‹ La pierre de toucheChapitre 192 sur 295 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

^-, PHILIPPE

Pourquoi donc m'en cacher? après tout, que la honte,

S'il en est là dedans, à sa source remonte !

Je m'en lave les mains, moi! je n'y suis pour rien!

C'est le vice du siècle, en somme, et non le mien!

Des excès de l'argent voilà ce qui résulte :

Dès l'âge de raison on nous dresse à son culte,

Et dans le monde ainsi nous entrons convaincus

Qu'il n'est rien ici-bas de vrai que les écus !

Quand on a de richesse enfiévré tous nos rêves.

On nous glace au réveil par ces paroles brèves :

« Tâche de n'avoir plus besoin de tes parents;

Ils n'ont pas trop pour eux du pain que tu leur prends. »

Et, nous mettait aux mains un diplôme, arme vaine,

On nous pousse au milieu de la mêlée humaine.

Apres, seuls, impuissants, à percer résolus...

Et l'on s'étonne après que nous ne dansions plus !

MADAME HUGL'ET.

Danser est quelquefois très-utile.

CYPRIENNE

Il me semble Qu'on pourrait être jeune et sérieux ensemble ; Songer, puisqu'il le faut, à gagner de l'argent, Mais par le travail seul et non par l'entregent.

PHILIPPE

Alors, fais-nous, ma chère, un monde où le mérite Se fasse jour lui-même et perce tout de suite.

CYPRIENNE

Êtes-vous si pressés ?

PHILIPPE

Oui, car nous sommes prêts. A qui la faute? à ceux qui hâtent nos apprêts.

302 LA J KO il ES SE.

On nous bourre l'espi-it d'études; on le vide

De tout ce qu'il pouvait contenir de candide ;

Aux plaisirs de notre âge on nous fait dire adieu,

Ranger notre cervelle, éteindre notre feu;

Et nos paquets finis, nos passe-ports en poche :

« Ce n'est pas aujourd'hui, messieurs, que part le coche;

Repassez demain soir. » Et si le voyageur

Prend un bidet de poste, on le trouve rageur?

Quelle plaisanterie ! — A cheval, mon bonhomme.

Et pique devant toi ! tout chemin mène à Rome.

CYPRIENNE

0 Philippe ! comment, toi que j'ai connu fier, Courageux et loyal, toi qui l'étais hier...

PHILIPPE

Tu me flattes, j'étais simplement imbécile.

CTPRIENNE.

Que la plaisanterie est triste et puérile,

Quand tu mets de tes mains ta jeunesse au linceul !

Quel rêve peut valoir ce sacrifice?

PHILIPPE

Un seul. Oui, je mets au tombeaoi ma jeunesse blêmie; Mais comme Juliette, elle n'est qu'endormie. Et son sommeil de plomb la garde à Roméo.

MADAME HUGUET

Quel galimatias!

PHILIPPE

Je parle à mon écho.

Qu'il porte mon message à l'oreille inquiète De quiconque prendrait le deuil de Juliette. Roméo, s'il existe, en fera son profit.

MADAME UUGOBT, & C^prienne.

Comprends-tu?

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