‹ La pierre de toucheChapitre 35 sur 295 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE BARON

Mais allez donc, Gottlieb !... à quoi pensez-vous?... Vous n'êtes pas ici pour professer le notariat, mon cher.

GOTTLIEB

Je commence. (Lisant d'un ton solennel, après avoir toussé.) « Ceci

est l'expression libre, pleine et entière de mes dernières volontés. Ayant toujours pensé que la richesse n'était qu'un dépôt entre mes mains... »

Belle âme !

Noble c^jur!

GOTTLIEB, lisant.

« Et ne m'étant considéré moi-même que comme le distributeur des bienfaits de la Providence... »

SPIEGEL, à Frantz.

Tu vois bien qu'il y en a de bons.

GOTTLIEB, lisant.

t Je désire que l'œuvre de justice et de charité que j'ai poursuivie de mon vivant ne soit pas interrompue par ma mort. »

LA MARGRAVE

Cois tranquille, âme généreuse l

LE BARON

Oui, repose en paix!

GOTTLIEB, lisant.

« En conséquence : à la margrave de Rosenfeld, ma cousine au dix-huitième degré, je lègue en toute jouissance, sa vie durant, et réversible, après sa mort, sur la tète de sou aimable fille, une rente de six mille florins.

LA MARGRAVE et DOROTHÉE, se levant.

Six mille florins!...

LA MARGRAVE

C'est impossible !... ^

GOTTLIEB

J'ai parfaitement lu, madame la margrave. (Relisant.) « Une rente de six mille florins. »

LA MARGRAVE

C'est tout?

GOTTLIEB

C'est tout.

DOROTHÉE

Allons-nous-en, maman.

LA MARGRAVE, se rasseyant.

Pas encore.

LE BARON, lui oUiant on flacoa de sels.

Chère margrave !

SPIEGEL, à Fraotz et à FrédériqiM.

Ah! mais je m'amuse, moi!

LA MARGRAVE, d'un air aimablo.

Continuez, maître Gottlieb.

GOTTLIEB, Usant.

« A mon cousin au dix-neuvième degré, Rodolphe -AIùlm', baron de Berghausen, ancien diplomate, commandeur de l'ordre du Saint-Sépulcre, je lègue en toute jouissance une rente viagère de six mille florins... »

LE BARON, se l87aat.

Hein?...

GOTTLIEB, répétaat.

« Une rente de six mille llorins. »

LE BARON

C'est tout?

GOTTLIEB

Oui, monsieur le baron.

LA MARGRAVE, lui offrant son flacoa de sels.

Cher baron !

SPIEGEL

Ah ! mais je m'amuse beaucoup, moi .

LE BARON

Ah çà ! qui donc hérite?... Le chien de monsieur?

GOTTLIEB

Nous allons le savoir. (usaDt.) « A mademoiselle Frûdérique Wagner... »

FRÉDÉRIQUE, se levant.

A moi?

GOTTLIEB, lisant.

« Je laisse ma bague de cornaline, en priant cette honnête et belle personne de la porter en souvenir de moi. »

FRÉDÉRIQUE

Excellent homme!... Je la porterai toute ma vie avec respect.

Elle se rassied.

Mais qu'il était gentil, ce comte Sigismond!

GOTTLIEB

Silence! (usant.) « A M. Spiegel... »

60 LA PIEUhK DE TOUCHE.

SPIEGEL, se levant.

Présent!

GOTTLIEB, continuant.

« Peintre, demeurant à Munich... »

SPIEGEL

Rue des Armuriers, n° 9.

GOTTLIEB, conlinuaut.

>t Désirant récompenser son admirable dévouement à son ami Milher... »

SPIEGEL

Quelle idée!

GOTTLIEB, continuant.

« Et lui pormeltre en même temps de cultiver son art en toute liberté... »

SPIEGEL

A. la bonne heure !

GOTTLIEB

« Pour prix du tableau que je lui ai commandé et qui reste acquis à ma succession, je lègue une somme de quatrevingt mille florins. »

SPIEGEL

Quatre-vingt mille florins !...

FRÉDÉRIQUE, se levant et prenant les mains de Spiegel, que Frantz vient féliciter aussi.

Quel bonheur !

SPIEGEL

Brave homme, va! brave homme!..,

LE BARON, à la margrave*

Voilà de l'argent bien placé !

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