‹ La pierre de toucheChapitre 203 sur 295 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

M AT H IL DE, l'embrassant.

Es-tu gentille, va! — C'est vrai qu'à quarante ans Il est plus jeune encor que tous nos jeunes gens. Il fait iin beau contraste avec monsieur mon frère !

CïPRIENNE, d'un ton de lepioche.

0 Mathilde!

MATHILDE

Quoi donc ! diras-tu le contraire?

Philippe t'a-t-il l'air d'un héros de roman? Il est bien, celui-là, l'élève de maman!

CTPRIENNE.

Hélas!

MATHILDE

La pauvre femme a cru faire merveille De verser la prudence en cette jeune oreille ; Et, ne comprenant pas que ce cœur incertain Avait plutôt besoin d'être allumé qu'éteint, Elle s'est empressée à grand renfort de pompes...

CYPRIENNE, vivement.

Tu te trompes, Mathilde, oh! certes, tu te trompes! Philippe est violent, plus violent qu'Hubert Peut-être, et c'est par là justement qu'il se perd. Mais ce n'est pas une âme aux lâchetés sujette 1 Elle n'y glisse pas, regarde! elle s'y jette! Il semble qu'au sommet lasse de se roidir Elle se précipite atin de s'étourdir, Et qu'à son idéal renonçant avec rage Sa fureur contre lui se retourne et l'outrage... Mais cet emportement, le mépriseras-tu ? C'est la jeunesse encor, c'est encor la vertu... C'est sa convulsion, si tu veux, mais qu'importe? Elle en peut revenir, tant qu'elle n'est pas morte, m. 18.

318 Là JEU^'ESSE.

HA.THILDE.

Cjprienne?

CYPRIENNE, baissant les yeux sous le regard de HatLilde.

Quoi donc?

MATHILDE, lui prenant la main et l'attirant à elle»

Et lui, t'aime-t-il?

CYPRIENXE, très-bas.

Oui.

MATHILUE.

Alors, il ne faut pas désespérer de lui.

J'en crois l'amour qu'il sent et celui qu'il inspire.

Mais pourquoi n'as-tu point usé de ton empire

Pour ramener au bien son esprit écraré?

Il n'est si J)on sermon que ci'un j;'ii;ii! curé.

r.YV\iii:.s:xi:.

Hélas ! '=1 crande bâte aux ( hemiii:» ae traverse^ Cette rd ii- d'arriver baletante et perverse, J'en SUIS la cause.

HATHILDE.

Toi?

CTPRIENNE.

Puisque j'en sais le bat.

MATHILDE

Et tu reçois à gré ce singulier tribut?

CTPRIENNB.

Le crois-tu? non! Je suis humiliée et triste De la métamorphose à laquelle j'assiste. L'insensé! comme il joue avec notre bonheur Quand pour nous enrichir il s'appauvrit le cœur. Comme si la richesse et le luxe suprême N'étaient pas de pouvoir admirer ce qu'on aime !

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