - - —
commune, ni le logis abbatial) . 40 j. 99 v. 1,4.
(ou 17 hectares 59 ares, le journal de Corbie valant 42 ares 91 centiares)
151 Le tout devait être exécuté par Nicola.s de Bourges, Claïuh- Pénelle, Martin et Jean Masse, maîtres-maçons à Amiens. — Voir Dusovel. liglise Saint-Pierre de Corbie, dans la collection des Eglises, Châteaux, BciTrois et lléitels-dc-Ville h.-*, plus rcmarc|uables d*' la Picardie et de T.-Vrlois.
^0) Archives départementales. Fonds de Corbie. Arm. /, liasse .//, iP j.
(7) Ibidem, n'’* û, 7, g.
Le vaisseau piincipal mesurait extérieurement cent dix-sept mètres de longueur et cent quatoize mètres à 1 intérieur (i). Sa largeur, qui était de vingt-cinq mètres trente-cinq centimètres dans la net et le chœur (2), atteignait cinquante mètres au
S'/'i.‘rre ch- ('orhic-- Arc'/iinol/e c/u Porfcn/
dedans des transepts, et sa hanteur \'ingt-un mètres ent'iron, sous clef de voûte (3).
Deux tours jumelles, exactement semblables, s'élànçaicnt de chaque cùté du grand portail, à une hauteur de cinquante-cinq mètres (4), et portaient au loin le
(1) La longueur intt-rieure se décomposait ainsi :
L'ne travée portant les tours du portail .
Cinq travées de la nef à 6 in .
Trois travées, dont une de largeur double pour le transept .
Quatre travées pour le chœur et partie du sanctuaire, jusqu'au rond-point. .
Le rond-point du sanctuaire .
Le déambulatoire derrière le sanctuaire .
La chapelle du chevet .
(2) Soit pour la grande nef ou pour le chœur. ... 11 m. 75.
Kt pour chacun des bas-côtés. 6 m. 80 x 2. . . 13 m. 60.
Q) Mesurée d'après les oscillations du pendule.
(4) Comptés du niveau du sol au sommet de la plus haute girouette.