ACTE DEUXIEME. 2àU
ADOLPHE
J'ai toujours eu des mœurs : je suis marié.
PAULINE
C'est un défaut, mon cher ; tâchez de vous en corriger,
IRMA
Et surveille ta femme, je ne te dis que ça.
ADOLPHE
Je vous prie de respecter la mère de mes enfants.
MONTRICHAIiD.
Vous avez des enfants, ô Adolphe?
ADOLPHE
Trois, qui sont tout mon portrait.
PAULINE
Je plains le plus jeune,
ADOLPHE
Pourquoi ?
PAULINE
C'est celui qui a le plus longtemps à vous ressembler.
MONTRICHARD
Bah! tous les enfants commencent par ressembler à leur papa et finissent par ressembler à leur père!
La voix du sang est un préjugé !
PAULINE, levant son verre.
A l'extinction des préjugés I à bas la famille ! à bas le mariage ! à bas les marquis !
MONTRICHARD
A bas les quincailliers !
ADOLPHE
A bas les quincailliers !•
Rires .
IRMA
Vive nous !
PAULINE, chantant.
Quand on n'a plus d'argent, On écrit à son père, Qui vous répond : c Brigand, Tu n'es pas là pour faire
L'amour (ter) La nuit comme le jour. »
Tons reprennent le refrain en l'accompagnant des couteaux contre les verres. — Adolphe tombe sur son siège, et Irma peu à peu s'endort MONTRICHARD, à part.
Quand on songe à tout ce qu'elle a fait pour être comtesse !
PAULINE, rêveuse.
Oh! les douces chansons de la jeunesse ! le beau temps des robes de guingamp et des châles de barége ! les bals de la Chaumière! les diners du Moulin-Rouge, ce premier moulin par-dessus lequel on jette son bonnet ! Figurez-vous une jeune fille qui a passé toute sa vie dans une soupente, et qui s'échappe un jour à travers champs pour faire connaissance avec le plaisir, le soleil et la fainéantise !... Cordon, s'il vous plaît !
IRMA, à moitié endormie.
Voilà !
MONTRICHARD, à part.
Eh bien, je m'en étais toujours douté !
ADOLPHE, complètement gris, se levant.
Je vous assure que je ne suis pas laid.