‹ La pierre de toucheChapitre 121 sur 295 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LA MARQUISE

Non, ma fille.

LE MARQUIS

Vous lui passez tout, ma chère; elle devient trop familière.

Eh ! mon ami, la familiarité est la menue monnaie de la tendresse. Nous sommes trop vieux pour thésauriser.

LE MARQUIS

Soit! mais cette enfant vous parle comme je n'oserais pas le faire, moi.

GENEYIÈYB.

C'est entre bonne maman et moi, grand-papa; cela ne vous regarde pas.

LA MARQUISE

Geneviève, vous vous oubliez...

GENEVIÈVE

Ah! vous voyez bien que vous êtes aussi sévère que grandpapa. — Vous ai-je fâché, grand-papa?

LE MARQUIS

Non, ma fille; je te permets avec moi certaines choses...

GENEVIÈVE

Ah: vous voyez bien que vous êtes aussi indulgent que bonne maman.

Elle rembraiijc.

LE MARQUIS

L'enfant se joue de nous, marquise.

GENEVIÈVE, leur prenant la main.

Pardonnez-moi ma petite ruse ; j'ai voulu expérimenter

ce que m'a dit Henri, du respect que vous avez l'un pour l'antre.

LE MARQUIS

Cela t'étonne que je respecte ta grand'mère?

GENEVIÈVE

Oh! non; mais je n'avais pas encore pris garde à quel point... c'est Henri qui me l'a fait remarquer. « Comme c'est beau, me disait-il, ces deux existences qui se sont appartenu tout entières l'une à l'autre ! Ces deux vieillesses sans tache! ces deux cœurs qui ont traversé la vie ensemble et dans lesquels la vie n'a déposé qu'une vénération mutuelle ! Le chef et la sainte de la famille ! »

PAULINE, à part.

Philémon et Baucis.

GENEVIÈVE

Et une larme est venue dans ses yeux... une larme d'attendrissement et d'admiration.

LA MARQUISE

Cher Henri !

LA MARQUIS

Il a dit vrai, ma fille : ta grand'mère est une sainte.

LE MARQUISE, sonrUot.

Tancrède... ce n'est pas à vous de me canoniser.

LE MARQUIS

Vous demandiez l'histoire de cette blessure, Pauline? La iuici : La marquise m'avait suivi an château de la Pénissière... Vous savez les circonstances de ce siège terrible, ûuand l'incendie nous força d'abandonner le château, nous fîmes notre retraite en combattant jusqu'à la lisière d'un bois où nous nous dispersâmes après avoir essuyé une dernière décharge. J'arrivai avec la marquise à une ferme où

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